(voir aussi Spiritualité)
Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« – Voici donc où nous en sommes, Simmias, reprit Socrate : si ces choses que nous avons toujours à la bouche, le beau, le bien et toutes les essences de cette nature existent réellement, si nous rapportons tout ce qui vient des sens à ces choses qui nous ont paru exister avant nous et nous appartenir en propre, et, si nous le comparons à elles, il faut nécessairement que, comme elles existent, notre âme existe aussi et antérieurement à notre naissance ; si elles n’existent pas, notre raisonnement tombe à plat. N’en est-il pas ainsi et n’est-ce pas une égale nécessité et que ces choses existent et que nos âmes aient existé avant nous, et que, si celles-là n’existent pas, celles-ci n’existent pas non plus ? »
Platon, « Phédon », XXII.
Philippe Remacle, site de l’antiquité grecque et latine du moyen-âge
remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr
« Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? »
Matthieu, 16 ; 26
« – Mon âme n’est pas encore pacifiée. Je vous en prie, maître, pacifiez-la.
– Amenez votre âme ici, et je la pacifierai, répondit Bodhidharma.
– Je l’ai cherchée pendant bien des années et je suis encore incapable de la saisir, avoua Houeï-k’o.
– Voilà ! Votre âme est pacifiée une fois pour toutes, conclut Bodhidharma.»
Daisetz.T.Suzuki, « Essai sur le Bouddhisme zen », Albin Michel, 2ième série, p. 32-33.
« Mon âme, il faut partir. Ma vigueur est passée,
Mon dernier jour est dessus l’horizon.
Tu crains ta liberté. Quoi ! N’es-tu pas lassée
D’avoir souffert soixante ans de prison ? »
François Maynard, (début XVII e s.)
« … en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et que d’un autre j’ai une idée distincte du corps, en tant qu’il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que ce moi, c’est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu’elle peut être ou exister sans lui. »
René Descartes, « Méditations métaphysiques », 1641.
« Je ne crois pas que la matière s’oppose à l’esprit. L’âme est la somme des phénomènes psychiques, comme le corps est la somme des phénomènes organiques. L’âme est une résultante occasionnelle de la vie, une propriété de la matière vivante, je ne vois aucune raison pour que l’énergie universelle qui produit le mouvement, la chaleur et la lumière, ne produise pas la pensée. Les fonctions physiologiques et les fonctions psychiques sont solidaires ; et la pensée est une manifestation de la vie organique, au même titre que les autres fonctions du système nerveux. Je n’ai jamais constaté de la pensée hors de la matière, hors d’un corps en vie ; je n’ai jamais rencontré qu’une substance unique, la substance vivante. »
Roger Martin du Gard, « Jean Barois », Gallimard, 1921, p. 348.
« Dieu s’épuise, à travers l’épaisseur infinie du temps et de l’espèce, pour atteindre l’âme et la séduire (…) alors Dieu en fait la conquête. Et quand elle est devenue une chose entièrement à lui, il l’abandonne. Il la laisse complètement seule. Et elle doit à son tour, mais à tâtons, traverser l’épaisseur infinie du temps et de l’espace, à la recherche de celui qu’elle aime. C’est ainsi que l’âme refait en sens inverse le voyage qu’a fait Dieu vers elle. Et cela, c’est la croix. »
Simone Weil, « La Pesanteur et la grâce », Plon, 1947.
« L’âme c’est ce qui refuse le corps. Par exemple, ce qui refuse de fuir quand le corps tremble, ce qui refuse de frapper quand le corps s’irrite, ce qui refuse de boire quand le corps a soif, ce qui refuse de prendre quand le corps désire, ce qui refuse d’abandonner quand le corps a horreur. Ces refus sont des faits de l’homme. Le total refus est la sainteté ; l’examen avant de suivre est la sagesse ; et cette force de refus, c’est l’âme. Le fou n’a aucune force de refus ; il n’a plus d’âme. On dit aussi qu’il n’a plus de conscience, et c’est vrai. Qui cède absolument à son corps, soit pour frapper, soit pour fuir, soit seulement pour parler, ne sait plus ce qu’il fait ni ce qu’il dit. On ne prend conscience que par opposition de soi à soi. »
Émile Chartier dit Alain, « Définitions », Gallimard, 1953.
« Nous sommes tous animistes jusqu’à un certain point. Ainsi, certains d’entre nous attribuent des « personnalités » à nos voitures, d’autres voient nos machines à écrire ou nos jouets comme des entités » vivantes », possédant une » âme ». Il est difficile de lancer certains objets dans le feu parce qu’une partie de nous part en flammes avec eux. Il est clair que l’ « âme » que nous projetons dans ces objets est une image qui n’existe que dans nos esprits. Mais alors, pourquoi n’en va-t-il pas de même des âmes que nous projetons dans nos amis et nos parents ? »
Hofstadter et D. Dennett, « Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 122.