Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« … on peut faire des machines à naviguer, de grands navires pour les rivières et pour les mers. Ils se meuvent sans avirons ; un seul homme peut mieux les manœuvrer que s’ils avaient un équipage complet. Puis il y a aussi des voitures, marchant sans chevaux à une vitesse colossale ; et nous croyons que tels étaient les chars de combat, équipés de rostres, des anciens. On peut aussi faire des machines volantes. Un homme, assis au centre, contrôle quelque chose qui fait battre comme celles des oiseaux les ailes artificielles de la machine. »
Roger Bacon, « Lettres » (XIII e s.) herve.delboy.perso.sfr.fr/miroir_bacon.html
« C’est un livre à la vérité, mais c’est un livre miraculeux qui n’a ni feuillets ni caractères… Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et en même temps il sort de cette noix comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l’expression du langage. »
Cyrano de Bergerac, « Les États et Empires de la Lune » (1657), Éd. de Londres, 2014.
« L’art de voler ne fait encore que de naître ; il se perfectionnera, et quelque jour on ira jusqu’à la Lune. Prétendons-nous avoir découvert toutes choses, ou les avoir mises à un point qu’on n’y puisse rien ajouter ? Eh ! de grâce, consentons qu’il y ait encore quelque chose à faire pour les siècles à venir. »
Bernard Le Bouyer de Fontenelle, « Entretiens sur la pluralité des mondes « , 1686
« Qu’eût dit un de nos ancêtres à voir ces boulevards illuminés avec un éclat comparable à celui du soleil, ces mille voitures circulant sans bruit sur le sourd bitume des rues, ces magasins riches comme des palais, d’où la lumière se répandait en blanches irradiations, ces voies de communication larges comme des places, ces places vastes comme des plaines, ces hôtels immenses dans lesquels logeaient somptueusement vingt mille voyageurs, ces viaducs si légers ; ces longues galeries élégantes, ces ponts lancés d’une rue à l’autre, et enfin ces trains éclatants qui semblaient sillonner les airs avec une fantastique rapidité.
Il eût été fort surpris sans doute ; mais les hommes de 1960 n’en étaient plus à l’admiration de ces merveilles ; ils en profitaient tranquillement sans être plus heureux, car, à leur allure pressée, à leur démarche hâtive, à leur fougue américaine, on sentait que le démon de la fortune les poussait en avant sans relâche ni merci. »
Jules Verne, 1863
« Paris au XXe siècle », Hachette, 1994
« Je demeurai ainsi pétrifié et les yeux fixes. Une grosse masse grisâtre et ronde, de la grosseur à peu près d’un ours, s’élevait lentement et péniblement hors du cylindre. Au moment où elle parut en pleine lumière, elle eut des reflets de cuir mouillé. Deux grands yeux sombres me regardaient fixement. L’ensemble de la masse était rond et possédait pour ainsi dire une face : il y avait sous les yeux une bouche, dont les bords sans lèvres tremblotaient, s’agitaient et laissaient échapper une sorte de salive. Le corps palpitait et haletait convulsivement. Un appendice tentaculaire long et mou agrippa le bord du cylindre et un autre se balança dans l’air. »
Herbert George Wells, « La guerre des mondes », 1898.
« Même l’avenir n’est plus ce qu’il était. »
Paul Valéry
« Il est urgent de raisonner sur des possibles, d’évaluer les effets de nanoproduits qui sont encore virtuels. De ce point de vue, la fiction qui crée des scénarios en perfusion directe avec les discours de scientifiques visionnaires est une clé du débat. Elle a anticipé depuis longtemps la menace de nanorobots, implants ou machines auto-organisées et autoréplicantes que l’on voit jouer les assembleurs et se reproduire dans Engines of Creation, d’Eric Drexler, prendre la maîtrise du cerveau de l’ennemi pour une destruction télécommandée dans le roman de Neal Stephenson, L’Âge de diamant, ou se transformer en « gelée grise » qui dévore tout, avec La Proie, de Michael Crichton. »
Dorothée Benoît-Browaeys, « Nanotechnologies, le vertige de l’infiniment petit »,
Le Monde diplomatique, mars 2006.
«… l’histoire humaine est celle de l’émergence de la personne comme sujet de droit, autorisée à penser et à maîtriser son destin (…)
Si cette histoire multimillénaire se poursuit encore pendant un demi-siècle, le marché et la démocratie s’étendront partout où ils sont encore absents; la croissance s’accélérera, le niveau de vie s’élèvera; la dictature disparaîtra des pays où elle règne encore Mais la précarité et la déloyauté deviendront les règles; l’eau et l’énergie se feront plus rares, le climat sera mis en péril; les inégalités et les frustrations s’aggraveront; des conflits se multiplieront; de grands mouvements de population s’amorceront.
Vers 2035, à la fin d’une très longue bataille, et au milieu d’une grave crise écologique, les Etats-Unis, empire encore dominant, seront vaincus par cette mondialisation des marchés, en particulier financiers, et par la puissance des entreprises, en particulier celle des compagnies d’assurances.»
Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir« , Fayard, 2006, p. 16 et 19.
« Les rapports entre la technique et la science-fiction ressemblent à ceux qui existent entre la science et la technique. La science prédit ce qui est possible ou impossible, la technique prédit ce qui est faisable. Mais prédire le contenu des connaissances scientifiques futures est impossible, alors que prédire ce que peut être la technique future, à l’intérieur des frontières définies par la science d’aujourd’hui, est tout à fait faisable. »
Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité »,2007, p. 401.
« … chercher à détecter des tendances ou des propensions, redéfinir les enjeux du futur et enjoindre d’autres acteurs à agir vite, avant qu’il ne soit trop tard, pour éviter une catastrophe ou ne pas manquer une opportunité, c’est là une des activités principales des acteurs publics. Cela fait certes longtemps qu’il en est ainsi en Occident, au moins depuis le siècle des Lumières au cours duquel le rapport à l’histoire a radicalement changé, mais les visions et les modèles du futur, dont le mode de fabrication s’est encore transformé à la sortie de la deuxième guerre mondiale – en partie sous l’impact des modèles cybernétiques –, n’ont jamais aussi fortement contribué à la mise en discussion publique des sciences et des technologies. »
Francis Chateauraynaud, coord.,
« Chimères nanobiotechnologiques et post-humanité », vol. 1, déc. 2012, p. 9-10.