Athéisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Pesez bien les raisons qu’il y a de croire ou de ne pas croire ce que votre religion vous enseigne et vous oblige si absolument de croire. Je m’assure que si vous suivez bien les lumières naturelles de votre esprit, vous verrez au moins aussi bien et aussi certainement que moi, que toutes les religions du monde ne sont que des inventions humaines, et que tout ce que votre religion vous enseigne et vous oblige de croire comme surnaturel et divin, n’est dans le fond qu’erreur, mensonge, illusion et imposture. »

« Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier, prêtre-curé d’Étrépigny », 1729. 

 

« Pour un être formé par la nature et circonscrit par elle, il n’existe rien au-delà du grand tout dont il fait partie, et dont il éprouve les influences ; les êtres que l’on suppose au dessus de la nature ou distingués d’elle-même seront toujours des chimères, dont il ne nous sera jamais possible de nous former des idées véritables, non plus que du lieu qu’elles occupent et de leur façon d’agir. »

Paul-Henri Thiry d’Holbach, « Système de la nature », Ch. I. 1770.

 

« – Le prêtre : Quel mérite eussent eu les hommes, si Dieu ne leur eût pas laissé leur libre arbitre, et quel mérite eussent-ils à en jouir s’il n’y eût sur la terre la possibilité de faire le bien et celle d’éviter le mal ?
– Le moribond : Ainsi ton dieu a voulu faire tout de travers pour tenter, ou pour éprouver sa créature ; il ne la connaissait donc pas, il ne se doutait donc pas du résultat ?
– Le prêtre : Il la connaissait sans doute mais, encore une fois, il voulait lui laisser le mérite du choix.
– Le moribond : À quoi bon, dès lors qu’il savait le parti qu’elle prendrait et qu’il ne tenait qu’à lui, puisque tu le dis tout-puissant, qu’il ne tenait qu’à lui, dis-je, de lui faire prendre le bon.
– Le prêtre : Qui peut comprendre les vues immenses et infinies de Dieu sur l’homme et qui peut comprendre tout ce que nous voyons ?
– Le moribond : Celui qui simplifie les choses, mon ami, celui surtout qui ne multiplie pas les causes pour mieux embrouiller les effets. Qu’as-tu besoin d’une seconde difficulté, quand tu ne peux pas expliquer la première, et dès qu’il est possible que la nature toute seule ait fait ce que tu attribues à ton dieu, pourquoi veux-tu lui aller chercher un maître ? La cause de ce que tu ne comprends pas est peut-être la chose du monde la plus simple. Perfectionne ta physique et tu comprendras mieux la nature, épure ta raison, bannis tes préjugés et tu n’auras plus besoin de ton dieu. »

Donatien A.F. de Sade, « Dialogue entre un prêtre et un moribond », 1782.

 

 

« Amoureux et jaloux de la liberté humaine, et la considérant comme la condition absolue de tout ce que nous adorons et respectons dans l’humanité, je retourne la phrase de Voltaire, et je dis : Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître. »
« (…) Du moment que Dieu, l’Être parfait et suprême, se pose vis-à-vis de l’humanité, les intermédiaires divins, les élus, les inspirés de Dieu sortent de terre pour éclairer, pour diriger et pour gouverner en son nom l’espèce humaine (…) l’idée de Dieu implique l’abdication de la raison et de la justice humaines, elle est la négation la plus décisive de l’humaine liberté et aboutit nécessairement à l’esclavage des hommes, tant en théorie qu’en pratique (…) Si Dieu est, l’homme est esclave ; or l’homme peut, doit être libre, donc Dieu n’existe pas. »

Michel Bakounine, « Dieu et l’État », 1882.

 

« Le croyant, passe encore ; celui qui s’en prétend le berger, voilà trop. Tant que la religion reste une affaire entre soi et soi, après tout, il s’agit seulement de névroses, psychoses et autres affaires privées. On a les perversions qu’on peut, tant qu’elles ne mettent pas en danger ou en péril la vie d’autrui… Mon athéisme s’active quand la croyance privée devient une affaire publique et qu’au nom d’une pathologie mentale personnelle on organise aussi pour autrui le monde en conséquence (…) L’athéisme n’est pas une thérapie mais une santé mentale recouvrée. »

Michel Onfray, « Traité d’athéologie », Éd. Grasset, 2005, p. 29-30.

 

« On considère à juste titre que parmi les choses impossibles à réfuter, certaines sont bien moins probables que d’autres. Il n’y a aucune raison de considérer que Dieu doive échapper à l’examen sur le spectre des probabilités et a fortiori de supposer que, pour la seule raison que Dieu ne peut être ni prouvé ni réfuté, la probabilité de son existence est de 50 % (…)
… l’hypothèse du concepteur soulève aussitôt le problème plus grand du concepteur du concepteur (…) Darwin et ses successeurs ont montré comment, avec une improbabilité statistique et une apparence de dessein spectaculaires, des créatures vivantes ont évolué par degrés lents et progressifs à partir de débuts simples. Nous pouvons dire sans danger que l’illusion de dessein dans les créatures vivantes se réduit à n’être que cela, une illusion. »

Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu »,
Perrin, 2009, p. 74 et 205.