Chaos

(voir aussi Hasard et Déterminisme)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Au commencement exista le Chaos, puis la Terre à la large poitrine, demeure toujours sûre de tous les Immortels qui habitent le faite de l’Olympe neigeux ; ensuite le sombre Tartare, placé sous les abîmes de la Terre immense ; enfin l’Amour, le plus beau des dieux, l’Amour, qui amollit les âmes et, s’emparant du cœur de toutes les divinités et de tous les hommes, triomphe de leur sage volonté. Du Chaos sortirent l’Érèbe et la Nuit obscure. L’Éther et le Jour naquirent de la Nuit, qui les conçut en s’unissant d’amour avec l’Érèbe… »

Hésiode, « La Théogonie », (VIII e s. av. J.-C.)

 

 « … nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial. Entre les particules de la purée cosmique, des forces s’exercent qui vont façonner la matière dès que la température décroissante leur en donnera l’opportunité. Le hasard aura sa place dans ce jeu des forces, mais son rôle sera réinterprété (…)
Les collisions des noyaux dans les brasiers stellaires, les captures moléculaires dans l’océan primitif, l’impact des rayons cosmiques sur les gènes dans les cellules vivantes sont autant de phénomènes aléatoires qui engendrent en permanence du nouveau et de l’inédit. C’est par eux que la nature va trouver l’occasion de manifester ses fantastiques possibilités. Un univers sans hasard, une matière où tous les événements seraient déterminés n’offrirait au regard que grisaille et monotonie. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer, l’univers a-t-il un sens ? », Seuil, 1986, p. 210-211.

« L’univers paraît construit et réglé – avec une précision inimaginable – à partir de quelques grandes constantes (…) On doit assumer l’idée que dans tous les cas de figures différents du « miracle mathématique » sur lequel repose notre réalité, l’univers aurait présenté les caractères du chaos absolu : danse désordonnée d’atomes qui se coupleraient et se découpleraient l’instant d’après pour retomber, sans cesse, dans leurs tourbillons insensés. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 55-56.

«  La croissance économique, c’est l’augmentation de la production totale de l’ensemble des biens et des services, c’est-à-dire ce qu’on appelle le produit intérieur brut (PIB).
Que vous soyez de droite, de gauche ou d’ailleurs, vous ne pouvez pas vous soustraire à cette réalité. Définir une stratégie de croissance crédible est un impératif absolu pour pouvoir entraîner le pays sur le chemin d’une ambition collective [et éviter le chaos].
Sans croissance, aucun accompagnement social ne pourra sortir les banlieues de l’ornière car le chômage de masse continuera à obscurcir l’horizon de la jeunesse. »

Christian Blanc,
« La Croissance ou le Chaos », Odile Jacob, 2006, p. 22, 10-11.

« Le terme [l’effet papillon] viendrait du titre d’une conférence donnée en 1972 par Lorenz, un météorologue considéré comme un des redécouvreurs de la théorie du chaos (…) Par la suite, il a été confirmé que l’analyse scientifique de l’évolution imprévisible des systèmes météorologiques, qui empêche la vision de leur évolution à court terme (8 jours), attribuait plutôt ce fait à un comportement inhérent à ces systèmes, et non à la méconnaissance des conditions initiales. D’ailleurs il est aisé de voir que de tels systèmes, comme d’autres systèmes chaotiques, sont en fait caractérisés par l’émergence d’une stabilité à moyen et long terme (mois – années) et non d’un chaos de plus en plus grand… »

Stéphane Jourdan,
automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/effetpapillon

« L’état d’équilibre du pendule est stable. En revanche, si nous réussissons à faire tenir un crayon sur sa pointe, 1’équilibre est instable. La moindre perturbation le fera tomber d’un côté ou de l’autre. I1 y a une distinction fondamentale entre les mouvements stables et instables. En bref, les systèmes dynamiques stables sont ceux ou de petites modifications des conditions initiales produisent de petits effets. Mais pour une classe très étendue de systèmes dynamiques, ces modifications s’amplifient au cours du temps. Les systèmes chaotiques sont un exemple extrême de systèmes instables car les trajectoires correspondant à des conditions initiales aussi proches que l’on veut divergent de manière exponentielle au cours du temps. On parle alors de « sensibilité aux conditions initiales » telle que 1’illustre la parabole bien connue de « 1’effet papillon » : le battement des ailes d’un papillon dans le bassin amazonien peut affecter le temps qu’il fera aux États-Unis. »

Ilya Prigogine, « La fin des certitudes », Odile Jacobs, 2009.

 

«  … le modèle de croissance à l’œuvre dans les pays développés depuis 1945 n’est plus soutenable, ne serait-ce qu’en raison des contraintes écologiques et énergétiques, et aussi de la montée en puissance économique du reste du monde (…) D’autant que de nombreux facteurs contribuent à refroidir la machine. Qu’il s’agisse du vieillissement démographique, de l’inefficacité croissante des systèmes d’éducation, de l’impact de la mondialisation sur le pouvoir d’achat, du coût de la lutte contre le réchauffement climatique ou de l’exigence du désendettement public et privé, sans oublier la montée des inégalités qui prive une majorité de la population des fruits de la croissance et gonfle l’excès d’épargne. »

Patrick Artus et Marie-Paule Virard,
« Croissance zéro, comment éviter le chaos ? »,
Fayard, 2015.

« … un système complexe vivant (écosystèmes, organismes, sociétés, économies, marchés, etc.) est constitué d’innombrables boucles de rétroaction entrelacées, qui maintiennent le système stable et relativement résilient. A l’approche d’un point de rupture, il suffit d’une petite perturbation, d’une goutte d’eau, pour que certaines boucles changent de nature et entraînent l’ensemble du système dans un chaos imprévisible et bien souvent irréversible. »

 P.Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.