Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Pour moi, toute compétition est ordurière. Elle est à l’origine de tous les malheurs de l’homme : la compétition économique où il faut vendre toujours plus de marchandises ; la compétition à l’école ou dans la vie où il faut être le plus grand, le plus beau, le plus fort. Et le sport ne fait qu’entretenir cette obsession malsaine… »
Henri Laborit,
« Sport et Vie » n° 27, Dijon, nov.-déc., 1994.
« La compétition est inhérente à la vie. Fondamentalement, la compétition est l’expression naturelle du désir d’exceller. C’est un élan commun à tous les êtres vivants et il est au cœur même de la tendance actualisante. Chaque être vivant cherche en effet à s’épanouir autant qu’il le peut dans les circonstances où il se trouve. Les plantes, les animaux et les humains ont en commun cette caractéristique innée. »
Jean Garneau,
« La lettre du psy – compétition saine et malsaine », nov. 2000, http://www.redpsy.com
« La plupart des activités qui sont présentées aujourd’hui comme du sport usurpent ce titre. Elles ne sont que des spectacles, le plus souvent inféodés au pouvoir de l’argent… La compétition, la lutte contre l’autre apparaissent comme des comportements au mieux infantiles, au pire suicidaires. »
Albert Jacquart,
« À toi qui n’es pas encore né », Calmann-Lévy, 2000, p. 138 et 198.
« Entre la coopération autonome défendue par Piaget et la coopération compétitive conseillée par Coleman, des différences notoires sont repérées. Dans le premier cas, il s’agit d’aller au-delà de l’égocentrisme, de développer la réflexion et l’esprit critique, de laisser l’initiative aux enfants. Dans le second, il est question de motiver les élèves, de leur demander plus en matière de résultats scolaires. »
Alain Baudrit,
« L’apprentissage coopératif : origines et évolutions d’une méthode pédagogique »,
de boeck, Bruxelles, 2005, p. 24.
« L’économie moderne fonctionne comme la sélection naturelle chez Darwin : dans une logique de compétition mondialisée, une entreprise qui ne progresse pas chaque jour est une entreprise tout simplement vouée à la mort. Mais ce progrès n’a plus d’autre but que lui-même, il ne vise à rien de plus qu’à rester dans la course avec les autres concurrents.
De là le formidable et incessant développement de la technique, rivé à l’essor économique et largement financé par lui. De là aussi le fait que l’augmentation de la puissance des hommes sur le monde est devenue un processus totalement automatique, incontrôlable et même aveugle puisqu’il dépasse de toute part les volontés individuelles conscientes. Il est, tout simplement, le résultat inévitable de la compétition (…) et nullement dirigé par la volonté consciente des hommes regroupés collectivement autour d’un projet… »
Luc Ferry,
« Apprendre à vivre », Plon, 2006, p. 232 et 242.
« À vous entendre, la compétition, qui régit aujourd’hui les rapports entre acteurs économiques et une grande partie des rapports humains, ne serait pas une bonne chose ?
C’est une pure folie ! L’idée selon laquelle, dans chaque secteur, dans chaque discipline, il faut qu’il y ait un premier, un deuxième et un troisième est une aberration. La compétition, c’est la volonté d’être meilleur qu’autrui, de le dépasser. Quitte à tout faire pour le détruire. Dans le domaine du sport, la compétition engendre le dopage, les pots-de-vin. Elle transforme des êtres humains en une nouvelle espèce, intermédiaire entre les humains et les monstres. Dans le domaine économique, elle génère les escroqueries, les actions malveillantes ou agressives entre sociétés concurrentes… Je suis absolument contre la compétition. En revanche, je suis absolument pour l’émulation.
Quelle différence faites-vous entre compétition et émulation ?
Contrairement à la compétition, l’émulation sollicite les meilleurs instincts humains. Chacun se compare aux autres et se réjouit de trouver quelqu’un qui est meilleur que lui, puisque cet autre va l’aider à progresser. C’est un jeu où chaque individu cherche avant tout à se dépasser. Il n’y a rien de plus beau que le sport sans compétition, où les participants cherchent à donner le meilleur d’eux-mêmes. »
Interview d’Albert Jacquart par Dominique Michel et Nathalie Mourlot,
magazine L’Entreprise, déc. 2004, www. lexpansion.lexpress.fr 2013.
« À l’époque de la mondialisation, cela (la concurrence généralisée) ne peut aboutir qu’à une désagrégation sociale et à un nivellement par le bas. Dans cette optique, l’impératif de compétitivité est seulement une façon élégante de persuader les travailleurs de renoncer à leurs acquis sociaux. C’est d’ailleurs au nom de la compétitivité que l’Union européenne et le FMI ont exigé la réduction des salaires en Grèce et ailleurs. Lorsqu’elle ne prend en compte ni les exigences de la justice sociale ni celles de l’écologie, la compétitivité devient l’alibi d’un dumping social généralisé, qui permet de prendre des mesures antisociales tout en se mettant à l’abri des critiques (…) L’idée sous-jacente est qu’une société ne se compose que d’individus étrangers les uns aux autres, qui s’affrontent au travers de stratégies d’intérêt régulées par la seule autorité du marché. »
Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier,
(Boulevard Voltaire, 20 juin 2014) metapoinfos.hautetfort.com.
« J’ai l’impression que, dans la phase actuelle, ça va plutôt de plus en plus mal. Pourquoi ? Parce que les sociétés qui sont en pointe, la société occidentale en particulier, ont basé leur recherche d’efficacité sur la compétition. La morale collective actuelle nous fait croire que l’important dans la vie c’est de l’emporter sur les autres, c’est de lutter, c’est de gagner. Or un gagnant, pour moi, c’est un fabricant de perdants. Par conséquent, il faut rebâtir une société humaine où la compétition sera finalement éliminée : je n’ai pas à être plus fort que l’autre, j’ai à être plus fort que moi grâce à l’autre. C’est la seule façon, je crois, de remplacer l’absence de morale actuelle par une morale à laquelle beaucoup de gens pourraient adhérer. »
Albert Jacquart,
www.franceinter.fr/emission-le-sept-neuf-de-bruno-duvic, oct. 2012.
« Avec l’eugénisme d’État, il s’agissait pour chaque nation de disposer d’une population apte à soutenir victorieusement la lutte contre les autres nations. Avec l’eugénisme dit » libéral « , dont il est aujourd’hui question, il s’agit pour les parents d’avoir un enfant suffisamment armé pour tenir son rang dans une société de concurrence généralisée. Le transhumanisme s’inscrit dans cette lignée. Même quand il s’habille de vêtements compassionnels – remédier aux handicaps, effacer les inégalités naturelles, etc. – le transhumanisme est dans son imaginaire profondément imprégné par un esprit de rivalité exacerbée. L’homme augmenté, c’est avant tout un homme plus compétitif. »
Olivier Rey,
entretien avec Danielle Moyse, handicap.blogs.la-croix.com/le-transhumanisme, 2014.
« La considération du facteur compétition dans la problématique écologique implique que toute demande de changement de comportement soit porteuse d’un principe totalitaire, plus ou moins bien dissimulé : si nous voulons réduire notre impact sur le monde, il faut que tout le monde accepte de réduire son niveau de vie. Tout le monde, car si ne serait-ce qu’une petite partie ne le faisait pas, elle dominerait immédiatement ceux qui auraient fait ces efforts (…)
Le conflit intérieur à l’humanité continuera, en détruisant le climat, jusqu’à ce que nous ne puissions plus alimenter le conflit, parce que nous ne pourrons plus nous alimenter. »
Vincent Mignerot,
« Crises, environnement, climat : pourquoi il est trop tard pour agir… depuis toujours »,
www.theorie-de-tout.fr/, 2014.
[…] (voir aussi Compétition) […]
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