Egalité

(voir aussi Droits de l’homme et Sexisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

«  Les historiens, et même le bon sens, peuvent nous faire connaître que, pour séduisantes que puissent paraître ces idées d’égalité parfaite, en réalité elles sont, au fond, impraticables, et si elles ne l’étaient pas, elles seraient extrêmement pernicieuses pour la société humaine. Rendez les possessions aussi égales que possible : les degrés de l’art, du soin, du travail des hommes rompront immédiatement cette égalité. Ou alors, si vous restreignez ces vertus, vous réduisez la société à la plus extrême indigence, et, au lieu de prévenir le besoin et la mendicité chez quelques-uns, vous les rendez inévitables à la communauté entière. »

David Hume, « Enquête sur les principes de la morale », 1751.

 

« … dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire (…)
Telle fut, ou dut être, l’origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche, détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l’inégalité, d’une adroite usurpation firent un droit irrévocable, et pour le profit de quelques ambitieux assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère. »

Jean-Jacques Rousseau,
« Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes », 1754.


« La société humaine, telle que Dieu l’a établie, est composée d’éléments inégaux, de même que sont inégaux les membres du corps humain ; les rendre tous égaux est impossible et serait la destruction de la société elle-même. En conséquence, il est conforme à l’ordre établi par Dieu qu’il y ait dans la société humaine des princes et des sujets, des patrons et des prolétaires, des riches et des pauvres, des savants et des ignorants, des nobles et des plébéiens, qui, tous unis par un lien d’amour, doivent s’aider réciproquement à atteindre leur fin dernière dans le ciel, et, sur la terre, leur bien-être matériel et moral. »

 Pape Pie X, Enc. « Quod apostolici muneris », Rome, 1903.

« … lorsqu’il s’agit de traiter de questions sociales d’envergure et de grande acuité, toute politique de l’égalité des chances est finalement une imposture et ne vise qu’à masquer les inégalités foncières de la société. Comme le note le sociologue François Dubet, « l’égalité des chances ne vise pas à produire une société égalitaire, mais une société dans laquelle chacun peut concourir à égalité dans la compétition visant à occuper des positions inégales. »»

 Jacques Dubois,
in « Les nouveaux mots du pouvoir », Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 170.

 

 «  In fine, à force de miser toujours davantage sur les avancées technologiques, la création de valeur liée au travail humain finira par reculer. Pour la première fois, il existe partout dans le monde des populations en excès, qui ne peuvent même plus être exploitées ou servir de soupape d’ajustement (…)
Une partie de l’humanité pourra s’offrir des pièces de rechange et créer les conditions d’une vie affranchie des lois de la nature. Ces hommes-là seront des mutants qui auront structurellement modifié leur métabolisme et leurs gènes. Que deviendront alors les autres, les damnés de la Terre, existera-t-il aussi une technologie pour leur remplir le ventre ou leur vider la tête ? »

Geneviève Ferone et Jean-Didier Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 135 et 170.