Erotisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Le christianisme a donné du poison à boire à Éros ; il n’en est pas mort mais il a dégénéré en vice. »

Frédéric Nietzsche (1844-1900)

 

« … après une demi-heure d’un recueillement de tout son corps, les yeux clos, qui ressemblait plus à une méditation de l’étreinte finie qu’à un évanouissement, je compris qu’en revenant à elle Lucienne se résignait mal à retrouver nos corps séparés. Sans nouvelles caresses, je la pénétrai doucement. Nous restâmes ainsi plus d’une heure peut-être. J’évitais tout mouvement. À peine parfois une ondulation de ma chair passait-elle dans la sienne. Ou c’était sa chair qui tendrement se contractait sur moi, comme une main en presse une autre. Nous ne faisions que garder à l’union de nos corps ce qu’il fallait de vibration et de conscience pour qu’elle nous parût à la fois une fonction permanente de notre organisme, et l’état paradisiaque normal de notre esprit. »

Jules Romains,
« Le dieu des corps », Gallimard, 1928, p. 115.

« Lui aussi avait dénudé le devant de son corps, et elle sentit le contact de sa peau nue quand il entra en elle. Pendant un moment, il demeura immobile, turgide et palpitant. Alors, comme il commençait à bouger dans l’orgasme soudain où elle s’abandonnait, de nouveaux frissons s’éveillèrent en elle (…) Elle s’attachait à lui, perdue dans une passion inconsciente, et il ne glissa pas tout à fait hors d’elle, et elle sentit le mâle bourgeon de chair frémir doucement en elle, et d’étranges rythmes monter en un étrange mouvement rythmique, s’étendre et se gonfler jusqu’à remplir tout le vide béant de sa conscience et alors recommença l’ineffable mouvement qui n’était pas vraiment un mouvement, mais de purs, de profonds tourbillons de sensation. »

David Herbert Lawrence,
« L’Amant de lady Chatterley », (1928) Gallimard, 1993.

« On ignore quelle est la dose maximale d’érotisme qu’une société puisse absorber sans dommage, mais on peut être sûr que cette dose, un jour ou l’autre, sera dépassée, pour peu que l’érotisme soit objet de commerce. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 132.

 

 « Ne faire qu’un en étant deux… Les sensations les plus extraordinaires qui découlent de l’amour sont celles qui résultent du mystère à se dépasser. De nouvelles sources de plaisir prennent naissance. Le plaisir animal, la joie de l’être fondamental. C’est comme une sorte de ballet où la grâce du couple se consume en des gestes primitifs. »

Dan Abelom,
« Le sexe total », Éd. Sélect, Montréal, 1978, p. 59.

« Quand les amants s’étendent trop tôt, ils perdent la moitié des délices. Le premier temps de l’amour se passe debout, lorsqu’on vogue agrippés l’un à l’autre, étourdis, aveuglés, chancelants ; ne vaut-il pas mieux que la promenade se prolonge, que l’on se parle à l’oreille et qu’on se frôle des lèvres debout, que l’on se déshabille l’un l’autre lentement et debout, en se serrant éperdument après chaque vêtement écarté ?
Nous demeurâmes donc ainsi, un long moment, à dériver autour de la chambre, avec des murmures lents et des caresses lentes. Mes mains se sont appliquées à la dévêtir, puis à l’envelopper, et mes lèvres choisissaient patiemment sur son corps frémissant où butiner, où se poser, où butiner encore, des paupières qui voilaient ses yeux, aux mains qui dissimulaient ses seins, à ses hanches larges blanches dénudées. L’amante, un champ de fleurs, et mes doigts et mes lèvres un essaim d’abeilles. »

 Amin Maalouf,
« Le Périple de Baldassare »,
Grasset, 2000.

« Et en Inde, le mythe éternel du dieu androgyne, la perfection, capable de s’autoaccoupler et de s’autoprocréer est extrêmement présent. Beaucoup de fidèles sont convaincus que l’homme et la femme réunis dans l’acte d’amour recréent l’image perdue de cette perfection. Le sexuel est, en son accomplissement, le symbole du divin autogénérateur.
Nous avons souligné combien les graphismes et sculptures érotiques des temples de Khadjuraho sont célèbres à cet égard, et combien elles représentent bien  » l’exaspération » tantrique d’une sexualité libérée propre au fonds hindou. »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 602.