Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Les premiers animaux furent produits dans l’humide, enfermés chacun dans une écorce épineuse. Avec le temps ils firent leur apparition sur la partie la plus sèche. Quand l’écorce éclata, ils modifièrent leur genre de vie en peu de temps. »
Anaximandre, (VIe s. av. J.-C.)
rapporté par Aétius, (1er s. ou iie s. apr. J.-C.), op. V, 19, 1.
« Ainsi donc, toutes les fois que les choses se produisent accidentellement de la même façon qu’elles se seraient produites en ayant un but, elles subsistent et se conservent, parce qu’elles ont pris spontanément la condition convenable ; mais celles où il en est autrement périssent ou ont péri, comme Empédocle le dit « de ses créatures bovines à proue humaine ».»
Aristote, « Physique », Livre II, « De la nature ».
« Qui sait les races d’animaux qui nous ont précédés ? Qui sait les races d’animaux qui succéderont aux nôtres ? Tout change, tout passe… »
Denis Diderot, « Le rêve de d’Alembert », Garnier-Flammarion, 1965, p. 82.
« Quel intérêt ne trouve-t-on pas à contempler un rivage luxuriant, couvert de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces, avec des oiseaux chantant dans les buissons, des insectes voltigeant à l’entour, des annélides ou des larves vermiformes rampant à travers le sol humide ; si l’on songe en même temps que toutes ces formes élaborées avec tant de soin, de patience, d’habileté, et dépendantes les unes des autres par une série de rapports si compliqués, ont toutes été produites par des lois qui agissent continuellement autour de nous ! Ces lois, prises dans leur sens le plus large, nous les énumérerons ici : c’est la loi de croissance et de reproduction ; c’est la loi de l’hérédité, presque impliquée dans la précédente ; c’est la loi de variabilité sous l’action directe ou indirecte des conditions extérieures de la vie et de l’usage ou du défaut d’exercice des organes ; c’est la loi de multiplication des espèces en raison géométrique qui a pour conséquence la concurrence vitale et la sélection naturelle, d’où suivent la divergence des caractères et l’extinction des formes spécifiques. »
Charles Darwin,
« De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle », 1859.
« … notre structure psychique, de même que notre anatomie cérébrale, porte les traces phylogénétiques de sa lente et constante édification, qui s’est étendue sur des millions d’années. Nous naissons en quelque sorte dans un édifice immémorial que nous ressuscitons et qui repose sur les étages de l’échelle animale ; notre corps en porte encore de nombreuses survivances : l’embryon humain présente, par exemple, encore des branchies ; nous avons toute une série d’organes qui ne sont que des souvenirs ancestraux ; nous sommes, dans notre plan d’organisation, segmentés comme des vers, dont nous possédons aussi le système nerveux sympathique. Ainsi, nous traînons en nous dans la structure de notre corps et de notre système nerveux toute notre histoire généalogique ; cela est vrai aussi pour notre âme qui révèle également les traces de son passé et de son avenir ancestral. »
Carl Jung,
« L’homme à la découverte de son âme » (1954), Payot.
« Pour ma part, je crois donc fermement à l’évolution des êtres organisés. Mais je n’ai garde, pour cela, de méconnaître le caractère extraordinaire, voire fantastique, des transformations que nous sommes tenus d’imaginer dans le passé de la vie (…)
La lignée évolutive qui s’acheva par la genèse de l’humain n’est que l’une des innombrables lignées entre lesquelles s’est distribuée la progression de la vie (…)
D’une foule de circonstances – climatiques, biologiques et autres – dépendait la réussite de l’homme, et si la conjoncture eût été différente, la terre, sans doute, eût connu un autre roi (…)
Incohérente, imprévoyante, gaspilleuse, tumultueuse, insoucieuse de l’échec comme de la réussite, œuvrant désordonnément dans tous les styles et dans toutes les directions, prodiguant les nouveautés en pagaïe, lançant les espèces les unes contre les autres, façonnant à la fois l’harmonieux et le baroque, lésinant sur le nécessaire et raffinant sur le superflu, créant indifféremment ce qui doit succomber demain et ce qui doit traverser les âges, ce qui va dégénérer et ce qui va persévérer dans le progrès… ainsi nous apparaît la vie évoluante, et qui, tout à la fois, nous stupéfie par la puissance de ses talents et nous déconcerte par l’emploi qu’elle en fait. »
Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 26, 48-50.
« Beaucoup d’esprits distingués, aujourd’hui encore, paraissent ne pas pouvoir accepter, ni même comprendre que d’une source de bruit la sélection ait pu, à elle seule, tirer toutes les musiques de la biosphère. La sélection opère en effet sur les produits du hasard, et ne peut s’alimenter ailleurs ; mais elle opère dans un domaine d’exigences rigoureuses dont le hasard est banni. C’est de ces exigences, et non du hasard, que l’évolution a tiré ses orientations généralement ascendantes, ses conquêtes successives, l’épanouissement ordonné dont elle semble donner l’image. »
Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, Paris, 1970, p. 135.
« À l’origine, la sélection naturelle consistait en la survie différenciatrice de réplicateurs flottant librement dans la soupe des premiers temps. La sélection naturelle favorise maintenant les réplicateurs les plus aptes à construire les machines à survie, les gènes les plus habiles à contrôler le développement de l’embryon. Les réplicateurs ne sont ni plus conscients, ni plus déterminés qu’avant. Les mêmes vieux procédés de sélection automatique entre les cellules vivantes – longévité, fécondité, fidélité de copie – agissent toujours, aveuglément et inexorablement (…)
Les gènes sont immortels, ou plutôt sont définis comme des entités génétiques tout près de mériter ce qualificatif. Nous, les machines à survie individuelles, pouvons espérer voir encore quelques décades tandis que les gènes dans le monde ont une espérance de vie qui doit être mesurée non pas en décades, mais en milliers et en millions d’années. »
Richard Dawkins, « Le Gène égoïste », Éd. Mengès, 1976.
« Nous sommes, tout comme le reste du monde vivant, en grande partie les produits de la sélection naturelle. Nos gènes sont là parce que, à un certain stade de l’évolution, ils se sont montrés utiles à la survie et à la reproduction de leurs propriétaires ou, du moins, n’étaient pas suffisamment nocifs pour que leurs propriétaires soient éliminés. Quelque 98,5% de ces gènes existaient dans le dernier ancêtre que nous avons en commun avec les chimpanzés et furent acquis au cours du long chemin qui conduisit des premières formes de vie présentes sur la Terre il y a plus de 3,5 milliards d’années à la dernière bifurcation qui a séparé la branche primates des hominidés de celle des chimpanzés, il y a quelque 7 millions d’années. »
Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 150.
« Malgré l’orgueil qu’il éprouve de sa réussite technique extraordinaire, l’Homme est toujours entre les mains de l’évolution, et l’étape que nous allons franchir ne sera sans doute pas, une fois de plus, le résultat d’une révolution volontariste, mais celui de l’implacable nécessité. »
Henri Laborit, biopsychosociology.blogspot.com 2010.