Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Détourne-toi des préceptes de ceux qui spéculent sur le monde mais dont les raisons ne sont pas confirmées par l’expérience (…) L’expérience ne trompe jamais ; ce sont nos jugements seuls qui nous trompent, se promettant d’elle des choses qui ne sont pas en sa puissance. »
Léonard de Vinci (1452-1519)
« … on pourra espérer beaucoup des sciences lorsque, par la véritable échelle, c’est-à-dire par des degrés continus, sans interruption, sans vide, on saura monter des faits particuliers aux axiomes du dernier ordre, de ceux-ci aux axiomes moyens, lesquels s’élèvent peu à peu les uns au-dessus des autres, pour arriver enfin aux plus généraux de tous, car les axiomes du dernier ordre ne diffèrent que bien peu de l’expérience toute pure. »
Francis Bacon, « Novum Organum », I, 1620.
« … l’expérience : c’est là le fondement de toutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons, et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là les deux sources d’où découlent toutes les idées que nous avons, que nous pouvons avoir naturellement. »
John Locke, « Essai sur l’entendement humain », 1690.
« Il faut que nous recherchions comment nous arrivons à la connaissance de la cause et de l’effet. J’oserai affirmer, comme une proposition générale qui n’admet pas d’exception, que la connaissance de cette relation ne s’obtient, en aucun cas, par des raisonnements a priori, mais qu’elle naît entièrement de l’expérience quand nous trouvons que des objets particuliers sont en conjonction constante l’un avec l’autre. »
David Hume, « Enquête sur l’entendement humain », section IV, 1748.
« La théorie est l’hypothèse vérifiée après qu’elle a été soumise au contrôle du raisonnement et de la critique. Une théorie, pour rester bonne, doit toujours se modifier avec le progrès de la science et demeurer constamment soumise à la vérification et à la critique des faits nouveaux qui apparaissent. Si l’on considérait une théorie comme parfaite, et si on cessait de la vérifier par l’expérience scientifique, elle deviendrait une doctrine. »
Claude Bernard, « Principes de médecine expérimentale », PUF, 1987.
« La théorie de la relativité est un bel exemple du caractère fondamental du développement moderne de la théorie. C’est que les hypothèses de départ deviennent de plus en plus abstraites, de plus en plus éloignées de l’expérience (…) Un tel édifice théorique doit déjà être très perfectionné pour pouvoir conduire à des conséquences qui puissent être comparées avec l’expérience. Il est certain qu’ici également le fait expérimental est le juge suprême, mais sa sentence ne peut avoir lieu qu’en se basant sur un travail de la pensée long et difficile, qui a d’abord jeté un pont sur la vaste étendue qui sépare les axiomes des conséquences vérifiables. »
Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 172-173.
« … tout, chez les êtres vivants, vient de l’expérience, y compris l’innéité génétique, que ce soit le comportement stéréotypé des abeilles ou les cadres innés de la connaissance humaine. Mais pas de l’expérience actuelle, renouvelée par chaque individu, à chaque génération : de celle accumulée par l’ascendance entière de l’espèce au cours de l’évolution. Seule cette expérience puisée au hasard, seules ces tentatives innombrables, châtiées par la sélection, pouvaient, comme de tout autre organe, faire du système nerveux central un système adapté à sa fonction particulière. »
Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, 1970, p. 169.
« La physique quantique a obligé à reconsidérer cette prétendue neutralité de l’opération de mesure (…) Ses modalités pratiques mettent en place les conditions qui définissent une gamme de phénomènes possibles (…)
La nature des appareillages utilisés détermine donc le type des phénomènes observés.»
Etienne Klein, « Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 34-35.
« … les physiciens sont les premiers à le reconnaître : un siècle de recherches et d’expériences n’y a rien fait, cette théorie [la théorie quantique] défie l’entendement, à commencer par le leur. C’est pourquoi ils répètent de manière quasi obsessionnelle ces expériences dont ils connaissent déjà les résultats… mais qui ont de quoi rendre fou ! Certes, ils espèrent toujours en faire jaillir quelque chose d’inattendu, ils rêvent de constater un écart entre la théorie et la réalité expérimentale – car c’est ainsi que se jouent les plus grands progrès en sciences physiques. Et puis, maîtriser ces expériences extrêmement délicates permet souvent, à terme, de les faire déboucher sur des applications intéressantes (…) Mais la principale raison qui amène les physiciens à répéter à l’envi ces expériences est ailleurs (…) Comme le reconnaît Jean-Michel Raimond, de l’ENS, « Les expériences nous aident à nous familiariser, à réaliser l’irréalisable, à dompter notre intuition« . »
Roman Ikonicoff et Cécile Bonneau,
« La physique quantique rend-elle fou ? »,
Science&Vie n°1097, févr.2009, p. 46-48.
[…] (voir aussi Déterminisme et Expérience) […]
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