Idéalisme

(voir aussi Matérialisme et Solipsisme)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« — Et le moyen le plus sûr de le faire (observer ce qu’il y a de plus vrai), ne serait-ce pas d’aborder chaque chose, autant que possible, avec la pensée seule, sans admettre dans sa réflexion ni la vue, ni quelque autre sens, sans en traîner aucun avec le raisonnement ; d’user au contraire de la pensée toute seule et toute pure pour se mettre en chasse de chaque chose en elle-même et en sa pureté, après s’être autant que possible débarrassé de ses yeux et de ses oreilles et, si je puis dire, de son corps tout entier, parce qu’il trouble l’âme et ne lui permet pas d’arriver à la vérité et à l’intelligence, quand elle l’associe à ses opérations ? (…)
— C’est merveilleusement exact, Socrate… »

Platon (V e -IV e s. av. J.-C.),
« Phédon ».

 

 

« La table sur laquelle j’écris, je dis qu’elle existe : c’est-à-dire, je la vois, je la sens ; et si j’étais hors de mon bureau, je dirais qu’elle existe, entendant par là que si j’étais dans mon cabinet, je pourrais la percevoir, ou qu’un autre esprit la perçoit actuellement (…)
Car ce que l’on dit de l’existence absolue des choses qui ne pensent point, existence qui serait sans relation avec le fait qu’elles sont perçues, c’est ce qui m’est parfaitement inintelligible. Leur esse [existence] consiste dans leur percipi [la perception qu’on en a] et il n’est pas possible qu’elles aient une existence quelconque hors des esprits ou choses pensantes qui les perçoivent.
C’est, il est vrai, une opinion étrangement dominante parmi les hommes que les maisons, les montagnes, les rivières, tous les objets sensibles en un mot, ont une existence naturelle ou réelle, distincte du fait qu’ils sont perçus. »

George Berkeley,
« 
Principes de la connaissance humaine », 1710.

 

« Entraîné par cette preuve de la puissance de la raison, notre penchant à étendre nos connaissances ne voit plus de bornes. La colombe légère, lorsque, dans son libre vol, fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide. C’est ainsi que Platon, quittant le monde sensible qui enferme l’intelligence dans de si étroites limites, se hasarda, sur les ailes des idées, dans les espaces vides de l’entendement pur. Il ne s’apercevait pas que, malgré tous ses efforts, il ne pouvait progresser parce qu’il n’avait pas de point d’appui, de support sur lequel il pût faire fonds et faire progresser l’entendement. C’est le sort ordinaire de la raison humaine quand elle spécule, de construire son édifice en toute hâte, et de ne songer que plus tard à s’assurer de la solidité des fondations. »

Emmanuel Kant,
« Critique de la raison pure »,
1781.

 

«  Cette nouvelle théorie [la Relativité] postulait en effet que des observateurs se trouvant dans différents systèmes en mouvement les uns par rapport aux autres percevaient le monde différemment. L’observateur jouait donc un rôle dans la formation de la réalité physique. Il perdait celui de spectateur pour devenir une partie intégrante du système étudié.
Avec la mécanique quantique, ce rôle a pris une place encore plus centrale dans la théorie physique, devenant un élément essentiel de la définition d’un événement (…) ce qui explique que de nombreux chercheurs aient sérieusement considéré que la conscience faisait partie intégrante de la structure de la physique. Ces interprétations ont fait évoluer la science vers sa conception philosophique idéaliste, par opposition à la conception réaliste. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 46-47.