Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Cette superbe puissance ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer (…) cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité si elle l’était infaillible du mensonge. Mais étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux. Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages et c’est parmi eux que l’imagination a le grand droit de persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses (…) Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut, s’il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. »
Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 78.
« Nous ne sommes pas capables de descendre par l’imagination plus bas que par la sensation. En vain accole-t-on un nombre à l’image d’un objet pour marquer la petitesse de cet objet : l’imagination ne suit pas la pente mathématique. Nous ne pouvons plus penser que mathématiquement : du fait de la défaillance de l’imagination sensible, nous passons donc sur le plan de la pensée pure où les objets n’ont de réalité que dans leurs relations. »
Gaston Bachelard, « Le Nouvel Esprit scientifique », Alcan, 1934, p. 132.
« On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former les images. Or elle est plutôt la faculté de déformer des images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images (…) Grâce à l’imaginaire, l’imagination est essentiellement ouverte, évasive. Elle est dans le psychisme humain l’expérience même de l’ouverture, l’expérience même de la nouveauté. Plus que toute autre puissance, elle spécifie le psychisme humain. »
Gaston Bachelard, « L’air et les songes », 1943.
« La valeur authentique de l’imagination ne concerne pas seulement le passé, mais aussi le futur : les formes de la liberté et du bonheur qu’elle évoque tendent à libérer la réalité historique. C’est dans son refus d’accepter comme définitives les limitations imposées à la liberté et au bonheur par le principe de réalité, dans son refus d’oublier ce qui peut être que réside la fonction critique de l’imagination. »
Herbert Marcuse, « Éros et civilisation », 1955.