Immoralisme

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Les premiers principes de ma philosophie, Juliette, continua Mme Delbène, qui s’attachait plus particulièrement à moi depuis la perte d’Euphrosine, sont de braver l’opinion publique ; tu n’imagines pas à quel point, ma chère, je me moque de tout ce qu’on peut dire de moi. Et que peut faire au bonheur, je t’en prie, cette opinion de l’imbécile vulgaire ? Elle ne nous affecte qu’en raison de notre sensibilité ; mais si, à force de sagesse et de réflexion, nous sommes parvenues à émousser cette sensibilité au point de ne plus sentir ses effets, même dans les choses qui nous touchent le plus, il deviendra parfaitement impossible que l’opinion bonne ou mauvaise des autres puisse rien faire à notre félicité (…)
— Eh bien ! me dit Clairwil, qui revient la première de notre mutuel égarement, tu vois, Juliette, si la nature s’irrite des prétendus crimes de l’homme : elle pouvait nous engloutir, nous fussions mortes toutes deux dans le sein de la volupté… L’a-t-elle fait ? Ah ! Sois tranquille, il n’est aucun crime dans le monde qui soit capable d’attirer la colère sur nous : tous les crimes la servent, tous lui sont utiles, et quand elle nous les inspire, ne doute pas qu’elle n’en ait besoin. »

Donatien A. F. de Sade, « Histoire de Juliette », 1798.

 

« Dieu, la conscience, les devoirs, les lois sont des bourdes dont on nous a bourré la cervelle et le cœur. »

Max Stirner, « L’Unique et sa propriété », 1845.

 

 « … alors que nous autres immoralistes cherchons, de toutes nos forces, à faire disparaître de nouveau du monde l’idée de culpabilité et de punition, ainsi qu’à en nettoyer la psychologie, l’histoire, la nature, les institutions et les sanctions sociales, il n’y a plus à nos yeux d’opposition plus radicale que celle des théologiens qui continuent, par l’idée du « monde moral », à infester l’innocence du devenir, avec le « péché » et la « peine ». Le christianisme est une métaphysique de bourreau… »

Frédéric Nietzsche« Le Crépuscule des idoles », 1888.

« L’immoralisme, chez Nietzsche, suppose une lecture du monde par-delà le bien et le mal sans souci de la « moraline », cette toxine chrétienne qui infecte tout ce qu’elle touche. La volonté de puissance, qui nomme la force qui veut la vie dans la vie et rien d’autre n’aspire qu’à se répandre sans souci de vice ou de vertu, de bien ou de mal, de péché ou de mérite. La sexualité est ; la société la réprime ; les pathologies s’ensuivent. Freud y consent : la sienne [sa morale] propose de s’adapter à cet état de fait ; Gross s’y refuse : la sienne se veut révolutionnaire sur le terrain sexuel et politique. L’immoralité n’est pas l’amoralité, mais le refus de penser en regard de la morale judéo-chrétienne. »

Michel Onfray,
« Les freudiens hérétiques : Contre-histoire de la philosophie », vol. 8 Grasset, 2013,

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