Liberté

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. »

Denis Diderot,
« Encyclopédie »,Tome I, 1765.

 

« La liberté est égalité, parce que la liberté n’existe que dans l’état social, et que hors de l’égalité il n’y a pas de société.
La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité. »

Pierre-Joseph Proudhon,
« Qu’est ce que la propriété ?»
ch. V, 1840.

 

 « Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. »

 Henri Lacordaire, 52ième conférence, 1848.

 

 « La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d’un homme est libre sur une question déterminée, plus grande est la nécessité qui détermine la teneur de ce jugement ; tandis que l’incertitude reposant sur l’ignorance, – qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilités de décisions diverses et contradictoires –, ne manifeste précisément par là que sa non-liberté, sa soumission à l’objet qu’elle devrait justement se soumettre. »

Friedrich Engels,
« Anti-Dühring », 1878.

« Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l’homme libre, qui lui permettait de se déplacer, de sortir de son foyer, d’aller dans le monde et de rencontrer d’autres gens en actes et en paroles (…) Manifestement, la liberté ne caractérise pas toute forme de rapports humains et toute espèce de communauté. Là où des hommes vivent ensemble mais ne forment pas un corps politique – par exemple, dans les sociétés tribales ou dans l’intimité du foyer – les facteurs réglant leurs actions et leur conduite ne sont pas la liberté, mais les nécessités de la vie et le souci de sa conservation. »

Hannah Arendt,
« Qu’est-ce que la liberté ? », 1954.

 

 

«  Tout se passe comme si la lutte contre le réchauffement permettait de supprimer la frontière qui sépare, dans toute démocratie, le domaine public de la sphère privée : interdire les bains, se nourrir d’aliments biologiques, régler automatiquement la température dans les bureaux et les appartements, contrôler les déplacements professionnels. On assiste à un envahissement sournois de nos dernières plages de libertés privées. L’écologie, représentée ainsi sous la forme d’un mille-feuille mélangeant sciences sociales et sciences dures, est pour certains vécue comme une escroquerie scientifique et un nouveau culte totalitaire. »

 Geneviève Ferone et Jean-DidierVincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 150.

« Vouloir la vivacité, la subtilité, la délicatesse, l’élégance et la grâce en (s’) interdisant radicalement la moindre once de poids dans la relation sexuée et sexuelle, amoureuse et sensuelle. Une histoire devient libertine quand elle épargne absolument la liberté de l’un et de l’autre, son autonomie, son pouvoir d’aller et de venir à sa guise, d’user de sa puissance nomade. »

 Michel Onfray,
« Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire »,
Le livre de Poche, 2001.

« … nombre de pédagogues ou de managers bien formés, ou naturellement « libéraux », ne manquent pas d’en appeler eux aussi à la liberté de ceux qui sont leurs obligés pour obtenir de tels effets. C’est ainsi que les élèves ou les employés assument quotidiennement leur soumission en faisant librement ce qu’ils doivent faire. Nous avons appelé cette forme d’obéissance la « soumission librement consentie ». Elle présente la particularité non seulement d’amener les gens à faire ce qu’ils doivent faire – ce qui est le propre de toute soumission – mais encore à penser ce qu’ils doivent penser pour légitimer ce qu’ils font et même à trouver dans cette légitimité les raisons de persévérer, voire d’en faire encore davantage. Cette soumission est finalement favorisée par l’idéologie libérale qui, avec ses grandes valeurs psychologiques, apprend aux gens à se considérer et à se vivre comme des individus libres et responsables. »

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Influence et manipulation »
in
Jean-Vincent Holeindre, dir., « Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, p. 106.