(voir aussi Responsabilité)
Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Qu’une chose infime dévie un rien de sa ligne, qui serait capable de s’en rendre compte ? Mais si tous les mouvements étaient enchaînés dans la nature, si toujours d’un premier naissait un second suivant un ordre rigoureux ; si, par leur clinamen, les atomes ne provoquaient pas un mouvement qui rompe les lois de la fatalité, et qui empêche que les causes ne se succèdent à l’infini, d’où viendrait donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants ; d’où viendrait cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ? »
Lucrèce (1er s. av. J.-C.)
« De Natura Rerum » II, 219.
« Il nous est toujours libre de nous empêcher de poursuivre un bien qui nous est clairement connu, ou d’admettre une vérité évidente, pourvu seulement que nous pensions que c’est un bien de témoigner par là la liberté de notre franc arbitre. »
René Descartes, « Lettre à Mesland »,1645.
« … un petit enfant croit désirer librement le lait, un jeune garçon en colère vouloir se venger, et un peureux s’enfuir. Un homme ivre aussi croit dire d’après un libre décret de l’esprit ce que, revenu à son état normal, il voudrait avoir tu ; de même le délirant, le bavard, l’enfant et beaucoup de gens de même farine croient parler selon un libre décret de l’esprit, alors que pourtant ils ne peuvent contenir leur envie de parler. L’expérience elle-même n’enseigne donc pas moins clairement que la Raison que les hommes se croient libres pour la seule raison qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. »
Spinoza, « Éthique », III, pr.1. 1677.
« Vous voulez monter à cheval ; pourquoi ? C’est, dira un ignorant, parce que je le veux. Cette réponse est un idiotisme ; rien ne se fait ni ne se peut faire sans raison, sans cause : votre vouloir en est donc une. Quelle est-elle ? L’idée agréable de monter à cheval qui se présente dans votre cerveau, l’idée dominante, l’idée déterminante. Mais, direz-vous, ne puis-je résister à une idée qui me domine ? Non, car quelle serait la cause de votre résistance ? aucune. Vous ne pouvez obéir par votre volonté qu’à une idée qui vous dominera davantage.
Or vous recevez toutes vos idées ; vous recevez donc votre vouloir, vous voulez donc nécessairement… »
Voltaire
« Dictionnaire philosophique », tome V, Dalibon Librairie, Paris, 1825, p. 273.
« Puisque c’est moi qui agis ainsi, celui qui peut agir autrement n’est plus moi ; et assurer qu’au moment où je fais ou dis une chose, j’en puis dire ou faire une autre, c’est assurer que je suis moi et que je suis un autre ! »
Denis Diderot,
« Entretien entre d’Alembert et Diderot », Garnier-Flammarion, 1965, p. 157.
« Il croyait qu’un homme s’acheminait aussi nécessairement à la gloire ou à l’ignominie, qu’une boule qui aurait la conscience d’elle-même suit la pente d’une montagne ; et que, si l’enchaînement des causes et des effets qui forment la vie d’un homme depuis le premier instant de sa naissance jusqu’à son dernier soupir nous était connu, nous resterions convaincus qu’il n’a fait que ce qu’il était nécessaire de faire. »
Denis Diderot,
« Jacques le fataliste », 1796.
« Ce serait donc par la vertu de son intelligence que chaque homme deviendrait ce qu’il est : il arriverait en ce monde à l’état de zéro moral (…) Mis en présence d’une chose, il commencerait par la reconnaître pour bonne, en suite de quoi il la voudrait ; tandis qu’en fait, il la veut d’abord, et alors la déclare bonne. À mon sens d’ailleurs, c’est [le libre-arbitre d’indifférence] prendre en tout le contrepied du véritable rapport des choses. »
Arthur Schopenhauer,
« Le monde comme volonté et représentation », (1819) Burdeau, 1912, t. I, p. 106.
« Tout évolue, tout réagit : la pierre et l’homme. Il n’y a pas de matière inerte. Je n’ai donc aucun motif pour attribuer plus de liberté individuelle à mon activité que je n’en attribue aux transformations plus lentes d’un cristal. Ma vie résulte d’une lutte incessante entre mon organisme et le milieu où je baigne : j’agis donc, à chaque instant, selon mes réactions particulières, c’est-à-dire pour des raisons qui n’appartiennent qu’à moi seul : ce qui donne aux autres l’illusion que je suis libre de mes actes. Mais en aucun cas je n’agis librement : aucune de mes déterminations ne pourrait être différente de ce qu’elle est. Le libre-arbitre équivaudrait au pouvoir d’accomplir un miracle, de dévier les rapports des causes aux effets. C’est une conception métaphysique qui prouve simplement l’ignorance où nous avons été si longtemps, et où nous sommes encore, des lois auxquelles nous obéissons. »
Roger Martin du Gard,
« Jean Barois », Gallimard, Folio, 1921, p. 348-349.
« De même que le futur revient sur le présent et le passé pour l’éclairer, de même c’est l’ensemble de nos projets qui revient en arrière pour conférer au mobile sa structure de mobile. »
Jean-Paul Sartre,
« L’Être et le Néant », Gallimard, 1943, p. 512.
« Il faut aussi savoir se servir de ce cerveau et, par conséquent, vouloir et savoir être libre. »
Paul Chauchard,
« La morale du cerveau », Flammarion, 1962.
Dieu répond au mortel qui le supplie d’être délivré de son libre arbitre :
« On emploie souvent « je suis déterminé à faire ceci » pour » j’ai choisi de faire ceci ». Cette assimilation psychologique devrait révéler que le déterminisme et le choix sont beaucoup plus proches qu’il n’y paraît. Tu pourrais évidement arguer que la doctrine du libre arbitre dit que c’est toi qui te détermines, alors que la doctrine du déterminisme semble dire que tes actes sont déterminés par quelque chose d’apparemment extérieur à nous. Mais cette confusion est due en grande partie à ta division de la réalité en « toi », d’une part, et « ce qui n’est pas toi », d’autre part. Mais où t’arrêtes-tu et où commence le reste de l’univers ? Ou encore, où s’arrête le reste de l’univers et où commences-tu ? Une fois que tu as vu ce qu’on appelle « toi » et ce qu’on appelle la « nature » comme un tout continu (…) l’embrouillamini entre le libre arbitre et le déterminisme disparaît alors. »
Raymond Smullyan, « Dieu est-il taoïste ? »,
cité par D. Hofstadter et D. Dennett, « Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 340.
« La liberté est illusoire, elle n’est que capacité à développer, à exploiter les dons reçus et acquis (…) Elle est cependant nécessaire pour que chaque homme ait le sentiment de contribuer au patrimoine culturel de son espèce… »
Philippe Meyer,
« L’illusion nécessaire », Plon-Flammarion, 1992, p. 219.
« Il existe aussi une raison darwinienne de croire au libre arbitre. Une société dans laquelle l’individu se sent responsable de ses actes a de meilleures chances de travailler de concert et de perdurer pour répandre ses valeurs (…)
Le concept de libre arbitre appartient à un domaine différent de celui des lois fondamentales de la science. Si on essaie de déduire le comportement humain des lois scientifiques, on tombe dans le piège que représente le paradoxe logique des systèmes autoréférentiels. Si ce que l’on fait peut être prédit par les lois fondamentales, alors le fait d’effectuer cette prédiction peut changer ce qui va se produire. »
Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 172.
« Seul un sujet conscient d’être sujet peut lutter contre sa subjectivité (…) peut concevoir son auto-égo-centrisme et tenter de se décentrer par l’esprit, en s’inscrivant dans un circuit trans-subjectif supérieur… »
Edgard Morin,
« La complexité humaine », Champs essais, 2008, p. 309.
« Le libre-arbitre ? Autant prétendre se soulever soi-même en se tirant les cheveux ! Comment pourrait-on à la fois « se déterminer » et se libérer de tout déterminisme, et donc de motivation ? Et en l’absence de toute détermination, qu’est-ce qui nous déciderait à agir ? »
Yves Thelen, La liberté de l’automate
« … pour les laïques, prétendre qu’il existerait une liberté à l’échelle de l’homme, alors même que l’on reconnaîtrait à Dieu une omniscience, apparaît comme un argument irrecevable (…) Dieu ne peut ignorer le choix que posera tel ou tel homme. Le hasard de l’option de la conscience humaine est fallacieux, car le « croupier céleste » connaît à l’avance les combinaisons que jouera le client. »
Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 255.
« Pour moi, la situation est très claire : non seulement le libre arbitre existe, mais il vient logiquement avant la science, la philosophie et notre capacité à raisonner. Sans libre arbitre, pas de raisonnement. En conséquence, il est tout simplement impossible pour la science et la philosophie de nier le libre arbitre. »
Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 127.
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