Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« … l’esprit et l’âme naissent et meurent avec le corps (…) quand l’effort puissant des années a courbé le corps, émoussé les organes et épuisé les forces, le jugement chancelle et l’esprit s’embarrasse comme la langue : tout manque et fait défaut à la fois. Il est donc naturel que l’âme se décompose aussi et se dissipe comme une fumée dans les airs, puisque nous la voyons, comme le corps, naître, s’accroître et succomber à la fatigue des ans. »
Épicure (341-270 av. J.-C.)
in Jean Brun, « Épicure et les épicuriens », PUF, 1997, p. 106.
« La terre, l’eau, le feu et l’air sont de nature périssable ; il doit donc en être de même de la nature entière. En effet, les parties d’un tout ayant été formées par l’union et la rencontre de la matière première, c’est-à-dire d’éléments mortels, le tout qui est composé de ces parties est assujetti aux mêmes lois de destruction. Puisqu’on voit que les vastes parties du monde se détruisent et se réparent successivement, on peut dire que le ciel et la terre, ayant eu un commencement, auront une fin. »
Lucrèce (99-55 av. J.-C.), « De la nature », V.
« Que l’homme cesse donc de chercher hors du monde qu’il habite des êtres qui lui procurent un bonheur que la nature lui refuse : qu’il étudie cette nature, qu’il apprenne ses lois, qu’il contemple son énergie et la façon immuable dont elle agit ; qu’il applique ses découvertes à sa propre félicité, et qu’il se soumette en silence à des lois auxquelles rien ne peut le soustraire ; qu’il consente à ignorer les causes entourées pour lui d’un voile impénétrable ; qu’il subisse sans murmurer les arrêts d’une force universelle qui ne peut revenir sur ses pas, ou qui jamais ne peut s’écarter des règles que son essence lui impose.
On a visiblement abusé de la distinction que l’on a faite si souvent de l’homme physique et de l’homme moral. L’homme est un être purement physique ; l’homme moral n’est que cet être physique considéré sous un certain point de vue, c’est-à-dire, relativement à quelques-unes de ses façons d’agir, dues à son organisation particulière. »
Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach, (1770),
« Système de la nature ou des lois du monde physique et du monde moral ».
« Le lien entre matérialisme et insécurité permet d’expliquer pourquoi des pays aussi différents que les États-Unis et la Chine présentent un tel niveau de matérialisme. L’insécurité y est endémique. Le génie de ce système fondé sur l’insécurité est qu’il est auto-alimenté. Plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; et plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Kasser a démontré que les valeurs matérialistes (en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique) engendrent de l’angoisse, nous rendent plus sujets à la dépression et moins coopératifs.
Des études ont montré que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’un épanouissement durable – construire des relations solides, s’accepter tel qu’on est, appartenir à une communauté –, mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforcent de les en détourner dans le seul but de les faire travailler plus et dépenser plus. »
Madeleine Bunting,
article paru dans « The Guardian » à propos du livre
« The High Price of Materialism » de Tim Kasser.
« … les biologistes, qui postulaient que l’esprit humain avait un rôle privilégié dans la hiérarchie de la nature, ont évolué, bon gré, mal gré, vers le matérialisme à tout crin qui caractérisait la physique du XIX e siècle. Dans le même temps, les physiciens, confrontés à des preuves expérimentales écrasantes, se sont éloignés des modèles strictement mécaniques de l’univers pour adopter un point de vue qui fait de l’esprit une partie intégrante de tous les événements physiques. C’est comme si ces deux disciplines étaient montées dans des trains à grande vitesse roulant dans des directions opposées et s’ignorant mutuellement. »
D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit »,
InterÉditions, 1987, p. 43.
« … la science des XVIII° et XIX° siècles avait abouti au triomphe du matérialisme mécaniste, qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles, agencement réglé par diverses forces d’interaction qu’ils exerçaient entre eux (…) Le fait que ces morceaux de matière se soient révélés n’être en réalité que des abstractions mathématiques, non locales, c’est-à-dire pouvant s’étendre sur tout l’espace, et de plus n’obéissant pas au déterminisme, a porté un coup fatal à ce matérialisme » classique« . Certes, le matérialisme est encore possible, mais un matérialisme » quantique« qu’il faudrait appeler « matérialisme fantastique« ou « matérialisme de science-fiction « .
Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques »,
La Découverte/Poche, 2007, p. 125.
[…] aussi Matérialisme et […]
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