Métaphysique

(voir aussi Pourquoi ?)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Enfin Micromégas leur dit : Puisque vous savez si bien ce qui est hors de vous, sans doute vous savez encore mieux ce qui est en-dedans. Dites-moi ce que c’est que votre âme, et comment vous formez vos idées. Les philosophes parlèrent tous à-la-fois comme auparavant ; mais ils furent tous de différents avis. Le plus vieux citait Aristote, l’autre prononçait le nom de Descartes ; celui-ci, de Malebranche ; cet autre, de Leibnitz ; cet autre, de Locke. Un vieux péripatéticien dit tout haut avec confiance : l’âme est une entéléchie, et une raison par qui elle a la puissance d’être ce qu’elle est. C’est ce que déclare expressément Aristote, page 633 de l’édition du Louvre. Il cita le passage. Je n’entends pas trop bien le grec, dit le géant. Ni moi non plus, dit la mite philosophique. Pourquoi donc, reprit le Sirien, citez-vous un certain Aristote en grec ? C’est, répliqua le savant, qu’il faut bien citer ce qu’on ne comprend point du tout dans la langue qu’on entend le moins. »

Voltaire, « Micromégas », 1752.

« Par métaphysique, j’entends tout ce qui a la prétention d’être une connaissance dépassant l’expérience, c’est-à-dire les phénomènes donnés, et qui tend à expliquer par quoi la nature est conditionnée dans un sens ou dans l’autre, ou, pour parler vulgairement, à montrer ce qu’il y a derrière la nature et qui la rend possible.
Excepté l’homme, aucun être ne s’étonne de sa propre existence, c’est pour tous une chose si naturelle, qu’ils ne la remarquent même pas (…) De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l’homme seul. »

Arthur Schopenhauer,
ch. XVII du supplt. au « Monde comme volonté et comme représentation », 1913.

 

 « … il est vain d’échafauder, pour expliquer l’inconnaissable, des hypothèses qui n’ont aucun base expérimentale. Il est temps que nous nous guérissions de notre délire métaphysique, et que nous renoncions enfin aux pourquoi sans réponse que notre hérédité mystique nous incite encore à poser. »

Roger Martin du Gard, « Jean Barois », Gallimard, Folio, 1921, p. 350.

 

« Nous appelons métaphysique [en effet], l’étude des processus individuels qui ont donné naissance à ce monde-ci comme totalité concrète et singulière. En ce sens, la métaphysique est à l’ontologie comme l’histoire à la sociologie. »

Jean-Paul Sartre,
« L’être et le néant », Gallimard, 1943, p. 683.

« … depuis deux cents ans, les philosophes continuent à s’agiter « comme si » la Critique de la Raison pure n’avait jamais été formulée ni démontrée (…) Comment se fait-il, demande-t-il [Kant, 1871], que la métaphysique, en vingt siècles d’existence, n’ait pu produire aucune certitude admise par tous et irréfutablement démontrée, se bornant à multiplier des écoles qui s’excommunient entre elles (…)
L’erreur des métaphysiciens, argumente Kant, a été, à toutes les époques, de confondre la cohérence interne des raisonnements, l’impression de rigueur que peut donner une déduction de concepts, impeccables quant à la forme, avec la connaissance des réalités extérieures à l’esprit humain et de leurs lois. Une construction intellectuelle peut se présenter comme une démonstration convaincante pour la raison humaine, sans néanmoins qu’aucun objet connaissable ni même existant n’y corresponde. La raison a cette capacité de s’illusionner elle-même en se figurant connaître un objet parce qu’elle a édifié une théorie. Cette capacité engendre des dogmes, non des connaissances, et c’est pourquoi Kant la nomme pensée dogmatique. »

Jean-François Revel,
« Histoire de la philosophie occidentale», Nil, Pocket, 1994, p. 515-516.

Une réflexion sur “Métaphysique

Les commentaires sont fermés.