Mondialisation

(voir aussi Alter-mondialisme et Croissance)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Aujourd’hui les numéros consomment une sous-culture à diffusion mondiale instantanée. À Vannes, à San Francisco, à Odessa, dans les buildings interchangeables de la promiscuité universelle, l’enchaînement du quotidien est atterrant de similitude (…) Quelque part en un point de la circonférence, quelqu’un lance un air de twist ou un motet d’Albinoni, et les cinq continents se trouvent programmés (…) Tout cela file de cervelle en cervelle, à hauteur d’homme, comme un nuage de flèches qui encercle la terre (…) ça jaillit, ça circule dans les boîtes crâniennes de l’infernale champignonnière, dans la fosse commune des agités vivants. »

Raymond Borde,
« L’extricable », Le Terrain Vague, 1970, p. 67-68.

 

 « À notre époque de mondialisation libérale, le marché est l’instrument par excellence de l’unique pouvoir digne de ce nom, le pouvoir économique et financier. Celui-ci n’est pas démocratique puisqu’il n’a pas été élu par le peuple, n’est pas géré par le peuple, et surtout parce qu’il n’a pas pour finalité le bonheur du peuple. »

José Saramago,
« Que reste-t-il de la démocratie ? », http://www.monde-diplomatique.fr/2004.

«  La situation est simple : les forces du marché prennent en main la planète (…) Si cette évolution va à son terme, l’argent en finira avec tout ce qui peut lui nuire, y compris les États, qu’il détruira peu à peu (…) tout sera privé, y compris l’armée, la police et la justice. L’être humain sera alors harnaché de prothèses, avant de devenir lui-même un artefact, vendu en série à des consommateurs devenant eux-mêmes artefacts (…)
Enfin, si la mondialisation peut être contenue sans être refusée, si le marché peut être circonscrit sans être aboli, si la démocratie peut devenir planétaire tout en restant concrète, si la domination d’un empire sur le monde peut cesser, alors s’ouvrira un nouvel infini de liberté, de responsabilité, de dignité, de dépassement, de respect de l’autre. »

Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir »,
Fayard, 2006, avant-propos, p. 9-11.

« Au nombre des répertoires topiques associés à la mondialisation, on comptera ainsi la soumission du politique à l’économique, avec pour présupposé leur artificielle dissociation ; la domination sans faille d’une idéologie « ultra- » ou « néo-libérale » ou, plus classiquement, libérale ; la disparition de la classe dominante au profit de flux financiers « sans visages » ; l’avènement de « transnationales » mondiales à l’actionnariat géographiquement éclaté et au management apatride ; ou encore la condamnation d’un capitalisme « parasitaire« , celui des fonds de pension anglo-saxons, et la reconnaissance a contrario d’un capitalisme « sain« , celui de l’industrie, des biens et services (…)
… alors même que le politique est donné pour chancelant, impuissant pour ne pas dire absent, l’économique est perçu, à son tour, comme immatériel, impalpable, sinon même étranger dans tous les sens du terme (…)
… un constat s’impose donc : la négation de tout rattachement des entreprises à une quelconque puissance nationale est bien faite, consciemment ou non, pour empêcher toute réflexion sur les relations organiques entre État et capital ; et pour évacuer, par la même occasion, la problématique des responsabilités proprement politiques dans l’évolution actuelle du monde. »

Geoffrey Geuens
in « Les nouveaux mots du pouvoir », Durand dir.,
Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 258-260.

 

 « La mondialisation actuelle a certes des précédents, mais elle est singulière. Elle est la combinaison de trois « globalisations » : globalisation des firmes, globalisation de la finance et globalisation numérique. Nous la caractérisons comme une généralisation des compétitions : mise en compétition généralisée de l’ensemble des territoires et des sédentaires qui les habitent par les firmes globales, des acteurs nomades par excellence ; mise en compétition généralisée des firmes globales par les investisseurs institutionnels de la finance globale de marché. Ce processus aggrave fortement certaines inégalités et en réduit spectaculairement d’autres (…) La mondialisation favorise les émergences rapides et provoque des fragmentations. Elle n’unifie pas le monde, elle le morcelle. »

Pierre-Noël Giraud, « La Mondialisation, émergences et fragmentations »
Sciences Humaines Éditions, 2012, conclusion, p. 8.

 

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