Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! »
Rouget de Lisle,
« La Marseillaise », 3° couplet, 1792.
Refrain: Ils ne le dompteront pas [le Lion de Flandre],
tant qu’un Flamand vivra,
Tant que le Lion pourra griffer,
tant qu’il aura des dents.V. La vengeance a sonné, et, las des harcèlements,
L’œil en feu, furieux, il saute sur l’ennemi,
Déchire, détruit, écrase, couvre de sang, de boue
Et, triomphant, ricane sur le corps tremblant de l’ennemi.
Chant « Vlaamse Leeuw »,
Hippoliet Peene, 1847.
« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis (…) Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. »
Ernest Renan, 1882.
conférence « Qu’est-ce qu’une nation? ».
« On soutient que le désarmement moral doit précéder le désarmement matériel. On soutient aussi, avec raison, que le plus grand obstacle à l’ordre international, c’est le nationalisme poussé à l’extrême, qui porte aussi le nom sympathique de patriotisme, dont on a mésusé. Cette idole a acquis, dans les cent cinquante dernières années, une puissance sinistre et extrêmement funeste (…)
Vous appelez tout cela [le sionisme] du nationalisme – et non tout à fait à tort. Mais un effort pour créer une communauté, sans laquelle nous ne pouvons ni vivre ni mourir dans ce monde hostile, peut toujours être désigné de ce vilain nom. C’est en tout cas un nationalisme qui ne recherche pas la puissance, mais la dignité et le recouvrement de la santé. Si nous n’étions pas obligés de vivre parmi des hommes intolérants, bornés et brutaux, je serais le premier à rejeter tout nationalisme en faveur de l’humanité universelle. »
A. Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 75, 135-136.
« Nous sommes très sensibles aux émotions, mais en même temps très capables d’être sélectifs dans notre attribution de l’âme. Comment les Nazis ont-ils pu se convaincre qu’il était juste de tuer les Juifs ? Pourquoi les Américains voulaient-ils tant « nettoyer les jaunes » pendant la guerre du Viêt-Nam ? Il semble que des émotions d’un type particulier – le patriotisme – puissent servir de vanne régulatrice, contenant les autres émotions qui nous permettent de nous identifier, de nous projeter – de voir notre victime comme (un reflet de) nous-mêmes. »
D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 122.