Péché

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Si un homme – que ce soit ici ou là, aujourd’hui ou demain, de telle manière ou autrement, peu importe – meurt en état de péché mortel, sans pénitence et sans réparation, alors qu’il avait la possibilité de réparer et qu’il ne l’a pas fait, le diable lui arrache l’âme du corps, lui causant tant d’angoisse et de tourment que nul ne peut s’en faire une idée sauf celui qui en est la victime. Talents, pouvoir, science et sagesse, tout ce qu’il pensait avoir lui sera enlevé. Il le laisse à des parents et à des amis qui emportent et se partagent ses biens et qui disent ensuite : « Maudite soit son âme ! Il aurait pu nous donner bien davantage, et amasser plus qu’il n’a amassé !  » Le corps est la proie des vers. Ainsi a-t-il perdu et son corps et son âme en ce monde qui passe si vite, et il ira en enfer où il sera tourmenté sans fin. »

 Saint François d’Assise,
« Lettre à tous les fidèles »,
(XIII e s.)


«  Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu, et il est si nécessaire qu’il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste. »

Blaise Pascal,
« Pensées », (1669) Garnier, 1964, p. 198.

 

 « Pour un catholique père de famille, convaincu qu’il faut pratiquer à la lettre les maximes de l’évangile sous peine de ce qu’on appelle l’enfer, attendu l’extrême difficulté d’atteindre à ce degré de perfection que la faiblesse humaine ne comporte point, je ne vois d’autre parti que de prendre son enfant par un pied, et que de l’écraser contre la terre, ou que de l’étouffer en naissant. Par cette action il le sauve du péril de la damnation et lui assure une félicité éternelle. »

Denis Diderot,
« Pensées philosophiques », 1746, LXIX.

 

 « … il n’est ni affreux ni absolu, ce néant. N’ai-je pas sous mes yeux l’exemple des générations et régénérations perpétuelles de la nature ? Rien ne périt, mon ami, rien ne se détruit dans le monde ; aujourd’hui homme, demain ver, après-demain mouche, n’est-ce pas toujours exister ? Et pourquoi veux-tu que je sois récompensé de vertus auxquelles je n’ai nul mérite, ou puni de crimes dont je n’ai pas été le maître ; peux-tu accorder la bonté de ton prétendu dieu avec ce système et peut-il avoir voulu me créer pour se donner le plaisir de me punir, et cela seulement en conséquence d’un choix dont il ne me laisse pas maître ? »

Donatien A. F. de Sade,
« Dialogue entre un prêtre et un moribond »
, 1782.

 

 « Pitié mon Dieu, pitié mon Père
Je sens le poids de mon péché,
Je sais que grande est ma misère,
Mais bien plus grande est ta bonté »

Psaume.

« … la culpabilité intérieure, dont le péché est l’expression en raccourci, est une fiction morale recouvrant un état émotionnel pénible dû à la tension interne d’une conduite inachevée : tendance interdite, désir contrarié, émoi naturel ou spontané séparé de l’action. »

Ange Hesnard,
« Morale sans péché », P.U.F. 1954, p. 59.

 

 « L’idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C’est une idée absolument indigne d’hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s’avilissent en déclarant qu’ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d’autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n’est pas digne d’êtres qui se respectent (…) Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

Bertrand Russell,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien »,
conf. 1927, J-J Pauvert, 1964.

« Quant à l’affaire de la pomme, il fallait le planter ailleurs, votre arbre, ou ne pas créer Adam à votre image. En l’occurrence l’interdiction équivalait à un encouragement, n’importe quel pédagogue vous le dira. Ce n’est pas le diable qui a tenté notre ancêtre, c’est vous qui avez tenté le diable. »

Robert Escarpit,
« Lettre ouverte à Dieu », Albin Michel, 1966, p. 101.