(voir aussi Sens)
Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« …raisonner est l’emploi de toute ma maison
et le raisonnement en bannit la raison »
Molière, « Les femmes savantes », 1672.
« Je vois par exemple que deux fois deux font quatre, et qu’il faut préférer son ami à son chien; et je suis certain qu’il n’y a point d’homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l’esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu’il y ait une Raison universelle qui m’éclaire, et tout ce qu’il y a d’intelligences. »
Nicolas Malebranche,
« De la Recherche de la vérité », 1675.
« Comme, en effet, il est naturel à l’homme de prendre pour guide de ses actes sa propre raison, il arrive que les défaillances de l’esprit entraînent facilement celles de la volonté ; et c’est ainsi que la fausseté des opinions, qui ont leur siège dans l’intelligence, influe sur les actions humaines et les vicie (…) Ce n’est pas vainement que Dieu a fait luire dans l’esprit humain la lumière de la raison; et tant s’en faut que la lumière surajoutée de la foi éteigne ou amortisse la vigueur de l’intelligence ; au contraire, elle la perfectionne et, en augmentant ses forces, la rend propre à de plus hautes spéculations. »
Pape Léon XIII, 1879.
« Si j’analyse le processus qu’exprime la proposition « je pense », j’obtiens toute une série d’affirmations téméraires qu’il est difficile, peut être impossible de fonder ; par exemple, que c’est moi qui pense, qu’il faut qu’il y ait un quelque chose qui pense, que la pensée est le résultat de l’activité d’un être conçu comme cause, qu’il y a un « je », enfin que ce qu’il faut entendre par pensée est une donnée déjà bien établie, – que je sais ce qu’est penser. Car si je n’avais déjà en mon for intérieur tranché la question, quel critère me permettrait de décider si cet acte intérieur n’est pas « vouloir » ou « sentir » ? ».
Frédéric Nietzsche, « Par delà le bien et le mal », 1886.
« Le rationalisme absolu qui reste de mode ne permet de considérer que des faits relevant étroitement de notre expérience (…) Sur la foi de ces découvertes [celles de Freud], un courant d’opinion se dessine enfin, à la faveur duquel l’explorateur humain pourra pousser plus loin ses investigations, autorisé qu’il sera à ne plus seulement tenir compte des réalités sommaires. L’imagination est peut-être en train de reprendre ses droits. »
André Breton, « Manifeste du surréalisme », Kra, 1924.
« … la science instruit la raison. La raison doit obéir à la science (…) la doctrine traditionnelle d’une raison absolue et immuable n’est qu’une philosophie. C’est une philosophie périmée. »
Gaston Bachelard, « La philosophie du non », PUF, 1940.
« Il est curieux de constater – et la relativité n’est pas la seule à nous le montrer – qu’à mesure que le raisonnement progresse, il prétend de moins en moins être à même de prouver. Autrefois la logique était censée nous apprendre à raisonner ; à présent, elle enseigne plutôt à s’abstenir de raisonner. »
Bertrand Russel, « ABC de la relativité », 10/18 n° 233, p. 181.
« Je ne crois pas que l’homme ait à sa disposition d’autre moyen de connaître que sa raison. Moyen imparfait, sans nul doute ; et je conviens que peut-être les jugements où elle nous porte sont, par construction, entachés d’erreur (…) Mais ces risques, nous ne saurions faire autrement que de les courir, et je doute que nous ayons quoi que ce soit à gagner à faire d’emblée intervenir l’irrationnel dans le champ de ce qui nous paraît être le connaissable. »
Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 16-18.
« Quand nous avons dépassé les savoirs, alors nous avons la connaissance. La raison fut une aide ; la raison est l’entrave. »
Sri Aurobindo, « Aperçus et Pensées », 1956.
« Une des affirmations favorites de Marvin Minsky, c’est : « La logique ne s’applique pas au monde réel« . D’une certaine façon, c’est vrai. C’est d’ailleurs un des obstacles qui se dressent devant les chercheurs en intelligence artificielle : il faut qu’ils se rendent compte que l’on ne peut fonder aucune intelligence sur le seul raisonnement ; ou plutôt que le raisonnement isolé est impossible, parce que le raisonnement dépend de l’organisation préalable de tout un système de concepts (…) La faculté de raisonner doit être disposée à accepter les premières caractérisations d’une situation qui lui est présentée par la faculté de percevoir, mais ensuite, si elle a des doutes sur ces données, la faculté de perception doit à son tour être prête à accepter ces doutes et à revenir en arrière pour réinterpréter la situation, ce qui crée une boucle continue entre les niveaux. C’est justement de cette interaction entre les sous-êtres qui perçoivent et les sous-êtres qui raisonnent que naît un être entier, un Mortel.»
D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’Esprit », InterÉditions, 1987, p. 345.
« L’argument du rêve, l’exemple de l’hallucination, ou toute autre manière plus ou moins sophistiquée d’insister sur le fait que la certitude de la représentation n’implique jamais celle du représenté, pointent notre incapacité à sortir de nous-mêmes pour constater de l’extérieur, et comme « de profil », que le perçu existe bien en dehors de la perception que nous en avons (…) La raison se prend ici à son propre piège : cherchant une certitude absolue qu’elle ne saurait trouver ailleurs que dans la pensée, elle fait de tout ce qui n’est pas elle quelque chose d’incertain, ce qui la situe aux parages de la folie. La raison qui trouve en elle-même le seul moyen de satisfaire son désir de certitude absolue est aussi bien en passe de définitivement se perdre. »
Antoine Grandjean,
« Le piège du solipsisme ou de l’absence du monde », M-Editer, 2011, p. 13-14.
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