Révolution

Révolution

 

« La révolution veut changer les institutions. La révolte consiste à refuser de se laisser gouverner par des institutions. »

Johann Kaspar Schmidt dit Max Stirner (1806-1856)

 

 « Pour moraliser la société actuelle, nous devons commencer d’abord par détruire de fond en comble toute cette organisation politique et sociale fondée sur l’inégalité, sur le privilège, sur l’autorité divine et sur le mépris de l’humanité ; et après l’avoir reconstruite sur les bases de la plus complète égalité, de la justice, du travail, et d’une éducation rationnelle uniquement inspirée par le respect humain, nous devons lui donner l’opinion publique pour garde et, pour âme, la liberté la plus absolue.
« La révolution sociale anarchiste (…) surgit d’elle même, au sein du peuple, en détruisant tout ce qui s’oppose au débordement généreux de la vie populaire, afin de créer ensuite, à partir des profondeurs mêmes de l’âme populaire, les nouvelles formes de la vie sociale libre. »

Michel Bakounine, « Catéchisme révolutionnaire », 1865. 

 

 

« Quand les fils de pauvres seront le nombre, quand ils auront assez manqué de pain pour savoir que vous ne leur en donnerez pas, nous les rassemblerons sur la place et nous leur dirons : « Mes fils ! Allez et taillez-vous chez les riches, taillez-vous à coups de couteau de quoi manger plus que vous-mêmes et plus que vos pères n’ont mangé… Frappez-les au visage afin qu’ils apprennent que vos droits, que votre justice et que vos principes sont plus forts que les leurs. » »

Charles-Louis Philippe, « Le Canard sauvage », 1903.

 

« … quand une civilisation n’a pas dépassé le stade où la satisfaction d’une partie de ses participants a pour condition l’oppression des autres, peut-être de la majorité, ce qui est le cas pour toutes les civilisations actuelles, il est compréhensible qu’au cœur des opprimés grandisse une hostilité intense contre la civilisation rendue possible par leur labeur, mais aux ressources de laquelle ils ont une trop faible part. »

Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion », (1927), PUF, 1999.

 

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

John Fitzgerald Kennedy

«  La révolution n’est [donc] pas affaire idéale, destinée à produire ses effets demain, en permettant aujourd’hui les pires exactions de la part de ces prétendus révolutionnaires animés la plupart du temps par le ressentiment doublé d’une forte passion pour la pulsion de mort, mais possibilité, hic et nunc, de changer les choses (…)
Avec un socialisme libertaire actionné selon la mécanique des microrésistances concrètes, on voit alors le féministe sur le papier, l’antiraciste sous les calicots, l’écologiste des banderoles, l’antifasciste au mégaphone, le révolutionnaire au balcon, tenus d’être féministes dans leurs relations amoureuses, antiracistes au quotidien, écologistes dans leurs habitudes, leurs comportements, leurs faits et gestes, antifascistes dans toutes leurs relations intersubjectives – avec leurs enfants, leurs proches, leurs familles, leurs collègues de travail, leurs voisins de table, de transport en commun, leurs congénères dans la rue et toute autre situation concrète… »

Michel Onfray, « Manifeste hédoniste », Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 62-63.

 

« … que ces trois filles, belles de leur insolence, aient eu le courage de s’en prendre, en toute connaissance de cause, au pouvoir et à l’église russes réunies aura été un feu de joie dans la grisaille de cet hiver 2012 (…) féministes, écologistes, militantes de la cause homosexuelle, liées à des collectifs d’artistes contestataires…., si Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina sont coupables, c’est d’être révoltées, moins en tant qu’artistes qu’à vouloir, semble-t-il, « changer la vie », vraiment. Et c’est peut-être cela qui est ici difficile à imaginer, quand la plupart de nos artistes, champions de la subversion subventionnée se livrent à tous les détournements et recyclages possibles, pour en fin de compte chacun trouver sa place dans l’entreprise de neutralisation en cours. À l’inverse, on ne peut qu’être impressionné par la façon dont ces Pussy riot se seront réappropriées l’insurrection Punk, pour lui redonner la charge de révolte dont le marché du disque des années soixante-dix avait su immédiatement la dépouiller. »

Les billets d’Annie Le Brun, « Changer la vie » ou le plus difficile à imaginer, le 12 août 2012.

 

« Un nouveau mai 68 est-il souhaitable ? Possible ? Quel peut être encore le message du situationnisme aujourd’hui ? Apprendre à vivre plus qu’à survivre ?
Il n’y a pas de retour en arrière. En revanche, la radicalité de Mai 68 commence à peine à se manifester aujourd’hui. Les situationnistes ne lançaient pas un défi mais un pari, en affirmant que le Mouvement des occupations de Mai 1968 avait sonné le glas d’une civilisation fondée sur l’exploitation de l’homme et de la nature (…) Ce n’est pas le situationnisme mais la pensée radicale des situationnistes qui a proclamé la fin du travail (destiné à être supplanté par la création), la fin de l’échange, de l’appropriation prédatrice, de la séparation d’avec soi, du sacrifice, de la culpabilité, du renoncement au bonheur, du fétichisme de l’argent, du pouvoir et de l’autorité hiérarchique, du despotisme militaire et policier, des religions et des idéologies, du mépris et de la peur de la femme, de la subordination de l’enfant, du refoulement et ses défoulements mortifères. La table sacro-sainte des valeurs patriarcales et marchandes a été brisée définitivement. Rien ne la restaurera. Il faudra bien qu’un style de vie inaugure tôt ou tard une civilisation nouvelle sur les ruines de la civilisation où tant de générations ont été réduites à survivre comme des bêtes aux abois. »

Entretien entre Raoul Vaneigem et Guy Duplat, janvier 2013.
http://www.lalibre.be › Culture › Politique.