Sagesse

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … l’activité de l’âme, accompagnée d’actions raisonnables selon le Bien et le Beau (…) est par elle-même la plus élevée ; l’esprit occupe la première place et, parmi ce qui relève de la connaissance, les questions qu’embrassent l’esprit sont les plus élevées. Ajoutons aussi que son action est la plus continue ; il nous est possible de nous livrer à la contemplation d’une façon plus suivie qu’à aucune forme de l’action pratique. Et, puisque nous croyons que le plaisir doit être associé au bonheur, la plus agréable de toutes les activités conformes à la vertu se trouve être, d’un commun accord, celle qui est conforme à la sagesse. »

 Aristote (384- 322 av. J.-C.), « Éthique à Nicomaque », Ed. Garnier.

 

 « Pour qui règle sa vie d’après la vraie sagesse, la suprême richesse est de savoir vivre content de peu, de posséder l’égalité de l’âme. De ce peu, en effet, il n’y a jamais de manque. Mais les hommes recherchent la puissance et les dignités, espérant donner ainsi à leur fortune une base solide. Ils s’imaginent que le chemin de la richesse est celui du bonheur et qu’on ne peut être heureux sans elle Mais que leur attente est vaine ! Que cette route est périlleuse ! À peine se croient-ils au faîte que l’envie, comme la foudre, les précipite souvent, voués au mépris, dans les abîmes du Tartare. »

Lucrèce (1er s. av. J.-C.) « De la nature », V.

 

« Il n’y a d’autre savoir que de savoir qu’on ne sait rien, mais on ne le sait qu’après avoir tout appris. »

Maurice Chapelan (1906-1992)

 

« … toute la différence est entre les téméraires qui croient qu’ils savent et les sages qui savent qu’ils croient. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 15.

 

« Il se produit, depuis un siècle, dans tous les domaines, des accroissements effectifs de connaissances qui anéantissent purement et simplement les vieilles manières de philosopher. »

Jean-François Revel,
« Pourquoi des philosophes », J-J. Pauvert, 1957, p. 88.

 

« La sagesse sera toujours conjecturale. C’est en vain, depuis le Bouddha et Socrate, que l’homme s’est acharné à en faire une science. C’est en vain aussi que l’on tenterait d’extraire du savoir qui est devenu démontrable une morale et un art de vivre. La sagesse ne repose sur aucune certitude scientifique et la certitude scientifique ne conduit à aucune sagesse. »

Jean-François Revel et Mathieu Ricard,
« Le moine et le philosophe »,
NiL Pocket, 1999, p. 406.

 

 « Si on ne désire que ce qu’on n’a pas, on n’a jamais ce qu’on désire. Nous voilà séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit – séparés du présent, qui est tout, par l’avenir, qui n’est pas (…) Désirer ce qui dépend de nous (vouloir), c’est se donner les moyens de le faire. Désirer ce qui n’en dépend pas (espérer), c’est se vouer à l’impuissance et au ressentiment. Cela dit assez le chemin. Le sage est un homme d’action, quand le sot se contente d’espérer en tremblant. »

André Comte-Sponville,
« L’esprit de l’athéisme », Éd. Albin Michel, 2006, p. 64-65.

 

« Quelle que fût la cause de l’extinction de nos prédécesseurs, elle est plus que probablement liée à une forme d’échec face à une épreuve naturelle. Dans notre cas, l’extinction serait due à une raison différente : un succès excessif. Le problème se trouve dans nos gènes. Nous sommes les produits de la sélection naturelle, victimes d’une bizarrerie génétique qui nous a donné suffisamment d’intelligence et d’adresse pour conquérir le monde, mais pas assez de sagesse pour gérer les fruits de nos victoires. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 172.