Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« … après bien des embarras, il vint une idée à Jupiter : Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c’est de diminuer leurs forces : je les séparerai en deux ; par là ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, qui sera d’augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et, si après cette punition leur audace subsiste, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied (…) Les hommes qui sortent de ce composé des deux sexes, nommé androgyne, aiment les femmes, et la plus grande partie des adultères appartiennent à cette espèce, comme aussi les femmes qui aiment les hommes. Mais pour les femmes qui sortent d’un seul sexe, le sexe féminin, elles ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées pour les femmes ; c’est à cette espèce qu’appartiennent les tribades. Les hommes qui sortent du sexe masculin recherchent le sexe masculin. »
discours d’Aristophane, Platon,
« Le banquet », 380 avant J.-C http://www.atramenta.net
« En 1948 sortait le premier rapport Kinsey – du nom de son auteur, Alfred Kinsey – (…) « Sexual behavior in the human male« . Ce rapport fut largement relayé par la presse et fut suivi d’un second rapport, en 1953, sur la sexualité féminine. L’onde de choc qui suivit la publication de ces données supposées scientifiques car basées sur les données fournies par 18.000 individus, fut terrible (…)
Aujourd’hui, tout cela est remis en question par un essai, « Kinsey, Sex and Freud« , dans lequel les auteurs Judith A. Reisman et Edward W. Eichel expliquent l’extraordinaire degré de fraude qui a caractérisé les rapports Kinsey. Les auteurs montrent que le but de ces rapports était de normaliser un lot de comportements qui avaient toujours été considérés comme socialement inacceptables, tel que la sodomie, l’inceste, la pédophilie et la zoophilie. »
bistrobarblog.blogspot.com/2013
« Ces travaux [les études de Kinsey] ont été l’objet de plusieurs critiques, notamment en ce qui concerne l’échantillonnage choisi par Kinsey ; néanmoins des travaux ultérieurs, prenant en compte ces critiques, ont abouti à des résultats quasi-identiques. »
fr.wikipedia.org/wiki/
« L’importance, à leur époque, des « Kinsey Reports » résidait dans le fait qu’ils parlaient du comportement sexuel sous toutes ses formes et variantes, en citant simplement les faits et sans adopter d’attitudes morales (…)
Le livre « The Joy of Sex » édité par Alex Comfort fut un succès dès sa sortie (…) son originalité, largement saluée à l’époque, réside dans le fait qu’il adopte une attitude ouverte et tolérante envers toutes les formes de pratique sexuelle dans le contexte de l’amour humain (…) « Toute la joie de l’acte sexuel d’amour est qu’il n’a pas de règles tant qu’on l’apprécie, et que le choix est pratiquement illimité…« »
Krystyna Krzyzak et Nina Shandloff,
« Amour et sexualité », Éd. Chistophe Colomb, 1980, p. 14-25.
« Contre une société qui utilise la sexualité comme moyen pour réaliser une fin socialement utile, les perversions maintiennent la sexualité comme fin en soi. »
Herbert Marcuse,
« Éros et civilisation », Les Éditions de minuit, 1963.
« Si tu es conscient, tu réaliseras que la sexualité n’est pas seulement le sexe. Le sexe est la couche extérieure; plus à l’intérieur, il y a l’amour… Encore plus à l’intérieur, il y a la prière… Et toujours plus à l’intérieur, il y a le divin. Le sexe peut devenir une expérience cosmique. Alors on l’appelle Tantra. »
Jolan Chang, « Le Tao de l’art d’aimer »,1977.
« Elle ne le regarde pas. Elle le touche. Elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dorée, l’inconnue nouveauté. Il gémit, il pleure. Il est dans un amour abominable.
En pleurant il le fait. D’abord il y a la douleur. Et puis après cette douleur est prise à son tour, elle est changée, lentement arrachée, emportée vers la jouissance, embrassée à elle (…)
Je ne savais pas que l’on saignait. Il me demande si j’ai eu mal, je dis non, il dit qu’il en est heureux. Il essuie le sang, il me lave. Je le regarde faire. Insensiblement il revient, il redevient désirable. Je me demande comment j’ai eu la force d’aller à l’encontre de l’interdit posé par ma mère. Avec ce calme, cette détermination. Comment je suis arrivée à aller « jusqu’au bout de l’idée ». »
Marguerite Duras,
« L’amant », Les Éditions de Minuit, 1984, p. 50-51.
« Ce feuilleton commence au début de l’été, en juin 1979, lorsque Libération accueille l’exilé argentin [R. D. Botana, dit Copi] connu pour ses dessins, ses récits et ses pièces de théâtre (…) Quand Copi arrive dans les bureaux de la rue de Lorraine, il invente pour le journal un personnage sur mesure qui répond au doux nom de Libérett’ (…)
Affublée d’une poitrine généreuse et d’un sexe d’homme, la petite mascotte déambule tout l’été dans le plus simple appareil entre les reportages, les brèves et les mots croisés.
Lâché dans l’arène, la trans décomplexée s’intéresse à tout mais uniquement à travers le prisme du sexe et de ses pulsions. Tous les sujets sont donc l’occasion d’une blague impertinente, provocatrice, voire franchement graveleuse (…)
Disparues prématurément, ces facéties barbares n’étaient sans doute pas destinées à durer : elles visaient plutôt à repousser les limites, transgresser les tabous, libérer les représentations sexuelles et imposer une indigne représentante de la minorité à côté des grands de ce monde. À un autre niveau, elles faisaient voir l’actualité tout entière à travers le prisme de la libido et révélaient grossièrement l’industrie médiatique sous son jour de machine à fantasmes. »
Thibaud Croisy,
« Le temps d’un été, Copi libère Libé », Le Monde diplomatique, juillet 2013.
« « Tout indique que, dans notre monde occidental, nous nous acheminons vers une sexualité sans contact physique et sans partenaire. L’utilisation d’interfaces nano, neuro et biotechnologiques permettra probablement à la fin du XXIe siècle d’établir des relations encore plus intimes que les relations charnelles entre deux êtres. Des logiciels reliés à des nanodispositifs permettant un contrôle direct du cerveau pourraient déclencher des orgasmes à volonté et en toutes circonstances. Et lorsqu’une connexion sans fil entre les centres du plaisir de deux cerveaux sera réalisable, l’acte sexuel au sens où nous l’entendons aujourd’hui, ne sera pas plus intime qu’une poignée de main. »
Ainsi rêvait le sociologue américain James Hugues, en marge du colloque sur la « sexualité du futur » organisé fin 2007 par le Club d’Amsterdam, groupe de réflexions prospectives rassemblant des universitaires, des chefs d’entreprise et des artistes. Hugues dirige l’Institut pour l’éthique et les techniques émergentes, une association à but non lucratif basée dans le Connecticut dont la vocation est de « promouvoir les usages éthiques de la technologie pour l’augmentation des capacités humaines ». »
Azar Khalatbari,
« La technonique », http://www.liberation.fr/sciences, mars 2008.
« Un homme transgenre a accouché à Berlin, devenant ainsi le premier en Europe à donner naissance à un bébé. L’homme non-identifié est né femme, a gardé ses organes reproducteurs et a souhaité accoucher à domicile, ce qui lui permettait ainsi de ne pas être répertorié comme « la mère » du bébé, une obligation légale en Allemagne.
Officiellement, l’enfant, né le 18 mars dernier mais dont la naissance vient d’être dévoilée, n’a pas de mère. Il n’a qu’un père. Un porte-parole des Affaires Intérieures de l’Administration du Sénat de Berlin a confié : « La personne en question ne voulait pas apparaître en tant que mère mais comme père sur le certificat de naissance et cette demande a été honorée. »
Le père ne voulait pas que le sexe du bébé soit révélé [Il choisira plus tard !] mais les autorités ont refusé cette demande et ont annoncé qu’il s’agissait d’un garçon. L’Allemagne envisage de surveiller de près cet enfant, craignant qu’il ait des « problèmes psychologiques » au vu de sa conception. »
www.egaliteetreconciliation.fr/› Revue de presse › 2013
« Dans l’impossibilité de donner une définition de la masculinité pure et de la féminité pure, et d’ignorer que le masculin et le féminin sont des notions et valeurs partagées par les hommes et les femmes, comment ne pas souscrire à l’utilité de repenser les paradigmes masculin/féminin, en s’écartant d’une dualité binaire, notamment en laissant derrière nous ce patrimoine archaïque de l’opposition, des contraires, qui nous enlise depuis des siècles dans une guerre des sexes aussi inutile que délétère.
Si nous partions de tout ce qui différencie les hommes et les femmes, si nous pouvions les écouter parler de leur sexe, sans qu’ils puissent recourir au social, au culturel, au politique, à la psychanalyse, qu’auraient-ils à nous dire ? Sans doute parleraient-ils de leurs désirs et de leur corps. Car l’identité à soi, passant par le corps, le ressenti et la psyché, n’est pas dénuée de sens, elle est le sens, l’authentique soi qui se cherche dans l’autre, et qui cherche l’autre. »
Marie Édith Cypris,
« Homme Femme Autre»,
http://revues.univ-pau.fr/lineas/décembre 2013