Simplicité

(voir aussi Besoins, Croissance et  Société de consommation)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 « Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre. »

Gandhi (1869-1948)

 

« Combien de générations faudra-t-il sacrifier au nom d’un prétendu développement et au bénéfice de qui ? Un autre modèle est possible. Il consisterait à renoncer à la puissance nationale et à accepter la frugalité (…) À la différence de la misère, la frugalité, estime Ashis Nandy, est parfaitement tolérable : elle est l’essence même de la civilisation indienne. Cette autre économie a été décrite par le Mahatma Gandhi sous le nom de Swadeshi.
Le Swadeshi, explique Nandy, n’est pas un système comme le capitalisme ou le socialisme, c’est un état d’esprit, une force intérieure. Celle-ci nous incite à contrôler nos désirs et à les restreindre à ce qui est accessible dans notre environnement immédiat. Les hommes ont ainsi vécu pendant des milliers d’années sans être nécessairement plus malheureux qu’ils ne le sont aujourd’hui. »

Ashis Nandy
in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 282.

 

«  En panne d’imagination et tétanisés par la créature que nous avons engendrée, nous voici invités à égrener le chapelet des petits gestes : un potager bio dans le jardin, le tri sélectif dans la cuisine, les ampoules basse consommation partout dans la maison et le covoiturage ou la marche à pied pour tous (…)
Évidement, ces automatismes adoptés par tous pourraient très bien être des solutions individuellement valables et donner sens à l’engagement quotidien, mais qui a envie spontanément de se compliquer la vie, de différer son plaisir et d’être solidaire de ces inconnus vertueux ? Qui veut être le premier sacrifié sur l’autel de l’exemplarité ?
En vérité, le mode de société dans lequel on vit nous tire vers le bas. Une telle forme de régression convient au plus grand nombre, organisée autour de la consommation et du divertissement. »

 G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie », Grasset-Fasquelle, 2001, p. 76-77.

 

« … vivre simplement ne m’est pas venu… simplement ! Ce fut plutôt l’aboutissement d’une lente métamorphose, le désir de plus en plus prégnant de vivre avec moins, mais dans plus de fluidité, de liberté et de légèreté. Dans plus de raffinement aussi. J’ai peu à peu réalisé que plus je me délestais, moins ce qui me restait m’était indispensable : finalement, on a besoin de très peu pour vivre. J’ai donc acquis la conviction que moins on a, plus on est libre et épanoui (…)
Tout ce que possède une personne devrait pouvoir tenir dans un ou deux sacs de voyage (…)
Adoptez un tel mode de vie et vous serez capable de vivre dans la paix et la sérénité. Vous obtiendrez quelque chose que peu de gens possèdent : la disponibilité. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 17 et 48.

« L’Europe a quelques bonnes raisons de s’intéresser à la frugalité  urbaine : elle est dépourvue de pétrole, et plus généralement d’énergie. Son réseau urbain, fait de villes proches les unes des autres, est particulièrement adapté à un maillage par un réseau ferré rapide. Une part croissante de sa population se dit concernée par les questions écologiques. Sa démocratie locale est active et un certain de nombre de ses villes se sont déjà investies fortement dans la recherche d’une meilleure frugalité.
En somme, de nombreuses conditions – techniques, sociétales, énergétiques, géopolitiques – sont aujourd’hui réunies pour que se réinvente, sur le Vieux Continent, l’art de faire des villes. »

Dominique Loreau,
« L’art de la frugalité et de la volupté », Laffont, 2009.

« Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social. Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent. Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et, d’une manière générale, par la fin de l’idéologie du progrès (…)
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où, à tous points de vue, nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier pour tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie. »

Simon Charbonneau,
« Austérité imposée et sobriété volontaire », oct. 2012, http://www.reporterre.net

2 réflexions sur “Simplicité

Les commentaires sont fermés.