Pouvoir

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Aussi, je mets au premier rang, à titre d’inclination générale de toute l’humanité, un désir perpétuel et sans trêve d’acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu’à la mort. La cause n’en est pas toujours qu’on espère un plaisir plus intense que celui qu’on a déjà réussi à atteindre, ou qu’on ne peut pas se contenter d’un pouvoir modéré : mais plutôt qu’on ne peut pas rendre sûrs, sinon en en acquérant davantage, le pouvoir et les moyens dont dépend le bien-être qu’on possède présentement. »

Thomas Hobbes (1588-1679)

 

« Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit. »

Michel Bakounine (1814-1876)

«  Ces gens-là [à propos des hauts dignitaires nazis] existent dans tous les pays du monde. Leurs profils psychologiques ne sont pas obscurs. Mais ce sont des gens qui ont des pulsions particulières, qui veulent accéder au pouvoir, et vous dites qu’ils n’existent pas ici ? Je suis vraiment convaincu qu’il existe des gens, même en Amérique, qui piétineraient allègrement la moitié de leurs concitoyens si cela leur permettait de prendre le pouvoir contre l’autre moitié, ces mêmes gens qui se contentent de parler aujourd’hui – qui utilisent les droits de la démocratie d’une manière antidémocratique. »

Douglas Kelley cité par Jack El-Hai,
« Le nazi et le psychiatre », Éd. des Arènes, 2013, p. 256-257.


« Stanley Milgram a mené dans les années 50/60 des expériences visant à évaluer la soumission à l’autorité (…) L’animateur fait entrer deux personnes [des volontaires recrutés par annonce] dans une pièce et leur explique que l’une sera « expérimentateur » et l’autre « élève », et qu’il s’agit d’étudier les effets de la punition sur le processus d’apprentissage. L’animateur emmène l’élève dans une pièce, l’installe sur une chaise munie de sangles et lui fixe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de couples de mots ; toutes les erreurs qu’il commettra seront sanctionnées par des décharges électriques d’intensité croissante. L’ « expérimentateur », qui est en fait le sujet de l’expérience, ne sait pas que le rôle de l’élève est tenu par un acteur qui ne reçoit en réalité aucune décharge électrique…
Stanley Milgram qualifie les résultats d’inattendus et inquiétants, car aucun des participants n’a eu le réflexe de refuser et de s’en aller. Et une proportion importante d’entre eux a continué jusqu’au niveau de choc le plus élevé du stimulateur.
Le sujet perçoit l’animateur comme ayant une autorité légitime au regard de sa position socioprofessionnelle, des études qu’il est censé avoir faites… Refuser d’obéir serait un manquement grave, une transgression morale. Il ressent les systèmes érigés par la société comme des entités à part entière et se refuse à voir l’homme derrière les institutions. Quand l’animateur dit : « l’expérience exige que vous continuiez », le sujet ne se pose pas de question… »

D’après la fiche de lecture de Josselyne Abadie conscience-vraie.info

« Dans un monde interconnecté, organisé selon une logique de flux et de réseaux, le pouvoir est plus que jamais le produit de relations sociales et politiques qui s’instituent entre les acteurs et produisent des formes de légitimité (…)
Si les « sujets » du pouvoir (gouvernés, administrés, salariés…) continuent d’en subir les effets, ils en sont aussi plus avertis. Les compétences critiques qu’ils expriment apparaissent comme une forme combinée de contestation et d’émancipation. Dans une société où l’information circule par des canaux de moins en moins officiels et maîtrisables, le pouvoir peut de moins en moins s’exercer sans tenir compte de ceux qui en sont les destinataires. »

Jean-Vincent Holeindre, dir.,
« Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, introduction, p. 9-10.

« Aux USA, l’un des sujets principaux de la science politique académique est l’étude des attitudes, des politiques et de leur corrélation (…) il a été conclu qu’à peu près 70% de la population – les 70% du bas de l’échelle des richesses/revenus – n’ont aucune influence sur la politique. Ils sont véritablement laissés pour compte. Comme vous montez dans l’échelle des richesses/revenus, vous obtenez un peu plus d’influence sur la politique. Quand vous arrivez en haut, ce qui représente peut-être le dixième d’un pour cent, les gens obtiennent à peu près tout ce qu’ils veulent, c’est-à-dire qu’ils décident de la politique. Donc le terme correct pour çà n’est pas la démocratie ; c’est la ploutocratie (…)
En Europe, incidemment, c’est bien pire (…) les gouvernements nationaux doivent suivre les directives macro-économiques édictées par la Commission Européenne. Les élections sont presque insignifiantes, presque comme dans les pays du Tiers-Monde qui sont dirigés par les institutions financières internationales. »

 Extrait du discours de Noam Chomsky
au DW Global Media Forum, Bonn, Allemagne, le 17 juin 2013.

« Avoir le pouvoir c’est avoir été sélectionné dans l’évolution pour faire partie des êtres les plus performants et guider l’évolution humaine selon les critères définis par la sélection. Ce n’est en aucun cas la possibilité d’influencer l’évolution de soi, d’un groupe ou de l’humanité selon d’autres modes que ceux déterminés par les besoins évolutifs de l’ensemble. »

Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014, p.78.

Pourquoi ?

(voir aussi Comprendre, Finalisme et Métaphysique)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Gottfried W. Leibniz,
« Principes de la nature et de la grâce fondés en raison », 1740.

 

« Et si la science elle-même, sur le plan de l’explication causale, n’oserait se promettre de nous mener au repos de l’esprit, que sera-ce de la philosophie, avec la suite illimitée de ses « pourquoi », qui, sans doute, n’ont aucun sens, qui, sans doute, n’ont pas le droit de sortir d’une bouche humaine, mais que nous avons bien de la peine à ravaler quand la nausée métaphysique nous les fait monter à la gorge ! »

Jean Rostand,
«Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 75.

 « Une théorie unifiée, si elle est possible, se borne de toute façon à un ensemble de règles et d’équations. Qu’est-ce qui donne vie à ces équations et crée l’Univers qu’elles doivent décrire ? En suivant la règle qu’elle s’est fixée de construire un modèle mathématique, la science s’avère incapable d’expliquer pourquoi il devrait exister un Univers conforme à ce modèle. Pourquoi l’Univers se donne-t-il tant de mal pour exister ? La théorie unifiée serait-elle dotée d’une telle force qu’elle se mettrait au monde elle-même ? Ou bien a-t-elle besoin d’un Créateur et, dans ce cas, joue-t-il un rôle dans l’Univers ? Et qui l’a créé, Lui ? »

Stephen Hawking,
«Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 163.

 

« À en croire un cliché fastidieux (et qui à la différence de beaucoup d’autres n’est même pas vrai), la science s’occuperait du comment alors que seule la théologie aurait les moyens de répondre au pourquoi (…) Ce n’est pas parce qu’une question peut être formulée dans une phrase grammaticalement correcte qu’elle a un sens (…) Peut-être y a-t-il des questions vraiment profondes et sensées qui échapperont toujours au domaine de la science. Peut-être la théorie quantique frappe-t-elle déjà à la porte de l’insondable. Mais si la science ne peut répondre à telle question fondamentale, qu’est-ce qui donne à penser que la religion puisse y répondre ? »

Richard Dawkins,
«Pour en finir avec Dieu »,
Perrin, 2009, p. 77.

« Pourquoi le pourquoi ? (…) Nous seuls (de tous les êtres vivants terrestres) percevons notre existence comme une trajectoire dotée de sens (signification et direction). Un arc. Une courbe allant de la naissance à la mort. Une forme qui se déploie dans le temps, avec un début, des péripéties et une fin. En d’autres termes : un récit. »

Huston Nancy,
« L’espèce fabulatrice », Actes Sud, 2008, p. 14

 

 

Positivisme

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Dans l’état théologique, l’esprit humain dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers.
Dans l’état métaphysique, qui n’est au fond qu’une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables d’engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l’explication consiste alors à assigner pour chacun l’entité correspondante.
Enfin, dans l’état positif, l’esprit humain, reconnaissant l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher l’origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation, leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. »

Auguste Comte,
« Cours de philosophie positive », I, 1830.

 

 « Mais on aurait bien tort de croire le positivisme mort. Jean-Louis Le Moigne cite un Rapport assez ahurissant de l’Académie française des sciences (1996)  (… et) résume à notre usage les quatre conventions qui fondent la connaissance scientifique elle-même :
 L’hypothèse ontologique : il existe une réalité objective, extérieure à l’homme, mais que celui-ci peut s’attacher à découvrir en éliminant la subjectivité des perceptions individuelles.
–  L’hypothèse déterministe ou de causalité : il existe des lois stables et régulières qui commandent à la nature afin de les mettre en œuvre.
 L’hypothèse réductionniste ou de modélisation analytique, fondée par Descartes, selon laquelle on peut comprendre le complexe en le réduisant à ses parties.
 L’hypothèse rationaliste ou de raison suffisante, remontant aux trois axiomes d’Aristote d’où découle la méthode hypothético-déductive.
Le lecteur découvrant l’épistémologie s’écriera : « eh oui, mais en quoi ceci est-il scandaleux. N’est-ce pas ainsi que la science fonctionne ? » Jean-Louis Le Moigne, et nous avec lui, nous répondrons : elle fonctionne comme cela dans certains domaines seulement, et par convention, parce qu’il est plus efficace de s’appuyer sur ces principes plutôt que sur des conceptions de la connaissance plus complexes, quand on veut, par exemple… faire de l’ingénierie.
(…) aussi bien en physique quantique que dans les sciences du macroscopique (sciences humaines et sociales comprises), il est désormais évident que nulle part on ne peut affirmer l’existence ontologique d’un réel indépendant de l’observateur. Partout il apparaît que l’observateur ne peut être objectif. C’est en fait un acteur qui construit par son action (en utilisant ses instruments) sa propre représentation du monde et qui se trouve en retour immédiatement modifié par cette construction. »

présentation par Jean-Paul Baquiast de Jean-Louis Lemoigne,
« Le constructivisme », L’Harmattan, 2003,
www.automatesintelligents.com/ avril 2004.

 

« Aujourd’hui, il semble devenu évident pour tous ceux disposant d’un minimum de sens critique qu’il n’est plus possible d’envisager l’hypothèse dite positiviste ou réaliste forte, postulant l’existence d’un réel préexistant à l’observateur, que celui-ci se bornerait à décrire de façon de plus en plus approchée grâce au travail scientifique. Cette hypothèse constitue une convention commode dans la vie quotidienne mais ne permet plus d’aborder de façon constructive les questions nouvelles nées du développement des sciences et des techniques, tant au point de vue de la recherche qu’à celui de leurs conséquences politiques et sociales. Il faut dorénavant admettre que la réalité, tout au moins les modèles et produits de toutes sortes résultant de l’activité humaine, est « construite » par cette dernière, d’une façon jamais terminée mêlant inextricablement le constructeur et son œuvre (…)
En résumant beaucoup, on dira que MCR (Method of Relativized Conceptualisation) permet de s’affranchir de ce que l’on pourrait appeler la tyrannie du « réalisme des essences » ou du monde en soi, qui conduit les hommes, que ce soient des scientifiques ou de simples locuteurs ayant recours au langage ordinaire, à oublier, inconsciemment ou même volontairement, que ce sont eux, à travers la façon dont ils perçoivent et se représentent le réel, qui définissent et construisent ce réel. »

J.-P. Baquiast et C. Jacquemin, « Le programme pour une épistémologie formalisée de Mme
Mioara Mugur-Schächter »,
www.automatesintelligents, juin 2004.

Philosophie

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c’est qu’il n’admet rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux. »

Denis Diderot,
« Lettre à Sophie Volland », 26 septembre 1762.


« Le philosophe naît dans un monde qu’il ne comprend pas et meurt dans un monde qui ne le comprend pas. »

Anonyme.

« L’objet de la philosophie est de commencer avec une chose si simple que ce n’est même pas la peine d’en parler et de terminer avec quelque chose de si paradoxal que personne ne veut y croire. »

Bertrand Russel (1872-1970)

 

« … une inversion de sens a donc fait que les philosophes ne nous invitent plus à comprendre que leur propre système. Or un système philosophique n’est pas fait pour être compris : il est fait pour faire comprendre (…) Sous prétexte que la vérité philosophique est universelle, le philosophe se croit universel aussi. On parle de l’Être, et on fait de l’esthétique, et on jette les bases d’une sociologie, et on a aussi accessoirement son idée sur la structure du raisonnement mathématique et sur l’indéterminisme en microphysique. Dès lors la philosophie n’est plus qu’un mélange de considérations douteuses, présentées avec la rigueur apparente d’une systématisation artificielle, sur la base de connaissances partielles et vagues. »

Jean-François Revel,
« Pourquoi des philosophes ? », J.-J. Pauvert, 1957, p. 25 et 79.

 

 « … l’homme se mutile chaque fois qu’il prend, en face du réel, une attitude unique. La science, l’art, la politique sont en ce sens sources d’aliénation. Activités légitimes, et nécessaires, elles ne sauraient prétendre à la totalité, et il est clair que le malaise de la civilisation occidentale trouve sa source principale dans la réduction, opérée par le monde moderne, de tous les rapports que l’homme peut avoir avec l’univers, au seul rapport technique. Rappelant, d’abord, que l’homme n’est pas seulement l’objet possible de la connaissance et de l’action, mais aussi leur nécessaire sujet, la réflexion philosophique permet à la conscience de se reprendre. »

Ferdinand Alquié (1906-1985)

« Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde. Pour le philosophe, homme ou femme, le monde reste quelque chose d’inexplicable, de mystérieux et d’énigmatique. Les philosophes et les petits enfants ont, par conséquent, une grande qualité en commun. »

Jostein Gaarder,
« Le monde de Sophie », Seuil, 1999, p. 32.

 

 «  … l’invention et la nouveauté à tout prix, le désir d’inédit et le souci de paraître d’avant-garde produisent, en philosophie, et plus particulièrement dans celle du XX e siècle, des monstres systématiques à l’origine d’une rupture avec le public et d’un « devenir secte » d’un certain nombre de cénacles philosophiques abscons. La production d’une philosophie pour philosophes constitue une impasse antiphilosophique. La philosophie n’est pas l’art d’un alphabet nouveau, mais celui de combinaisons nouvelles de mots anciens… »

Michel Onfray,
«Manifeste hédoniste », Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 13.

Péché

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Si un homme – que ce soit ici ou là, aujourd’hui ou demain, de telle manière ou autrement, peu importe – meurt en état de péché mortel, sans pénitence et sans réparation, alors qu’il avait la possibilité de réparer et qu’il ne l’a pas fait, le diable lui arrache l’âme du corps, lui causant tant d’angoisse et de tourment que nul ne peut s’en faire une idée sauf celui qui en est la victime. Talents, pouvoir, science et sagesse, tout ce qu’il pensait avoir lui sera enlevé. Il le laisse à des parents et à des amis qui emportent et se partagent ses biens et qui disent ensuite : « Maudite soit son âme ! Il aurait pu nous donner bien davantage, et amasser plus qu’il n’a amassé !  » Le corps est la proie des vers. Ainsi a-t-il perdu et son corps et son âme en ce monde qui passe si vite, et il ira en enfer où il sera tourmenté sans fin. »

 Saint François d’Assise,
« Lettre à tous les fidèles »,
(XIII e s.)


«  Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu, et il est si nécessaire qu’il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste. »

Blaise Pascal,
« Pensées », (1669) Garnier, 1964, p. 198.

 

 « Pour un catholique père de famille, convaincu qu’il faut pratiquer à la lettre les maximes de l’évangile sous peine de ce qu’on appelle l’enfer, attendu l’extrême difficulté d’atteindre à ce degré de perfection que la faiblesse humaine ne comporte point, je ne vois d’autre parti que de prendre son enfant par un pied, et que de l’écraser contre la terre, ou que de l’étouffer en naissant. Par cette action il le sauve du péril de la damnation et lui assure une félicité éternelle. »

Denis Diderot,
« Pensées philosophiques », 1746, LXIX.

 

 « … il n’est ni affreux ni absolu, ce néant. N’ai-je pas sous mes yeux l’exemple des générations et régénérations perpétuelles de la nature ? Rien ne périt, mon ami, rien ne se détruit dans le monde ; aujourd’hui homme, demain ver, après-demain mouche, n’est-ce pas toujours exister ? Et pourquoi veux-tu que je sois récompensé de vertus auxquelles je n’ai nul mérite, ou puni de crimes dont je n’ai pas été le maître ; peux-tu accorder la bonté de ton prétendu dieu avec ce système et peut-il avoir voulu me créer pour se donner le plaisir de me punir, et cela seulement en conséquence d’un choix dont il ne me laisse pas maître ? »

Donatien A. F. de Sade,
« Dialogue entre un prêtre et un moribond »
, 1782.

 

 « Pitié mon Dieu, pitié mon Père
Je sens le poids de mon péché,
Je sais que grande est ma misère,
Mais bien plus grande est ta bonté »

Psaume.

« … la culpabilité intérieure, dont le péché est l’expression en raccourci, est une fiction morale recouvrant un état émotionnel pénible dû à la tension interne d’une conduite inachevée : tendance interdite, désir contrarié, émoi naturel ou spontané séparé de l’action. »

Ange Hesnard,
« Morale sans péché », P.U.F. 1954, p. 59.

 

 « L’idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C’est une idée absolument indigne d’hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s’avilissent en déclarant qu’ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d’autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n’est pas digne d’êtres qui se respectent (…) Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

Bertrand Russell,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien »,
conf. 1927, J-J Pauvert, 1964.

« Quant à l’affaire de la pomme, il fallait le planter ailleurs, votre arbre, ou ne pas créer Adam à votre image. En l’occurrence l’interdiction équivalait à un encouragement, n’importe quel pédagogue vous le dira. Ce n’est pas le diable qui a tenté notre ancêtre, c’est vous qui avez tenté le diable. »

Robert Escarpit,
« Lettre ouverte à Dieu », Albin Michel, 1966, p. 101.

                                                                                             

 

Partis

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Les factions personnelles adviennent très aisément dans les républiques. Chaque querelle domestique devient alors une affaire d’État »

David Hume, «  Essays Moral and Political », 1742.

 

 « Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les Citoyens n’avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l’État : on peut dire alors qu’il n’y a plus autant de votants que d’hommes, mais seulement autant que d’associations (…) Il importe donc pour avoir bien l’énoncé de la volonté générale qu’il n’y ait pas de société partielle dans l’État, et que chaque Citoyen n’opine que d’après lui. »

Jean-Jacques Rousseau,
« Le contrat social », II, 3, 1762.


« Qui détient réellement le pouvoir aujourd’hui en Belgique ?
C’est la question fondatrice du Crisp ! À l’époque de la création du centre, dans les années 1950, le constat était que ce n’était ni le gouvernement ni le Parlement qui se trouvaient en tête de liste des décideurs. C’était surtout les grands groupes financiers et industriels, les partis politiques et l’Église catholique. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? L’Église a indubitablement perdu de son influence. Pour le reste, le jeu des décisions prises au niveau national est devenu très corseté par l’Europe qui est un pôle de pouvoir prédominant. Nous sommes dans un modèle de décision contraint (…)
Et les groupes financiers et industriels ?
Ils restent très influents. Aujourd’hui, ce sont des multinationales, parfois cotées en Belgique d’ailleurs. Leur réel pouvoir est leur capacité d’investissement et de désinvestissement qui peut les amener à faire du chantage avec le pouvoir politique (…)
Les partis politiques sont-ils toujours aussi puissants ?
Cela n’a pas changé par rapport aux années 1950. La Belgique est moins une démocratie parlementaire qu’une particratie. Ce sont les partis – en tout cas, leur top niveau et leurs techniciens – qui décident avant tout.
Ce pouvoir des partis est-il inquiétant ?
Ce ne sont pas des partis qu’on élit mais des parlementaires. Or le système belge repose sur la discipline de parti. Les élus qui peuvent se permettre d’avoir une voix discordante sont des personnalités incontournables, comme Francis Delpérée (CDH) qui a regretté le manque de débat autour du pacte européen de stabilité. Les autres risqueraient de voir leur carrière politique prendre fin… »

interview de Jean Faniel, dir. du Crisp, par Thierry Denoël
(Le Vif, 09/09/2013)


« Quand on évoque la particratie en Belgique, on pense inévitablement au clientélisme. Cette variante électoraliste de la politisation vise à capter des votes en échange de services divers. Les exemples traditionnels sont l’obtention d’un logement social ou l’obtention d’un emploi dans une administration ou encore l’attribution d’un marché public. Comme la particratie est la version la plus radicale de la démocratie des partis, le clientélisme est la manière la plus poussée d’être à l’écoute de ses électeurs. La frontière est parfois mince entre ce qui relève de ce que l’on est en droit d’attendre du mandataire et ce qui peut constituer une forme de corruption, entre ce qui est acceptable démocratiquement parlant et même sain et ce qui est un abus (…)
En conclusion, côté pile, on peut saluer le rôle essentiel des partis lorsqu’ils garantissent la stabilité du système politique ou la prise en compte d’intérêts variés, minoritaires parfois, par des acteurs rôdés, mais côté face, la difficulté d’accès dans l’arène politique, ainsi que la politisation et ses dérives creusent le déficit démocratique. »

Caroline Van Wynsberghe,
politique.eu.org› Archives ›(n°79) mars, avril 2013.

 

Paix

( voir aussi Guerre)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous ne choisissons pour nos rois que les plus faibles, les plus doux, les plus pacifiques ; encore les changeons-nous tous les six mois, et nous les prenons faibles afin que le moindre à qui ils auraient fait quelque tort se pût venger d’eux ; nous les choisissons doux afin qu’ils ne haïssent ni ne se fassent haïr de personne, et nous voulons qu’ils soient d’une humeur pacifique pour éviter la guerre, le canal de toutes les injustices. »

Cyrano de Bergerac,
« Histoire comique des États et Empires du Soleil »
, 1662.

 

 « Se rendre inoffensif tandis qu’on est le plus redoutable, guidé par l’élévation du sentiment, c’est là le moyen pour arriver à la paix véritable qui doit toujours reposer sur une disposition d’esprit paisible, tandis que, ce que l’on appelle la paix armée, telle qu’elle est pratiquée maintenant dans tous les pays, répond à un sentiment de discorde, à un manque de confiance en soi et envers le voisin, et empêche de déposer les armes soit par haine, soit par crainte. Plutôt périr que de haïr et de craindre, et plutôt périr deux fois que de se laisser haïr et craindre. »

Frédéric Nietzsche,
« Le voyageur et son ombre »,
Mercure de France, 1909.

 

 « Il faut se rendre compte que les groupes industriels puissants qui participent à la fabrication des armes sont, dans tous les pays, opposés au règlement pacifique des litiges internationaux, et que les gouvernants ne pourront atteindre ce but important [la paix internationale] que s’ils sont assurés de l’appui énergique de la majorité de la population (…)
Gandhi, le plus grand génie politique de notre temps, a indiqué le chemin et montré de quels sacrifices les hommes sont capables quand ils ont reconnu le bon chemin (…) On ne peut pas arriver à une véritable paix, si l’on règle sa façon d’agir sur la possibilité d’un conflit futur – surtout quand il devient de plus en plus clair qu’un tel conflit belliqueux signifierait l’anéantissement général. »

 A. Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 58, 60 et 100.

 

« On n’est pas obligé de se laisser faire du tort. Mais il ne faut pas non plus répondre par la violence. Le non-violent montre sa force non pas en étant passif, non pas en ne réagissant pas, mais en étant spirituellement et émotionnellement actif pour convaincre l’adversaire qu’il est sur le mauvais chemin. Il ne s’agit donc pas d’une « non résistance passive au mal », mais d’une résistance non-violente active au mal (…)
Celui qui résiste par la non-violence peut très bien participer à des boycotts ou à des grèves, mais il est conscient que ces actions ne sont pas des fins en soi, et qu’elles visent essentiellement à susciter de la honte chez l’adversaire pour son comportement. Le but recherché, c’est non pas l’humiliation de l’autre, qui génère violence et amertume, mais c’est toujours la réconciliation… »

James M. Washington,
« The essential Writings and Speeches of Martin Luther King »,
Harper, San Francisco, 1991, p.16-18.

 

« L’expression processus de paix a tellement été utilisée pour masquer des stratégies géopolitiques ou des intérêts économiques qu’on ne peut la prendre qu’avec des pincettes et qu’elle aurait bien besoin d’un sérieux ravalement sémantique (…) Le mot [processus] participe pour une large part, peu visible de prime abord, d’une vision déshumanisée du monde, c’est-à-dire déshistorisée et désocialisée. Comme si le processus consistait en un développement automatique, exempt de tout rapport de forces, de tout rapport d’inégalité entre les parties. Et comme si la paix était le produit presque manufacturé d’une industrie du consentement mutuel. »

 Henri Deleersnijder, in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 337.

 

 « On s’alarme des guerres du Golf devenues rituelles. Mais que sont-elles, sinon les mini-dysfonctionnements d’une Pax americana qui fonctionne à merveille sur le principe du Si vis pacem, para bellum. À moins que ce ne soit la paix elle-même qui, en freinant les logiques de guerre, apparaisse comme un dysfonctionnement majeur dans l’innocente expansion du way of life américain… »

François Brune,
« Longue vie au dysfonctionnement ! », Le Monde diplomatique, juin 2003.

« Les membres permanents du Conseil de Sécurité, dont la première mission est d’aider à résoudre pacifiquement les conflits entre États, sont les plus grands exportateurs d’armes (la Russie et la France viennent de dépasser les États-Unis)… celles-ci étant essentiellement destinées à des pays sous-développés, gangrenés par des régimes corrompus. »

 Yves Thelen,
«Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 105.

 

Optimisme

(voir aussi Sens et Utopie)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’optimiste rit pour oublier; le pessimiste oublie de rire. »

Anonyme

« Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin.
– Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden, il y fut mis pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos.
– Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie supportable.
Toute la petite société entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup (…) et Pangloss disait quelquefois à Candide :  » Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles… » »

Voltaire, « Candide, ou l’optimisme », Ch. 30, 1759.

 

« … l’histoire d’une vie est toujours l’histoire d’une souffrance, car toute carrière parcourue n’est qu’une suite ininterrompue de revers et de disgrâces que chacun s’efforce de cacher, parce qu’il sait que, loin d’inspirer aux autres de la sympathie ou de la pitié, il les comble alors de satisfaction, tant ils se plaisent à se représenter les ennuis d’autrui auxquels ils échappent momentanément ; il est rare qu’un homme, à la fin de sa vie, s’il est à la fois sincère et réfléchi, souhaite recommencer la route et ne préfère infiniment le néant absolu. »

Arthur Schopenhauer, « Le monde comme volonté et représentation »,1818.

« Je crois que l’intolérance, le fanatisme, le sectarisme – où, le plus souvent, il ne faut voir qu’excès de moralité mal entendue – ne seront que des régressions temporaires. Je crois que l’idée démocratique triomphera sans réserves, en ce sens qu’il me paraît impossible que l’instinct de justice ne fasse aboutir ses protestations et que l’avantage du grand nombre n’en vienne à prévaloir sur l’intérêt de quelques-uns.
J’ignore quel sera le système d’économie le plus apte à assurer l’équitable distribution des biens matériels et spirituels; mais je suis à peu près sûr que l’époque ne peut plus être lointaine où l’on s’étonnera que, durant tant de siècles, tant de choses aient pu rester le privilège de si peu de gens… »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 90.

« … quand, en 1516, Thomas More rêvait de faire élire les dirigeants d’Utopia, sa cité imaginaire, il n’imaginait pas que les ministres de son propre pays seraient, quatre siècles plus tard, élus par le peuple tout entier. De même, quand, en juillet 1914, Jean Jaurès imaginait une Europe libre, démocratique, pacifique et rassemblée, rien ne permettait d’espérer que telle serait la situation du Vieux Continent moins de quatre-vingts ans plus tard (…) Une nouvelle idéologie totalitaire, englobante, rassurante, messianique, religieuse ou laïque, aura sans doute son prophète, son livre, ses prêtres, ses policiers, ses bûchers. Puis une nouvelle organisation harmonieuse verra le jour : elle ne sera d’abord qu’une cohabitation planétaire du marché et de la démocratie (…) Puis, au-delà même d’un nouvel équilibre mondial entre marché et démocratie, entre services publics et entreprises, les transhumains feront naître un nouvel ordre d’abondance dont le marché sera peu à peu exclu au profit de l’économie relationnelle. »

Jacques Attali, « Une brève histoire de l’avenir »,
Fayard, 2006, p. 362, 366 et 367.

« On peut faire confiance à l’inventivité des hommes qui trouveront nécessairement des solutions aux problèmes liés à la diminution des ressources naturelles et à l’impossibilité de reconstituer les minerais et l’énergie dissipée à jamais. En dépit de l’échec du sommet de Copenhague, nous avons de bonnes raisons d’être optimistes. Le développement durable (sustainable development) est à notre portée, il devrait permettre aux hommes d’assurer les besoins tout en assurant la pérennité de la biodiversité et des écosystèmes, tout en prenant en compte les intérêts légitimes des générations futures. »

Frédéric Teulon, « Une vision optimiste de la croissance est-elle de mise ? », p. 12.
www.ipag.fr/wp-content/uploads/recherche, 2014.

 

« … il n’est pas d’humanité sans technique qui l’autorise à exploiter l’environnement pour en obtenir un bénéfice adaptatif au détriment des autres êtres vivants (…) Si une communauté humaine survit au déclin des civilisations du pétrole, elle subira la tautologie du principe d’humanité : pour rester humain il faut détruire l’environnement, pour ne pas détruire l’environnement, il faut n’en tirer aucun bénéfice qui définisse l’humanité. La fin humaine est inscrite dans la définition même de notre nature, la seule question étant celle de « quand ?  » ».

 Vincent Mignerot, « L’autodestruction est inscrite dans le principe d’humanité »,
www.theorie-de-tout.fr/, 2014.

Occultisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’affaire de l’occultisme est de ne pas s’en tenir aux phénomènes matériels, mais de considérer les réalités spirituelles qui sont derrière ces phénomènes (…) C’est ainsi que derrière tous les phénomènes physiques, des phénomènes psycho-spirituels apparaissent au chercheur qui a passé par l’école de la perception spirituelle. Pour lui les transformations matérielles de la planète terrestre sont l’œuvre de forces spirituelles latentes. Mais à force de remonter toujours plus loin dans les annales de la vie terrestre, l’occultiste arrive au point où toute autre matière a commencé d’exister ; c’est-à-dire au point où cette matière s’est, par l’évolution, dégagée de la spiritualité (…)
Si les faits occultes exigent pour être observés la perception spirituelle, la simple pensée logique, pourvu qu’elle soit réellement libérée, suffit à les saisir intuitivement quand l’investigateur en fait part. Lorsque le corps astral de l’homme s’évade durant le sommeil, son domaine dépasse la terre et s’étend à d’autres univers du monde planétaire. Bien plus, ces univers influencent le corps astral de l’homme même à l’état de veille. Et c’est ce qui justifie la dénomination de corps « astral ». »

Rudolf Steiner,
« La science occulte », Librairie Académique Perrin, 1938,
p. 47-48 et 149, anthroposophie.doc.pagesperso-orange.f

« … j’ai tenu à assister à un grand nombre de séances de médiumnité, de clairvoyance, de télépathie, de télékinésie, etc. Or, non seulement j’ai dû constater l’impossibilité de recueillir un seul fait convaincant dès que les conditions de contrôle se faisaient à peu près satisfaisantes, mais aussi, et surtout, de l’atmosphère de naïveté et de crédulité extrêmes où se déroulaient ces enquêtes, j’ai retiré une impression extrêmement forte de certitude négative. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p.68-69.

« Les croyances au paranormal sont intrinsèquement discréditrices de la science mais elles engendrent une conséquence encore plus large et plus grave. Les tenants du paranormal contribuent en fait à une mystification de la connaissance. Mystification qui a pour résultat une conception du monde dans laquelle de nombreux éléments échappent irrémédiablement à la compréhension – donc au contrôle – de la plupart des individus.
Entre autres choses, cette déformation des modes de pensée induit une stratification du monde très particulière. Il y a ceux qui ont des « pouvoirs », sont des « médiums », des « élus », savent et agissent et – loin en dessous – ceux qui s’étonnent, regardent et suivent sans comprendre.
Cette stratification contribue à l’émergence d’un fatalisme béat et à la déresponsabilisation de l’individu. »

Henri Broch,
extrait adapté du Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

« Le Prix-Défi Broch-Majax-Théodor a été lancé en 1987 par Henri Broch, biophysicien, Gérard Faier, dit « Majax », illusionniste, et l’immunologue belge Jacques Théodor, à toute personne qui pourrait présenter un phénomène paranormal. Clos en février 2002, ce prix, connu également sous le nom de Défi zététique international n’a jamais été remporté par qui que ce soit. De 500.000 Fr au départ, le prix a été porté à 200.000 €, sous forme d’un chèque de Jacques Théodor qui serait remis immédiatement en cas de démonstration extraordinaire. »

pseudo-scepticisme.com/Analyse-critique-du-Prix-Defi

Objectivité

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Il suffit que nous parlions d’un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l’objet nous désigne plus que nous ne le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde sont souvent des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu ; nous accumulons les hypothèses et les rêveries ; nous formons ainsi des convictions qui ont l’apparence d’un savoir. Mais la source initiale est impure : l’évidence première n’est pas une vérité fondamentale. En fait, l’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a d’abord rompu avec l’objet immédiat, si l’on a refusé la séduction du premier choix, si l’on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objectivité, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l’objet. Elle doit d’abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique même la plus constante, l’étymologie enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s’émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude vraiment objective. »

Gaston Bachelard,
« La psychanalyse du feu », 1949, avant-propos. 

« L’observateur qui prétend observer une pierre observe, en réalité, si nous voulons ajouter foi à la physique, les impressions de la pierre sur lui-même. C’est pourquoi la science paraît être en contradiction avec elle-même : quand elle se considère comme étant extrêmement objective, elle plonge contre sa volonté dans la subjectivité. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 27.

 

 « … l’objectivisme est une attitude intellectuelle consistant à rechercher les lois objectives gouvernant la réalité sociale indépendamment de la conscience que les sujets ont de cette réalité (…) les caractéristiques individuelles des structures subjectives sont déterminées par les structures objectives intériorisées par l’individu au cours de sa vie (…)
L’action déterminante des structures objectives sur les comportements suppose pour se déployer la méconnaissance par les agents sociaux de l’existence de ces déterminations. »

Marlène Benquet
in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu »,
J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 42-43.

 

 « Accuser les médias, comme le fait Chomsky, de ne pas représenter la réalité telle qu’elle est et de déformer ou de passer régulièrement sous silence certains faits importants n’aurait évidemment pas grand sens si l’on devait accepter l’idée qu’il n’y a pas vraiment de faits, mais seulement des représentations de diverses sortes (…)
On peut facilement être tenté de croire que, si les scientifiques ne peuvent pas (ou pas encore) renoncer à utiliser un concept comme celui de vérité objective, les littéraires peuvent, après tout, très bien envisager de s’en passer, dans la mesure où ce qui compte pour eux est uniquement la liberté. Mais c’est une illusion dangereuse. Orwell soutient que, si l’on prétend défendre la liberté, on ne peut pas ne pas se sentir tenu en même temps de défendre la vérité objective et, inversement, que ceux à qui la vérité objective tient à cœur ne peuvent pas considérer comme secondaire la défense de la liberté.
Aux yeux de Chomsky, les humanités et les sciences sociales ne peuvent pas plus se permettre d’ignorer ou de traiter à la légère le concept de vérité objective que ne le font les sciences exactes. »

Jacques Bouveresse, extrait de sa préface au livre de Noam Chomsky,
« Raison et liberté. Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels »,
Agone, 2010, in « Le Monde diplomatique », mai 2010.