Idée

(voir aussi Mot)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…                     

« Qu’on réfléchisse sur soi-même au sortir d’une lecture, il semblera qu’on n’a eu conscience que des idées qu’elle a fait naître (…) Mais on ne se laissera pas tromper par cette apparence si l’on fait réflexion que, sans la conscience de la perception des lettres, on n’en aurait point eu de celle des mots, ni par conséquent des idées (…) À un besoin est liée l’idée de la chose qui est propre à le soulager ; à cette idée est liée celle du lieu où cette chose se rencontre ; à celle-ci, celle des personnes qu’on y a vues ; à cette dernière, les idées des plaisirs ou des chagrins qu’on en a reçus, et plusieurs autres (…) Ainsi, de toutes nos connaissances, il ne se formerait qu’une seule et même chaîne dont les chaînons se réuniraient à certains anneaux pour se séparer à d’autres. »

 Condillac,
« Essai sur l’origine des connaissances humaines », 1746,
Alive, 1998, p. 46 et 58.

 « … quand nous analysons nos pensées ou idées, quelque composées ou sublimes qu’elles soient, nous trouverons toujours qu’elles se décomposent en idées simples du genre de celles qui ont été les copies de sensations ou de sentiments. Même les idées qui, au premier regard, semblent les plus éloignées de cette origine, se révèlent, après un examen minutieux plus serré, venir de la même source. L’idée de Dieu, entendu comme un Être infiniment intelligent, infiniment sage et infiniment bon, provient d’une réflexion sur les opérations de notre propre esprit, en accroissant sans limites ces qualités de bonté et de sagesse. Nous pouvons poursuivre cette enquête aussi loin qu’il nous plaira, nous trouverons toujours que chaque idée examinée est la copie d’une impression semblable. Ceux qui prétendraient que cette affirmation n’est ni universellement vraie ni sans exception, n’ont qu’une seule méthode, et une méthode aisée, pour la réfuter : produire l’idée qui, selon leur opinion, n’est pas dérivée de cette source. Il nous incombera ensuite, si nous voulons maintenir notre doctrine, de produire l’impression ou perception vive qui lui correspond.
Deuxièmement, s’il arrive, par le défaut d’un organe, qu’un homme soit privé d’une espèce de sensations, nous trouverons toujours qu’il est privé de la même façon des idées correspondantes. Un aveugle ne peut se former aucune idée des couleurs, un sourd aucune idée des sons. Restituez à l’un et à l’autre le sens qui leur manque, en ouvrant cette porte d’entrée à leurs sensations, vous ouvrez aussi la porte aux idées, et ils ne trouveront aucune difficulté à concevoir ces objets. »

David Hume,
« 
Enquête sur l’entendement humain », section II, 1748.

 

« Lorsque l’âme a été affectée par l’objet même, elle l’est encore par le souvenir ; mais, dans l’homme de génie, l’imagination va plus loin : il se rappelle des idées avec un sentiment plus vif qu’il ne les a reçues, parce qu’à ces idées mille autres se lient, plus propres à faire naître le sentiment. »

Denis Diderot,
« Encyclopédie », 1757, article « génie ».

«  – Et d’où savez-vous que ce n’est pas vous qui faites des idées ?
– De ce qu’elles me viennent très souvent malgré moi quand je veille, et toujours malgré moi quand je rêve en dormant (…)
– Il est bien triste d’avoir tant d’idées et de ne savoir pas au juste la nature des idées.
– Je l’avoue ; mais il est bien plus triste et beaucoup plus sot de croire savoir ce qu’on ne sait pas. »

Voltaire
« Dictionnaire philosophique », tome VI, Dalibon Librairie, Paris, 1825, p. 81-83.

 

« Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’en a qu’une. »

Paul Claudel (1868-1955)

 

« Lorsqu’elle s’était insinuée dans les méandres d’une circonvolution cérébrale, elle s’y accrochait fermement, revenant régulièrement à l’esprit de son hôte, tournant en rond dans un hémisphère comme un air de musique innocent, phagocytant, l’air de rien, ce cerveau pour l’utiliser afin de mieux se dupliquer.
Elle franchit un pas de géant dans la conquête du monde quand deux doigts tapotant un clavier lui ouvrirent l’accès à Internet. L’invasion fut alors aussi discrète que fulgurante. Elle sauta de cervelle en cervelle telle un flux de parasites encerclant la planète, dissimulée parmi une foule d’autres idées qui se combinaient, s’interconnectaient, se reproduisaient.
Quelques milliers de millénaires plus tard, alors que les derniers grains de la planète Terre s’étaient dissous dans la ceinture d’astéroïdes gravitant autour de l’étoile morte et que les androïdes avaient complètement oublié les derniers reliquats de leur héritage humain, l’idée s’est installée, en compagnie de beaucoup d’autres, aux confins de l’univers. Elles y circulent et foisonnent, comme des amibes dans un bouillon de culture, à la surface de la bulle spatio-temporelle qui se dilate.
Indifférentes à l’implosion des étoiles, aux collisions de galaxies, à l’effondrement titanesque des trous noirs, elles continuent à proliférer en échangeant leurs idées. »

Yves Thelen,
« Contes à (ne) pâlir debout »,
Mon Petit Éditeur, 2012, p. 72-73.

« Si « Je » ne contrôle pas tout, si notre conscience ne choisit pas d’avoir telle pensée à tel moment, c’est que les idées nous visitent, qu’elles passent à travers nous, qu’il existe une espèce de circulation flottante de ces « fruits » intellectuels et, pour s’en convaincre, il n’est pas nécessaire d’en appeler au plan divin de la providence ni à son équivalent laïc, le progrès. Il suffit de rappeler de quelle dépossession de soi-même, de quelle ivresse, de quels entrechoquements naissent les inspirations authentiques. »

 Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p. 24.

 

 

Idéalisme

(voir aussi Matérialisme et Solipsisme)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« — Et le moyen le plus sûr de le faire (observer ce qu’il y a de plus vrai), ne serait-ce pas d’aborder chaque chose, autant que possible, avec la pensée seule, sans admettre dans sa réflexion ni la vue, ni quelque autre sens, sans en traîner aucun avec le raisonnement ; d’user au contraire de la pensée toute seule et toute pure pour se mettre en chasse de chaque chose en elle-même et en sa pureté, après s’être autant que possible débarrassé de ses yeux et de ses oreilles et, si je puis dire, de son corps tout entier, parce qu’il trouble l’âme et ne lui permet pas d’arriver à la vérité et à l’intelligence, quand elle l’associe à ses opérations ? (…)
— C’est merveilleusement exact, Socrate… »

Platon (V e -IV e s. av. J.-C.),
« Phédon ».

 

 

« La table sur laquelle j’écris, je dis qu’elle existe : c’est-à-dire, je la vois, je la sens ; et si j’étais hors de mon bureau, je dirais qu’elle existe, entendant par là que si j’étais dans mon cabinet, je pourrais la percevoir, ou qu’un autre esprit la perçoit actuellement (…)
Car ce que l’on dit de l’existence absolue des choses qui ne pensent point, existence qui serait sans relation avec le fait qu’elles sont perçues, c’est ce qui m’est parfaitement inintelligible. Leur esse [existence] consiste dans leur percipi [la perception qu’on en a] et il n’est pas possible qu’elles aient une existence quelconque hors des esprits ou choses pensantes qui les perçoivent.
C’est, il est vrai, une opinion étrangement dominante parmi les hommes que les maisons, les montagnes, les rivières, tous les objets sensibles en un mot, ont une existence naturelle ou réelle, distincte du fait qu’ils sont perçus. »

George Berkeley,
« 
Principes de la connaissance humaine », 1710.

 

« Entraîné par cette preuve de la puissance de la raison, notre penchant à étendre nos connaissances ne voit plus de bornes. La colombe légère, lorsque, dans son libre vol, fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide. C’est ainsi que Platon, quittant le monde sensible qui enferme l’intelligence dans de si étroites limites, se hasarda, sur les ailes des idées, dans les espaces vides de l’entendement pur. Il ne s’apercevait pas que, malgré tous ses efforts, il ne pouvait progresser parce qu’il n’avait pas de point d’appui, de support sur lequel il pût faire fonds et faire progresser l’entendement. C’est le sort ordinaire de la raison humaine quand elle spécule, de construire son édifice en toute hâte, et de ne songer que plus tard à s’assurer de la solidité des fondations. »

Emmanuel Kant,
« Critique de la raison pure »,
1781.

 

«  Cette nouvelle théorie [la Relativité] postulait en effet que des observateurs se trouvant dans différents systèmes en mouvement les uns par rapport aux autres percevaient le monde différemment. L’observateur jouait donc un rôle dans la formation de la réalité physique. Il perdait celui de spectateur pour devenir une partie intégrante du système étudié.
Avec la mécanique quantique, ce rôle a pris une place encore plus centrale dans la théorie physique, devenant un élément essentiel de la définition d’un événement (…) ce qui explique que de nombreux chercheurs aient sérieusement considéré que la conscience faisait partie intégrante de la structure de la physique. Ces interprétations ont fait évoluer la science vers sa conception philosophique idéaliste, par opposition à la conception réaliste. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 46-47.

 

 

Idéal

(voir aussi Utopie)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Un idéal vit dans la tête humaine depuis des milliers d’années : ce n’est pas un idéal de justice, mais un idéal de paix et de bonheur, l’idéal d’une société où il n’y aurait ni mien ni tien, où tout serait à tous, où l’égalité et la fraternité seraient les seuls liens qui réuniraient les hommes : aux époques troublées de l’histoire, des penseurs généreux, Platon, Morus, Campanella, ont décrit cette société idéale en d’enchanteresses utopies, et des héros se sont levés et se sont sacrifiés pour l’établir. »

Paul Lafargue, Discours prononcé début 1895,
débat organisé à la Sorbonne entre J. Jaurès et P. Lafargue.
« La Jeunesse socialiste », nº 1 et 2.

 

« Les années 60 étaient celles du surgissement de la vie, de l’emballement militant, des excès d’une génération pensant s’approprier le monde. Le siècle s’amorçant semble bien morne, gris et vide en comparaison. Que diriez-vous à un jeune idéaliste pour lui remonter le moral ?
Que le monde marchand craque de toutes parts, qu’il est en train de s’effondrer en entraînant tous ceux qui s’attachent à lui, même en le combattant. Je veux dire qu’au lieu de rabâcher les mêmes critiques désespérées, il est temps de jeter les bases d’une société nouvelle, de construire l’autogestion en nous emparant des énergies alternatives et en les mettant au service des collectivités refusant d’avoir des comptes à rendre aux gestionnaires de la faillite mondiale et aux escrocs dont le pouvoir n’a d’autre soutien que la passivité et la résignation des masses. Ce que nous devons redécouvrir, c’est notre propre inventivité, c’est la conscience de notre richesse créative. Il faut cesser de geindre sur ce qui nous déconstruit et rebâtir notre vie individuellement et collectivement. »

 Raoul Vaneigem (2008) http://www.inventin.lautre.net/contributions.html

 

« Chaque fois que je voyage dans le monde, je suis frappé par la bonne volonté, le talent et l’idéalisme des jeunes.  Ils apportent d’importantes contributions à notre lutte contre la pauvreté, la propagation de la maladie et le changement climatique, et aussi pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.  J’engage donc les États Membres à accroître l’investissement qu’ils consacrent à la jeunesse, de façon que les jeunes puissent faire plus encore. »

Ban Ki-moon, communiqué de presse des Nations Unies, www.un.org/press/fr, août 2010

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« Le kibboutz puise ses racines dans le parti Hapoel Hatzaïr, un parti politique influencé par le socialisme populiste russe, dont le principal inspirateur est Aharon David Gordon. L’idéal prôné est celui d’un socialisme rural, anti-industriel et anti-autoritaire, très marqué par l’anarchisme (refus des structures élues) (…)
Neta me confirme le changement idéologique intervenu depuis l’époque de ses grands-parents, arrivés dans le kibboutz dans les années 1920. « Mes grands-parents étaient très pauvres. Ils sont venus, guidés par l’idéal national, pour construire le pays de leurs mains. Mais à compter de la guerre des Six Jours, la ‘mission nationale’ s’est moins faite sentir« . Il se rappelle : « Au début des années 1970, le kibboutz a donné les premières télévisions à ses habitants, ils voulaient se sentir davantage ‘comme tout le monde’ « . Une anecdote qui traduit bien un changement d’époque, celui de la décennie 70-80, marquée par le développement du capitalisme (et, partant, de la société de consommation) et de l’individualisme (…)
Pour Muki Tsur, secrétaire général du Mouvement kibboutznik unifié dans les années 1990, l’évolution des kibboutzim est essentiellement liée à l’évolution de la société. « Notre société actuelle est devenue capitaliste, hiérarchique, essentiellement fondée sur l’idée de salaire et de responsabilités. Les premiers kibboutznikim étaient jeunes et pauvres, mais aujourd’hui les habitants réclament une meilleure qualité de vie. D’où un conflit entre ceux qui souhaitent s’adapter davantage à la nouvelle société capitaliste car ils la considèrent comme inéluctable et ceux qui veulent conserver les idéaux fondateurs du kibboutz comme modèle alternatif à la société de consommation« . »

« Kibboutz : la fin d’un idéal ? » © Jerusalem Post Edition Française, mars 2014.

Homme

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. »

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1669.

« L’homme est un loup pour l’homme… (Thomas Hobbes) ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très gentil pour le loup ! » (Serge Bouchard)

« Les hommes sont pervers ; ils seraient pires encore s’ils avaient eu le malheur de naître savants. »

Jean-Jacques Rousseau, « Discours sur les sciences et les arts », 1ère partie, 1750.

 

« On prétend que Dieu a fait l’homme à son image, mais l’homme le lui a bien rendu. »

 Voltaire, « Œuvre complètes ».

 

 « Qui sait si ce bipède déformé, qui n’a que quatre pieds de hauteur, qu’on appelle encore dans le voisinage du pôle un homme, et qui ne tarderait pas à perdre ce nom en se déformant un peu davantage, n’est pas l’image d’une espèce qui passe ? Qui sait s’il n’en est pas ainsi de toutes les espèces d’animaux ? Qui sait si tout ne tend pas à se réduire à un grand sédiment inerte et immobile ? »

Denis Diderot, « Le rêve de d’Alembert », 1769.

 

 « L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde par-dessus l’abîme. Il est dangereux de passer de l’autre côté, dangereux de rester en route, dangereux de regarder en arrière ; frisson et arrêt sont dangereux.
Ce qu’il y a de grand dans l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but ; ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin. J’aime ceux qui ne savent vivre autrement que pour disparaître, car ils passent au-delà. »

Frédéric Nietzsche,
« Ainsi parlait Zarathoustra », (1883) Flammarion.

« …
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils. »

Rudyard Kipling, « If », 1895.

« Chaque homme est lié à ceux qui le précèdent et à ceux qui le suivent. Il se fond en quelque sorte en eux. L’humanité n’est pas composée d’éléments séparés, comme les molécules d’un gaz. Elle ressemble à un réseau de filaments qui s’étendent dans le temps, et portent, comme les grains d’un chapelet, les générations successives d’individus. »

Alexis Carrel,
« L’homme cet inconnu », Plon, 1936, p. 213.

« N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu absurde dans le spectacle d’êtres humains qui tiennent devant eux un miroir et qui pensent que ce qu’ils y voient est tellement excellent que cela prouve qu’il doit y avoir une Intention Cosmique qui, depuis toujours, visait ce but… Si j’étais tout-puissant et si je disposais de millions d’années pour me livrer à des expériences dont le résultat final serait l’Homme, je ne considérerais pas que j’aurais beaucoup de raisons de me vanter. »

Bertrand Russel,
« Religion et Science », Thornton Butterworth, 1935.

 

 « L’homme est le seul animal qui se prend pour autre chose qu’un animal. »

anonyme

« L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. »

Jean-Paul Sartre, « L’existentialisme est un humanisme »,
Nagel, 1946, p. 22.

«  – Le professeur Rampole, continuait Sir Arthur, a précisé ce changement de qualité : la différence entre l’intelligence de l’homme de Néanderthal et celle d’un grand singe ne devait pas être bien grande en quantité. Mais elle a dû être énorme dans leur rapport avec la nature : l’animal a continué de la subir. L’homme a brusquement commencé à l’interroger (…) L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes. »

Vercors (Jean Bruller)
« Les animaux dénaturés », Albin Michel, 1952, p. 321-322.

« L’une des choses que je crois avec le plus de force, – l’une des rares dont je sois à peu près sûr -, c’est qu’il n’existe, de nous à l’animal, qu’une différence du plus ou moins, une différence de quantité et non point de qualité; c’est que nous sommes de la même étoffe, de même substance  que la bête. Cette solidarité, cette continuité entre le règne animal – voire tout le monde vivant – et le canton humain, elle me semble devoir s’imposer à toute personne ayant disséqué un insecte, assisté au frémissement d’un protoplasme, vu un oeuf se modeler en embryon.»

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 20-21.


« D’un côté la confortable, satisfaisante et passive acceptation des croyances, de l’autre la définitive impossibilité d’une connaissance rigoureuse du réel ; entre elles, le chemin de crête qui mène vers la connaissance est étroit. Sur ce chemin, l’homme est seul ; aucune autre espèce n’a reçu de la nature le privilège d’y progresser. Le sommet ne sera jamais atteint ; mais s’en approcher est l’un des bonheurs dont chacun peut enrichir son parcours. »

Albert Jacquard, « À toi qui n’est pas encore né(e)»,
Calmann-Lévy, Poche, 2000, p. 159.

« Je suis désolé de devoir l’écrire : l’homme n’est pas bon, sauf au sens du cannibale qui le cuisine (…) Nous sommes querelleurs, menteurs, voleurs, meurtriers, tortionnaires et fiers de l’être. Nous aimons nos pirates, nos soudards et nos mercenaires. Nous approuvons la soldatesque qui pille et égorge pourvu qu’elle nous « protège ». Nous décorons nos « héros ». Nous les élevons au rang de « martyrs » quand ils se font exploser au nom d’Allah. Nous leur dressons des statues. »

Yves Paccalet, « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! »,
Flammarion, 2013, p. 90-92.

 

« La condition inhumaine qui est la nôtre aujourd’hui est celle de l’homme, de la femme, de l’enfant qui doivent se redéfinir, accepter que leur état, leur être, leur essence ne sont possibles que par le chevauchement entre le mammifère bipède qu’ils sont et les outils, machines et technologies qui les entourent ; elle est celle de l’homme, de la femme et de l’enfant qui perçoivent soudain, par les sciences, les recherches, les couches de réalité qui émergent du ventre des machines, de par l’impossibilité de clairement définir un individu, de circonscrire son principe, de cerner son ontologie, qu’ils ne sont intelligents et conscients que par et grâce aux outils, que sans ces derniers, ils ne seraient toujours que primates… »

Ollivier Dyens,
« La condition inhumaine, essai sur l’effroi technologique »,
Flammarion, 2008, p. 21.

 

« 4.3.2. Paradoxe humain
L’évolution de l’humanité implique la destruction de la vie dont elle dépend. Le principe d’évolution universel contraint l’humanité à agir contre son propre intérêt.
4.3.4. Impasse évolutive
L’humain ne peut agir en fonction de deux intérêts incompatibles, il ne peut pas exister et détruire ce qui le fait exister. »

Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014, p.75.

« Pourquoi Homo sapiens, autrement dit celui qui sait, celui qui a découvert l’agriculture, l’élevage et la civilisation, s’est-il fait piéger par le changement climatique et les conflits politico-religieux qui aboutissent aujourd’hui à des guerres et aux déplacements des  populations ? (…) L’homme est-il devenu un inadapté de la nature, un animal raté ? »

Pierre Jouventin
« L’homme, cet animal raté », Libre et Solidaire, 2016.

 

Hédonisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…   

« … pour bien vivre, il faut entretenir en soi-même les plus fortes passions au lieu de les réprimer, et qu’à ces passions, quelque fortes qu’elles soient, il faut se mettre en état de donner satisfaction par son courage et son intelligence en leur prodiguant tout ce qu’elles désirent. »

Platon (V e -IV e s. av. J.-C.) « Gorgias »

 

« Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »
(…)
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »

Pierre de Ronsard (1524-1585)

« Renonce à l’idée d’un autre monde, il n’y en a point, mais ne renonce pas au plaisir d’être heureux et d’en faire en celui-ci. Voilà la seule façon que la nature t’offre de doubler ton existence ou de l’étendre. Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l’ai encensée toute ma vie, et j’ai voulu la terminer dans ses bras : ma fin approche, six femmes plus belles que le jour sont dans ce cabinet voisin, je les réservais pour ce moment-ci, prends-en ta part, tâche d’oublier sur leurs seins à mon exemple tous les vains sophismes de la superstition, et toutes les imbéciles erreurs de l’hypocrisie. »

Donatien A.F. de Sade,
« Dialogue entre un prêtre et un moribond », 1782.

« L’aliénation requiert autre chose qu’une réserve (…) Contre ce dynamisme, il faut donc exalter la plus anti-sociale des valeurs d’insoumission, je veux dire la paresse. Tout ce qui ressemble au bonheur passe par l’oisiveté, dont le sens populaire fait avec à-propos la mère de tous les vices. Rien n’est plus nécessaire que d’avoir le temps, pour inventer l’amour et boire la sève du plaisir. Rien n’est plus éclairant que de vagabonder sur la piste des heures, pour découvrir l’autre face des choses. Derrière les interdits de la morale chrétienne et les travaux forcés de l’existence industrielle, derrière les habitudes qui ont segmenté notre œil, le réel nous attend. Selon toute vraisemblance, c’est le loisir qui constitue la seule arme offensive contre l’aliénation technocratique (…)
Sur le radeau de la Méduse, tous les moyens se valent pour balancer par-dessus bord les agités du stakhanovisme, les inséminateurs de l’esclavage humain, les boy-scouts du conditionnement. »

Raymond Borde,
« L’extricable », Éric Losfeld, 1970, p. 98-101.

 

 

«  L’hédonisme, en cherchant à réconcilier la philosophie et le corps, offre un visage humain. Nulle antichambre où l’esprit se retirerait pour proclamer la suprématie des essences, tels des puissants qui discuteraient de l’avenir du globe, déconnectés de son pouls. L’hédonisme ne bâtit pas un monde en dehors du monde, mais s’enracine dans la chair de la pensée (…)
Face aux sables mouvants de la vérité, à la statuaire pompeuse des illusions, le corps veut, le corps réclame, le corps exige. Il décrète le souverain bon. Bien souvent, le corps précède le langage et sa formulation. Que l’on songe aux joues empourprées qui annoncent l’aveu ou au tombé des paupières – rien de plus franc que le sommeil (…) On se situe dès lors par-delà la morale d’Épicure, qui conseillait la tempérance : « … le simple pain, l’eau simple, font des mets délicieux pour quiconque attend le moment de l’appétit. » Mais le délicieux n’est pas la volupté. La volupté ne va pas sans érotisation, elle affectionne le jeu, la mise en scène auxquels la relie au pluriel son étymologie (voluptas).
Sans culture des sens, sans esthétisation du plaisir, nul hédonisme. »

Ingrid Astier
in Michel Onfray, « Manifeste hédoniste », J’ai lu, 2011, p. 152-155.

Hasard

(voir aussi Création, Déterminisme et Indéterminisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux. Une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les dernières. La prédiction devient impossible et nous avons un phénomène fortuit (…) Une cause très petite qui nous échappe détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. »

Henri Poincaré, « Sciences et Méthodes », Éd. Kimé, 2000.

 

 « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers dans ses aspects innombrables serait le résultat d’un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si après l’explosion d’une imprimerie tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire.»

Albert Einstein (1879-1955)

 

« Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue mais aveugle, à la racine même du prodigieux édifice de l’évolution (…) Notre numéro est sorti au jeu de Monte-Carlo. Quoi d’étonnant à ce que, tel celui qui vient d’y gagner un milliard, nous éprouvions l’étrangeté de notre condition ? »

Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, 1970, p. 127 et 161.

 

 « Demain, nous fabriquerons l’humain. Nous supprimerons le hasard de la vie, et du même coup, nous en supprimerons le sens ! »

Jean-Michel Besnier

« …peut-être la notion de contingence pure comme moteur de l’évolution devrait-elle être remplacée par celle, plus subtile, de coïncidence entre un stade évolutif qui comprend en puissance une étape critique de l’histoire de la vie et les conditions environnementales nécessaires pour que cette étape puisse s’accomplir. Dans ce cas, les grandes lignes du déroulement de l’évolution pourraient avoir été plus ou moins probables selon les chances de telles coïncidences.

Peut-être l’image, longtemps considérée comme allant de soi, d’un processus évolutif dominé en grande partie par les caprices de l’environnement devrait-elle être remplacée par celle d’un processus animé, du moins dans ses grandes lignes, par sa propre dynamique interne, mais dépendant de l’environnement pour l’actualisation de ses potentialités. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 107.

« Jadis, notre histoire avait un sens. Au commencement des temps, un être suprême justifiait tout : l’ordre de l’univers, notre existence, jusque lui-même, éternel et tout-puissant par nature. Et l’éternité nous était également promise après la mort qui ne marquait pas la fin de notre histoire personnelle…
Aujourd’hui, la science accorde la primauté au hasard. Mais comment justifier la somme d’ajustements précis qui ont permis à l’univers d’engendrer la vie et la conscience ? Et les cosmologues de postuler alors que notre monde ne serait qu’un cas particulier parmi l’infinité des mondes possibles, lesquels auraient dès lors tous droit à une forme d’existence « parallèle ».
Dans la dimension quantique, à l’échelle des particules élémentaires, celles-ci se trouvent dans une « superposition d’états » et c’est la présence de l’observateur qui actualise la « réalité » d’un de ces états. Ainsi l’univers et chacun de ses atomes, tout comme le déroulement de notre propre histoire, connaitraient-ils potentiellement tous les devenir imaginables et c’est notre conscience qui, d’instant en instant, nous tisserait l’illusion d’une histoire unique et linéaire, la nôtre.
Le fil de notre vie se déroule et notre destin nous apparaît tout tracé ; il ne serait qu’un brin infime de l’enchevêtrement infini du chaos originaire. Mais nous pouvons encore rêver que l’un ou l’autre pont quantique puisse nous permettre de suivre une autre boucle et de conforter l’illusion de notre libre arbitre. Peut-être nos rêves et nos étranges réminiscences témoignent-ils de ces interférences avec d’autres mondes… »

Yves Thelen, Elucubrations quantiques, 2015.

Guerre

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Le meilleur moyen de se défaire d’un ennemi, c’est de s’en faire un ami. »

Henri IV


« Si mon partenaire voit en moi un ennemi, il se trompe : son ennemi est en lui ! »

Maxime propre à la voie martiale

 

 « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! »

Publius F. Vegetius, « Epitoma rei militaris », (IV e -V e s.)

 

 « Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l’empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. Ils ne marqueraient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de laquelle dépend leur bonheur, ils ne saisiraient point toutes les occasions de troubler celle des autres. »

Denis Diderot, « Encyclopédie », 1765.

 « À quoi sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée,
Si tes écroulements reconstruisent le mal,
Si pour le bestial tu chasses l’animal,
Si tu ne sais, dans l’ombre où ton hasard se vautre,
Défaire un empereur que pour en faire un autre ? »

Victor Hugo,« L’année terrible », 1872.

« C’est à Napoléon (et nullement à la Révolution française qui cherchait la fraternité entre les peuples et les universelles effusions fleuries) que nous devons de pouvoir pressentir maintenant une suite de quelques siècles guerriers qui n’aura pas son égale dans l’histoire, en un mot, d’être entrés dans l’âge classique de la guerre, de la guerre scientifique en même temps que populaire, de la guerre faite en grand (de par les moyens, les talents et la discipline qui y seront employés). Tous les siècles à venir jetteront sur cet âge de perfection un regard plein d’envie et de respect. »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir », 1882.

« La première crainte qu’inspirait la guerre que personne n’avait voulue, ni les peuples, ni le gouvernement ; cette guerre qui avait glissé contre leur intention des mains maladroites des diplomates, qui en jouaient et bluffaient, s’était transformée en un subit enthousiasme (…) Et malgré la haine et mon horreur de la guerre, je ne voudrais pas être privé dans ma vie du souvenir de ces premiers jours. Les milliers et les centaines de milliers d’hommes sentaient comme jamais, ce qu’ils auraient dû mieux sentir en temps de paix, à savoir à quel point ils étaient solidaires. »

Stephan Zweig, « Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen », 1944.

 

« Comment est-il possible que la masse se laisse enflammer jusqu’à la folie et au sacrifice ? Je ne vois pas d’autre réponse que celle-ci : l’homme a en lui un besoin de haine et de destruction. En temps ordinaire, cette disposition existe à l’état latent et ne se manifeste qu’en période anormale ; mais elle peut être éveillée avec une certaine facilité et dégénérer en psychose collective (…) je n’ai parlé jusqu’ici que de la guerre entre États, en d’autres termes, des conflits dits internationaux. Je n’ignore pas que l’agressivité humaine se manifeste également sous d’autres formes et dans d’autres conditions (par exemple la guerre civile, autrefois causée par des mobiles religieux, aujourd’hui par des mobiles sociaux, — la persécution des minorités nationales). Mais c’est à dessein que j’ai mis en avant la forme de conflit la plus effrénée qui se manifeste au sein des communautés humaines, car c’est en partant de cette forme-là qu’on décèlera le plus facilement les moyens d’éviter les conflits armés. »

Lettre d’Albert Einstein à Sigmund Freud (1932)

Réponse de Sigmund Freud

«  (…) Droit et violence sont actuellement pour nous des antinomies. Il est facile de montrer que l’un est dérivé de l’autre (…) Les conflits d’intérêts surgissant entre les hommes sont donc, en principe, résolus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le règne animal, dont l’homme ne saurait s’exclure (…) l’instinct de conservation est certainement de nature érotique ; mais c’est précisément ce même instinct qui doit pouvoir recourir à l’agression, s’il veut faire triompher ses intentions. De même l’instinct d’amour, rapporté à des objets, a besoin d’un dosage d’instinct de possession, s’il veut en définitive entrer en possession de son objet (…) Avec une petite dépense de spéculation, nous en sommes arrivés à concevoir que cette pulsion [ l’instinct de destruction ] agit au sein de tout être vivant et qu’elle tend à le vouer à la ruine, à ramener la vie à l’état de matière inanimée. Un tel penchant méritait véritablement l’appellation d’instinct de mort, tandis que les pulsions érotiques représentent les efforts vers la vie (…) et nous avons tenté de faire dériver toute une série de phénomènes normaux et pathologiques de cette réversion intérieure de la pulsion destructrice (…) l’application de ces forces instinctives à la destruction dans le monde extérieur soulage l’être vivant et doit avoir une action bienfaisante. Cela peut servir d’excuse biologique à tous les penchants haïssables et dangereux contre lesquels nous luttons… »

classiques.uqac.ca/

« Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c’est que la quatrième guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex. »

Albert Einstein (1879-1955)

 

 « Les guerres, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entre-tuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord. »

Paul Valéry (1871-1945)

 

« La guerre détruit ceux que l’on appelle ses ennemis, mais en réalité, ces ennemis sont une part de nous-mêmes. Et parce que le monde est une entité unique, la destruction de l’ennemi s’apparente à la destruction de soi-même. »

« Le désarmement extérieur procède d’un désarmement intérieur. La seule garantie de paix se trouve à l’intérieur de nous-mêmes. »

« Les problèmes et les rivalités d’aujourd’hui doivent se résoudre par le dialogue, il n’y a pas d’autre solution. La victoire écrasante d’un seul camp n’est plus acceptable. Nous devons travailler à résoudre les conflits dans un esprit de conciliation, en tenant compte des intérêts de chacun… Je pense sincèrement que la violence a fait son temps. Seule la non-violence apportera de véritables solutions. »

Lhamo Dondump, Dalaï Lama

 

« Depuis le début de l’histoire, les jours consacrés à la guerre sont plus nombreux que les jours consacrés à la paix. La vie de société est une guérilla permanente (…) Chaque partenaire y est nécessairement, ou tyran, ou esclave. Le regard d’autrui me vole mon univers, la présence d’autrui fige ma liberté, son élection m’entrave. L’amour est une infection mutuelle, un enfer… »

Emmanuel Mounier,
« Le Personnalisme »,
PUF, 1950.

La guerre est le meilleur moyen de se faire des ennemis !

Yves Thelen

 

Génie

(voir aussi Créativité)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … il s’élève d’un vol d’aigle vers une vérité lumineuse, source de mille vérités auxquelles parviendra dans la suite en rampant la foule timide des sages observateurs. Mais à côté de cette vérité lumineuse, il placera les ouvrages de son imagination : incapable de marcher dans la carrière et de parcourir successivement les intervalles, il part d’un point et s’élance vers le but ; il tire un principe fécond des ténèbres ; il est rare qu’il suive la chaîne des conséquences… »

Denis Diderot,« Encyclopédie », 1757, article « génie ».

 

 

« Un homme de génie ne pense pas seulement plus vite que nous, il pense différemment, ou du moins tout se passe comme s’il pensait différemment. Que ses exceptionnelles facultés inventrices soient en rapport avec une supériorité du pouvoir réflexif, ou avec certaines particularités de l’affectivité – c’est là tout le problème du génie –, toujours est-il qu’il perçoit des relations qui échappent au commun des mortels, qu’il rompt des associations de concepts qu’on eût pu croire définitives pour en créer de nouvelles, qu’il aboutit à des synthèses originales et imprévues, et résout, en les posant à sa manière, des problèmes qui semblaient jusqu’alors insolubles. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 113.

« Les mots et le langage, écrits ou parlés, ne semblent pas jouer le moindre rôle dans le mécanisme de ma pensée. Les entités psychiques qui servent d’éléments à ma pensée sont certains signes, ou des images plus ou moins claires, qui peuvent à volonté être reproduits et combinés. »

Albert Einstein in Jacques Hadamard,
« Essai sur la psychologie de l’invention dans le domaine mathématique », Blanchard, 1959.

 

« Un phénomène est certain et je puis répondre à son absolue certitude : c’est l’apparition soudaine et immédiate d’une solution au moment même d’un réveil soudain. Ayant été réveillé très brusquement par un bruit extérieur, une solution longuement cherchée m’apparut immédiatement sans le moindre instant de réflexion de ma part – fait assez remarquable pour m’avoir frappé de façon inoubliable – et dans une voie entièrement différente de toutes celles que j’avais tenté de suivre auparavant. »

Basarab Nicolescu,
« Nous, la particule et le monde »,
Le Mail, 1985, p. 126.

 

 « Il semble que l’intuition des nombres, comme celle des autres objets mathématiques, ne repose pas tant sur la manipulation de symboles que sur une perception directe de leurs relations significatives. »

Stanislas Dehaene,
« La bosse des math », Jacob, 2006, p. 169.

 

 « Si nous avions la possibilité de faire du génie génétique ultra performant, ou si nous avions plus de connaissances en intelligence artificielle, il est probable que nous pourrions créer des êtres plus intelligents que nous, parce que, à la différence de l’évolution, nous n’aurions pas à progresser laborieusement de petite adaptation en petite adaptation, nous pourrions d’un seul jet concevoir la structure finale et la fabriquer. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 99.

 

« Daniel Tammet est un génie. Diagnostiqué Asperger (une forme d’autisme légère), ce jeune britannique, capable de prouesses cérébrales hallucinantes, détrône les calculatrices. Le 14 mars 2004, devant un jury de mathématiciens, il réussit l’exploit de réciter de tête les 22 514 premières décimales du nombre Pi. Il cumule le syndrome d’Asperger avec un phénomène neurologique moins connu, la synesthésie. C’est grâce à elle qu’il visualise les chiffres et les lettres de façon colorée, sous forme de paysages abstraits.
Ses capacités ne s’arrêtent pas là. Daniel Tammet est fasciné par le calcul calendaire, apprend les langues rapidement et est considéré dans le monde scientifique comme la « pierre de rosette » de l’autisme. Il a réussi là où beaucoup en étaient incapables : mettre des mots sur les mystères du cerveau. « Mon cas reste intéressant, mais loin d’être unique, ce qui me réjouit car cela montre que je ne suis pas un extraterrestre« , dit-il. »

Julia Baron,
« Daniel Tammet : « Je ne suis pas un extraterrestre » »,

http://www.liberation.fr , nov. 2013.

Fondamentalisme

(voir aussi Foi)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’Écriture et la nature procèdent au même titre du verbe divin, la première dictée par le Saint-Esprit, la seconde exécutrice obéissante des ordres de Dieu. Mais puisque les Écritures, pour s’adapter à la compréhension de tous, soutiennent des propositions opposées dans leur énonciation et dans leur sens immédiat au vrai absolu… il apparaît impossible de se référer à l’Écriture pour mettre en doute les connaissances de la nature. »

Galilei,

Lettere a P.B. Castello – Opere, Edit. Nazionale, Barbera, Firenze, 1911, Vol. XIX, p. 299-305.

« Tant que le sacerdoce aura le droit d’infecter la jeunesse, de l’habituer à trembler devant les mots, d’alarmer les nations au nom d’un Dieu terrible, le fanatisme sera le maître des esprits, l’imposture à volonté portera le trouble dans les États. »

Paul-Henri Thiry d’Holbach, « Système de la nature », t. I, c. 12.

 

 « La volonté du peuple, la démocratie ne peut être souveraine puisqu’elle pourrait s’exprimer en faveur de la neutralité ou de l’indifférence. »

 Pie IX, Encyclique « Quanta Cura » (1864)

«  … je suis incapable de tenir compte d’une « révélation » prétendument faite à nos aïeux dans les temps reculés de notre histoire. Si respectables que me paraissent ce genre de traditions, et quelque rôle qu’elles aient pu jouer dans notre passé moral, je ne puis accepter d’y voir des certitudes de départ. Seules valent, à mes yeux, les croyances qui, à tout moment recréables par l’intelligence, peuvent se former de novo dans l’esprit d’un homme d’aujourd’hui, à partir de matériaux fraîchement fournis par la science ou la libre réflexion. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 17.

« « Nous craignons le changement au moins autant que nous en sommes curieux. On dit que l’Occident est le berceau de la liberté, mais il est aussi tenté en permanence par la fuite loin de la liberté et de la connaissance. Nous sommes, estime Carl Sagan, dans l’une de ces périodes où l’humanité hésite. Nous mesurons bien les apports de la science, mais nous sommes tout autant en quête de repères et de mentors qui nous déchargeraient de nos responsabilités.  »
Tel serait, selon Sagan, le sens de la résurgence actuelle de tous les intégrismes. Les nouveaux obscurantistes, religieux ou totalitaires, seraient disposés à se rallier à une même devise : « Arrêtez de penser !  » »

Interview de Carl Sagan par Guy Sorman,
« Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989.

 

« La foi a souvent élevé l’homme aux pires déchaînements d’intolérance et de destruction. Aucun compromis n’est possible entre révélations et certitudes concurrentes sur un même territoire. Pensez au Liban, à la Yougoslavie, à l’Irlande du Nord, à l’Inde… Les athées, il est vrai, ne furent pas en reste lorsqu’en 1789, ils saccagèrent les cathédrales au nom de leur « foi » (…)
Les grands mouvements fondamentalistes iranien, algérien, égyptien, pakistanais et bien d’autres considèrent la démocratie comme un sacrilège, une machinerie démoniaque. Comment, en effet, accepter qu’un parti opposé à la foi puisse prendre le pouvoir ? Comment envisager que le pays puisse être mieux dirigé par un autre parti que celui de Dieu ? »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », éd. mols, 2009, p. 191 et 392.

« … si toutes les preuves de l’univers réfutaient le créationnisme, je serais le premier à les admettre, mais je resterais quand même créationniste car c’est ce que semble indiquer la Parole de Dieu. Et je me dois d’en rester là. »

 Kurt Wise, dir. du Center for Origins Research (Dayton)
in
Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 360.

« Un des spectacles les plus tristes qu’il nous est donné de voir dans nos rues aujourd’hui est l’image d’une femme emmitouflée dans du noir informe de la tête aux pieds, regardant le monde qui l’entoure par une fente minuscule. La burqa (…) instrument d’oppression des femmes et de répression qui enferme leur liberté et leur beauté, symbole d’une cruauté masculine monumentale et de la soumission féminine à une peur tragique. »

Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 459.

 

 « (…) À la différence de l’intégrisme, qui ne recourt pas forcément à la violence et se limite à la pensée (les disciples de Mgr Lefebvre en sont un bon exemple), le fanatisme est une volonté d’incarner ses idées en actes, fussent-ils violents et sans rémission. Les fanatiques islamiques sont des « fondamentalistes », au sens où ils se réclament d’un texte sacré qui n’a pas varié depuis mille quatre cents ans, et dont ils donnent une exégèse littérale (…) Il faut « démythologiser » les textes, aurait dit le grand exégète protestant Rudolf Bultmann, leur accorder une lecture symbolique, spirituelle, dont la force est vivante, et non une lecture littérale qui est, elle, inquiétante et dépassée. »


Odon Vallet
interviewé par Dominique Simonnet, « Le fanatisme, c’est le refus de l’autre »,
http://www.lexpress.fr/culture/livre/09/2001.

« Israël des années 80 est marqué par un autre phénomène : le rabbin Meïr Kahane et son mouvement Kach (C’est ainsi). L’homme avait fait ses premières classes racistes et terroristes aux États-Unis, à la tête de la Ligue de défense juive. Arrivé en Israël en 1971, il est élu député en juillet 1984 et profite dès lors de son immunité parlementaire pour s’attaquer avec violence, verbalement et physiquement, aux Arabes des territoires occupés comme à ceux d’Israël, à la gauche, aux mouvements pacifistes. Il soumettra même au Parlement une législation raciste inspirée des lois anti-juives de Nuremberg promulguées par le III e Reich en 1935 (…)  Plus que fasciste, beaucoup d’observateurs en Israël le considèrent comme nazi, à l’instar du journaliste Yaïr Kotler, qui lui a consacré un livre dont un chapitre s’intitule « Meïr Kahane sur la voie de Hitler« … »

 Joseph Algazy, « Au nom du Grand Israël », Le Monde diplomatique, décembre 1995.

 

« Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinsky n’ont jamais confondu le respect de la liberté de croire, conquis par l’émancipation laïque, et le respect des croyances elles-mêmes. Ils ont su qu’on peut critiquer voire tourner en dérision une religion, quelle qu’elle soit, et que ce geste n’a rien à voir avec la stigmatisation d’une personne en raison de sa religion (…)
Ces hommes de culture ne voulaient nullement faire la leçon. Ils incarnaient la liberté vive de l’être humain, cette sorte de langage sans façon qui convoque la pensée dans le sourire provoqué, et produit la conscience émancipée. Ces artistes modestes et tendres n’étaient jamais méchants, mais toujours féroces avec l’inhumanité qu’ils dessinaient sans complexe ni fausse pudeur. Ils dénonçaient l’intolérance et le racisme, la xénophobie et la bêtise meurtrière. Ils s’inscrivent désormais dans la « tradition des opprimés » chère à Walter Benjamin. Ils côtoient Jean Calas et le Chevalier de La Barre, Giordano Bruno et Michel Servet, suppliciés au nom de la religion. Ils sont les héritiers de Voltaire, qui « écrasait l’infâme » dans l’humour du Dictionnaire philosophique, de Diderot qui dénonçait le fanatisme dans La Religieuse, d’Averroès qui invitait à lire le Coran avec distance dans le Discours décisif. »

Henri Peña-Ruiz,
« Pour lutter contre le fanatisme, la laïcité plus que jamais » www.lemonde.fr/2015/01/14.

Foi

(voir aussi Dieu, Fondamentalisme et Religion)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Nous ne pourrions pas même croire si nous n’avions pas des âmes raisonnables. Dans les choses qui appartiennent à la doctrine du salut et que nous ne pouvons pas comprendre encore, mais que nous comprendrons un jour, il faut que la foi précède la raison. »

 Saint Augustin, (IV e s. ap. J.-C.), « Lettres 120 ».

 

« C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1660.

 

 « … le soin des âmes ne saurait appartenir au magistrat civil, parce que son pouvoir est borné à la force extérieure. Mais la vraie religion consiste, comme nous venons de le marquer, dans la persuasion intérieure de l’esprit, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Ajoutez à cela que notre entendement est d’une telle nature, qu’on ne saurait le porter à croire quoi que ce soit par la contrainte. La confiscation des biens, les cachots, les tourments et les supplices, rien de tout cela ne peut altérer ou anéantir le jugement intérieur que nous faisons des choses. »

John Locke, « Lettre sur la tolérance », 1689.

 

 « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger. »

Voltaire, « Les Cabales », 1772.

 

« Je ne peux donc jamais admettre Dieu, la liberté, l’immortalité en faveur de l’usage pratique nécessaire de ma raison, sans enlever en même temps à la raison spéculative ses prétentions injustes à des vues transcendantes. Car pour arriver à ces vues, il faut qu’elle emploie des principes qui ne s’étendent en fait qu’aux objets de l’expérience possible, mais qui, dès qu’on les applique à ce qui ne peut être un objet d’expérience, transforment réellement aussitôt cette chose en phénomène et déclarent impossible toute extension pratique de la raison pure. Je dus donc abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure », préface, 1781.

« Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité. »

F. Nietzsche (1844-1900)

 

 « Croyance : c’est le mot qui désigne toute certitude sans preuve. La foi est la croyance volontaire. La croyance désigne au contraire quelque disposition involontaire à accepter soit une doctrine, soit un jugement, soit un fait. On nomme crédulité une disposition à croire dans ce sens inférieur du mot. »

Alain, « Définitions », Gallimard, 1953.

 

« La foi soulève des montagnes, oui : des montagnes   d’absurdité. »

André Gide (1869-1951)

 

« Si tout doit avoir une cause, alors Dieu doit avoir une cause. S’il existe quelque chose qui n’ait pas de cause, ce peut être aussi bien le monde que Dieu, si bien que cet argument ne présente aucune valeur (pour démontrer l’existence d’un Créateur). »

Bertrand Russell,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien », J.-.J. Pauvert, 1960, p. 25-26.

 

« Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent ! »

Amin Maalouf

 

 « … la science moderne décrit dorénavant très bien les bases neurales et épigénétiques du besoin de croire. Celui-ci est apparu et s’est développé chez les hominiens dès que ceux-ci se sont rendu compte qu’ils étaient mortels. Pour affronter cette réalité décourageante, leur cerveau a généré des mythes consolateurs, à base de puissances tutélaires, d’au-delà, d’éternité. La capacité à entretenir ces mythes est devenue héréditaire et a permis à l’espèce d’éviter désespoir et suicide. Les athées eux-mêmes reconnaissent que les mêmes bases neurales de la croyance sont activées chez eux quand leur cerveau évoque des croyances plus matérielles, comme la foi irraisonnée au progrès, au triomphe de la vérité, lesquelles découlent elles aussi, si on les prend au pied de la lettre, d’une interprétation subjective d’un certain nombre d’observations statistiques. »

Jean-Paul Baquiast,
« Glissements progressifs… de la science à la manipulation », 22/02/2008, ww.automatesintelligents.com.

« … le besoin de croire, surtout dans le cadre d’un groupe, est inhérent à la nature humaine, probablement gravé dans celle-ci par la sélection naturelle parce que les populations qui croyaient en quelque chose avaient plus de chances que les autres de produire de la progéniture dans les conditions existantes, quelle que soit la vraisemblance de l’objet de la croyance. Historiquement, les religions ont répondu à ce besoin d’une manière exceptionnellement efficace, en proposant des mythes puissants qui s’adressaient directement aux sentiments d’émerveillement et d’effroi que les humains n’ont cessé d’éprouver face aux mystères du monde… »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 193.