Ecrire

(voir aussi Mot)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu’à interpréter les choses et plus de livres sur les livres, que sur tout autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser. »

Michel de Montaigne (fin du XVI e s.), Essais, III, XIII

 

« Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

 Nicolas Boileau,
« L’art poétique », Chant I, 1674.

   « De Guiche
               Vous avez bien rimé cinq actes, j’imagine ?
Le Bret, à l’oreille de Cyrano.
               Tu vas faire jouer ton Agrippine !
De Guiche
               Porte-les-lui.
Cyrano, tenté et un peu charmé
                                 Vraiment…
De Guiche
                                                   Il est des plus experts.
Il vous corrigera seulement quelques vers…
Cyrano, dont le visage s’est immédiatement rembruni
               Impossible, Monsieur ; mon sang se coagule
En pensant qu’on y peut changer une virgule.
De Guiche
               Mais quand un vers lui plaît, en revanche, mon cher,
Il le paye très cher.
Cyrano
                                              Il le paye moins cher
Que moi, lorsque j’ai fait un vers, et que je l’aime,
Je me le paye, en me le chantant à moi-même ! »

Edmond Rostand,
« Cyrano de Bergerac »,1897.

 

« Longtemps j’ai pris ma plume pour une épée : à présent je connais notre impuissance. N’importe : je fais, je ferai des livres ; il en faut ; cela sert tout de même. La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas. Mais c’est un produit de l’homme : il s’y projette, s’y reconnaît ; seul, ce miroir critique lui offre son image. »

Jean-Paul Sartre, « Les mots », Gallimard, 1964, p. 212-213.

 « L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire, on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité. C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie.
Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.
Écrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait — on ne le sait qu’après — avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi.
L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. »

Marguerite Duras, « Écrire », Collection folio,
Éditions Gallimard, 1993.

« Sans qu’on s’en rende bien compte, dans Le Procès, l’écriture rôde, l’écriture est à l’affût, comme embusquée dans les ténèbres. Plusieurs personnages parlent et agissent en fonction de textes – écrits, parlés, présents, absents, surtout absents. Les inspecteurs qui arrêtent Joseph K. obéissent à des ordres dont ils ne produisent aucune trace écrite, tandis que l’avocat a renoncé à se procurer les pièces de son dossier, ou simplement la loi qu’on invoque contre lui (…) Joseph K. se débat au milieu de textes invisibles. Aussi est-ce en vain qu’il essaie de reprendre l’avantage, tantôt en exhibant des « papiers » qui s’intitulent « d’identité », mais ne résolvent en rien la question de l’identité, tantôt en demandant à l’écriture de justifier la vie. C’est qu’en définitive, la faute est partout : ne pas écrire ; s’y mettre ; se payer de mots… Le problème de Joseph K. est aussi celui de Franz Kafka (…)
Alors on comprend cette phrase inouïe, inaugurale, – en 1903, Kafka a vingt ans, – qui surgit d’une lettre à Oscar Pollak : « Dieu ne veut pas que j’écrive, mais moi, je dois » (Pléiade, vol. III, p. 568). »

François Comba, « Le Procès de Kafka et la faute de K  »,
www. profondeurdechamps.com/2012/09/

« Je continuerai à écrire. J’écrirai même s’ils m’enterrent, j’écrirai sur les murs s’ils me confisquent crayons et papiers, j’écrirai par terre, sur le Soleil et sur la Lune. L’impossible ne fait pas partie de ma vie.»

Nawal el Saadawi,
« Mémoires de la prison des femmes », 2002.
contribution de Nicolas Deru.

« C’est le langage qui doit s’adapter aux faits et non l’inverse. Tenter d’accommoder l’interprétation d’un phénomène avec un langage déjà formé et rempli d’a priori ne peut mener qu’à des conclusions fausses sur la nature des choses. »

Ludwig Wittgenstein,
cité par Etienne Klein, « Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 47.

« Ecrire sur l’ivoire de soie
et rire sûr de n’y voir que soi,
n’être qu’en vain sage écrivain
mais naître enfin en jetant l’encre
sur la page »

Yves Thelen, « Le Titre du Livre »,
L’Harmattan, 2010, p. 58.

Ecologie

(voir aussi Croissance et Simplicité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’homme avait, jusqu’ici, le sentiment qu’il logeait dans une nature immense, inépuisable, hors de mesure avec lui-même. L’idée ne pouvait lui venir qu’il aurait, un jour, à ménager, à épargner cette géante, qu’il lui faudrait apprendre à n’en pas gaspiller les ressources, à ne pas la souiller en y déposant les excréments de ses techniques. Or, voilà que, maintenant, lui, si chétif, et qui se croyait si anodin, il s’avise qu’on ne peut tout se permettre envers la nature ; voilà qu’il doit s’inquiéter pour elle des suites lointaines de son action. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 73.

 

 « Les Verts fourmillent d’idées qui n’ont pas la pureté spectrale de la chlorophylle des plantes – pourtant, elles aussi, diverses et concurrentes dans leur écosystème forestier. L’idéologie des écologistes va du rouge au bleu. Les Verts totalitaires, parfois appelés écofascistes, aimeraient qu’un génocide élimine une grande partie de l’humanité, afin qu’une Terre parfaite leur soit confiée. À l’autre extrémité du spectre, certains rêvent de bien-être et de droits pour tous, comptant sur Gaïa, la chance ou le développement durable. Les Verts sont ceux qui ont pris conscience que l’homme portait préjudice à la nature et qui ont souhaité y remédier. Ils ont en commun la volonté de défendre l’environnement, mais diffèrent grandement quand il s’agit de trouver des solutions. »

James Lovelock,
« La revanche de Gaïa », Flammarion, 2007, p. 195.

 

 « Le dogme de la croissance reste fixé comme objectif économique à l’UE, à l’opposé de ce qu’il conviendrait de faire pour assurer un avenir à l’humanité. Concrètement, ce dogme rend notamment insignifiantes les déclarations en faveur de la lutte contre les changements climatiques ; il s’oppose au combat contre le gaspillage et la maîtrise de la consommation énergétique. Il réduit les biens communs comme les services de première nécessité, l’eau ou la terre, l’éducation, la santé ou la culture à l’état de simple marchandise.
Un projet européen qui pose comme valeurs suprêmes la liberté du marché et la compétitivité n’est pas acceptable pour notre planète. Le libre-échange généralisé est en effet pour l’essentiel responsable des dérèglements écologiques et sociaux qui mettent en péril l’humanité elle-même ; incompatible avec l’objectif de développement durable prétendument poursuivi par l’Union européenne, le libre-échange allié à la croissance comme guide de toutes les activités ne peut que conduire au désordre planétaire et à la misère humaine. »

Paul Lannoye et Michèle Gilkinet, Grappe,
communiqué de presse, Namur, 2007.


« Des études non publiées des services de recherche d’Électricité de France (EDF) montrent que, lorsque les tarifs diminuent, les ménages modestes sont enclins à augmenter la température dans leur logement. Les ménages aisés ne sont pas en reste, avec le renouvellement frénétique des équipements de pointe. Quand un bien ou un service devient moins cher, on tend à en consommer une plus grande quantité, sans se poser de questions. Et, au-delà d’une température jugée suffisamment confortable, ce surplus financier sera consacré à l’acquisition d’autres biens de consommation (écran plasma, voyage en avion, téléphone « intelligent », etc.) dont le bilan carbone sera d’ailleurs, probablement, encore moins favorable à l’environnement. Au final, le bénéfice écologique de la technologie se réduit comme peau de chagrin — voire, dans certains cas, vire au négatif — par un ajustement des comportements individuels. Lesquels constituent pourtant la cible principale des campagnes officielles de communication sur le « développement durable », qui portent au pinacle la figure du « consommateur responsable » (…)
Certaines politiques sont directement mises en cause dans l’apparition d’un effet rebond. C’est le cas des normes de performance énergétique, qui favorisent l’émergence d’innovations technologiques. En effet, on mesure des températures tendanciellement plus élevées dans les habitations les plus récentes que dans le bâti ancien. Grâce aux techniques améliorant l’isolation et la ventilation, maintenir la température des pièces d’un logement à un niveau élevé ne pose plus de problème. Ainsi, une politique visant à réduire la consommation d’énergie a provoqué l’effet inverse… »

Cédric Gossart,
« Quand les technologies vertes poussent à la consommation »,
http://www.monde-diplomatique.fr. juillet 2010.

 

« La voiture électrique c’est un peu l’emblème des transports de demain. Exit l’essence ou le diesel, on aspire tous à rouler propre, un jour. Seulement, même si la voiture électrique n’émet pas de pollution à l’usage, cela ne veut pas dire qu’elle est verte à 100%. Eh oui, les anti-électriques avancent souvent l’argument des batteries ! C’est en prenant en compte tous les paramètres et pas seulement les émissions de carbone que l’Université des Sciences et des Technologies de Norvège a mesuré l’impact réel des voitures électriques et en a tiré quelques chiffres éloquents.
De prime abord, rien de bien nouveau avec les conclusions de l’étude norvégienne :
Si l’électricité de la voiture électrique ne provient pas d’énergies renouvelables, son avantage au niveau environnemental diminue considérablement ;
Au plus l’on conserve le véhicule électrique (en fonction notamment de la durée de vie des batteries), au plus on augmente les effets positifs sur l’environnement, par rapport aux véhicules classiques.
Cependant, à y regarder de plus près, les chiffres avancés par cette étude sont plutôt intéressants.
Ainsi, on apprend qu’en ne tenant compte que de la production du véhicule, une voiture électrique est deux fois plus dommageable pour l’environnement qu’un véhicule thermique. Ceci s’explique par les matériaux intervenant dans la fabrication des batteries, comme le lithium par exemple, une ressource naturelle qui va commencer à s’épuiser au fil du temps. »

http://www.consoglobe.com › Ecomobilité, déc. 2012.

 

 « Si le bon sens suffit à le deviner, ce sont de surcroît des principes physiques élémentaires, ceux de linéarité de l’écoulement du temps et de non réversibilité des phénomènes qui confirment que les effets délétères de l’existence humaine sont strictement cumulatifs, sans réparation possible. Il n’est pas plus possible de rafraîchir le climat, de restaurer les rendements agricoles, d’empêcher l’acidification des océans ou la montée des eaux, de retirer les perturbateurs endocriniens et les métaux toxiques de la chaîne alimentaire de l’ensemble du vivant… que de ressortir la poudre du cacao de son chocolat chaud. Jusque-là, parce que nous avions à disposition suffisamment de ressources et d’énergie pour masquer la dégradation progressive de l’environnement, nous avons pu croire en la possibilité d’un développement infini. Mais ces ressources vont manquer à court terme et nous n’aurons rien pu réparer. »

 Vincent Mignerot,
« L’écologie est-elle possible ?»,www.theorie-de-tout.fr/, 2013.

« L’effet Allee anthropogénique montre comment la déclaration de rareté ou de risque de disparition d’une espèce par les institutions compétentes précipite la réduction des effectifs de cette espèce et son extinction, par attraction commerciale (pour la collection, la domestication, les marchés du luxe), par développement d’un écotourisme provoquant la perturbation de l’équilibre vital, la détérioration de l’habitat ou simplement pour la chasse aux trophées.»
« L’effet rebond explique comment les potentielles économies d’énergie ou de ressources rendues possibles par l’utilisation de modes d’exploitation de l’environnement plus performants sont toujours partiellement ou complètement compensées par la réorganisation des comportements des consommateurs. L’individu focalise ses pensées, spontanément et involontairement, sur les modes de consommation présentés comme plus respectueux de l’environnement, ces pensées se substituent aux représentations induites par les conséquences destructrices de ces actes de consommation et maintiennent possibles ces destructions par leur occultation. »

Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014, p.230.

Droits de l’homme

(voir aussi Sexisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tous les hommes sont égaux par la nature, ils ont tous également le droit de vivre et de marcher sur la terre, et d’avoir part aux biens de la terre en travaillant utilement les uns et les autres pour avoir les choses nécessaires et utiles à la vie. »

 « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier, curé d’Étrépigny », début XVIII e s. 


« Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme (…)
Art. 1er. – Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
Art. 2. – Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.
Art. 3. – Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.
Art. 4. – La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789)

 

 

« Tout mariage entre une personne blanche et une personne nègre ou entre une personne blanche et une personne d’ascendance nègre à la quatrième génération est interdit. »

Lois « Jim Crow » en Floride, suite à l’arrêt « Plessy contre Ferguson »,
Cour suprême des États-Unis, 1896.

« Loi pour la protection du sang et de l’honneur allemands du15 septembre 1935
Pénétré de la conscience que la pureté du sang allemand est la prémisse de la perpétuation du peuple allemand, et inspiré par la volonté indomptable d’assurer l’avenir de la nation allemande, le Reichstag a adopté à l’unanimité la loi suivante, qui est proclamée par la présente :
– 1.1. Les mariages entre Juifs et citoyens de sang allemand ou apparenté sont interdits. Les mariages conclus malgré cette interdiction sont nuls, même s’ils ont été conclus à l’étranger de façon à contourner la présente loi.
– 1.2 L’action en annulation ne peut être initiée que par le procureur public.
– 2. Les relations extraconjugales entre Juifs et citoyens de sang allemand ou apparenté sont interdites.
– 4.1. Il est interdit aux Juifs de hisser et d’arborer les couleurs nationales du Reich. »

Les lois de Nuremberg (1935)

« Il y a un siècle de cela, un grand Américain qui nous couvre aujourd’hui de son ombre symbolique signait notre Proclamation d’Émancipation. Ce décret capital se dresse, comme un grand phare illuminant d’espérance les millions d’esclaves marqués au feu d’une brûlante injustice. Ce décret est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de leur captivité. Mais, cent ans plus tard, le Noir n’est toujours pas libre. Cent ans plus tard, la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination (…)
Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain, je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : « Nous tenons cette vérité pour évidente par elle-même que tous les hommes sont créés égaux.«  »

Discours de Martin Luther King (1963)

 

Droits de l’animal

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« On peut observer la formation de la morale dans la façon dont nous nous comportons avec les animaux. Lorsque l’utilité et le dommage n’entrent pas en jeu nous éprouvons un sentiment de complète irresponsabilité ; nous tuons et nous blessons par exemple des insectes, ou bien nous les laissons vivre sans généralement y songer le moins du monde (…) Quand les animaux nous portent préjudice nous aspirons par tous les moyens à leur destruction. Et ces moyens sont souvent bien cruels, sans que ce soit là notre intention : c’est la cruauté de l’irréflexion. S’ils sont utiles, nous les exploitons : jusqu’à ce qu’une raison plus subtile nous enseigne que, chez certains animaux, nous pouvons tirer bénéfice d’un autre traitement, c’est-à-dire des soins et de l’élevage. Alors seulement naît la responsabilité. »

Friedrich Nietzsche,
aphorisme 57, « Le voyageur et son ombre », Humain trop humain II

« Considérant que la Vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s’étant différenciés au cours de l’évolution des espèces,
Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d’un système nerveux possède des droits particuliers,
Considérant que le mépris, voire la simple méconnaissance de ces droits naturels provoquent de graves atteintes à la Nature et conduisent l’homme à commettre des crimes envers les animaux,
Considérant que la coexistence des espèces dans le monde implique la reconnaissance par l’espèce humaine du droit à l’existence des autres espèces animales,
Considérant que le respect des animaux par l’homme est inséparable du respect des hommes entre eux,
Il est proclamé ce qui suit :
Article 1 : Tous les animaux ont des droits égaux à l’existence dans le cadre des équilibres biologiques. Cette égalité n’occulte pas la diversité des espèces et des individus.
Article 2 : Toute vie animale a droit au respect (…) »

Déclaration Universelle des Droits de l’Animal, UNESCO, Paris, 1978.

« Des penseurs, écrivains, philosophes, scientifiques et historiens cosignent, sous l’égide de la Fondation 30 Millions d’Amis, un manifeste réclamant que les animaux soient enfin reconnus comme des êtres « vivants et sensibles » dans le Code civil (…)
L’ensemble des signataires parmi lesquels figurent les philosophes Élisabeth de Fontenay, Michel Onfray, Edgar Morin et Florence Burgat, mais aussi l’éthologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik ou l’astrophysicien et président de Humanité et Biodiversité, Hubert Reeves rappellent que si « les animaux ne sont pas des êtres humains, ce n’est pourtant pas la proclamation d’une dignité métaphysique, mais certains attributs – capacité à ressentir le plaisir et la douleur notamment – que les humains partagent avec au moins tous les vertébrés, qui enracinent les droits les plus fondamentaux. «  ».

http://www.humanite-biodiversite.fr, oct. 2013.

 

 « Nous vivons dans un monde interdépendant, où le sort de chaque être, quel qu’il soit, est intimement lié à celui des autres.
(…) Nous perpétrons aujourd’hui un massacre d’animaux à une échelle qui, hélas, n’a pas d’égale dans l’histoire de l’humanité. Nous tuons chaque année, pour notre seule consommation, 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins. Cette tuerie, en masse, pose un défi éthique majeur ! Mais il nuit aussi à nos sociétés : cette surconsommation, mauvaise pour notre santé, aggrave, paradoxalement, la faim dans le monde (750 millions de tonnes de céréales sont exportées des pays pauvres pour l’industrie de la viande dans les pays riches), tout en provoquant, de surcroît, une série de déséquilibres écologiques sans précédent (…)
… au rythme actuel, d’ici 2050, 30% de toutes les espèces animales auront disparu, anéanties, de la surface du globe (…)
… les animaux sont capables de jugement. Ils sont dotés, chacun à leur niveau et selon leur espèce, de sensibilité et d’intelligence. »

Matthieu Ricard,
« Plaidoyer pour les animaux », Éd. Allary interview de D.S. Schiffer,
www.lexpress.fr/oct.2014.

Dieu

(voir aussi Création, Finalisme et Foi)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Si les taureaux, les chevaux et les lions avaient été capables de peindre, ils auraient représentés les dieux en taureaux, chevaux ou lions ! »

Xénophane (VI e s. av. J.-C.)

 

 « Dire que les dieux ont voulu établir en faveur des hommes l’ordre merveilleux qui règne dans la nature, que ce travail admirable exige nos hommages, et croire à cet ouvrage immortel ; soutenir que c’est un crime d’ébranler par des arguments impies les bases de l’édifice indestructible que la sagesse divine a construit, cela, Memmius, est une folie. En vérité, quel profit notre reconnaissance pourrait-elle apporter à ces êtres immortels et fortunés pour les amener à faire de nos plaisirs le but de leurs travaux ? »

Lucrèce, (1er s. av. J.-C.), « De la nature », V.

 

 « … lorsque j’y pense avec plus d’attention, je trouve manifestement que l’existence ne peut non plus être séparée de l’essence de Dieu que de l’essence d’un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien de l’idée d’une montagne l’idée d’une vallée, en sorte qu’il n’y a pas moins de répugnance de concevoir un Dieu, c’est-à-dire un être souverainement parfait, auquel manque l’existence, c’est-à-dire auquel manque quelque perfection, que de concevoir une montagne qui n’ait pas de vallée. »

 René Descartes, « Méditations », V, 1641.

 
« Si un Dieu était créateur de ce monde plein de haine, ce serait un monstre à l’image de ses créatures humaines. »

Anonyme

 

« Quand Il a pétri le terre, Dieu a fait une grosse boulette. »

Alexandre Breffort (1901-1971)

« L’idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C’est une idée absolument indigne d’hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s’avilissent en déclarant qu’ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d’autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n’est pas digne d’êtres qui se respectent (…) Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage ; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

Bertrand Russel,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien », J.-J. Pauvert, 1960.

 

 

« Pourquoi Dieu devrait-il être aussi clairement présent dans la Bible et aussi visiblement absent du monde ? »

Karl Sagan (Contact, 10)

 

« … ce qui est extraordinaire, c’est qu’au tout premier instant de la Création (ère de Planck), dans cet univers de très hautes énergies où il n’existait pas encore d’interactions différenciées, l’univers avait une symétrie parfaite (…) L’énergie de la boule de feu primordiale était tellement élevée que les quatre interactions, la gravité, la force électromagnétique, la force nucléaire forte et la force de désintégration, étaient alors unifiées (…) Je crois que le plus grand message de la physique théorique des dix dernières années tient au fait qu’elle a pu déceler la perfection à l’origine de l’univers : un océan d’énergie infinie. Et ce que les physiciens désignent sous le nom de symétrie parfaite a pour moi un autre nom : énigmatique, infiniment mystérieux, tout-puissant, originel, créateur et parfait. Je n’ose le nommer, car tout nom est imparfait pour désigner l’Être sans ressemblance. »

Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 55-56.

« L’invention des dieux (…) résulte d’une démission de la raison, plus précisément d’une incapacité à accepter une évidence douloureuse, du moins pour certains : que la raison ne peut apporter des réponses à tout. Cette invention, comme toutes les inventions, a été utilisée parfois pour provoquer les pires fléaux, ainsi les effroyables guerres de religion. »

Albert Jacquard,
« Petite philosophie à l’usage des non-philosophes », Le Livre de Poche, 1999.

 

 « Mortels, finis, limités, douloureux de ces contraintes, les humains travaillés par la complétude inventent une puissance dotée très exactement des qualités opposées : avec leurs défauts retournés comme les doigts d’une paire de gants, ils fabriquent les qualités devant lesquelles ils s’agenouillent puis se prosternent. Je suis mortel ? Dieu est immortel ; je suis fini ? Dieu est infini ; je suis limité ? Dieu est illimité ; je ne sais pas tout ? Dieu est omniscient ; je ne peux pas tout ? Dieu est omnipotent ; je ne suis pas doué du talent d’ubiquité ? Dieu est omniprésent. »

Michel Onfray,
« Traité d’athéologie », Grasset, Poche, 2005, p. 62.

 

« … de nombreux phénomènes naturels sont inconnaissables et ne pourront jamais être expliqués en termes réductionnistes classiques – par exemple, la conscience, la vie, l’émergence de l’autorégulation et une liste de plus en plus longue d’événements dans l’univers de la physique quantique. Il est temps, je crois, que les théologiens partagent avec les scientifiques leur monde merveilleux, « ineffable », celui d’un Dieu immanent, mais inconnaissable. »

James Lovelock,
« La revanche de Gaïa », Flammarion, 2007, p. 193.

 

 

Déterminisme

(voir aussi Causalité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Dans un tourbillon de poussière qu’élève un vent impétueux ; quelque confus qu’il paraisse à nos yeux, dans la plus affreuse tempête excitée par des vents opposés qui soulèvent les flots, il n’y a pas une seule molécule de poussière ou d’eau qui soit placée au hasard, qui n’ait sa cause suffisante pour occuper le lieu où elle se trouve, et qui n’agisse rigoureusement de la manière dont elle doit agir. Un géomètre qui connaîtrait exactement les différentes forces qui agissent dans ces deux cas, et les propriétés des molécules qui sont mues, démontrerait que, d’après les causes données, chaque molécule agit précisément comme elle doit agir, et ne peut agir autrement qu’elle ne fait. »

Paul Henri Thiry d’Holbach, « Système de la nature », 1793.

 

 « Nous pouvons considérer l’état actuel de l’univers comme l’effet de son passé et la cause de son futur. Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, la position respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers, et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux. »

Pierre-Simon Laplace,
« Essai philosophique sur les probabilités », (1825)
Cambridge Univ. Press, 2009, p. 3-4.

 

« Il faut admettre comme un axiome expérimental que chez les êtres vivants aussi bien que dans les corps bruts les conditions d’existence de tout phénomène sont déterminées d’une manière absolue. Ce qui veut dire en d’autres termes que la condition d’un phénomène une fois connue et remplie, le phénomène doit se reproduire toujours et nécessairement, à la volonté de l’expérimentateur. La négation de cette proposition ne serait rien autre chose que la négation de la science même. »

Claude Bernard,
« Introduction à l’étude de la médecine expérimentale », 1865, 2° partie, ch.I, V.

« On parle souvent de « chaos déterministe ». En effet, les équations de systèmes chaotiques sont déterministes comme le sont les lois de Newton. Et pourtant elles engendrent des comportements d’allure aléatoire ! »

Ilya Prigogine, « La fin des certitudes », Odile Jacobs, 2009.

 

«  Certaines théories sont déterministes, telles par exemple la mécanique de Newton ou certaines interprétations de la physique quantique. Élever ces théories à un statut de vérité ultime, quasi religieuse, est une simple erreur de logique, puisque cela est contredit par notre expérience du libre arbitre.
(…) vous avez compris que la nature n’est pas déterministe et qu’elle est capable de réels actes de pure création : elle peut produire du vrai hasard. De plus, une fois qu’on a bien assimilé qu’il s’agit de vrai hasard et pas seulement de quelque chose de préexistant qui nous était caché, on comprend que rien n’empêche ce hasard de se manifester en plusieurs endroits, sans que cela implique une communication entre ces endroits (…) préalablement intriqués. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, numérisation Nord Compo, p. 127 et 144.

Destin

(voir aussi Libre arbitre)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Je sais que toutes choses découlent d’une loi imprescriptible et établie pour l’éternité. Les destins nous conduisent et la quantité de temps qui reste à chacun est arrêtée dès la première heure de la naissance. La cause dépend de la cause ; un long enchaînement de choses entraîne les événements privés et publics. Il faut donc tout accepter courageusement puisque toutes choses ne sont pas, comme nous nous le figurons, des hasards, mais des effets. »

 Sénèque (1er s. ap. J.-C.), « De Providentia »,V.

« Tout ce qui arrive, arrive justement. C’est ce que tu reconnaîtras si tu observes attentivement les choses. Je ne dis pas seulement qu’il y a un ordre de succession marqué, mais que tout suit la loi de la justice et dénote un être qui distribue les choses selon le mérite. »

Marc-Aurèle (II e s. ap. J.-C.), « Pensées ».

 

 « Ne craignez rien, messieurs, nous aurons toujours des passions et des préjugés, puisque c’est notre destinée d’être soumis aux préjugés et aux passions ; nous saurons bien qu’il ne dépend pas plus de nous d’avoir beaucoup de mérite et de grands talents que d’avoir les cheveux bien plantés et la main belle ; nous serons convaincus qu’il ne faut tirer vanité de rien, et cependant nous aurons toujours de la vanité. J’ai nécessairement la passion d’écrire ceci ; et toi, tu as la passion de me condamner : nous sommes tous deux également sots, également les jouets de la destinée. »

Voltaire,
« Dictionnaire philosophique »
, article « destin »,
Garnier-Flammarion, 1964, p. 164.

 

 « S’il y a un destin personnel, il n’y a point de destinée supérieure ou du moins il n’en est qu’une dont il juge qu’elle est fatale et méprisable. Pour le reste, il se sait le maître de ses jours. À cet instant subtil où l’homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d’actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire, et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l’origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n’a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore.
Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle‑même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Albert Camus,
« Le mythe de Sisyphe », Gallimard, 1942.

Cynisme

(voir aussi Aliénation)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Dans les actions des hommes et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l’on considère c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État ; s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde ; le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement ; et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? »

Nicolas Machiavel (1513),
«
 Le Prince », chap. XVIII, Poche classique, 1962.

 

 « Un jour, Kelley lui demande ce qu’il pense de la position du parti nazi quant à l’infériorité raciale des non-Aryens. « Personne ne croit à ces balivernes », répond Göring. «  Lorsque je lui ai fait remarquer que cette théorie avait causé la mort de près de six millions d’êtres humains, racontera Kelley, il a ajouté : «  Eh, bien, c’est que c’était de la bonne propagande politique ! » »

Jack El-Hai,
« Le nazi et le psychiatre », Éd. des Arènes, 2013, p. 105.

 

 « … s’il est courant de voir un P.-D.G. ventripotent convaincre ou séduire l’un ou l’une de ses subordonnés, il est plus rare que l’inverse se produise. Aussi, argumentation et séduction ne sont-elles pas pour l’homme de la rue les moyens les plus sûrs de parvenir à ses fins.
Que faire alors, sinon manipuler ? La manipulation reste, en effet, l’ultime recours dont disposent ceux qui sont dépourvus de pouvoir ou de moyen de pression. Elle présente, en outre, l’avantage de ne pas apparaître comme telle, autrui ayant le sentiment d’avoir agi librement sur la base de ses idées et de ses valeurs… »

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,

PUG, 2002, introd., p. 16.

« Il existerait plus d’une quarantaine d’éco-logos dans le monde entier et des centaines de labels « verts », dont certains ne sont que de simples promesses sans caution d’organismes certifiés. La tentation est effectivement très grande pour les entreprises de s’auto-décerner des labels de qualité, le manque d’expertise des consommateurs favorisant quasi-systématiquement le succès de ce genre de label. »

Fabrice Larceneux,
in « Comment prévenir le greenwashing ? »,
Centre de recherche DMSP, Cahier n°379, Juin 2008.

 

« Nous n’avons pas fini de nous faire de jolies guerres classiques, civiles, locales ou régionales. Nous nous en déclarerons de plus admirables encore dans la catégorie NBC. Telle est notre nature. Nous adorons écrabouiller, saigner, décapiter, brûler ou affamer nos congénères. Nous ne pouvons pas nous empêcher d’essayer(…)
Les gaz, les virus et les bactéries font merveille. Les mégatonnes nucléaires écrasent, carbonisent et irradient avec une efficacité digne de notre civilisation de science et de progrès. Nous nous suiciderons avec enthousiasme. »

 Yves Paccalet,
« L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », Flammarion, 2013, p. 191-192.


« – Un écologiste a proposé, en désespoir de cause, que nous mangions nos rejetons ! L’apport en protéines serait considérable et l’explosion démographique stoppée net. Pourquoi ne préconiserais-tu pas l’inverse ? Une fois la limite d’âge atteinte, hop, les vieux à la marmite ! Cela résoudrait de surcroît les problèmes liés au vieillissement de la population et diminuerait la pollution due aux incinérations…
Emma ne sourit pas.
– Le cynisme est une fuite que je m’interdis, Thomas. Je suis prête à de vrais sacrifices pour que ma fille n’hérite pas de l’apocalypse que nous lui concoctons… »

Yves Thelen, « L’Ère d’Ève ».

Croissance

(voir aussi Apocalypse, Simplicité et Société de consommation)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Et Dieu les bénit, et leur dit : Croissez, et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la, dominez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et tous les animaux qui se meuvent sur la terre. Et Dieu vit que tout ce qu’il avait fait était très bon. »

 Genèse, 1 :28

 

 « On procrée. On promiscuite. On se sent fort d’être beaucoup (…) « Toujours plus de… « , c’est le mot d’ordre. Mais plus de quoi ? Plus de volupté ? Plus d’abîmes franchis et de couleurs neuves ? Non. Toujours plus d’enfants, plus de tonnes d’acier, plus de mètres carrés de surface habitable. C’est le cycle infernal de la natalité et du travail humain (…)
La civilisation de masse où se dilue, jour après jour, tout ce que nous aimons, est le produit de cette croissance folle. L’harassante expansion de l’économie et le conditionnement des individus à une sous-culture qui les rend similaires dans les plus bas niveaux de l’activité mentale, sont les deux faces d’un même phénomène, la natalité. Il est temps de dire : ça suffit, nous avons épuisé les joies du troupeau. »

Raymond Borde,
« L’extricable », Le Terrain Vague, 1970, p. 81-83.

 

« … partout on touche à un point où la dynamique de la croissance et de l’abondance devient circulaire et tourne sur elle-même. Où de plus en plus, le système s’épuise dans sa reproduction. Un seuil de patinage, où tout le surcroît de productivité passe à entretenir les conditions de survie du système. »

Jean Baudrillard,
« La Société de consommation », Gallimard, 1987, p. 44.

 

 « Celui qui croit que la croissance peut-être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. »

Kenneth E. Boulding (1910-1993)

 

« La Terre ne pourra supporter pendant longtemps la présence de plus d’un milliard d’individus ayant des exigences semblables aux miennes. Le choix pour demain est ainsi bien délimité : ou bien nous, les privilégiés du club des nantis, poursuivons notre quête sans fin de croissance de notre consommation et nous nous donnons les moyens de repousser les attaques des misérables qui voudront participer au festin (…) ou bien nous changeons radicalement d’objectif et nous nous orientons vers une répartition des richesses plus équitable et compatible avec les limites imposées par la nature. Ce n’est pas vers la « croissance zéro » que les nations riches doivent se diriger, mais vers une croissance négative la plus rapide possible. »

Albert Jacquard,
« À toi qui n’est pas encore né(e) », Calmann-Lévy, Poche, 2000, p. 79-80.

 

« Pour relancer la croissance, le Conseil d’analyse économique (CAE) propose notamment de recentrer l’intégration économique dans les domaines porteurs de croissance : les secteurs des transports, de l’énergie et des télécommunications, les services aux entreprises. Le CAE précise que des instances de régulation européenne doivent être créées et, dans le cas des services, que la législation du pays d’accueil doit s’appliquer aux personnels détachés. Le CAE prône également l’émergence d’une dizaine d’établissements supérieurs de recherche à stature mondiale, financés par l’Union européenne. »

www.vie-publique.fr 20-04-2006.

 

« Opposer écologie et croissance est une bêtise intellectuelle profonde. En réalité on ne peut pas améliorer l’environnement sans croissance. Ce n’est pas la croissance qui pollue, c’est la production. Si on veut changer la nature de la production, il faut évidemment croître. Croître autrement, pour transformer la production. »

Jacques Attali, Europe 1, 24 octobre 2007.


« La décroissance de l’économie fondée sur la valeur d’échange a déjà lieu et s’accentuera. La question est seulement de savoir si elle va prendre la forme d’une crise catastrophique subie ou celle d’un choix de société auto-organisée, fondant une économie et une civilisation au-delà du salariat et des rapports marchands dont les germes auront été semés et les outils forgés par des expérimentations sociales convaincantes. »

 André Gorz,
« Crise mondiale, décroissance et sortie du capitalisme »
in « Ecologica », Éd. Galilée, 2008.

« En résumé, les énergies renouvelables n’ont pas assez de puissance pour compenser le déclin des énergies fossiles, et il n’y a pas assez d’énergies fossiles (et de minerais) pour développer massivement les énergies renouvelables de façon à compenser le déclin annoncé des énergies fossiles. Comme le précise Gail Tverberg, actuaire et spécialiste de l’économie de l’énergie, « on nous dit que les renouvelables vont nous sauver, mais c’est un mensonge. L’éolien et le solaire photovoltaïque font autant partie de notre système basé sur les énergies fossiles que n’importe quelle autre source d’électricité ».

 P. Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p.54.

Conscience morale

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience (…) Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe. »

Jean-Jacques Rousseau, Profession de foi d’un vicaire savoyard
in « l’Émile, ou de l’éducation », 1762 (livre IV).

« On appelle conscience, ma chère Juliette, cette espèce de voix intérieure qui s’élève en nous à l’infraction d’une chose défendue, de quelque nature qu’elle puisse être : définition bien simple, et qui fait voir du premier coup d’œil que cette conscience n’est l’ouvrage que du préjugé reçu par l’éducation, tellement que tout ce qu’on interdit à l’enfant lui cause des remords dès qu’il l’enfreint, et qu’il conserve ses remords jusqu’à ce que le préjugé vaincu lui ait démontré qu’il n’y avait aucun mal réel dans la chose défendue. »

Donatien A. F. de Sade, « Histoire de Juliette », 1798.

« Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’œil a-t-il disparu ?  » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : « Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

Victor Hugo,
« La conscience » in « La légende des siècles », 1859.

 

« Mais pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience ? Qu’est-ce qui vous donne le droit de croire que son jugement est infaillible ? Cette croyance, n’y a-t-il plus de conscience qui l’examine ? N’avez-vous jamais entendu parler d’une conscience intellectuelle ? D’une conscience qui se tienne derrière votre « conscience » ? Votre jugement « ceci est bien » a une genèse dans vos instincts, vos penchants et vos répugnances, vos expériences et vos inexpériences; « Comment ce jugement est-il né ?  » C’est une question que vous devez vous poser, et, aussitôt après, celle-ci : « qu’est-ce exactement qui me pousse à obéir à ce jugement ?  » (…)
Mais la fermeté de votre jugement moral pourrait fort bien être la preuve de la pauvreté de votre personnalité, d’un manque d’individualité… »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir » (1882)

« Imitation, coutume, peur, abrutissement profond, délire, fureur, rien de tout cela ne peut faire la moindre vertu. Nous voilà donc à l’intention, au régime intérieur, au drame incommunicable, mais y cherchant la forme universelle. Quand un homme dit qu’il a pour lui sa conscience (ou contre lui), on comprend très bien.
On voit que retrouvant une idée universelle, je ne prends nullement la Conscience Morale comme principe d’obéissance, mais au contraire de résistance (résistance qui fera l’accord vrai), non comme principe d’esclavage, mais au contraire de liberté, mais toujours revenant sur soi. »

Alain,
« Esquisses 2. La conscience morale » (1930)