Humanisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Né et développé à la Renaissance avec la redécouverte de la civilisation gréco-romaine, l’humanisme reste-t-il pertinent pour penser le monde qui vient dans lequel le concept d’humanité est peut-être dépassé ?
Que faut-il en garder ? Faut-il parler de posthumanisme, de transhumanisme ou, comme le suggère l’artiste-philosophe québécois Hervé Fischer, d’hyperhumanisme ? Longtemps force de progrès et de résistance à l’obscurantisme religieux, l’humanisme vieillissant de notre temps, s’il n’y prend pas garde, s’expose paradoxalement à devenir une force conservatrice et anti-scientifique alliée aux forces rétrogrades des Eglises et des intégrismes qui ont pourtant toujours été ses ennemis (…)
Le pire n’est pas forcément à venir. Mais encore faut-il que l’humanisme contemporain, s’il veut se survivre et innerver de ses valeurs l’organisation future des sociétés, sache adopter les bonnes lignes de conduite intellectuelle. La première est d’entendre ce que nous dit la science et comprendre les possibles vers lesquels elle nous mène. La deuxième est de revisiter ses fondamentaux afin de les distinguer des postures figées l’empêchant de penser les temps présents et à venir à l’aune de ses véritables valeurs, basées sur la rationalité, la connaissance, l’éducation, l’ouverture à l’autre, le libre arbitre et la dignité égale de tous les êtres humains. »

Présentation par Paul Baquiast du livre de
Jean-Paul Baquiast, « Ce monde qui vient »,
L’Harmattan, 2015, www.automatesintelligents.com

Dans la civilisation occidentale, l’humanisme a pris deux visages antinomiques. Le premier est celui de la quasi-divinisation de l’humain, voué à la maîtrise de la nature. C’est en fait une religion de l’homme se substituant au dieu déchu (…) C’est cette face de l’humanisme qui doit disparaître. Il faut cesser d’exalter l’image barbare, mutilante, imbécile, de l’homme autarcique surnaturel, centre du monde, but de l’évolution, maître de la Nature.
L’autre humanisme a été formulé par Montaigne en deux phrases : « Je reconnais en tout homme mon compatriote » ; « On appelle barbares les peuples d’autres civilisations ». Montaigne a pratiqué son humanisme dans la reconnaissance de la pleine humanité des indigènes d’Amérique cruellement conquis et asservis (…)
La possibilité de la métamorphose technoscientifique transhumaniste appelle nécessairement et instamment la métamorphose psychologique, culturelle et sociale qui naîtrait d’une voie nouvelle nourrie par un humanisme régénéré. »

Edgar Morin,
« Les deux humanismes »,
Le monde diplomatique, supplément, oct. 2015

Utopie

(voir aussi Collectivisme et Optimisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Le bonheur et la joie de vivre prendront la place de la fatigue nerveuse, de la lassitude et de la dyspepsie. Il y aura assez de travail à accomplir pour rendre le loisir délicieux, mais pas assez pour conduire à l’épuisement.
Les hommes et les femmes ordinaires, deviendront plus enclins à la bienveillance qu’à la persécution et à la suspicion. Le goût pour la guerre disparaîtra, parce que celle-ci exigera de tous un travail long et acharné. La bonté est, de toutes les qualités morales, celle dont le monde a le plus besoin, or la bonté est le produit de l’aisance et de la sécurité, non d’une vie de galériens. Les méthodes de production modernes nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres : en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment. »

Bertrand Russell,
« Éloge de l’oisiveté » (1932)

« Créée en 1968, Auroville émane d’un rêve, celui de Mira Alfassa, plus connue sous le nom de la « Mère » qui fut la compagne spirituelle du philosophe indépendantiste Sri Aurobindo. « Il devrait y avoir quelque part sur terre un lieu qu’aucune nation ne pourrait revendiquer pour sa propriété exclusive, où tous les êtres humains de bonne volonté, sincères dans leur aspiration, pourraient vivre librement en citoyens du monde, obéissant à une seule autorité, celle de la Suprême Vérité… « 
Auroville, située à 10 km de Pondichéry, est, aujourd’hui, sous la protection du gouvernement indien et de l’UNESCO.
Auroville est unique : pas de religion, pas de nationalité, pas de politique ; cette ville internationale se propose d’avoir un jour 50.000 habitants. Actuellement un peu plus de 2200 Aurovilliens originaires de 51 pays vivent et travaillent dans cette ville-forêt. Ces terres sont devenues une base d’expérimentation en matière d’intégration sociale, de reforestation, de préservation de l’eau, d’énergie solaire, de conservation des sols et d’agriculture organique. Mais ce qui unit fondamentalement ses habitants c’est ce que Satprem (Bernard Enginger) nomme : l’aventure de la conscience… »

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-«-inde-auroville-»-2014.

 

« N’avons-nous pas trop vite oublié que nous sommes avant tout des êtres biologiques installés sur une planète elle-même   vivante ? Pour retrouver nos repères, il nous faudrait en premier lieu réaménager un environnement de proximité conçu lui aussi comme un organisme vivant, sorte d’étape intermédiaire entre la planète et nous. Mais pour ce faire, nous devons encore trouver de nouvelles matières premières dépouillées le plus possible des artifices de l’industrialisation car le tribu à payer pour ce type de développement conduit inexorablement à l’appauvrissement de la terre.
Le développement de cités archiborescentes aurait de grandes répercussions sur la qualité de notre environnement par la suppression de toute pollution, mais de plus nous bénéficierions d’un puissant moyen de régénérer notre atmosphère en piteux état (…)
Pour arriver à maîtriser l’ensemble des techniques nécessaires à la réalisation d’une cité archiborescente, il est nécessaire de développer de nouvelles connaissances en biotechnologie ; connaissances non encore approfondies par manque d’intérêt de la part des décideurs. »

Luc Schuiten,
http://www.archiborescence.net/archiborescence/concept.htm

 

« L’utopie n’est rien d’autre, au fond, que la poussée au bout du principe espérance qui est au cœur de toute entreprise politique. Sans l’espérance, sans l’hypothèse qu’un autre monde est possible, il n’y a pas de politique, il n’y a que la gestion administrative des hommes et des choses. Les « utopies meurtrières » du XX e siècle (nazisme, communisme, maoïsme, « pol-potisme ») ne doivent pas alors fonctionner uniquement comme repoussoir, inhibant toute espérance (…)
Dans la mesure où il s’agit de mettre la notion de « décroissance » (ou ce que cette notion recouvre) en politique, il faut s’attaquer d’abord à la question des régulations qui permettront l’arbitrage entre des intérêts hétérogènes ou contradictoires, la délibération, la décision, l’action et l’évaluation de l’action (…)
Certains courants écologiques radicaux pensent, plus ou moins ouvertement, que les menaces sur les ressources, la biodiversité, le climat requièrent des mesures énergiques impopulaires que les régimes démocratiques sont incapables de prendre. À la limite, étant donné la nature des menaces, et face à la question de la survie collective, un pouvoir autoritaire serait un moindre mal (…)
Le premier argument qui plaide en faveur de la démocratie est en forme de preuve négative : les plus grands dommages à l’environnement, le pillage des ressources, sont le fait des régimes dictatoriaux et totalitaires. »

Geneviève Decrop,
« Redonner ses chances à l’utopie »,
revue Entropia n°1, 08/01/2006.

 

« … l’utopie parfois peut rejoindre le mythe, ce qui arrive d’après Ruyer, dans les utopies plus récentes du XX e siècle qui semblent transposer sur un plan scientifique les aspirations mythiques classiques : l’immortalité, la toute puissance, la création d’êtres vivants, la divinisation de l’humanité. En ce sens, quand la science se trouve dans l’état le plus proche de l’utopie, elle semble vouloir réaliser les rêves ancestraux qui s’expriment dans les mythes. De plus quand l’utopie étend ses frontières, elle arrive à assumer des traits eschatologiques et s’apparente étroitement à la mythologie et la religion. »

Marina Maestrutti,
« Imaginaires des nanotechnologies. Mythes et fictions de l’infiniment petit »,
Vuibert, 2011.

 

« Les contre-utopies (ou dystopies) ne sont pas le contraire des utopies, mais des utopies en sens contraire. Elles en récupèrent fidèlement le schéma général, les thèmes et les lieux communs, pour démontrer que chacun des bienfaits de l’utopie finit par se retourner contre son bénéficiaire, par menacer ce qui constitue proprement son humanité. Et elles le prouvent toujours de la même manière, en poussant la logique jusqu’à son terme, en imaginant l’utopie enfin achevée, close, parfaite, et en soulignant quelles seraient les conséquences, grotesques ou terribles, de cette « perfection ». Par le biais de la caricature, elles démasquent le double jeu de l’utopie, les cauchemars dissimulés sous les merveilles promises.
(…) On en découvre un premier exemple saisissant dans Les Voyages de Gulliver de Swift (1726), qui comportent au moins deux contre-utopies. Sur l’île de Laputa, la raison et la géométrie règnent en maîtresses despotiques. Tout y est subordonné à l’obsession du progrès, mais tout va de travers : maisons en ruines, champs désertés, population misérable. Contre-utopie « primaire » qui, sur un mode bouffon, rappelle que la raison pure, lorsqu’elle se mêle de régenter le monde, touche à la folie et au ridicule (…)
C’est surtout avec l’avènement des régimes totalitaires que la contre-utopie prend tout son sens, et son importance. Des œuvres aussi diverses que Nous autres de Zamiatine, 1984 d’Orwell, Sur les falaises de marbre de Jünger, Le Meilleur des mondes de Huxley dénoncent en effet, avec une vigueur et une prescience saisissantes, la parenté foncière existant entre totalitarisme et utopie.
La génération d’après-guerre prend le relais (R. Bradbury, Farenheit 451 ; H. Harrison, Soleil vert ; I. Levin, Un bonheur insoutenable) et parvient, avec le recul, aux mêmes conclusions : l’utopie où l’on force les hommes à être heureux, par la propagande incessante, l’eugénisme, la lobotomie… est incontestablement totalitaire. Réciproquement, le totalitarisme qui organise l’amnésie collective et l’abolition du passé sous le contrôle « bienveillant » de Big Brother est terriblement utopique, si grimaçante soit la perfection qu’il propose. »

Source : http://expositions.bnf.fr/utopie/zooms/z12.htm

Tolérance

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Aucun homme ne doit être contraint à renoncer à son opinion ou à consentir à l’opinion adverse, parce qu’une telle contrainte ne peut jamais produire la réalité de l’effet en vue duquel elle a été mise en œuvre. Elle ne peut en effet changer les pensées des hommes ; elle peut seulement les contraindre à être hypocrites ; en sorte que, agissant ainsi, le magistrat, au lieu d’amener les hommes à embrasser la vérité de son opinion, il les contraint plutôt à mentir pour la leur. En outre, une telle injonction ne conduit ni à la paix, ni à la sûreté du gouvernement car, si en recourant à la contrainte, le magistrat est incapable d’obtenir que quiconque se rapproche d’un iota de sa propre opinion, il fait que chacun devient d’autant plus son ennemi. »

John Locke,
« Lettre sur la tolérance », 1689.

 

 « Tu (Dieu de tous les êtres) ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. »

Voltaire,
« Traité sur la tolérance », Ch. XXIII, 1763.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire !… »

citation apocryphe attribuée à Voltaire

 

 « L’indifférence est aussi intolérable que l’intolérance. »

Michelle Bovy

Société de consommation

(voir aussi Croissance, Mondialisation et Simplicité)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Il y a quelque chose de plus dans l’amoncellement que la somme des produits : l’évidence du surplus, la négation magique et définitive de la rareté, la présomption maternelle et luxueuse du pays de Cocagne. Nos marchés, nos artères commerciales, nos Superprisunic miment ainsi une nature retrouvée, prodigieusement féconde : ce sont nos vallées de Canaan où coulent, en fait de lait et de miel, les flots de néon sur le ketchup et le plastic, mais qu’importe ! L’espérance violente qu’il y en ait non pas assez, mais trop et trop pour tout le monde, est là… »

Jean Baudrillard,
« La société de consommation », Denoël, 1970, p. 19.


« Les énormes firmes de relations publiques, de publicité, d’art graphique, de cinéma, de télévision… ont d’abord pour fonction de contrôler les esprits. Il faut créer des « besoins artificiels », et faire en sorte que les gens se consacrent à leur poursuite, chacun de leur côté, isolés les uns des autres. Les dirigeants de ces entreprises ont une approche très pragmatique: « il faut orienter les gens vers les choses superficielles de la vie, comme la consommation. » Il faut créer des murs artificiels, y enfermer les gens et les isoler les uns des autres. »

Entretiens de Noam Chomsky avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz,
Éditions des Arènes, 2001.

 

« … si la morale est quelque peu bafouée, c’est parce que la technique de vente employée (la manipulation) vous conduit à consommer non sur la base de votre raison, ni sur la base de vos désirs, mais sur celle d’une technologie des circonstances qui vous prédispose à acheter ceci plutôt que cela. Mais, après tout, aurait-il été plus moral d’inciter un client potentiel à utiliser la savonnette Eurêka avec une technique purement persuasive ? (…) plus moral mais à une condition qui n’échappera à personne : c’est que tout ce qui vient d’être dit des vertus de la savonnette Eurêka soit vrai… ! »

 Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,

PUG, 2002, introd., p. 225.

 

« Un photographe connu a rapporté, après avoir enquêté dans le monde entier, qu’en Mongolie un habitant possède en moyenne 300 objets à lui seul et qu’un Japonais en possède 6 000. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, Laffont, 2005, p. 47.

 

 « Désormais, chaque enfant, chaque adolescent, chaque adulte se trouve à la croisée d’un choix : s’épuiser dans un monde qu’épuise la logique d’une rentabilité à tout prix, ou créer sa propre vie en créant un environnement qui en assure la plénitude ou l’harmonie. Car l’existence quotidienne ne se peut confondre plus longtemps avec cette survie adaptative à laquelle l’ont réduite les hommes qui produisent la marchandise et sont produits par elle.»

Raoul Vaneigem,
« Avertissement aux écoliers et lycéens », Mille et une nuits, n°69, p. 15.

« Alors que la technique de matraquage consistait à répéter, un maximum de fois et en un minimum de temps, la marque ou le nom du produit qu’il fallait imposer sur le marché, de nombreuses séquences publicitaires négligent superbement de préciser ce dont il est question. Au subconscient d’effectuer le travail de sape nécessaire pour que l’esprit critique ne puisse interférer dans l’éveil du nouveau désir. Une allusion subtile, les premiers mots d’un slogan déjà intériorisé, quelques notes de musique suffiront à raviver le souvenir inconscient, comme chez l’individu préalablement conditionné sous hypnose. Une fois l’objet ou le « service » imposé sur le marché, la publicité peut se payer le luxe d’être séduisante pour elle-même. Son coût exorbitant rentre dans les frais généraux de la multinationale. Ce sera toujours le consommateur, en fin de compte, qui réglera le surcoût. Notre perte d’autonomie ne pèse guère face à la peur d’un manque à gagner. La boulimie consumériste est devenue obsessionnelle : il nous faut profiter d’une promotion, des soldes, des fluctuations de la Bourse, de notre temps de vacances, bref de la vie ! Et nous vivons dans une frénésie du shopping, dans une course compulsive pour ne pas rater une bonne affaire, dans les brocantes, les souks, les catalogues d’achat par correspondance, les bazars, les faillites, les braderies… tandis que s’aggravent les inégalités entre ceux qui ont trop de tout et les endettés qui ont moins que rien. »

Yves Thelen,
« Eveil à l’esprit philosophique »,
L’Harmattan, 2009, p. 113.

 

Simplicité

(voir aussi Besoins, Croissance et  Société de consommation)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 « Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre. »

Gandhi (1869-1948)

 

« Combien de générations faudra-t-il sacrifier au nom d’un prétendu développement et au bénéfice de qui ? Un autre modèle est possible. Il consisterait à renoncer à la puissance nationale et à accepter la frugalité (…) À la différence de la misère, la frugalité, estime Ashis Nandy, est parfaitement tolérable : elle est l’essence même de la civilisation indienne. Cette autre économie a été décrite par le Mahatma Gandhi sous le nom de Swadeshi.
Le Swadeshi, explique Nandy, n’est pas un système comme le capitalisme ou le socialisme, c’est un état d’esprit, une force intérieure. Celle-ci nous incite à contrôler nos désirs et à les restreindre à ce qui est accessible dans notre environnement immédiat. Les hommes ont ainsi vécu pendant des milliers d’années sans être nécessairement plus malheureux qu’ils ne le sont aujourd’hui. »

Ashis Nandy
in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 282.

 

«  En panne d’imagination et tétanisés par la créature que nous avons engendrée, nous voici invités à égrener le chapelet des petits gestes : un potager bio dans le jardin, le tri sélectif dans la cuisine, les ampoules basse consommation partout dans la maison et le covoiturage ou la marche à pied pour tous (…)
Évidement, ces automatismes adoptés par tous pourraient très bien être des solutions individuellement valables et donner sens à l’engagement quotidien, mais qui a envie spontanément de se compliquer la vie, de différer son plaisir et d’être solidaire de ces inconnus vertueux ? Qui veut être le premier sacrifié sur l’autel de l’exemplarité ?
En vérité, le mode de société dans lequel on vit nous tire vers le bas. Une telle forme de régression convient au plus grand nombre, organisée autour de la consommation et du divertissement. »

 G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie », Grasset-Fasquelle, 2001, p. 76-77.

 

« … vivre simplement ne m’est pas venu… simplement ! Ce fut plutôt l’aboutissement d’une lente métamorphose, le désir de plus en plus prégnant de vivre avec moins, mais dans plus de fluidité, de liberté et de légèreté. Dans plus de raffinement aussi. J’ai peu à peu réalisé que plus je me délestais, moins ce qui me restait m’était indispensable : finalement, on a besoin de très peu pour vivre. J’ai donc acquis la conviction que moins on a, plus on est libre et épanoui (…)
Tout ce que possède une personne devrait pouvoir tenir dans un ou deux sacs de voyage (…)
Adoptez un tel mode de vie et vous serez capable de vivre dans la paix et la sérénité. Vous obtiendrez quelque chose que peu de gens possèdent : la disponibilité. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 17 et 48.

« L’Europe a quelques bonnes raisons de s’intéresser à la frugalité  urbaine : elle est dépourvue de pétrole, et plus généralement d’énergie. Son réseau urbain, fait de villes proches les unes des autres, est particulièrement adapté à un maillage par un réseau ferré rapide. Une part croissante de sa population se dit concernée par les questions écologiques. Sa démocratie locale est active et un certain de nombre de ses villes se sont déjà investies fortement dans la recherche d’une meilleure frugalité.
En somme, de nombreuses conditions – techniques, sociétales, énergétiques, géopolitiques – sont aujourd’hui réunies pour que se réinvente, sur le Vieux Continent, l’art de faire des villes. »

Dominique Loreau,
« L’art de la frugalité et de la volupté », Laffont, 2009.

« Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social. Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent. Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et, d’une manière générale, par la fin de l’idéologie du progrès (…)
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où, à tous points de vue, nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier pour tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie. »

Simon Charbonneau,
« Austérité imposée et sobriété volontaire », oct. 2012, http://www.reporterre.net

Sexisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Heureux l’homme qui a une bonne épouse : sa vie sera deux fois plus belle.
La femme courageuse fait la joie de son mari : il possédera le bonheur tout au long de sa vie. Une femme de valeur, voilà le bon parti, la part que le Seigneur donne à ceux qui le servent ; riches ou pauvres, ils ont le cœur joyeux, en toute circonstance leur visage est souriant. La grâce de la femme enchante son mari, et ses talents lui donnent le bien-être.
Une femme qui sait se taire est un don du Seigneur. Rien ne vaut une femme préparée à sa tâche. C’est un don merveilleux qu’une femme discrète. Une âme qui se maîtrise est un trésor sans prix. »

 « Livre de Sirac le Sage », 26, 1-4, 13-16, (III e s. av. J.-C.)

 

« Simon Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie [éternelle] « . Jésus répondit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux ». »

Évangile de Saint Thomas (manuscrit du IV e s. découvert en 1945)

 

 « Si l’être humain était vierge pour toujours, aucun fruit ne proviendrait de lui. Doit-il devenir fécond, il lui faut de nécessité être une femme. Femme est le mot le plus noble que l’on peut attribuer à l’âme et est bien plus noble que vierge. Que l’être humain reçoive Dieu en lui, c’est bien, et dans cette réceptivité il est intact. Mais que Dieu devienne fécond en lui, c’est mieux ; car la fécondité du don est la seule gratitude pour le don, et l’esprit est une femme dans la gratitude qui engendre en retour là où pour Dieu il engendre Jésus en retour dans le cœur paternel. »

 Eckhart von Hochheim dit Maître Eckhart (1260-1327), « Sermon 2 ».

« Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,
Qu’une femme étudie et sache plusieurs choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler sa dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie. »

Molière, « Les femmes savantes », 1672.

« Préambule
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale ; considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme (…)
En conséquence le sexe supérieur en beauté, comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne:
Article premier
La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune (…)
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi. »

 Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne », 1791.

 

« Considérant :
11º. Que la société civile, dans la distribution de ses rôles, n’en a donné qu’un passif aux femmes. Leur empire a pour limites le seuil de la maison paternelle ou maritale. C’est là qu’elles règnent véritablement. C’est là que, par leurs soins journaliers, elles dédommagent les hommes des travaux et des peines qu’ils endurent hors de leurs foyers. En conséquence :
La Raison veut (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume. »

Sylvain Maréchal, « Projet de Loi »,1801.

 

« Si les femmes n’eussent pas su lire, la superstition les maîtriserait encore ainsi que leurs enfants (…) O Voltaire ! Que dirais-tu si tu voyais aujourd’hui le « projet de loi » [prônant l’interdiction d’apprendre à lire aux filles], toi qui étais si content quand on t’assurait que les marchandes de la rue Saint-Denis lisaient tes jolis romans et tes facéties, et qui t’écriais : tant mieux ! C’est par les femmes que la raison entrera dans la tête des hommes. »

Marie Gacon-Dufour, « Contre le projet de loi de Sylvain Maréchal », 1801 (Gallica).

 

« Le bonheur de l’homme, en amour, se proportionne à la liberté dont jouissent les femmes. »

Charles Fourier, « Théorie des quatre mouvements et des destinées générales », (1808).

 

 « Supérieures par l’amour, mieux disposées à toujours subordonner au sentiment l’intelligence et l’activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l’Humanité et les hommes. »

Auguste Comte, « Système de politique positive », 1854.

 
 

« Ce qu’il y a de merveilleux dans la nature et dans la Providence, c’est qu’aucun conflit entre les deux sexes n’est possible tant que chacun remplit les fonctions que la nature lui a destinées (…) Les sacrifices auxquels consent la femme dans la lutte pour la sauvegarde du peuple dans chaque foyer sont à l’image de ceux de l’homme dans sa lutte pour tout le peuple. À l’héroïsme de l’homme sur le champ de bataille répondent le dévouement, la souffrance et la soumission de la femme. Chaque enfant qu’elle met au monde est une bataille qu’elle livre pour l’existence ou l’anéantissement de son peuple. »

 Adolf Hitler in « La morale des seigneurs », Hans Peter Bleuel, Belfond, 1974, p. 59 et 61.


« On ne naît pas femme : on le devient… C’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. »

Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe », Gallimard, 1949.

 

 

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ?
Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de la faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »

Simone Veil, Discours sur l’avortement, 26 novembre 1974.

« La société met l’emprise dès les premiers jours sur l’enfant, mâle ou femelle, de manière à fabriquer à partir de là, conformément aux exigences de notre civilisation d’aujourd’hui, un homme qui soit ce qu’on appelle un homme et une femme qui soit ce qu’on appelle féminine. Donc, je crois absolument qu’il y a de profondes différences entre les hommes et les femmes, au désavantage des femmes d’ailleurs dans l’ensemble – dans l’ensemble, parce qu’il y a de rares exceptions. Ces différences ne viennent pas des natures féminines ou masculines, mais de l’ensemble culturel. »

Entretien avec Simone de Beauvoir, Le Monde, 10-11 janvier 1978.

 

 

« Ce sont les féministes qui m’ont sensibilisé au pouvoir de la prise de conscience. Si vous remplacez « history » par « herstory« , c’est parfaitement ridicule car le his de history n’a rien à voir avec le possesseur masculin (…) mais même les exemples stupides de ce genre réussissent à éveiller notre conscience (…) L’homme, les Droits de l’homme, tous les hommes sont créés égaux, un homme, une voix, notre langue donne trop souvent l’impression d’exclure les femmes. Quand j’étais petit, il ne m’est jamais venu à l’esprit que les femmes puissent se sentir blessées par une expression comme « l’avenir de l’homme ». »

 Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 148-149.

 

« Le féminisme, c’est aussi le droit pour les femmes d’embrasser les défauts des hommes et d’en rajouter. Ce n’est pas parce que l’oppression fut horrible que la libération va se montrer merveilleuse. »

Pascal Bruckner, « Le mariage d’amour a-t-il échoué ? », Grasset, 2010, p. 95.

 

 « Le mariage temporaire, appelé sigheh en Iran, consiste à contracter un mariage musulman pour une durée déterminée convenue entre l’homme et la femme. Une union allant d’une heure minimum, à un jour, une semaine, et jusqu’à 99 ans au maximum, et pouvant être immédiatement consommée (…) En fait, la loi du sigheh passe surtout comme un moyen d’offrir une couverture religieuse à la prostitution, qui, elle, est proscrite. »

http://www.lepoint.fr › International 02/09/214.

 

«  Comme toute violence symbolique, « violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes », la domination masculine repose sur le partage de la croyance, et l’adhésion de la dominée aux principes du dominant, ce qui explique par exemple les conduites d’autodévalorisation des femmes, ou leur préférence pour des hommes plus grands, plus âgés, plus riches qu’elles (…)
Par ailleurs, la position de dominant n’est pas non plus toujours facile, et le  » privilège masculin est aussi un piège [qui] trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes (…) qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toutes circonstances sa virilité. » »

Christine Détrez in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu », J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

« … les « matriciens » s’appuient sur une collection d’exemples historiques (Étrusques, Basques, Celtes, Spartiates, etc.) ou ethnographiques (Touaregs, Ovahimbas, Mosos, Nayars, etc.) de sociétés où les femmes auraient eu ou ont un plus grand poids et une plus grande liberté que dans les sociétés patriarcales. Au-delà de ce constat, leur grand dessein est de contribuer à sauver la famille moderne en la refondant sur la filiation maternelle et les liens librement choisis. Leur grand ennemi est le mariage conjugal, devenu conflictuel et fragile dans les sociétés modernes (…)
Et comment se nomme ce projet ? Tout simplement « Prométhée ». Pourquoi lui ? Parce que si Prométhée, l’un des derniers Titans, vola le feu aux Olympiens, c’était pour donner aux hommes et aux femmes le moyen de fonder un foyer comme ils l’entendaient sans se soumettre à Zeus, le vainqueur machiste des grandes déesses primordiales. Que le matriarcat en soit un ou non, les mythes nous rattrapent toujours. »

Nicolas Journet, « Le matriarcat, mythe ou paradis perdu ? »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines »,

Janv. 2015.

Révolution

Révolution

 

« La révolution veut changer les institutions. La révolte consiste à refuser de se laisser gouverner par des institutions. »

Johann Kaspar Schmidt dit Max Stirner (1806-1856)

 

 « Pour moraliser la société actuelle, nous devons commencer d’abord par détruire de fond en comble toute cette organisation politique et sociale fondée sur l’inégalité, sur le privilège, sur l’autorité divine et sur le mépris de l’humanité ; et après l’avoir reconstruite sur les bases de la plus complète égalité, de la justice, du travail, et d’une éducation rationnelle uniquement inspirée par le respect humain, nous devons lui donner l’opinion publique pour garde et, pour âme, la liberté la plus absolue.
« La révolution sociale anarchiste (…) surgit d’elle même, au sein du peuple, en détruisant tout ce qui s’oppose au débordement généreux de la vie populaire, afin de créer ensuite, à partir des profondeurs mêmes de l’âme populaire, les nouvelles formes de la vie sociale libre. »

Michel Bakounine, « Catéchisme révolutionnaire », 1865. 

 

 

« Quand les fils de pauvres seront le nombre, quand ils auront assez manqué de pain pour savoir que vous ne leur en donnerez pas, nous les rassemblerons sur la place et nous leur dirons : « Mes fils ! Allez et taillez-vous chez les riches, taillez-vous à coups de couteau de quoi manger plus que vous-mêmes et plus que vos pères n’ont mangé… Frappez-les au visage afin qu’ils apprennent que vos droits, que votre justice et que vos principes sont plus forts que les leurs. » »

Charles-Louis Philippe, « Le Canard sauvage », 1903.

 

« … quand une civilisation n’a pas dépassé le stade où la satisfaction d’une partie de ses participants a pour condition l’oppression des autres, peut-être de la majorité, ce qui est le cas pour toutes les civilisations actuelles, il est compréhensible qu’au cœur des opprimés grandisse une hostilité intense contre la civilisation rendue possible par leur labeur, mais aux ressources de laquelle ils ont une trop faible part. »

Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion », (1927), PUF, 1999.

 

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

John Fitzgerald Kennedy

«  La révolution n’est [donc] pas affaire idéale, destinée à produire ses effets demain, en permettant aujourd’hui les pires exactions de la part de ces prétendus révolutionnaires animés la plupart du temps par le ressentiment doublé d’une forte passion pour la pulsion de mort, mais possibilité, hic et nunc, de changer les choses (…)
Avec un socialisme libertaire actionné selon la mécanique des microrésistances concrètes, on voit alors le féministe sur le papier, l’antiraciste sous les calicots, l’écologiste des banderoles, l’antifasciste au mégaphone, le révolutionnaire au balcon, tenus d’être féministes dans leurs relations amoureuses, antiracistes au quotidien, écologistes dans leurs habitudes, leurs comportements, leurs faits et gestes, antifascistes dans toutes leurs relations intersubjectives – avec leurs enfants, leurs proches, leurs familles, leurs collègues de travail, leurs voisins de table, de transport en commun, leurs congénères dans la rue et toute autre situation concrète… »

Michel Onfray, « Manifeste hédoniste », Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 62-63.

 

« … que ces trois filles, belles de leur insolence, aient eu le courage de s’en prendre, en toute connaissance de cause, au pouvoir et à l’église russes réunies aura été un feu de joie dans la grisaille de cet hiver 2012 (…) féministes, écologistes, militantes de la cause homosexuelle, liées à des collectifs d’artistes contestataires…., si Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina sont coupables, c’est d’être révoltées, moins en tant qu’artistes qu’à vouloir, semble-t-il, « changer la vie », vraiment. Et c’est peut-être cela qui est ici difficile à imaginer, quand la plupart de nos artistes, champions de la subversion subventionnée se livrent à tous les détournements et recyclages possibles, pour en fin de compte chacun trouver sa place dans l’entreprise de neutralisation en cours. À l’inverse, on ne peut qu’être impressionné par la façon dont ces Pussy riot se seront réappropriées l’insurrection Punk, pour lui redonner la charge de révolte dont le marché du disque des années soixante-dix avait su immédiatement la dépouiller. »

Les billets d’Annie Le Brun, « Changer la vie » ou le plus difficile à imaginer, le 12 août 2012.

 

« Un nouveau mai 68 est-il souhaitable ? Possible ? Quel peut être encore le message du situationnisme aujourd’hui ? Apprendre à vivre plus qu’à survivre ?
Il n’y a pas de retour en arrière. En revanche, la radicalité de Mai 68 commence à peine à se manifester aujourd’hui. Les situationnistes ne lançaient pas un défi mais un pari, en affirmant que le Mouvement des occupations de Mai 1968 avait sonné le glas d’une civilisation fondée sur l’exploitation de l’homme et de la nature (…) Ce n’est pas le situationnisme mais la pensée radicale des situationnistes qui a proclamé la fin du travail (destiné à être supplanté par la création), la fin de l’échange, de l’appropriation prédatrice, de la séparation d’avec soi, du sacrifice, de la culpabilité, du renoncement au bonheur, du fétichisme de l’argent, du pouvoir et de l’autorité hiérarchique, du despotisme militaire et policier, des religions et des idéologies, du mépris et de la peur de la femme, de la subordination de l’enfant, du refoulement et ses défoulements mortifères. La table sacro-sainte des valeurs patriarcales et marchandes a été brisée définitivement. Rien ne la restaurera. Il faudra bien qu’un style de vie inaugure tôt ou tard une civilisation nouvelle sur les ruines de la civilisation où tant de générations ont été réduites à survivre comme des bêtes aux abois. »

Entretien entre Raoul Vaneigem et Guy Duplat, janvier 2013.
http://www.lalibre.be › Culture › Politique.

Racisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tout concourt à prouver que le genre humain n’est pas composé d’espèces essentiellement différentes entre elles, qu’au contraire il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes, qui s’étant multipliée et répandue sur toute la surface de la Terre a subi différents changements par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques… »

G-L. Buffon,
« Histoire naturelle », impr. Du Roy, 1749, p. 530-531.

 

« Dans un avenir assez prochain si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. Il est à peu près hors de doute que, à la même époque, ainsi que le fait remarquer le professeur Schaaffhausen, les singes anthropomorphes auront aussi disparu. La lacune sera donc beaucoup plus considérable encore, car il n’y aura plus de chaînons intermédiaires entre la race humaine, qui, nous pouvons l’espérer, aura alors surpassé en civilisation la race caucasienne, et quelque espèce de singe inférieur, tel que le Babouin, au lieu que, actuellement, la lacune n’existe qu’entre le nègre ou l’Australien et le Gorille. »

Charles Darwin,
« La descendance de l’homme et la sélection sexuelle » (1871),
Reinwald éd. 1891, p. 170-171. 

 

 « Nous possédons encore aujourd’hui, dans notre peuple allemand, de grandes réserves d’hommes de la race germanique du nord dont le sang est resté sans mélange et que nous pouvons considérer comme le trésor national le plus précieux pour notre avenir. Aux tristes époques où les lois de la race étaient inconnues, quand on voyait en tout homme, pris en soi, un être tout pareil à ses semblables, on n’apercevait pas les différences de valeur existant entre les divers éléments primitifs. »

Adolf Hitler,
« Mein Kampf », 1924.

 

« Notre racisme n’est agressif qu’à l’égard de la race juive. Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale (…) Une race mentale, c’est quelque chose de plus solide, de plus durable qu’une race tout court. Transplantez un Allemand aux États-Unis, vous en faites un Américain. Le Juif, où qu’il aille, demeure un juif. C’est un être par nature inassimilable. »

Martin Bormann,
« Testament politique d’Adolf Hitler », 1945. Fayard, 1959, p. 83.

 

 « Demain, peut-être, verrons-nous surgir un nouveau racisme, qui prétendra lire la primauté raciale dans la longueur de tel chromosome ou dans l’ordre de séquence des bases qui forment tel acide nucléique. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 38.

 

« Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même. »

Robert Sabatier (1923-2012)

 

 « Je suis, de toute façon, moins intéressé par la taille et les circonvolutions du cerveau d’Einstein que par la quasi-certitude que des individus d’un talent égal ont vécu et sont morts dans les champs de coton et les mines. »

Stephen Jay Gould,
« Le Pouce du panda
 : les grandes énigmes de l’évolution », 1980.

 

« Le séquençage comparé d’échantillons d’ADN mitochondrial humain récoltés dans diverses parties du monde a permis de reconstituer cette généalogie jusqu’à une femelle ancestrale unique – l’ « Ève mitochondriale », comme on l’appelle – qui vécut quelque part en Afrique il y a environ 200 000 ans. Des études similaires sur le chromosome Y, prérogative mâle, ont conduit de la même façon à un « Adam Y », qui vivait en Afrique à peu près à la même époque (…) Au cours du temps, toutes les lignées de même sexe, sauf une, ont été interrompues par l’absence de filles dans les lignées femelles ou de fils dans les lignées mâles, ne laissant finalement que deux lignées ininterrompues, l’une femelle et l’autre mâle, remontant à deux individus qui n’avaient probablement rien à voir l’un avec l’autre. Adam Y ne s’est probablement jamais accouplé avec Ève mitochondriale.

Selon ces découvertes, tous les êtres humains existants sont des descendants de cette seule branche africaine. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 128-129.

 

Propriété

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … de nos jours la rage de posséder est allée si loin qu’il n’y a plus rien de profane ou de sacré dans la nature qui ne soit devenu une source de revenus, non seulement chez les princes, mais aussi chez les prêtres. Autrefois même sous les tyrans – ils étaient alors fort rudimentaires et n’avaient pas encore bien saisi la nature de la tyrannie – il existait des choses communes à tous, comme les mers, les fleuves, les voies publiques, les bêtes sauvages. Aujourd’hui certains aristocrates, se prenant pour seuls êtres humains qui soient, ou plutôt pour des dieux, prétendent tout s’approprier. »

Desiderius Erasmus,
« Les Adages » (1500) coord. J.-C. Saladin, Les Belles Lettres, 2011, 611, v.1.

 

«  Mien, tien. « Ce chien est à moi », disaient ces pauvres enfants.  » C‘est là ma place au soleil.  » Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 295.

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. »

Jean-Jacques Rousseau (1754),
« Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes », sec. partie.

 

«  Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours pour montrer que le pouvoir d’ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassinat. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu’est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ? »

Pierre-Joseph Proudhon,
« Qu’est ce que la propriété ? »
ch. I, 1840.

« À qui appartient l’espace ? La question n’est qu’un petit pas pour l’Homme mais certes un pas de géant pour les avocats. Alors qu’une entreprise américaine réclame la propriété d’un astéroïde, des futés vendent des terrains sur la Lune et sur Mars.
Les aspects nobles de la conquête spatiale ne font pas longtemps le poids face au mercantilisme humain. Sur Internet, un vendeur de voiture californien fait déjà de bonnes affaires en vendant des terrains sur la Lune et sur Mars à des naïfs qui ont de l’argent à perdre (…)
Alors que l’homme cherche en vain des traces d’intelligence sur d’autres planètes, il y a des jours où on en cherche même sur Terre…
Toutes les tentatives pour s’approprier la propriété de corps célestes ne sont pas aussi loufoques. La firme SpaceDev, détenue par le magnat du logiciel James William Benson, a annoncé en septembre 97 son intention d’envoyer une sonde privée sur un astéroïde d’ici trois ans et réclame des droits de propriété sur ce caillou (…) des droits d’exploitation minière qui pourront être mis en vigueur lorsque la technologie le permettra. »

Michel Marsolais,
« Terrains à vendre sur Mars », Le Journal de Montréal, 11 janv. 1998.

 

Pouvoir

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Aussi, je mets au premier rang, à titre d’inclination générale de toute l’humanité, un désir perpétuel et sans trêve d’acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu’à la mort. La cause n’en est pas toujours qu’on espère un plaisir plus intense que celui qu’on a déjà réussi à atteindre, ou qu’on ne peut pas se contenter d’un pouvoir modéré : mais plutôt qu’on ne peut pas rendre sûrs, sinon en en acquérant davantage, le pouvoir et les moyens dont dépend le bien-être qu’on possède présentement. »

Thomas Hobbes (1588-1679)

 

« Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit. »

Michel Bakounine (1814-1876)

«  Ces gens-là [à propos des hauts dignitaires nazis] existent dans tous les pays du monde. Leurs profils psychologiques ne sont pas obscurs. Mais ce sont des gens qui ont des pulsions particulières, qui veulent accéder au pouvoir, et vous dites qu’ils n’existent pas ici ? Je suis vraiment convaincu qu’il existe des gens, même en Amérique, qui piétineraient allègrement la moitié de leurs concitoyens si cela leur permettait de prendre le pouvoir contre l’autre moitié, ces mêmes gens qui se contentent de parler aujourd’hui – qui utilisent les droits de la démocratie d’une manière antidémocratique. »

Douglas Kelley cité par Jack El-Hai,
« Le nazi et le psychiatre », Éd. des Arènes, 2013, p. 256-257.


« Stanley Milgram a mené dans les années 50/60 des expériences visant à évaluer la soumission à l’autorité (…) L’animateur fait entrer deux personnes [des volontaires recrutés par annonce] dans une pièce et leur explique que l’une sera « expérimentateur » et l’autre « élève », et qu’il s’agit d’étudier les effets de la punition sur le processus d’apprentissage. L’animateur emmène l’élève dans une pièce, l’installe sur une chaise munie de sangles et lui fixe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de couples de mots ; toutes les erreurs qu’il commettra seront sanctionnées par des décharges électriques d’intensité croissante. L’ « expérimentateur », qui est en fait le sujet de l’expérience, ne sait pas que le rôle de l’élève est tenu par un acteur qui ne reçoit en réalité aucune décharge électrique…
Stanley Milgram qualifie les résultats d’inattendus et inquiétants, car aucun des participants n’a eu le réflexe de refuser et de s’en aller. Et une proportion importante d’entre eux a continué jusqu’au niveau de choc le plus élevé du stimulateur.
Le sujet perçoit l’animateur comme ayant une autorité légitime au regard de sa position socioprofessionnelle, des études qu’il est censé avoir faites… Refuser d’obéir serait un manquement grave, une transgression morale. Il ressent les systèmes érigés par la société comme des entités à part entière et se refuse à voir l’homme derrière les institutions. Quand l’animateur dit : « l’expérience exige que vous continuiez », le sujet ne se pose pas de question… »

D’après la fiche de lecture de Josselyne Abadie conscience-vraie.info

« Dans un monde interconnecté, organisé selon une logique de flux et de réseaux, le pouvoir est plus que jamais le produit de relations sociales et politiques qui s’instituent entre les acteurs et produisent des formes de légitimité (…)
Si les « sujets » du pouvoir (gouvernés, administrés, salariés…) continuent d’en subir les effets, ils en sont aussi plus avertis. Les compétences critiques qu’ils expriment apparaissent comme une forme combinée de contestation et d’émancipation. Dans une société où l’information circule par des canaux de moins en moins officiels et maîtrisables, le pouvoir peut de moins en moins s’exercer sans tenir compte de ceux qui en sont les destinataires. »

Jean-Vincent Holeindre, dir.,
« Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, introduction, p. 9-10.

« Aux USA, l’un des sujets principaux de la science politique académique est l’étude des attitudes, des politiques et de leur corrélation (…) il a été conclu qu’à peu près 70% de la population – les 70% du bas de l’échelle des richesses/revenus – n’ont aucune influence sur la politique. Ils sont véritablement laissés pour compte. Comme vous montez dans l’échelle des richesses/revenus, vous obtenez un peu plus d’influence sur la politique. Quand vous arrivez en haut, ce qui représente peut-être le dixième d’un pour cent, les gens obtiennent à peu près tout ce qu’ils veulent, c’est-à-dire qu’ils décident de la politique. Donc le terme correct pour çà n’est pas la démocratie ; c’est la ploutocratie (…)
En Europe, incidemment, c’est bien pire (…) les gouvernements nationaux doivent suivre les directives macro-économiques édictées par la Commission Européenne. Les élections sont presque insignifiantes, presque comme dans les pays du Tiers-Monde qui sont dirigés par les institutions financières internationales. »

 Extrait du discours de Noam Chomsky
au DW Global Media Forum, Bonn, Allemagne, le 17 juin 2013.

« Avoir le pouvoir c’est avoir été sélectionné dans l’évolution pour faire partie des êtres les plus performants et guider l’évolution humaine selon les critères définis par la sélection. Ce n’est en aucun cas la possibilité d’influencer l’évolution de soi, d’un groupe ou de l’humanité selon d’autres modes que ceux déterminés par les besoins évolutifs de l’ensemble. »

Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014, p.78.