Vieillesse

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Vieillir, c’est comme gravir une montagne. Plus vous progressez, plus vous manquez d’énergie, mais combien votre vision s’est élargie ! »

Anonyme

« J’ai revu un ami, l’autre jour. Il avait tellement changé qu’il ne m’a pas reconnu. »

Tristan Bernard (1866-1947)

 

 « Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s´ensommeillent,
leurs pianos sont fermés,
le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter.
Les vieux ne bougent plus, leurs gestes ont trop de rides,
leur monde est trop petit,
du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit.»

Jacques Brel,
chanson « Les vieux », 1963.

 

« S’il est, pour l’humanité, certaines menaces qu’elle peut espérer de conjurer (décadence génétique, surpopulation), en revanche, on n’imagine pas qu’elle puisse se soustraire à l’implacable dilemme : croître, ou vieillir. À partir du moment – qui ne peut manquer d’arriver tôt ou tard – où elle réduirait son taux de natalité, par la « pilule » ou par tout autre moyen, le nombre des personnes âgées irait fatalement en augmentant par rapport à celui des jeunes : d’où une sénilisation – une « gérontisation » de l’espèce. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 82-83.

 

 « Vieillir mal – et il est rare qu’on vieillisse bien – c’est sentir monter en soi la haine contre cet étranger qui s’installe et prend peu à peu la place du jeune homme ou de la jeune fille qu’on a à peine eu le temps d’être. »

Robert Escarpit,
« Lettre ouverte au diable », Albin Michel, 1972, p. 63.


« C´est vrai qu´j´attends la mort
c´est pas qu´je sois morbide
c´est qu´j´ai cent ans dans l´corps
et qu´j´suis encore lucide (…)
Il y´a que moi qui veille
qui vis, qui vis encore
je tombe de sommeil
mais qu´est-ce qu´elle fait la mort ? »

Linda Lomay,
chanson « La Centenaire », 2002.

Transhumanisme

(voir aussi Eugénisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« — Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper (…) Les livres et les bruits intenses, les fleurs et les secousses électriques, déjà, dans l’esprit de l’enfant, ces couples étaient liés de façon compromettante ; et, au bout de deux cents répétitions de la même leçon ou d’une autre semblable, ils seraient mariés indissolublement (…) Ce que l’homme a uni, la nature est impuissante à le séparer.
— Ils grandiront avec ce que les psychologues appelaient une haine « instinctive » des livres et des fleurs. Des réflexes inaltérablement conditionnés. Ils seront à l’abri des livres et de la botanique pendant toute leur vie (…)
— Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Directeur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l’emploi d’appareils compliqués. De sorte qu’on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. D’où ces secousses électriques.
— Je comprends, dit l’étudiant ; et il resta silencieux, éperdu d’admiration. »

 Aldous Huxley,
« Le Meilleur des mondes
 », 1932.

 

 « Il faut passer à une espèce supérieure. Les hommes sont des êtres de transition. »

« La vraie solution est la création d’un type nouveau qui sera à l’homme ce que l’homme est à l’animal. »

Mère (Mirra Alfassa),
« Carnet de laboratoire », 1952.

 

 « Si, par un moyen ou un autre, la science réussissait à surhumaniser notre espèce, je pense que, dans tous les domaines de l’esprit, d’imprévisibles nouveautés se feraient jour, et par quoi seraient bouleversées nos façons de voir et de penser encore plus qu’elles ne le furent dans le champ de la physique par les découvertes d’Einstein. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 114.

 

« 1. L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie. Nous devons envisager la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications telles que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique et l’abolition de la souffrance, moyens qui le rendront apte à explorer l’univers.
4. Les transhumanistes prônent le droit moral, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives afin d’être davantage maîtres de leur propre vie. Ils souhaitent s’épanouir en transcendant les limites biologiques actuelles. »

 « Déclaration transhumaniste », 2002. http://www.transhumanism.org/i

 

« Pour les Transhumanistes, l’approche qui prévaut en général est celle du matérialisme. L’Humain n’est qu’un composé complexe de la matière. Il est le fruit d’une longue évolution biologique, mais de même qu’il ne se situe pas à l’origine de l’évolution, il n’en constitue probablement pas la fin ! Il n’y a pas de raison pour que l’évolution qui est devant nous soit moins longue, et moins riche en péripéties que celle qui est derrière nous. Pour les Transhumanistes, il n’y a pas un « être » humain intemporel. Ils se placent donc radicalement dans le camp des partisans d’une « mutabilité » de l’Humain. »

Chateauraynaud Francis, coord.,
« Chimères nanobiotechnologiques et post-humanité »,
vol. 1, 2012, p. 243.

 

 «  Le projet, qui suscite des réactions d’effroi, vise à artificialiser la nature en la mécanisant, afin d’y accueillir un esprit débarrassé de ses scories transcendantales et affectives, un esprit consubstanciel d’une chair régénérée par les nanotechnologies. Celles-ci s’inscrivent dans le droit-fil de la logique du vivant exprimée dans le paradigme de l’évolution. Il s’agit d’intervenir sur la matière, atome par atome, de façon à la reconfigurer selon un dessein (design) préconçu, mais en laissant la sélection naturelle jouer au gré de la contingence de façon à ne retenir que le mieux adapté. En somme, refaire l’évolution du vivant, mais en infiniment accéléré (…)
L’adversaire d’une telle entreprise est la religion sous toutes ses formes. Aucune divinité de devrait plus polluer une nature artificielle qui tiendra sa création de l’homme seul et d’une intelligence « augmentée », également artificielle, permettant de franchir les limites imposées par les techniques actuelles grâce à des supports produits par la bioélectronique. »

G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 12-13 et 42.

 

 

« Chaque muscle, chaque nerf de Cerclonniens était coincé-pincé dans cet étau que vissaient en sens contraire le culte de la performance et la loi du moindre effort. Mais il y avait un dépassement dialectique ! On avait trouvé une synthèse à la contradiction : si nous voulions un corps performant et qu’il refusait l’effort, ne fallait-il pas changer de corps ? Lui substituer, pièce par pièce, méthodiquement, de la fibre élastique, des greffes de matériau, des implants informatiques, bref de la technologie efficace qui supplée à ses insuffisances ?
Depuis trente ans, appelée par cette logique, avait émergé une science : celle des technogreffes. Elle postulait ceci : tout corps, aussi sain et robuste soit-il, est toujours fondamentalement handicapé ; que par conséquent, tout citoyen qui se veut performant a besoin de se faire enkyster un petit boîtier dans la colonne vertébrale pour s’impulser, aux moments désirés, des décharges électriques dans le système nerveux ! (…)
Ces infra-technologies, je les redoutais plus que tout. Si on les laissait coloniser nos organes, la Volte ne servirait plus à rien, plus rien ne servirait plus à rien… L’espèce humaine aurait atteint son ultime déchéance. Evidée de nos viscères, il ne resterait de nous qu’une charpente d’os et de peau – sorte de carrosserie hitech pour un moteur informatique nous pilotant de l’intérieur à la manière de pantins, et exploitant, pour transmettre ses données, nos nerfs comme autant de microcâbles supraconductifs. Nous serions agis ! Sentis ! Devenus matière première ! J’en avais la nausée. »

Alain Damasio,
« La zone du dehors », Gallimard,
Folio science-fiction, 2007, p.128.

« Sisyphe, parce qu’il refuse la mort est condamné à pousser éternellement un rocher dont l’inertie équivaut à cette mort non négociable. La répétition automatique du geste exprime bien cette évacuation de la vie qui, seule, apporte l’événement, le nouveau. Elle évoque aussi un monde qui serait régi par des machines au fonctionnement sans surprise, ce monde que les technologies nous préparent peut-être, en voulant stabiliser l’environnement et confier à des automatismes les tâches qui exigeaient jadis initiative et réflexion. Sisyphe a gagné la vie éternelle, mais elle n’a pas de sens (…)
Les transhumanistes partagent avec Sisyphe le refus de mourir. Leur rébellion contre les lois divines est certes moins ostentatoire. Certains retiennent cependant de la gnose l’idée que Dieu n’a pas pu mener à bien sa création jusqu’au bout. Ils proclament que les forces du mal seront bientôt vaincues par les sciences et les techniques (…)
Le châtiment infligé à Sisyphe procède de ce dégoût commun de la vie et de la mort qui inflige la répétition éternelle à celui qui croyait pouvoir aimer la première en expulsant la seconde. Par-delà la vie et la mort qu’ils refusent tout autant, les transhumanistes promettent un bonheur qui ne permettrait pas même d’imaginer Sisyphe heureux. »

Jean-Michel Besnier,
« Sisyphe, triste champion de l’immortalité »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines », Janv. 2015.

Tolérance

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Aucun homme ne doit être contraint à renoncer à son opinion ou à consentir à l’opinion adverse, parce qu’une telle contrainte ne peut jamais produire la réalité de l’effet en vue duquel elle a été mise en œuvre. Elle ne peut en effet changer les pensées des hommes ; elle peut seulement les contraindre à être hypocrites ; en sorte que, agissant ainsi, le magistrat, au lieu d’amener les hommes à embrasser la vérité de son opinion, il les contraint plutôt à mentir pour la leur. En outre, une telle injonction ne conduit ni à la paix, ni à la sûreté du gouvernement car, si en recourant à la contrainte, le magistrat est incapable d’obtenir que quiconque se rapproche d’un iota de sa propre opinion, il fait que chacun devient d’autant plus son ennemi. »

John Locke,
« Lettre sur la tolérance », 1689.

 

 « Tu (Dieu de tous les êtres) ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution. »

Voltaire,
« Traité sur la tolérance », Ch. XXIII, 1763.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire !… »

citation apocryphe attribuée à Voltaire

 

 « L’indifférence est aussi intolérable que l’intolérance. »

Michelle Bovy

Suicide

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Étant donné qu’il y a des gens pour qui, en certaines circonstances, la mort est préférable à la vie, il te paraît peut-être étonnant que ceux pour qui la mort est préférable ne puissent sans impiété se rendre à eux-mêmes ce bon office et qu’ils doivent attendre un bienfaiteur étranger (…) c’est que ce sont des dieux qui s’occupent de nous et que, nous autres hommes, nous sommes un des biens qui appartiennent aux dieux. Ne crois-tu pas que cela soit vrai ?
— Je le crois, dit Cébès.
— Toi-même, reprit Socrate, si l’un des êtres qui sont à toi se tuait lui-même, sans que tu lui eusses notifié que tu voulais qu’il mourût, ne lui en voudrais-tu pas, et ne le punirais-tu pas, si tu avais quelque moyen de le faire ?
— Certainement si, dit Cébès.
— Si l’on se place à ce point de vue, peut-être n’est-il pas déraisonnable de dire qu’il ne faut pas se tuer avant que Dieu nous en impose la nécessité, comme il le fait aujourd’hui pour moi. »

Platon, « Phédon »,Philippe Remacle,
site de l’antiquité grecque et latine du moyen-âge remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr

« Le sage, qui sait jouir des résultats acquis sans éprouver perpétuellement le besoin de les remplacer par d’autres, y trouve de quoi se retenir à la vie quand l’heure des contrariétés a sonné. Mais l’homme qui a toujours tout attendu de l’avenir, qui a vécu les yeux fixés sur le futur, n’a rien dans son passé qui le réconforte contre les amertumes du présent ; car le passé n’a été pour lui qu’une série d’étapes impatiemment traversées. Ce qui lui permettait de s’aveugler sur lui-même, c’est qu’il comptait toujours trouver plus loin le bonheur qu’il n’avait pas encore rencontré jusque-là. Mais voici qu’il est arrêté dans sa marche ; dès lors, il n’a plus rien ni derrière lui ni devant lui sur quoi il puisse reposer son regard. La fatigue, du reste, suffit, à elle seule, pour produire le désenchantement, car il est difficile de ne pas sentir, à la longue, l’inutilité d’une poursuite sans terme. »

Émile Durkheim,
« Le Suicide », 1897.

« Depuis l’époque de Kamakura, une tradition de la mort volontaire suggère les décisions à prendre, codifie les gestes à exécuter, les sentiments à manifester. Sans doute, cette tradition, limitée à la classe des guerriers (bushi, samurai), et d’ailleurs assez récente puisqu’elle ne s’établit qu’au XII e siècle, est loin de commander tous les cas de mort volontaire que l’histoire du Japon a pu connaître. À côté des suicides qui obéissent aux formes instituées, beaucoup d’autres désavouent ces modèles et s’improvisent au hasard des circonstances. Mais l’essentiel est que le Japon ne s’est jamais privé par principe de la liberté de mourir. Sur ce point, l’idéologie occidentale s’est montrée constamment réticente (…)
II est vrai que les citoyens d’Athènes et de Rome avaient adopté à l’égard de la mort volontaire deux attitudes dissymétriques, reflétant la double structure de leur société. Ils en admettaient la légitimité lorsque c’était l’un d’entre eux, un homme libre, qui se tuait, exerçant ainsi sur lui-même la souveraineté liée à son statut. Et pour peu qu’une cause publique parût justifier cet acte, la plus haute valeur lui était reconnue (…)
Lorsqu’un des sujets de l’espace domestique se tuait, le maître de maison ne pouvait estimer légitime un acte qui souvent censurait son autorité, contestait son pouvoir, et entamait son capital. Il le percevait comme une rébellion, et ne pouvait qu’en condamner le principe. »

Maurice Pinguet,
« La mort volontaire au Japon »,
Gallimard, 1984, p. 10 et 13.

 

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. »

 Albert Camus,
« Le mythe de Sisyphe »,
éditions Gallimard, collection « Folio », 1985, p. 17.

« Lorsque l’on ne dispose plus de ses moyens intellectuels, on peut vouloir en finir avec l’existence à la façon dont les Romains, les stoïciens plus particulièrement, nous invitaient à quitter la vie comme on sort d’une pièce devenue trop enfumée… Le testament de vie permet de déléguer à un être aimé la charge de décider pour soi ce qu’on aura avec lui voulu en amont pour nous : il sera sinon le bras armé du moins le facilitateur de notre mort volontaire. »

Michel Onfray,
« Manifeste hédoniste »,
Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 54-55.

«  Un suicide raté, c’est un manque de savoir-vivre ; un suicide réussi, aucun risque de le regretter ! »

Yves Thelen

« Chaque année une centaine de personnes se suicident sur les rails du chemin de fer en Belgique. Pour lutter contre ce phénomène, Infrabel est allé jusqu’au Japon pour chercher une solution. Elle sera testée dans la gare de Dave près de Namur.
La gare de Dave est un endroit sensible. Située à proximité d’un hôpital psychiatrique, les tentatives de suicide y sont nombreuses. Pour combattre cette tendance de nouveaux luminaires ont été installés dans la gare, ils diffusent une lumière bleue. Cette couleur aurait un impact positif sur l’humeur. »

RTBF, Matin première, 12 mars 2015.

«  Plusieurs études récentes indiquent que le cerveau des personnes suicidaires possèdent des taux de molécules inflammatoires plus élevés (…) l’inflammation dérègle l’axe du stress qui lui-même alimente l’inflammation.
Plus récente, une autre hypothèse remonte jusqu’aux gènes liés aux hormones de l’axe du stress (…) car le fait est aujourd’hui prouvé : sous la pression extérieure (traumatisme, famine…), le fonctionnement des gènes d’un individu peut se modifier (…)
Un autre grand rouage biologique de la vulnérabilité au suicide a été mis en évidence. Il concerne cette fois la sérotonine. Ce neurotransmetteur est chargé, dans notre cerveau, de réguler notre humeur, mais aussi notre appétit et notre sommeil. À concentration élevée, il favorise le calme, rend optimiste : c’est « la molécule du bonheur ». Des chercheurs suédois ont observé chez des personnes suicidaires des anomalies sur des gènes codant pour les protéines impliquées dans les transporteurs et les récepteurs de la sérotonine. »

Lise Barnéoud,
« Suicide : il cache une vraie maladie »,
Science
& Vie, avril 2015, p. 88-91.

Sport

(voir aussi Compétition)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Fervent admirateur de la société grecque, Pierre de Coubertin avait souhaité, en proposant la rénovation des Jeux olympiques, intégrer le sport dans une perspective plus globale, éducatrice et humaniste. Le sport n’était pas, selon lui, une fin en soi, mais un moyen au service d’une idée élevée : la formation du citoyen. Mais, au lieu de constituer une pédagogie au service de l’homme, le sport n’est-il pas en train de devenir un moyen de mieux l’asservir ? (…)
Le sport est éducatif, nous répète-t-on à l’envi. Mais de quelle éducation s’agit-il ? Doit-il former les corps et les esprits à l’obéissance aveugle pour défendre exclusivement la patrie ? Doit-il servir à former les hommes à se soumettre à la discipline sans contestation ? À abolir l’esprit critique ? Est-il un moyen d’apprendre à respecter des règles et règlements, même lorsque ceux-ci sont dépourvus de sens ? (…) Quand nous identifions l’argent ou la drogue comme des dangers pour le sport, nous transférons sur le sport toutes nos angoisses liées à nos propres rapports de fascination-répulsion à l’égard de l’argent et du dopage. D’autre part, si le sport avait toutes les vertus éducatives qu’on lui prête, la question de la démocratie en son propre sein ne se poserait point. Or, il nous faut constater que la démocratie n’existe pas au sein de l’organisation du sport fédéral en France… »

Roger Bambuck,
« Pour un sport réellement démocratique »,
Le Monde diplomatique, août 1992.

« Le sport pourrait être l’une des occasions de rêver en commun, de s’enthousiasmer en commun, de créer une véritable collectivité. Pour éviter les perversions, il faudrait éliminer toute trace de nationalisme ou de tricherie. Cela est impossible si la rencontre se résume à la désignation d’un gagnant et d’un perdant (…) les athlètes qui consacrent totalement leur vie à la compétition, n’ayant pour espoir que de devenir le numéro 1 national, sont « dopés » même s’ils ne prennent aucun produit prohibé. Ils le sont avec la complicité des pouvoirs publics, lorsqu’ils sont sélectionnés très jeunes et dirigés vers des centres de formation : l’objectif est alors de produire quelques futurs champions, dans l’espoir de multiplier les médailles lors des prochains Jeux Olympiques. Les gouvernements se félicitent lorsque ces médailles sont nombreuses. Il serait plus raisonnable de les accuser de détournement de mineurs, car ils ont sacrifié la vie de ces jeunes pour un hochet (…)
… la plupart des activités qui sont présentées aujourd’hui comme du sport usurpent ce titre. Elles ne sont que des spectacles, le plus souvent inféodés au pouvoir de l’argent. »

Albert Jacquart,
« À toi qui n’es pas encore né »,
Calmann-Lévy, Poche, 2000, p. 129-132.

 

 « Le détournement de la thérapie génique à des fins de dopage semble inéluctable : il est tentant, dans la recherche continuelle de l’amélioration de la performance, de recourir à une méthode qui permet de transformer vos muscles en une glande et leur faire fabriquer, par exemple, de l’hormone de croissance ou de l’IGF-1 (facteur de croissance) pour accroître la puissance musculaire, ou bien de l’EPO pour augmenter le transport de l’oxygène par le sang. »

L’ Équipe, 9 février 2006.

 

« D’un spectacle invitant à penser symboliquement la confrontation de l’Homme à ses limites biologiques, on passe à la mise en scène du dépassement par l’Homme de ses déterminations biologiques par la transformation sans limites de lui-même, le spectacle de l’ »humain amélioré ». Cette transformation du spectacle sportif est appelée de ses vœux par le courant posthumaniste qui défend la thèse de l’inéluctabilité du processus d’amélioration de l’humain (human enhancement) par les nouvelles technologies. C’est précisément ce changement de nature du spectacle sportif qui est redouté par beaucoup et qui s’exprime dans un discours sur l’atteinte à la « pureté du sport ». »

Marcellini A., Vidal M., Ferez S., De Leseleuc E.,
« La chose la plus rapide sans jambes. Oscar Pistorius ou la mise en spectacle des frontières de l’humain »,
Revue Politix, numéro spécial « les frontières de l’humain »,

vol. 23, n°90, 2010.

Solipsisme

(voir aussi Conscience et Moi)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Quoique aucun homme ne puisse jamais savoir si la sensation du rouge ou du do mineur qu’il ressent est exactement la même que celle ressentie par un autre homme, il est néanmoins possible d’agir en supposant que chacun perçoit les couleurs et les sons plus ou moins de la même façon. »

Lincoln Barnett,
« Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 24.

 

 « Chacun croit, en ce qui le concerne, qu’il peut observer directement la coïncidence entre sa vie interne et son comportement extérieurement visible. Mais pour avancer avec rigueur au-delà du solipsisme, il nous faut faire quelque chose d’a priori impossible : confirmer la coïncidence de l’intérieur et de l’extérieur chez d’autres. Il ne peut pas suffire, officiellement, qu’ils nous signalent cette coïncidence dans leur cas, car cela ne nous apporterait qu’un nouvel exemple de correspondance entre l’intérieur et l’extérieur : les capacités démontrables de percevoir et d’agir intelligemment vont normalement de pair avec la capacité de faire des récits « introspectifs ». Si un robot astucieusement conçu pouvait (avoir l’air de) nous raconter sa vie intérieure (pouvait émettre tous les bruits appropriés dans les contextes appropriés), aurions-nous raison de l’admettre dans notre caste ? (…)
… la seule manière dont on pourrait s’assurer qu’une machine pense serait d’être la machine et de ressentir qu’on pense. On pourrait alors décrire ses sentiments au monde, mais bien sûr personne n’aurait de raisons d’en tenir compte. De même, suivant ce point de vue, la seule manière de savoir qu’un homme pense est d’être cet homme lui-même. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 20 et 68.


« Comment voir si nos idées correspondent aux objets dès lors que nous ne sommes jamais en présence des objets, mais toujours seulement des idées que nous nous en faisons ? (…) il ne saurait être question de se libérer du piège. Il convient simplement de l’éviter, en refusant de faire de cette intériorité représentative le point de départ du philosopher. Le seul et unique point de départ phénoménologiquement légitime est l’être-dans-le-monde auprès de ce qui apparaît en lui. »

Antoine Grandjean,
« Le piège du solipsisme ou de l’absence du monde », M-Editer, 2011, p. 24-25.

 

« Nous sommes, intrinsèquement, dans une situation analogue à celle du physicien imaginé par Einstein : enfermé dans sa cabine, sans le moindre contact avec le monde extérieur, il flotte entre les parois et est absolument dans l’incapacité de distinguer s’il évolue en état d’apesanteur, hors de tout champ de gravité, ou si la cabine est en chute libre et l’entraîne vers un brutal écrasement à la surface d’un corps céleste. De même, il nous est strictement et définitivement impossible de distinguer si notre personnalité est le produit éphémère de l’univers qui l’a engendré ou si celui-ci, fruit de notre activité cérébrale, est né avec notre conscience et disparaîtra avec elle.
Celui qui estime que le solipsiste souffre de schizophrénie, comment pourrait-il s’assurer qu’il n’est pas lui-même schizophrène ?
Le solipsisme est logiquement irréfutable et humainement intenable. »

Yves Thelen

 

«  C’est [le libre arbitre] typiquement une discussion qui tourne en rond : logiquement possible, mais totalement inintéressante, un peu comme le solipsisme qui affirme que je suis le seul à exister, et que vous n’êtes que des illusions de mon esprit. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard  Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 127.

Société de consommation

(voir aussi Croissance, Mondialisation et Simplicité)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Il y a quelque chose de plus dans l’amoncellement que la somme des produits : l’évidence du surplus, la négation magique et définitive de la rareté, la présomption maternelle et luxueuse du pays de Cocagne. Nos marchés, nos artères commerciales, nos Superprisunic miment ainsi une nature retrouvée, prodigieusement féconde : ce sont nos vallées de Canaan où coulent, en fait de lait et de miel, les flots de néon sur le ketchup et le plastic, mais qu’importe ! L’espérance violente qu’il y en ait non pas assez, mais trop et trop pour tout le monde, est là… »

Jean Baudrillard,
« La société de consommation », Denoël, 1970, p. 19.


« Les énormes firmes de relations publiques, de publicité, d’art graphique, de cinéma, de télévision… ont d’abord pour fonction de contrôler les esprits. Il faut créer des « besoins artificiels », et faire en sorte que les gens se consacrent à leur poursuite, chacun de leur côté, isolés les uns des autres. Les dirigeants de ces entreprises ont une approche très pragmatique: « il faut orienter les gens vers les choses superficielles de la vie, comme la consommation. » Il faut créer des murs artificiels, y enfermer les gens et les isoler les uns des autres. »

Entretiens de Noam Chomsky avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz,
Éditions des Arènes, 2001.

 

« … si la morale est quelque peu bafouée, c’est parce que la technique de vente employée (la manipulation) vous conduit à consommer non sur la base de votre raison, ni sur la base de vos désirs, mais sur celle d’une technologie des circonstances qui vous prédispose à acheter ceci plutôt que cela. Mais, après tout, aurait-il été plus moral d’inciter un client potentiel à utiliser la savonnette Eurêka avec une technique purement persuasive ? (…) plus moral mais à une condition qui n’échappera à personne : c’est que tout ce qui vient d’être dit des vertus de la savonnette Eurêka soit vrai… ! »

 Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,

PUG, 2002, introd., p. 225.

 

« Un photographe connu a rapporté, après avoir enquêté dans le monde entier, qu’en Mongolie un habitant possède en moyenne 300 objets à lui seul et qu’un Japonais en possède 6 000. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, Laffont, 2005, p. 47.

 

 « Désormais, chaque enfant, chaque adolescent, chaque adulte se trouve à la croisée d’un choix : s’épuiser dans un monde qu’épuise la logique d’une rentabilité à tout prix, ou créer sa propre vie en créant un environnement qui en assure la plénitude ou l’harmonie. Car l’existence quotidienne ne se peut confondre plus longtemps avec cette survie adaptative à laquelle l’ont réduite les hommes qui produisent la marchandise et sont produits par elle.»

Raoul Vaneigem,
« Avertissement aux écoliers et lycéens », Mille et une nuits, n°69, p. 15.

« Alors que la technique de matraquage consistait à répéter, un maximum de fois et en un minimum de temps, la marque ou le nom du produit qu’il fallait imposer sur le marché, de nombreuses séquences publicitaires négligent superbement de préciser ce dont il est question. Au subconscient d’effectuer le travail de sape nécessaire pour que l’esprit critique ne puisse interférer dans l’éveil du nouveau désir. Une allusion subtile, les premiers mots d’un slogan déjà intériorisé, quelques notes de musique suffiront à raviver le souvenir inconscient, comme chez l’individu préalablement conditionné sous hypnose. Une fois l’objet ou le « service » imposé sur le marché, la publicité peut se payer le luxe d’être séduisante pour elle-même. Son coût exorbitant rentre dans les frais généraux de la multinationale. Ce sera toujours le consommateur, en fin de compte, qui réglera le surcoût. Notre perte d’autonomie ne pèse guère face à la peur d’un manque à gagner. La boulimie consumériste est devenue obsessionnelle : il nous faut profiter d’une promotion, des soldes, des fluctuations de la Bourse, de notre temps de vacances, bref de la vie ! Et nous vivons dans une frénésie du shopping, dans une course compulsive pour ne pas rater une bonne affaire, dans les brocantes, les souks, les catalogues d’achat par correspondance, les bazars, les faillites, les braderies… tandis que s’aggravent les inégalités entre ceux qui ont trop de tout et les endettés qui ont moins que rien. »

Yves Thelen,
« Eveil à l’esprit philosophique »,
L’Harmattan, 2009, p. 113.

 

Simplicité

(voir aussi Besoins, Croissance et  Société de consommation)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 « Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre. »

Gandhi (1869-1948)

 

« Combien de générations faudra-t-il sacrifier au nom d’un prétendu développement et au bénéfice de qui ? Un autre modèle est possible. Il consisterait à renoncer à la puissance nationale et à accepter la frugalité (…) À la différence de la misère, la frugalité, estime Ashis Nandy, est parfaitement tolérable : elle est l’essence même de la civilisation indienne. Cette autre économie a été décrite par le Mahatma Gandhi sous le nom de Swadeshi.
Le Swadeshi, explique Nandy, n’est pas un système comme le capitalisme ou le socialisme, c’est un état d’esprit, une force intérieure. Celle-ci nous incite à contrôler nos désirs et à les restreindre à ce qui est accessible dans notre environnement immédiat. Les hommes ont ainsi vécu pendant des milliers d’années sans être nécessairement plus malheureux qu’ils ne le sont aujourd’hui. »

Ashis Nandy
in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 282.

 

«  En panne d’imagination et tétanisés par la créature que nous avons engendrée, nous voici invités à égrener le chapelet des petits gestes : un potager bio dans le jardin, le tri sélectif dans la cuisine, les ampoules basse consommation partout dans la maison et le covoiturage ou la marche à pied pour tous (…)
Évidement, ces automatismes adoptés par tous pourraient très bien être des solutions individuellement valables et donner sens à l’engagement quotidien, mais qui a envie spontanément de se compliquer la vie, de différer son plaisir et d’être solidaire de ces inconnus vertueux ? Qui veut être le premier sacrifié sur l’autel de l’exemplarité ?
En vérité, le mode de société dans lequel on vit nous tire vers le bas. Une telle forme de régression convient au plus grand nombre, organisée autour de la consommation et du divertissement. »

 G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie », Grasset-Fasquelle, 2001, p. 76-77.

 

« … vivre simplement ne m’est pas venu… simplement ! Ce fut plutôt l’aboutissement d’une lente métamorphose, le désir de plus en plus prégnant de vivre avec moins, mais dans plus de fluidité, de liberté et de légèreté. Dans plus de raffinement aussi. J’ai peu à peu réalisé que plus je me délestais, moins ce qui me restait m’était indispensable : finalement, on a besoin de très peu pour vivre. J’ai donc acquis la conviction que moins on a, plus on est libre et épanoui (…)
Tout ce que possède une personne devrait pouvoir tenir dans un ou deux sacs de voyage (…)
Adoptez un tel mode de vie et vous serez capable de vivre dans la paix et la sérénité. Vous obtiendrez quelque chose que peu de gens possèdent : la disponibilité. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 17 et 48.

« L’Europe a quelques bonnes raisons de s’intéresser à la frugalité  urbaine : elle est dépourvue de pétrole, et plus généralement d’énergie. Son réseau urbain, fait de villes proches les unes des autres, est particulièrement adapté à un maillage par un réseau ferré rapide. Une part croissante de sa population se dit concernée par les questions écologiques. Sa démocratie locale est active et un certain de nombre de ses villes se sont déjà investies fortement dans la recherche d’une meilleure frugalité.
En somme, de nombreuses conditions – techniques, sociétales, énergétiques, géopolitiques – sont aujourd’hui réunies pour que se réinvente, sur le Vieux Continent, l’art de faire des villes. »

Dominique Loreau,
« L’art de la frugalité et de la volupté », Laffont, 2009.

« Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social. Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent. Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et, d’une manière générale, par la fin de l’idéologie du progrès (…)
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où, à tous points de vue, nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier pour tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie. »

Simon Charbonneau,
« Austérité imposée et sobriété volontaire », oct. 2012, http://www.reporterre.net

Sexisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Heureux l’homme qui a une bonne épouse : sa vie sera deux fois plus belle.
La femme courageuse fait la joie de son mari : il possédera le bonheur tout au long de sa vie. Une femme de valeur, voilà le bon parti, la part que le Seigneur donne à ceux qui le servent ; riches ou pauvres, ils ont le cœur joyeux, en toute circonstance leur visage est souriant. La grâce de la femme enchante son mari, et ses talents lui donnent le bien-être.
Une femme qui sait se taire est un don du Seigneur. Rien ne vaut une femme préparée à sa tâche. C’est un don merveilleux qu’une femme discrète. Une âme qui se maîtrise est un trésor sans prix. »

 « Livre de Sirac le Sage », 26, 1-4, 13-16, (III e s. av. J.-C.)

 

« Simon Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie [éternelle] « . Jésus répondit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux ». »

Évangile de Saint Thomas (manuscrit du IV e s. découvert en 1945)

 

 « Si l’être humain était vierge pour toujours, aucun fruit ne proviendrait de lui. Doit-il devenir fécond, il lui faut de nécessité être une femme. Femme est le mot le plus noble que l’on peut attribuer à l’âme et est bien plus noble que vierge. Que l’être humain reçoive Dieu en lui, c’est bien, et dans cette réceptivité il est intact. Mais que Dieu devienne fécond en lui, c’est mieux ; car la fécondité du don est la seule gratitude pour le don, et l’esprit est une femme dans la gratitude qui engendre en retour là où pour Dieu il engendre Jésus en retour dans le cœur paternel. »

 Eckhart von Hochheim dit Maître Eckhart (1260-1327), « Sermon 2 ».

« Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,
Qu’une femme étudie et sache plusieurs choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler sa dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie. »

Molière, « Les femmes savantes », 1672.

« Préambule
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale ; considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme (…)
En conséquence le sexe supérieur en beauté, comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne:
Article premier
La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune (…)
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi. »

 Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne », 1791.

 

« Considérant :
11º. Que la société civile, dans la distribution de ses rôles, n’en a donné qu’un passif aux femmes. Leur empire a pour limites le seuil de la maison paternelle ou maritale. C’est là qu’elles règnent véritablement. C’est là que, par leurs soins journaliers, elles dédommagent les hommes des travaux et des peines qu’ils endurent hors de leurs foyers. En conséquence :
La Raison veut (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume. »

Sylvain Maréchal, « Projet de Loi »,1801.

 

« Si les femmes n’eussent pas su lire, la superstition les maîtriserait encore ainsi que leurs enfants (…) O Voltaire ! Que dirais-tu si tu voyais aujourd’hui le « projet de loi » [prônant l’interdiction d’apprendre à lire aux filles], toi qui étais si content quand on t’assurait que les marchandes de la rue Saint-Denis lisaient tes jolis romans et tes facéties, et qui t’écriais : tant mieux ! C’est par les femmes que la raison entrera dans la tête des hommes. »

Marie Gacon-Dufour, « Contre le projet de loi de Sylvain Maréchal », 1801 (Gallica).

 

« Le bonheur de l’homme, en amour, se proportionne à la liberté dont jouissent les femmes. »

Charles Fourier, « Théorie des quatre mouvements et des destinées générales », (1808).

 

 « Supérieures par l’amour, mieux disposées à toujours subordonner au sentiment l’intelligence et l’activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l’Humanité et les hommes. »

Auguste Comte, « Système de politique positive », 1854.

 
 

« Ce qu’il y a de merveilleux dans la nature et dans la Providence, c’est qu’aucun conflit entre les deux sexes n’est possible tant que chacun remplit les fonctions que la nature lui a destinées (…) Les sacrifices auxquels consent la femme dans la lutte pour la sauvegarde du peuple dans chaque foyer sont à l’image de ceux de l’homme dans sa lutte pour tout le peuple. À l’héroïsme de l’homme sur le champ de bataille répondent le dévouement, la souffrance et la soumission de la femme. Chaque enfant qu’elle met au monde est une bataille qu’elle livre pour l’existence ou l’anéantissement de son peuple. »

 Adolf Hitler in « La morale des seigneurs », Hans Peter Bleuel, Belfond, 1974, p. 59 et 61.


« On ne naît pas femme : on le devient… C’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. »

Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe », Gallimard, 1949.

 

 

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ?
Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de la faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »

Simone Veil, Discours sur l’avortement, 26 novembre 1974.

« La société met l’emprise dès les premiers jours sur l’enfant, mâle ou femelle, de manière à fabriquer à partir de là, conformément aux exigences de notre civilisation d’aujourd’hui, un homme qui soit ce qu’on appelle un homme et une femme qui soit ce qu’on appelle féminine. Donc, je crois absolument qu’il y a de profondes différences entre les hommes et les femmes, au désavantage des femmes d’ailleurs dans l’ensemble – dans l’ensemble, parce qu’il y a de rares exceptions. Ces différences ne viennent pas des natures féminines ou masculines, mais de l’ensemble culturel. »

Entretien avec Simone de Beauvoir, Le Monde, 10-11 janvier 1978.

 

 

« Ce sont les féministes qui m’ont sensibilisé au pouvoir de la prise de conscience. Si vous remplacez « history » par « herstory« , c’est parfaitement ridicule car le his de history n’a rien à voir avec le possesseur masculin (…) mais même les exemples stupides de ce genre réussissent à éveiller notre conscience (…) L’homme, les Droits de l’homme, tous les hommes sont créés égaux, un homme, une voix, notre langue donne trop souvent l’impression d’exclure les femmes. Quand j’étais petit, il ne m’est jamais venu à l’esprit que les femmes puissent se sentir blessées par une expression comme « l’avenir de l’homme ». »

 Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 148-149.

 

« Le féminisme, c’est aussi le droit pour les femmes d’embrasser les défauts des hommes et d’en rajouter. Ce n’est pas parce que l’oppression fut horrible que la libération va se montrer merveilleuse. »

Pascal Bruckner, « Le mariage d’amour a-t-il échoué ? », Grasset, 2010, p. 95.

 

 « Le mariage temporaire, appelé sigheh en Iran, consiste à contracter un mariage musulman pour une durée déterminée convenue entre l’homme et la femme. Une union allant d’une heure minimum, à un jour, une semaine, et jusqu’à 99 ans au maximum, et pouvant être immédiatement consommée (…) En fait, la loi du sigheh passe surtout comme un moyen d’offrir une couverture religieuse à la prostitution, qui, elle, est proscrite. »

http://www.lepoint.fr › International 02/09/214.

 

«  Comme toute violence symbolique, « violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes », la domination masculine repose sur le partage de la croyance, et l’adhésion de la dominée aux principes du dominant, ce qui explique par exemple les conduites d’autodévalorisation des femmes, ou leur préférence pour des hommes plus grands, plus âgés, plus riches qu’elles (…)
Par ailleurs, la position de dominant n’est pas non plus toujours facile, et le  » privilège masculin est aussi un piège [qui] trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes (…) qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toutes circonstances sa virilité. » »

Christine Détrez in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu », J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

« … les « matriciens » s’appuient sur une collection d’exemples historiques (Étrusques, Basques, Celtes, Spartiates, etc.) ou ethnographiques (Touaregs, Ovahimbas, Mosos, Nayars, etc.) de sociétés où les femmes auraient eu ou ont un plus grand poids et une plus grande liberté que dans les sociétés patriarcales. Au-delà de ce constat, leur grand dessein est de contribuer à sauver la famille moderne en la refondant sur la filiation maternelle et les liens librement choisis. Leur grand ennemi est le mariage conjugal, devenu conflictuel et fragile dans les sociétés modernes (…)
Et comment se nomme ce projet ? Tout simplement « Prométhée ». Pourquoi lui ? Parce que si Prométhée, l’un des derniers Titans, vola le feu aux Olympiens, c’était pour donner aux hommes et aux femmes le moyen de fonder un foyer comme ils l’entendaient sans se soumettre à Zeus, le vainqueur machiste des grandes déesses primordiales. Que le matriarcat en soit un ou non, les mythes nous rattrapent toujours. »

Nicolas Journet, « Le matriarcat, mythe ou paradis perdu ? »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines »,

Janv. 2015.

Sexe

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … après bien des embarras, il vint une idée à Jupiter : Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c’est de diminuer leurs forces : je les séparerai en deux ; par là ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, qui sera d’augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et, si après cette punition leur audace subsiste, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied (…) Les hommes qui sortent de ce composé des deux sexes, nommé androgyne, aiment les femmes, et la plus grande partie des adultères appartiennent à cette espèce, comme aussi les femmes qui aiment les hommes. Mais pour les femmes qui sortent d’un seul sexe, le sexe féminin, elles ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées pour les femmes ; c’est à cette espèce qu’appartiennent les tribades. Les hommes qui sortent du sexe masculin recherchent le sexe masculin. »

discours d’Aristophane, Platon,
« Le banquet », 380 avant J.-C http://www.atramenta.net

«  En 1948 sortait le premier rapport Kinsey – du nom de son auteur, Alfred Kinsey – (…) « Sexual behavior in the human male« . Ce rapport fut largement relayé par la presse et fut suivi d’un second rapport, en 1953, sur la sexualité féminine. L’onde de choc qui suivit la publication de ces données supposées scientifiques car basées sur les données fournies par 18.000 individus, fut terrible (…)
Aujourd’hui, tout cela est remis en question par un essai, « Kinsey, Sex and Freud« , dans lequel les auteurs Judith A. Reisman et Edward W. Eichel expliquent l’extraordinaire degré de fraude qui a caractérisé les rapports Kinsey. Les auteurs montrent que le but de ces rapports était de normaliser un lot de comportements qui avaient toujours été considérés comme socialement inacceptables, tel que la sodomie, l’inceste, la pédophilie et la zoophilie. »

bistrobarblog.blogspot.com/2013

« Ces travaux [les études de Kinsey] ont été l’objet de plusieurs critiques, notamment en ce qui concerne l’échantillonnage choisi par Kinsey ; néanmoins des travaux ultérieurs, prenant en compte ces critiques, ont abouti à des résultats quasi-identiques. »

fr.wikipedia.org/wiki/

«  L’importance, à leur époque, des « Kinsey Reports » résidait dans le fait qu’ils parlaient du comportement sexuel sous toutes ses formes et variantes, en citant simplement les faits et sans adopter d’attitudes morales (…)
Le livre « The Joy of Sex » édité par Alex Comfort fut un succès dès sa sortie (…) son originalité, largement saluée à l’époque, réside dans le fait qu’il adopte une attitude ouverte et tolérante envers toutes les formes de pratique sexuelle dans le contexte de l’amour humain (…) « Toute la joie de l’acte sexuel d’amour est qu’il n’a pas de règles tant qu’on l’apprécie, et que le choix est pratiquement illimité…« »

Krystyna Krzyzak et Nina Shandloff,
« Amour et sexualité », Éd. Chistophe Colomb, 1980, p. 14-25.

« Contre une société qui utilise la sexualité comme moyen pour réaliser une fin socialement utile, les perversions maintiennent la sexualité comme fin en soi. »

Herbert Marcuse,
« Éros et civilisation », Les Éditions de minuit, 1963.

 

 «  Si tu es conscient, tu réaliseras que la sexualité n’est pas seulement le sexe. Le sexe est la couche extérieure; plus à l’intérieur, il y a l’amour… Encore plus à l’intérieur, il y a la prière… Et toujours plus à l’intérieur, il y a le divin. Le sexe peut devenir une expérience cosmique. Alors on l’appelle Tantra. »

Jolan Chang, « Le Tao de l’art d’aimer »,1977.

 

« Elle ne le regarde pas. Elle le touche. Elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dorée, l’inconnue nouveauté. Il gémit, il pleure. Il est dans un amour abominable.
En pleurant il le fait. D’abord il y a la douleur. Et puis après cette douleur est prise à son tour, elle est changée, lentement arrachée, emportée vers la jouissance, embrassée à elle (…)
Je ne savais pas que l’on saignait. Il me demande si j’ai eu mal, je dis non, il dit qu’il en est heureux. Il essuie le sang, il me lave. Je le regarde faire. Insensiblement il revient, il redevient désirable. Je me demande comment j’ai eu la force d’aller à l’encontre de l’interdit posé par ma mère. Avec ce calme, cette détermination. Comment je suis arrivée à aller « jusqu’au bout de l’idée ». »

Marguerite Duras,
« L’amant », Les Éditions de Minuit, 1984, p. 50-51.

« Ce feuilleton commence au début de l’été, en juin 1979, lorsque Libération accueille l’exilé argentin [R. D. Botana, dit Copi] connu pour ses dessins, ses récits et ses pièces de théâtre (…) Quand Copi arrive dans les bureaux de la rue de Lorraine, il invente pour le journal un personnage sur mesure qui répond au doux nom de Libérett’ (…)
Affublée d’une poitrine généreuse et d’un sexe d’homme, la petite mascotte déambule tout l’été dans le plus simple appareil entre les reportages, les brèves et les mots croisés.
Lâché dans l’arène, la trans décomplexée s’intéresse à tout mais uniquement à travers le prisme du sexe et de ses pulsions. Tous les sujets sont donc l’occasion d’une blague impertinente, provocatrice, voire franchement graveleuse (…)
Disparues prématurément, ces facéties barbares n’étaient sans doute pas destinées à durer : elles visaient plutôt à repousser les limites, transgresser les tabous, libérer les représentations sexuelles et imposer une indigne représentante de la minorité à côté des grands de ce monde. À un autre niveau, elles faisaient voir l’actualité tout entière à travers le prisme de la libido et révélaient grossièrement l’industrie médiatique sous son jour de machine à fantasmes. »

Thibaud Croisy,
« Le temps d’un été, Copi libère Libé », Le Monde diplomatique, juillet 2013.

 

« « Tout indique que, dans notre monde occidental, nous nous acheminons vers une sexualité sans contact physique et sans partenaire. L’utilisation d’interfaces nano, neuro et biotechnologiques permettra probablement à la fin du XXIe siècle d’établir des relations encore plus intimes que les relations charnelles entre deux êtres. Des logiciels reliés à des nanodispositifs permettant un contrôle direct du cerveau pourraient déclencher des orgasmes à volonté et en toutes circonstances. Et lorsqu’une connexion sans fil entre les centres du plaisir de deux cerveaux sera réalisable, l’acte sexuel au sens où nous l’entendons aujourd’hui, ne sera pas plus intime qu’une poignée de main.  »
Ainsi rêvait le sociologue américain James Hugues, en marge du colloque sur la « sexualité du futur » organisé fin 2007 par le Club d’Amsterdam, groupe de réflexions prospectives rassemblant des universitaires, des chefs d’entreprise et des artistes. Hugues dirige l’Institut pour l’éthique et les techniques émergentes, une association à but non lucratif basée dans le Connecticut dont la vocation est de « promouvoir les usages éthiques de la technologie pour l’augmentation des capacités humaines ». »

Azar Khalatbari,
« La technonique », http://www.liberation.fr/sciences, mars 2008.

« Un homme transgenre a accouché à Berlin, devenant ainsi le premier en Europe à donner naissance à un bébé. L’homme non-identifié est né femme, a gardé ses organes reproducteurs et a souhaité accoucher à domicile, ce qui lui permettait ainsi de ne pas être répertorié comme « la mère » du bébé, une obligation légale en Allemagne.
Officiellement, l’enfant, né le 18 mars dernier mais dont la naissance vient d’être dévoilée, n’a pas de mère. Il n’a qu’un père. Un porte-parole des Affaires Intérieures de l’Administration du Sénat de Berlin a confié : « La personne en question ne voulait pas apparaître en tant que mère mais comme père sur le certificat de naissance et cette demande a été honorée.  »
Le père ne voulait pas que le sexe du bébé soit révélé [Il choisira plus tard !] mais les autorités ont refusé cette demande et ont annoncé qu’il s’agissait d’un garçon. L’Allemagne envisage de surveiller de près cet enfant, craignant qu’il ait des « problèmes psychologiques » au vu de sa conception. »

 www.egaliteetreconciliation.fr/› Revue de presse › 2013

« Dans l’impossibilité de donner une définition de la masculinité pure et de la féminité pure, et d’ignorer que le masculin et le féminin sont des notions et valeurs partagées par les hommes et les femmes, comment ne pas souscrire à l’utilité de repenser les paradigmes masculin/féminin, en s’écartant d’une dualité binaire, notamment en laissant derrière nous ce patrimoine archaïque de l’opposition, des contraires, qui nous enlise depuis des siècles dans une guerre des sexes aussi inutile que délétère.
Si nous partions de tout ce qui différencie les hommes et les femmes, si nous pouvions les écouter parler de leur sexe, sans qu’ils puissent recourir au social, au culturel, au politique, à la psychanalyse, qu’auraient-ils à nous dire ? Sans doute parleraient-ils de leurs désirs et de leur corps. Car l’identité à soi, passant par le corps, le ressenti et la psyché, n’est pas dénuée de sens, elle est le sens, l’authentique soi qui se cherche dans l’autre, et qui cherche l’autre. »

Marie Édith Cypris,
« Homme Femme Autre»,
http://revues.univ-pau.fr/lineas/décembre 2013