Quantique (physique)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« … le physicien allemand Max Planck émet, en décembre 1900, une curieuse hypothèse : à propos des vibrations qui traduisent la chaleur d’un corps, il postule qu’elles ne se répartissent pas suivant toutes les valeurs possibles (…) Pour prendre une image, au lieu de considérer que les échanges d’énergie entre l’objet chauffé et le rayonnement qu’il émet se font de façon continue, à la manière d’un liquide s’écoulant d’un récipient dans un autre, Max Planck imagine qu’ils se font de façon discontinue, par morceaux, comme si, en place du liquide, le récipient verseur contenait des billes (…)
En résumé, Planck pose comme principe que les échanges d’énergie entre matière et rayonnement s’effectuent par paquets, par quantités définies (d’où le nom de « quantum » attribué à chacun de ces paquets élémentaires, et le pluriel « quanta ») …
Cette intrusion brutale de la discontinuité dans le bel enchaînement de la physique traditionnelle lui paraît, au mieux, un « artifice de calcul », au pis une hérésie.
… Einstein reprend l’hypothèse de Planck et l’adapte à la lumière (…) Non seulement l’hypothèse d’Einstein est exacte, mais la valeur numérique de la constante h est identique à celle de la constante de Planck ! Ainsi la lumière elle-même a une structure discontinue : elle est formée de grains d’énergie (que l’on appellera à partir de 1923 des « photons ») »

Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques »,
La Découverte/Poche, 2007, p. 24-25, 26-27.

« Dans nos ordinateurs actuels, les cases mémoire sont constituées de « bits » classiques qui ne peuvent prendre que deux valeurs exclusives l’une de l’autre, soit 0, soit 1 (…) Un ordinateur quantique serait en théorie capable de calculer de façon « massivement parallèle » : il effectuerait en même temps toutes les opérations correspondant à toutes les valeurs que peuvent prendre les bits quantiques.

Etienne Klein,
« Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 115-117.

«  La théorie de la décohérence tente d’expliquer pourquoi les objets macroscopiques ont un comportement classique, tandis que les objets microscopiques, atomes et autres particules, ont un comportement quantique (…) Elle démontre que c’est leur interaction avec leur environnement (système décrit par un nombre très élevé de degrés de liberté) qui fait très rapidement perdre aux objets macroscopiques leurs propriétés quantiques. Tout se passe comme si des bribes d’information sur leur état quantique s’échappaient continûment dans leur environnement. Ce dernier agit en somme comme un observateur qui mesurerait les systèmes en permanence, éliminant ainsi toutes les superpositions à l’échelle macroscopique, donc aussi les interférences. »

Etienne Klein,
« Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 152-153.

« … entre ce que nous dit du monde la théorie quantique et notre perception de la réalité quotidienne, quel gouffre d’incompatibilité ! Pour chacun d’entre nous, en effet, nul doute que les objets sont localisés (je suis ici ou là-bas, mais pas les deux à la fois), non superposables (je ne prends pas le bus et la voiture en même temps) et non duaux (mon corps est solide et n’est pas en même temps une vague d’énergie)…
Dans ces conditions, la physique quantique constitue un défi à la raison. Elle nous parle d’un monde déroutant, celui des particules, radicalement différent du nôtre… alors même que celui-ci est pourtant formé de ces mêmes particules (…) »
« Si l’on envisage notre monde sur le mode quantique, on peut se figurer que toute chose est floue et indéterminée… sauf ce que l’observateur regarde. Là où ses yeux se portent, le paysage devient net, les objets déterminés. Le monde des particules est ainsi : seules celles que le physicien mesure sont clairement matérialisées en un unique lieu et dans un unique état. Le reste se résume à des probabilités. »

Roman Ikonicoff et Cécile Bonneau,
« La physique quantique rend-elle fou ? »,
Science&Vie n°1097, févr.2009, p. 50.

Vide

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« On façonne l’argile pour faire des vases, mais c’est du vide interne que dépend son usage. »

Lao-Tseu, (VI e s. av. J.-C.),
« Philosophes taoïstes »,
bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993.

 

 « L’univers est constitué de corps et de vide. S’il n’y avait pas ce qu’on appelle vide, espace ou nature impalpable, les corps n’auraient où se placer. Ils ne pourraient pas non plus se mouvoir, ce qu’ils semblent bien faire. Et il est tout à fait impossible de concevoir, par le concept ou d’une manière analogue, des substances existant en dehors de ces réalités, si ce n’est comme manifestations ou accidents de ces dernières. »

Épicure, (V e s. av. J.-C.)
« Lettre à Hérodote ».

 

« Takuan (Maître Zen du XVIIième s.) nous dit que la perfection de l’art de l’épée est que le cœur de l’épéiste n’est plus troublé par aucune pensée de moi ou de toi, de l’adversaire et de son épée, de sa propre épée et de la manière d’en user, par aucune pensée de vie ou de mort. « Ainsi, pour toi, il n’y a partout que vide-toi-même ; l’épée que tu as tirée, les bras qui la conduisent, mieux encore, même l’idée du vide a disparu.  » « D’un tel vide absolu naît le plus merveilleux épanouissement de l’acte pur », constate Takuan. »

Eugen Herrigel,
« Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc »,
Dervy-Livres, Paris, 1970, p. 99.

 

 « Le vide quantique est, je crois, une merveilleuse facette de la Réalité, qui nous montre que nous ne devons pas nous arrêter aux « illusions » créées par notre propre échelle. Les quanta, les vibrations, qu’ils soient « réels » ou « virtuels », sont partout. Le vide est « plein » des vibrations. Il contient potentiellement toute la Réalité. L’Univers entier a peut-être été tiré du néant par une « gigantesque fluctuation du vide que nous connaissons aujourd’hui comme étant le big-bang ». »

Basarab Nicolescu,
« Nous, la particule et le monde »,
Le Mail, 1985, p. 75.

 

 

« Le plus haut degré de vacuité d’un espace vide ne correspond pas forcément à un état de néant absolu (…) l’espace vide tel qu’on l’entend généralement pourrait tout à fait être rempli d’un océan de champ de Higgs (vestige refroidi du big bang), responsable de beaucoup des propriétés des particules qui nous composent, nous et tout ce qu’il nous a jamais été donné de rencontrer. »

Brian Greene,
« La magie du cosmos », R. Laffont, 2005, p. 326 et 310.

« « Ce livre [celui que vous tenez, bien sûr] comble un vide fort nécessaire ». La plaisanterie fait son effet parce qu’on comprend en même temps les deux sens opposés. Soit dit en passant, je croyais à une boutade inventée, mais j’ai découvert à mon grand étonnement que cette formule avait bien été employée en toute innocence par des éditeurs ! »

Richard Dawkins,
« Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 439.

«Dans ce cadre [en physique quantique], point capital, il n’existe pas de différence fondamentale entre un état contenant de la matière et un état n’en contenant pas. Cela tient au fait que les objets fondamentaux de la physique quantique ne sont ni des corpuscules ni des ondes comme en physique classique, mais précisément les « champs quantiques » que nous venons d’évoquer, qui ont la propriété de s’étendre dans tout l’espace (…)
S’il n’y a plus de distinction formelle entre le vide et les autres états, il devient impossible de lui donner un statut réellement à part : il n’est plus un espace pur, encore moins un néant où rien ne se passe, mais un océan rempli de particules virtuelles capables, dans certaines circonstances, d’accéder à l’existence. Le vide apparaît ainsi comme l’état de base de la matière, celui qui contient sa potentialité d’existence et dont elle émerge sans jamais couper son cordon ombilical. La matière et le vide quantique sont de fait liés de façon insécable.»

Etienne Klein,
«Discours sur l’origine de l’Univers», Flammarion, 2010, p. 92-93.

Vérité

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« Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que, non seulement nous n’avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d’autres qui s’accommodent très bien avec le faux. »

Bernard Le Bouyer de Fontenelle,
« Histoire des oracles », 1686.

 

 « Le Sirien (…) leur parla encore avec beaucoup de bonté, quoiqu’il fût un peu fâché dans le fond du cœur de voir que les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand. Il leur promit de leur faire un beau livre de philosophie, écrit fort menu pour leur usage, et que, dans ce livre, ils verraient le bout des choses. Effectivement, il leur donna ce volume avant son départ : on le porta à Paris à l’Académie des Sciences ; mais, quand le secrétaire l’eut ouvert, il ne vit rien qu’un livre tout blanc : « Ah ! dit-il, je m’en étais bien douté« . »

Voltaire,
« Micromégas », 1752.

 

 « La vérité, ce n’est point ce qui se démontre. Si dans ce terrain, et non dans un autre, les orangers développent de solides racines et se chargent de fruits, ce terrain-là c’est la vérité des orangers. Si cette religion, si cette culture, si cette échelle des valeurs, si cette forme d’activité et non telles autres, favorisent dans l’homme cette plénitude, délivrent en lui un grand seigneur qui s’ignorait, c’est que cette échelle des valeurs, cette culture, cette forme d’activité, sont la vérité de l’homme. »

Antoine de Saint-Exupéry,
« Terre des hommes », Gallimard, Poche, 1939, p. 230.

 

 « Bertrand Russell rêve que, sur l’un des papiers qu’il a déposé sur sa table de nuit, il lit ces mots : « Ce qui est écrit de l’autre côté n’est pas vrai ». Il retourne alors la feuille et lit : « Ce qui est écrit de l’autre côté n’est pas vrai ». »

Jorge Luis Borges (1899-1986)

 

 « Impossible, pour moi, de croire à une Vérité qui serait derrière nous. La seule vérité à laquelle je crois en est une qui se découvre lentement, graduellement, péniblement, et qui imperceptiblement s’augmente chaque jour (…)
Que l’insatisfaction de l’esprit soit notre lot, qu’il faille nous résigner à vivre – et à mourir – dans l’anxiété et dans le noir, telle est une de mes certitudes. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 18 et 76.

 

 « Tous les concepts et mots formés dans le passé par interaction entre le Monde et nous-mêmes ne sont pas nettement définis quant à leur signification ; c’est-à- dire que nous ne savons pas exactement jusqu’à quel point ils nous aideront à découvrir notre explication du Monde. Nous savons seulement qu’on peut les appliquer à une large variété d’expériences intérieures ou extérieures, mais nous ne connaissons pratiquement jamais avec précision les limites de leur domaine d’application. Cela est vrai même pour les concepts les plus simples et les plus généraux comme « existence » et « espace-temps ». Par conséquent, on ne pourra jamais parvenir par la raison pure à une vérité absolue. »

Werner Heisenberg,
« Physique et philosophie », Albin Michel, 1961, p. 105-106.

 

« Il s’agirait de savoir si la volonté de vérité n’exerce pas, par rapport au discours, un rôle d’exclusion analogue à celui que peut jouer l’opposition de la folie et de la raison, ou le système des interdits. Autrement dit, il s’agirait de savoir si la volonté de vérité n’est pas aussi profondément historique que n’importe quel autre système d’exclusion ; si elle n’est pas arbitraire comme eux en sa racine ; si elle n’est pas modifiable comme eux au cours de l’histoire. » Dans une démarche comme celle de Foucault, la grande découverte, due pour l’essentiel à Nietzsche, consiste justement en ce que l’utilisation de la distinction vrai-faux serait elle-même le résultat d’une sorte de violence originaire commise envers la réalité, qui la « falsifie » de façon essentielle : « Si la connaissance se donne comme connaissance de la vérité, c’est qu’elle produit la vérité par le jeu d’une falsification première et toujours reconduite qui pose la distinction du vrai et du faux.  »

Michel Foucault, « Leçons sur la volonté de savoir »,
Gallimard-Seuil, Paris, 2011 (1re éd. : 1971).
http://www.monde-diplomatique.fr/2016/03/BOUVERESSE/54934

 « L’inconvénient de la vérité, c’est qu’elle ne fait jamais le détail. Un morceau de vérité est un mensonge. »

Robert Escarpit,
« Lettre ouverte au diable », Albin Michel, 1972, p. 154.

« Les « vérités religieuses » ont cédé la place aux connaissances scientifiques, porteuses d’aucune motivation morale (…) L’expérience d’une relation avec l’au-delà – dans le sens le plus général du terme – semble être un des besoins les plus fondamentaux de l’être humain (…) Le désarroi de l’homme moderne privé de cette relation, son besoin de combler ce vide douloureux se manifestent par une prolifération de religions nouvelles, sectes, ésotérisme, nés généralement – et cela est significatif – dans la région californienne, un haut lieu de la science mondiale. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer – l’univers a-t-il un sens ? », Seuil, 1986, p. 219.

« Rien n’est plus dangereux que la vérité dans un monde qui ment. »

Nawal el Saadawi ( contribution de Nicolas Deru)

 

« Gödel l’a montré, en logique : aucune affirmation ne peut être prouvée sans référence à un corps de doctrine plus large, la recherche d’une preuve définitive ne peut s’arrêter que si l’on admet comme absolument vraie une parole initiale. Les religions semblent en être conscientes et se tirent du piège en prétendant être dépositaires d’une révélation ; dès qu’une parole est supposée avoir été dictée par Dieu, il n’est plus possible de mettre en doute sa valeur. Si l’on refuse ce confort intellectuel, on doit accepter, en morale comme en logique, de faire place à de l’indécidable. »

Albert Jacquard,
« Petite philosophie à l’usage des non-philosophes »,
Le livre de Poche, 1999.

« Comme leur nom l’indique, les truthers sont en quête de vérité. En ce sens, ils partent d’un présupposé jamais interrogé, d’une croyance implicite : ils sont convaincus que quelque chose comme la Vérité existe, et qu’elle est cachée.
La caractéristique la plus frappante de la vision des choses de Philippe [un thruther] est son extrême cohérence : à l’écouter, depuis l’exécution de Jacques de Molay en 1314 jusqu’à nos jours, rien n’est jamais arrivé en vain ; tous les événements ont été planifiés, voulus, mis en scène en vue d’atteindre une fin dernière. L’Histoire n’est pas fortuite, mais dirigée par une entité secrète et unique, qui a sa propre logique et qui tire les fils de nos destins. Ce qui anime le truther, c’est moins une idéologie politique précise que cette foi, qu’il a chevillée au corps et dont il ne doute jamais, lui qui rejette tous les dogmes officiels. Les conspirationnistes ne se sont toujours pas remis de la mort de Dieu, annoncée jadis par Zarathoustra ; ils n’acceptent pas d’être précipités dans un monde absurde, chaotique, qui ne porte en lui-même aucune signification. C’est pourquoi ils tiennent tant à affirmer qu’il existe un ordre mondial. »

 Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p. 206-207.

 

 

Univers

(voir aussi Multivers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Et je suis certain que Nundinio, non plus que ceux qui exercent le magistère de l’entendement, ne pourra jamais établir (fût-ce avec une demi-probabilité) que notre univers corporel ait une limite, et que par conséquent les astres contenus dans son espace soient en nombre fini. Ni que cet univers connaisse un centre et un milieu naturellement déterminés. »

Giordano Bruno (1584),
« Le Banquet des cendres »
, Éd. de l’Éclat, 1988.

 

« Tout le monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1656.

 

 « Représentez-vous l’univers comme un grand animal, les étoiles qui sont des mondes comme d’autres animaux dedans lui qui servent réciproquement de mondes à d’autres peuples, tels qu’à nous, qu’aux chevaux et qu’aux éléphants ; et nous, à notre tour, sommes aussi les mondes de certaines gens encore plus petits, comme des chancres, des poux, des vers, des cirons… »

Cyrano de Bergerac,
« Les États et Empires de la Lune » (1657), Éd. de Londres, 2014.

 

« … le Soleil, la plus proche étoile qui nous chauffe et autour de laquelle gravite notre planète, est un million de fois plus volumineux que celle-ci. Réduisons cette masse à la dimension d’une balle de ping-pong : la Terre, un grain de sable à peine visible, est propulsée sur une trajectoire elliptique à une distance de l’ordre de cinq à dix mètres tandis que Pluton se balade à plus de deux cent mètres. À la même échelle, les télescopes révèlent des astres qui seraient aussi imposants que nos plus hauts gratte-ciel !
Si nous comprimons davantage notre grain de sable et conférons à la Terre la taille d’un atome, soit quelques dix millionièmes de millimètre, le Soleil et son cortège de planètes évoluent dans un cercle d’un millimètre de diamètre. L’étoile la plus proche, Alpha Centaure, dont la lumière met quatre ans pour nous parvenir, est encore distante de deux mètres cinquante (…)
Des milliards de galaxies, regroupant des myriades d’étoiles, peuplent l’espace et s’étalent sur quelque 14 milliards d’années lumière, ce qui porte encore les confins de l’univers observable, dans notre modèle réduit où nous vivrions sur un atome, à une dizaine de millions de kilomètres… »

YvesThelen,
« Éveil à l’esprit philosophique »,
L’Harmattan, 2009, p. 25-26.


«  Washington DC, le 23 avril 1992 (…) George Smoot (…) se prépare à rejoindre la salle de presse pour annoncer une découverte qui , il le sait, fera dès le lendemain la une de tous les journaux du monde (…) pour la première fois, un satellite nommé Cosmic Background Explorer (COBE) venait de « photographier » la lumière la plus ancienne jamais émise par l’Univers : âgé de plus de 13 milliards d’années, ce rayonnement archaïque offrait une image saisissante de l’ « œuf cosmique » qui venait à peine de naître (…) l’Univers primordial était là, sous leurs yeux, ils le voyaient en taches rouges, jaunes et bleues encore plus clairement que la lune par beau temps… »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu »,
Grasset, 2010, p. 13 et 16.

 

« Notre Univers : région sphérique de l’espace de laquelle la lumière a eu le temps de nous atteindre au cours des 14 milliards d’années depuis notre Big Bang »

Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014, p. 158.

Force

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« L’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir. »

Thucydide (460-395 av. J.-C.)

 

 « La matière possède un pouvoir d’inertie, qui impose à chaque corps de demeurer dans son état initial d’immobilité ou de mouvement rectiligne uniforme.
Cette force est toujours proportionnelle au corps et ne se distingue que par la façon d’exprimer l’inertie de la matière. L’inertie de la matière fait en sorte que chaque corps ne puisse que difficilement quitter son état d’immobilité ou de mouvement, raison pour laquelle cette force propre à la matière peut porter le nom caractéristique de force d’inertie. Cette force ne s’exerce, par conséquent, que dans le cas d’une modification de la nature du mouvement, qui doit être provoquée par une autre force exercée sur le corps. »

Isaac Newton,
«  Newton’s Mathematische Principien der Naturlehre », Berlin, J. Ph. Wolfers, 1872.

« On concédera aux partisans de la douceur que la violence peut gêner le progrès économique et même qu’elle peut être dangereuse pour la moralité, lorsqu’elle dépasse une certaine limite. Cette concession ne peut point être opposée à la doctrine exposée ici, parce que je considère la violence seulement au point de vue de ses conséquences idéologiques. Il est certain, en effet, que pour amener les travailleurs à regarder les conflits économiques comme des images affaiblies de la grande bataille qui décidera de l’avenir, il n’est point nécessaire qu’il y ait un grand développement de la brutalité et que le sang soit versé à flots. Si une classe capitaliste est énergique, elle affirme constamment sa volonté de se défendre ; son attitude franchement et loyalement réactionnaire contribue, au moins autant que la violence prolétarienne, à marquer la scission des classes qui est la base de tout le socialisme. »

Georges Sorel, « Réflexions sur la violence », 1908, ch. 6.

« Le rôle du plus fort est de dominer et non point de se fondre avec le plus faible. »

 Adolf Hitler (1889-1945)

 

« Le propre des hommes forts n’est pas d’ignorer les hésitations et les doutes qui sont le fonds commun de la nature humaine mais seulement de les surmonter plus rapidement. »

Maurice Druon,
« Le roi de fer »,
Le livre de Poche, 1970, p. 246.

 
 

« La Force est ce qui donne au Jedi son pouvoir. C’est un champ d’énergie créé par tous les êtres vivants. Elle nous entoure et nous pénètre. C’est ce qui lie la galaxie en un tout uni. »

George Lucas, « Star Wars », épisode IV, 1977.

« Pourvu que les générations aient le temps d’évoluer, le prédateur, pour survivre, adapte sa conduite à sa proie qui, en retour, modifie son propre comportement, et ainsi de suite… Je connais plus d’une force qui n’exerce pas le pouvoir autrement. Prenez les religions… »

Frank Herbert,
« Les mémoires volés » in « L’Empereur-Dieu de Dune », 1981, p. 521.

« … comme le montre l’étude des institutions scolaires auxquelles Bourdieu et son équipe ont consacré de nombreuses années, l’école contribue à la reproduction des inégalités sociales. Mais cette fonction objective est dissimulée par une idéologie méritocratique qui assure l’adhésion de tous en euphémisant la violence des rapports de force. »

 Sébastien Roux in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu »,
J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

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Trous de ver

(voir aussi Multivers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Dans le temps réel, un astronaute tombant dans un trou noir (…) serait mis en pièces par la différence entre les forces gravitationnelles s’appliquant à sa tête et à ses pieds. Même les particules qui composent son corps n’y survivraient pas. Leurs histoires dans le temps réel s’achèveraient en une singularité. Cependant, les histoires des particules se poursuivraient dans le temps imaginaire. Elles passeraient dans le bébé univers et réapparaîtraient comme des particules émises par un autre trou noir. Ainsi, en un sens, l’astronaute serait transporté dans une autre région de l’Univers. Cependant, les particules réapparues ne ressembleraient guère à l’astronaute. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 157.


« En 1935, Albert Einstein et Nathan Rosen écrivirent un article dans lequel ils démontraient que la Relativité générale autorisait l’existence de ce qu’ils appelaient des ponts, qui ne sont autres que les trous de ver d’aujourd’hui (…) pour déformer l’espace-temps de manière à pouvoir voyager dans le temps, il est aisé de montrer qu’il est besoin d’une zone de courbure négative (…) les calculs utilisant la physique quantique montrent que les paires particules/antiparticules qui ne cessent de tourner en boucles fermées peuvent créer des densités assez fortes pour provoquer dans l’espace-temps une courbure positive contrariant la déformation qui permettrait le voyage dans le temps. »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 130-135.

 

 « En 1935, Einstein, avec ses étudiants Boris Podolsky et Nathan Rosen, [solution EPR] déduit de la théorie quantique (qui s’applique à la microphysique) un phénomène qu’il juge absurde : deux particules pourraient se lier de manière à ce que, quel que soit leur éloignement dans l’espace, toute action sur l’une se répercute instantanément sur l’autre.
La même année, en collaboration avec Rosen, il puise de la Relativité générale (qui s’applique à la cosmologie) le concept de tunnels qui, creusant la trame de l’espace-temps, pourraient relier deux régions disjointes : les trous de ver [solution ER] Ainsi, un objet pourrait apparaître simultanément à deux endroits de l’espace-temps, comme un ver qui serait visible par les deux extrémités du tunnel creusé dans une pomme.
Les spécialistes des particules révèleront bientôt que le lien EPR, l’intrication quantique, est bel et bien réel. Ils parviennent même aujourd’hui, via des fibres optiques, à le maintenir sur des distances supérieures à 100 km et à l’exploiter pour crypter des informations !
Dans les années 1950, les astrophysiciens avaient découvert les trous noirs, ces étoiles qui se sont effondrées sur elles-mêmes et qui pourraient, du fait de leur densité extrême, creuser un pont – impossible à franchir ? –   reliant deux régions spatiales…
Et c’est là qu’une nouvelle hypothèse apparaît proposée par Maldacena et Susskind. Selon eux, les fabuleux tunnels spatio-temporels et l’étrange connexion supraluminique seraient les deux faces d’un même phénomène, EPR=ER !
Deux particules intriquées, même distantes de milliards de milliards de kilomètres, ne seraient en réalité qu’un seul grain de matière situé sur le pas d’une porte spatio-temporelle qui le fait apparaître à deux endroits distincts. Il ne faudrait alors plus s’étonner qu’une action sur l’un se répercute sur l’autre. De quoi bouleverser notre vision de l’Univers. À chaque particule intriquée serait ainsi associée une pliure de la trame de l’Univers rapprochant des régions éloignées pour n’en faire qu’un seul et même lieu. Chaque atome, chaque proton et chaque électron deviendraient ainsi une porte potentielle vers une cinquième dimension… »

D’après l’article « Au-delà du réel »,
Roman Ikonicoff et Mathilde Fontez,
Science & Vie, juin 2014, no 1161,

  1. 49-56.

Transhumanisme

(voir aussi Eugénisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« — Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper (…) Les livres et les bruits intenses, les fleurs et les secousses électriques, déjà, dans l’esprit de l’enfant, ces couples étaient liés de façon compromettante ; et, au bout de deux cents répétitions de la même leçon ou d’une autre semblable, ils seraient mariés indissolublement (…) Ce que l’homme a uni, la nature est impuissante à le séparer.
— Ils grandiront avec ce que les psychologues appelaient une haine « instinctive » des livres et des fleurs. Des réflexes inaltérablement conditionnés. Ils seront à l’abri des livres et de la botanique pendant toute leur vie (…)
— Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Directeur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l’emploi d’appareils compliqués. De sorte qu’on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. D’où ces secousses électriques.
— Je comprends, dit l’étudiant ; et il resta silencieux, éperdu d’admiration. »

 Aldous Huxley,
« Le Meilleur des mondes
 », 1932.

 

 « Il faut passer à une espèce supérieure. Les hommes sont des êtres de transition. »

« La vraie solution est la création d’un type nouveau qui sera à l’homme ce que l’homme est à l’animal. »

Mère (Mirra Alfassa),
« Carnet de laboratoire », 1952.

 

 « Si, par un moyen ou un autre, la science réussissait à surhumaniser notre espèce, je pense que, dans tous les domaines de l’esprit, d’imprévisibles nouveautés se feraient jour, et par quoi seraient bouleversées nos façons de voir et de penser encore plus qu’elles ne le furent dans le champ de la physique par les découvertes d’Einstein. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 114.

 

« 1. L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie. Nous devons envisager la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications telles que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique et l’abolition de la souffrance, moyens qui le rendront apte à explorer l’univers.
4. Les transhumanistes prônent le droit moral, pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives afin d’être davantage maîtres de leur propre vie. Ils souhaitent s’épanouir en transcendant les limites biologiques actuelles. »

 « Déclaration transhumaniste », 2002. http://www.transhumanism.org/i

 

« Pour les Transhumanistes, l’approche qui prévaut en général est celle du matérialisme. L’Humain n’est qu’un composé complexe de la matière. Il est le fruit d’une longue évolution biologique, mais de même qu’il ne se situe pas à l’origine de l’évolution, il n’en constitue probablement pas la fin ! Il n’y a pas de raison pour que l’évolution qui est devant nous soit moins longue, et moins riche en péripéties que celle qui est derrière nous. Pour les Transhumanistes, il n’y a pas un « être » humain intemporel. Ils se placent donc radicalement dans le camp des partisans d’une « mutabilité » de l’Humain. »

Chateauraynaud Francis, coord.,
« Chimères nanobiotechnologiques et post-humanité »,
vol. 1, 2012, p. 243.

 

 «  Le projet, qui suscite des réactions d’effroi, vise à artificialiser la nature en la mécanisant, afin d’y accueillir un esprit débarrassé de ses scories transcendantales et affectives, un esprit consubstanciel d’une chair régénérée par les nanotechnologies. Celles-ci s’inscrivent dans le droit-fil de la logique du vivant exprimée dans le paradigme de l’évolution. Il s’agit d’intervenir sur la matière, atome par atome, de façon à la reconfigurer selon un dessein (design) préconçu, mais en laissant la sélection naturelle jouer au gré de la contingence de façon à ne retenir que le mieux adapté. En somme, refaire l’évolution du vivant, mais en infiniment accéléré (…)
L’adversaire d’une telle entreprise est la religion sous toutes ses formes. Aucune divinité de devrait plus polluer une nature artificielle qui tiendra sa création de l’homme seul et d’une intelligence « augmentée », également artificielle, permettant de franchir les limites imposées par les techniques actuelles grâce à des supports produits par la bioélectronique. »

G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 12-13 et 42.

 

 

« Chaque muscle, chaque nerf de Cerclonniens était coincé-pincé dans cet étau que vissaient en sens contraire le culte de la performance et la loi du moindre effort. Mais il y avait un dépassement dialectique ! On avait trouvé une synthèse à la contradiction : si nous voulions un corps performant et qu’il refusait l’effort, ne fallait-il pas changer de corps ? Lui substituer, pièce par pièce, méthodiquement, de la fibre élastique, des greffes de matériau, des implants informatiques, bref de la technologie efficace qui supplée à ses insuffisances ?
Depuis trente ans, appelée par cette logique, avait émergé une science : celle des technogreffes. Elle postulait ceci : tout corps, aussi sain et robuste soit-il, est toujours fondamentalement handicapé ; que par conséquent, tout citoyen qui se veut performant a besoin de se faire enkyster un petit boîtier dans la colonne vertébrale pour s’impulser, aux moments désirés, des décharges électriques dans le système nerveux ! (…)
Ces infra-technologies, je les redoutais plus que tout. Si on les laissait coloniser nos organes, la Volte ne servirait plus à rien, plus rien ne servirait plus à rien… L’espèce humaine aurait atteint son ultime déchéance. Evidée de nos viscères, il ne resterait de nous qu’une charpente d’os et de peau – sorte de carrosserie hitech pour un moteur informatique nous pilotant de l’intérieur à la manière de pantins, et exploitant, pour transmettre ses données, nos nerfs comme autant de microcâbles supraconductifs. Nous serions agis ! Sentis ! Devenus matière première ! J’en avais la nausée. »

Alain Damasio,
« La zone du dehors », Gallimard,
Folio science-fiction, 2007, p.128.

« Sisyphe, parce qu’il refuse la mort est condamné à pousser éternellement un rocher dont l’inertie équivaut à cette mort non négociable. La répétition automatique du geste exprime bien cette évacuation de la vie qui, seule, apporte l’événement, le nouveau. Elle évoque aussi un monde qui serait régi par des machines au fonctionnement sans surprise, ce monde que les technologies nous préparent peut-être, en voulant stabiliser l’environnement et confier à des automatismes les tâches qui exigeaient jadis initiative et réflexion. Sisyphe a gagné la vie éternelle, mais elle n’a pas de sens (…)
Les transhumanistes partagent avec Sisyphe le refus de mourir. Leur rébellion contre les lois divines est certes moins ostentatoire. Certains retiennent cependant de la gnose l’idée que Dieu n’a pas pu mener à bien sa création jusqu’au bout. Ils proclament que les forces du mal seront bientôt vaincues par les sciences et les techniques (…)
Le châtiment infligé à Sisyphe procède de ce dégoût commun de la vie et de la mort qui inflige la répétition éternelle à celui qui croyait pouvoir aimer la première en expulsant la seconde. Par-delà la vie et la mort qu’ils refusent tout autant, les transhumanistes promettent un bonheur qui ne permettrait pas même d’imaginer Sisyphe heureux. »

Jean-Michel Besnier,
« Sisyphe, triste champion de l’immortalité »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines », Janv. 2015.

Temps imaginaire

(voir aussi  Multivers et Singularité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« … depuis la découverte de la mécanique quantique, nous devons considérer l’Univers comme ayant toutes les histoires possibles. Il me semble que l’idée de temps imaginaire est quelque chose qu’il nous faudra aussi accepter. C’est un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rotondité de la terre (…)
Vous pouvez vous représenter le temps réel, ordinaire, comme une ligne droite orientée de la gauche vers la droite. Mais vous pouvez aussi considérer une autre direction du temps, du bas vers le haut. C’est le temps dit « imaginaire », qui est à angle droit du temps réel.
Quel est l’intérêt d’introduire ce concept ? (…) la matière et l’énergie tendent à courber l’espace sur lui-même. Dans la dimension du temps réel, cela conduit inévitablement à des singularités, à des endroits où l’espace-temps prend fin. Aux singularités, les équations de la physique ne sont plus définies ; on ne peut donc prédire ce qui arrivera… [tandis que] les dimensions spatiales et le temps imaginaire formeraient un espace-temps fermé sur lui-même, sans frontière ni bord. Il n’y aurait aucun point que l’on puisse qualifier de début ou de fin, pas plus que la surface de la Terre n’a de début ou de fin (…) Ainsi, on peut espérer arriver à une théorie entièrement unifiée, une théorie qui prédise tout dans l’Univers. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 78-79.

 

« … le temps imaginaire pur existe lorsque le temps réel, lui, n’existe pas encore, autrement dit : à l’instant zéro. Vous pouvez donc sans effort en déduire avec nous qu’à l’instant zéro – au moment où l’Univers n’existe encore qu’en temps imaginaire – ce que nous appelons dans notre monde « énergie » n’existe pas non plus (…)
Nous voici donc face à cette forme d’énergie cristallisée, qui associe un nombre à chaque point. Au lieu d’énergie imaginaire nous allons l’appeler « information ». Et nous en déduisons donc qu’à l’instant zéro, il n’y a rien d’autre que de l’information. Quelque chose de purement numérique mais qui « encode » toutes les propriétés de L’Univers destiné à apparaître après le Big Bang (…)
Autrement dit, se poser la question de savoir ce qu’il y avait « avant le Big Bang » équivaut un peu à se demander ce qu’il y avait avant que vous n’introduisiez le CD dans le lecteur : la mélodie était bien « là », mais sous forme d’information. »

 Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 246-249.

Temps

(voir aussi Relativité)      (voyage dans le … voir Trou de vers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? »

Alphonse de Lamartine,
« Méditations poétiques », 1820.

« Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes… »

Marcel Proust,
« À la recherche du temps perdu – Le Côté de Guermantes »,
Gallimard, 1920.

 

« J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire qu’il ne m’en reste plus assez pour travailler. »

Pierre Reverdy (1889-1960)

 
 

« Et le Temps m’engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur
Et je n’y cherche plus l’abri d’une cahute. »

Charles Baudelaire, « Le Goût du Néant »,
Les Fleurs du mal, CXIX, 1861.

«  Chaque corps de référence (système de coordonnées) a son temps propre ; une indication de temps n’a de sens que si l’on indique le corps de référence auquel elle se rapporte.
Avant la théorie de la relativité, la physique a toujours tacitement admis que l’indication du temps avait une valeur absolue, c’est-à-dire qu’elle était indépendante de l’état de mouvement du corps de référence. Mais nous venons de montrer que cette supposition est incompatible avec la définition si naturelle de la simultanéité… »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 30-31.

« Nous avons pris l’habitude de traiter le temps comme un continuum indépendant. En effet, d’après la mécanique classique le temps est absolu, c’est-à-dire indépendant de la position et de l’état de mouvement du système de référence (…) Grâce à la Théorie de la relativité, la conception du monde à quatre dimensions devient tout à fait naturelle, puisque d’après cette théorie, le temps est privé de son indépendance. »

Albert Einstein,
« La relativité
 », Payot, 1981, p. 77 et 78.

« Selon la théorie de la relativité générale, il y aurait eu dans le passé un état d’une densité infinie, le big bang, qui aurait marqué le véritable commencement du temps. De même, si l’Univers entier s’effondrait, il connaîtrait dans le futur un état d’une densité infinie, le big crunch, qui marquerait la fin de temps. Et, même si l’Univers ne s’effondrait pas complètement, il apparaîtrait des singularités dans les zones s’effondrant en trous noirs. Ces singularités marqueraient la fin du temps pour celui qui y tomberait ! »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 162.

 

« Augmentera d’abord le temps de transport, avec la croissance de la taille de la ville. Il deviendra une sorte de temps-esclave où l’on pourra continuer à consommer et à travailler (…) Malgré ce temps contraint, beaucoup réaliseront qu’ils n’auront jamais le temps de tout lire, tout entendre, tout voir, tout visiter, tout apprendre : comme le savoir disponible double déjà tous les sept ans, et doublera tous les 72 jours en 2030, le temps nécessaire pour se tenir informé, apprendre, devenir et rester « employable », augmentera d’autant. »

Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir », Fayard, 2006, p. 217-218.

 

 « L’univers de la rue est atemporel car composé d’une galaxie de petits riens accolés les uns aux autres n’ayant aucune signification autre que leur fin propre : le temps du réfectoire pour manger, le temps de l’attente comme… temps d’attente, voire comme prix à payer en contrepartie du gîte, du souper ou de l’octroi de facilités. Aucune cohérence, et donc rien à quoi se rattacher, pas même la grande majorité des institutions qui, sous le prétexte que les sans-abri peuvent gaspiller leur temps, le leur confisque à souhait et perpétuent, intra-muros, les mêmes schèmes temporels que ceux ayant cours dans la rue. »

Lionel Thelen,
« L’exil de soi », Facultés univ. Saint-Louis, Bruxelles, 2006, p. 237.

« Chaque « être pensant » vit le temps selon l’échelle de son espèce. Le papillon vit vingt-quatre heures en une plénitude temporelle complète, pour peu qu’il en ait conscience. Cent années de notre existence humaine lui apparaîtraient comme une éternité, au sens plénier du terme. À la limite, inenvisageable, comme l’est pour nous l’éternité de nos Dieux.
Le même papillon considérera comme éphémère, à la limite du dérisoire, la durée de vie de la particule méson, égale à une infime partie de seconde. Alors que des êtres habitant ce méson pourraient évaluer cette durée comme une « éternité ». »

Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 54.

 

 « … il suffit d’allumer votre téléviseur à un moment où il n’y a pas d’émission. L’écran sera donc noir et piqué d’innombrables points qui scintillent (…) environ un de ces flocons de lumière sur cent provient du rayonnement fossile (…) Qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement que pour les photons que vous voyez sur votre téléviseur, il ne s’est écoulé aucun temps – pas une minute, pas même une seule seconde – depuis qu’ils ont quitté le nuage de particules primitives qui composaient l’Univers, 380 000 ans après le Big Bang (…) l’espace lui-même, avec ses distances à franchir, ne signifie rien pour le photon. Absolument rien. Pour lui, l’étendue n’existe pas. La durée non plus. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 127-128.

« Si vous visitez un jour l’Institut des Poids et Mesures de Paris, l’Observatoire de Belgique à Uccle ou l’Institut National des Standards et de Technologie (NIST), à Boulder, aux États-Unis, qui ont notamment pour tâche de définir l’heure avec une précision « atomique », ne leur dites jamais quelque chose du genre « votre horloge mesure le temps avec précision ». Ils vous diront invariablement : « Nos horloges ne mesurent pas le temps »… Ils vous désorienteront tout à fait quand ils vous diront : « Non, le temps est défini par ce que mesurent les horloges ». La différence est subtile, mais c’est la réalité. Les horloges atomiques définissent le temps standard pour le globe : le Temps est défini par le nombre de clics de leurs horloges.
« Il se pourrait, explique le physicien Carlo Rovelli, que la meilleure manière de réfléchir à la réalité quantique soit d’abandonner la notion de temps, de sorte que la description fondamentale de l’univers soit intemporelle. » »

Thierry Lombry,ww.astrosurf.com/luxorion

«  En Australie, les Aborigènes pensent que le temps, l’espace et les hommes ne font qu’un. Il leur suffit de regarder un arbre ou un visage pour connaître le jour et l’heure. Ils distinguent les saisons selon des critères précis liés au cycle de vie des plantes et aux changements du vent : les Gunwinggu orientaux, par exemple, conçoivent six saisons, trois « sèches » et trois » humides », là où les non-Aborigènes n’en voient que deux.
Pour ces tribus comme pour d’autres, le temps est le produit de nos actes (…) Elles ne conçoivent pas le temps à la manière d’une donnée omniprésente, comme l’air. Les secondes, les minutes et les heures, ce sont toutes les choses que nous faisons. Au lieu d’utiliser ces mots, ils parlent d’un « temps de moisson » ou d’un « temps de poisson de rivière ». Demande à un berger africain combien de temps lui prend telle ou telle tâche, et il répond « le temps de traire une vache ». Qu’est-ce qu’une heure pour cet homme ? Peut-être le temps de traire dix vaches.
(…) les mots et les images spécifiques que déploient nos cultures respectives influent sur notre façon de vivre le temps (…)
Nos jours sont une pâte malléable que nous pouvons sculpter en des formes infiniment variées. »

Daniel Tammet,
« L’éternité dans une heure – La poésie des nombres »,
Éditions des Arènes, 2013, p. 274-275

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« … nous sommes moins les victimes d’une prétendue accélération du temps que de la superposition de présents multiples et hétérogènes qui sont souvent en conflit mutuel : en même temps que nous travaillons, nous regardons les écrans de nos téléphones portables, écoutons la radio et pensons à autre chose encore (…) Tout le monde ne trépide pas. Nous ne sommes pas du tout égaux en matière d’intensité existentielle. Ce qui se passe, c’est que les temps propres des individus se désynchronisent. Selon la théorie de la relativité, la désynchronisation des horloges vient de leur mouvement relatif dans l’espace. Mais là, ce n’est pas le mouvement qui décale nos horloges individuelles. Nous sommes tous au même endroit, à peu près immobiles les uns par rapport aux autres, mais nous n’habitons pas le même présent, nous ne sommes pas vraiment ensemble, nous n’avons pas le même rapport à ce qui se passe. Notre société me semble être submergée par une entropie chrono-dispersive qui produit des effets sur l’intensité et la qualité du lien social. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? »,
Éditions du Temps, N°1, mars 2014.

Singularité

(voir aussi Temps imaginaire)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … la croissance est maintenant telle que nous parviendrons bientôt à un état de transformations si profondes, si rapides, si denses que toute l’existence humaine basculera (…) les cent années du XXI e siècle seront l’équivalent de vingt mille ans de progrès au rythme d’aujourd’hui. C’est ce que l’on nomme une singularité, c’est-à-dire le moment à partir duquel tout change sans qu’un retour en arrière soit possible. »

Ollivier Dyens,
« La condition inhumaine, essai sur l’effroi technologique », Flammarion, 2008, p. 171.

 

« La singularité est un point de non-retour au-delà duquel, c’est l’inconnu. Plus le physicien se rapproche, par le calcul, des premiers instants de l’univers, de l’origine du Big Bang, plus ses équations s’affolent et se révèlent impuissantes à cerner la matière.
Lorsqu’un corps quelconque est capté par le champ gravitationnel d’un trou noir, nul ne sait sous quelle forme subsisteront ses composants ultimes une fois atteinte la singularité.
La singularité exprime également les aléas d’une mutation de nos sociétés : avec le développement des nanotechnologies et de l’I.A, notre espèce, dont l’expansion court à ses asymptotes, va connaître des bouleversements dont nul ne peut prévoir les conséquences. La seule certitude qui semble acquise, c’est que rien ne sera plus comme avant. »

Yves Thelen

 

 « En prédisant des points de densité infinie – appelés singularités –, la relativité générale prédit du même coup sa faillite (…) une théorie quantique de la gravitation offrirait une possibilité nouvelle qui, si elle était exacte, résoudrait ce problème (…)
L’espace-temps ressemblerait à la surface de la Terre, mais avec deux dimensions supplémentaires (…) si vous voyagez dans une certaine direction, vous finissez par vous retrouvez à votre point de départ sans vous être jamais heurté à une singularité.
Si l’espace-temps est dépourvu de conditions aux limites, nous n’avons plus besoin de connaître l’état initial de l’Univers (…) L’Univers serait entièrement contenu en lui-même et rien d’extérieur à lui ne pourrait l’affecter. Il ne pourrait être ni créé ni détruit. »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 116-120.

« … puisque la vitesse des ordinateurs double tous les deux ans, la vitesse de pensée d’une IA doublera tous des deux ans, au pire : car une I.A. qui dispose de la capacité de s’auto améliorer, voire de reconcevoir sa propre architecture matérielle et les processeurs sur lesquels elle tourne, pourra doubler sa vitesse de calcul et de pensée en un délai bien plus court. Il est plus que probable même, que le délai entre deux doublements de la vitesse de calcul va diminuer à chaque étape, pour tendre vers zéro. Nous avons ici un premier aperçu de l’un des chemins qui nous conduiront inéluctablement vers la singularité, cet événement sans précédent dans l’histoire humaine. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 414.