Simplicité

(voir aussi Besoins, Croissance et  Société de consommation)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 « Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre. »

Gandhi (1869-1948)

 

« Combien de générations faudra-t-il sacrifier au nom d’un prétendu développement et au bénéfice de qui ? Un autre modèle est possible. Il consisterait à renoncer à la puissance nationale et à accepter la frugalité (…) À la différence de la misère, la frugalité, estime Ashis Nandy, est parfaitement tolérable : elle est l’essence même de la civilisation indienne. Cette autre économie a été décrite par le Mahatma Gandhi sous le nom de Swadeshi.
Le Swadeshi, explique Nandy, n’est pas un système comme le capitalisme ou le socialisme, c’est un état d’esprit, une force intérieure. Celle-ci nous incite à contrôler nos désirs et à les restreindre à ce qui est accessible dans notre environnement immédiat. Les hommes ont ainsi vécu pendant des milliers d’années sans être nécessairement plus malheureux qu’ils ne le sont aujourd’hui. »

Ashis Nandy
in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 282.

 

«  En panne d’imagination et tétanisés par la créature que nous avons engendrée, nous voici invités à égrener le chapelet des petits gestes : un potager bio dans le jardin, le tri sélectif dans la cuisine, les ampoules basse consommation partout dans la maison et le covoiturage ou la marche à pied pour tous (…)
Évidement, ces automatismes adoptés par tous pourraient très bien être des solutions individuellement valables et donner sens à l’engagement quotidien, mais qui a envie spontanément de se compliquer la vie, de différer son plaisir et d’être solidaire de ces inconnus vertueux ? Qui veut être le premier sacrifié sur l’autel de l’exemplarité ?
En vérité, le mode de société dans lequel on vit nous tire vers le bas. Une telle forme de régression convient au plus grand nombre, organisée autour de la consommation et du divertissement. »

 G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie », Grasset-Fasquelle, 2001, p. 76-77.

 

« … vivre simplement ne m’est pas venu… simplement ! Ce fut plutôt l’aboutissement d’une lente métamorphose, le désir de plus en plus prégnant de vivre avec moins, mais dans plus de fluidité, de liberté et de légèreté. Dans plus de raffinement aussi. J’ai peu à peu réalisé que plus je me délestais, moins ce qui me restait m’était indispensable : finalement, on a besoin de très peu pour vivre. J’ai donc acquis la conviction que moins on a, plus on est libre et épanoui (…)
Tout ce que possède une personne devrait pouvoir tenir dans un ou deux sacs de voyage (…)
Adoptez un tel mode de vie et vous serez capable de vivre dans la paix et la sérénité. Vous obtiendrez quelque chose que peu de gens possèdent : la disponibilité. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 17 et 48.

« L’Europe a quelques bonnes raisons de s’intéresser à la frugalité  urbaine : elle est dépourvue de pétrole, et plus généralement d’énergie. Son réseau urbain, fait de villes proches les unes des autres, est particulièrement adapté à un maillage par un réseau ferré rapide. Une part croissante de sa population se dit concernée par les questions écologiques. Sa démocratie locale est active et un certain de nombre de ses villes se sont déjà investies fortement dans la recherche d’une meilleure frugalité.
En somme, de nombreuses conditions – techniques, sociétales, énergétiques, géopolitiques – sont aujourd’hui réunies pour que se réinvente, sur le Vieux Continent, l’art de faire des villes. »

Dominique Loreau,
« L’art de la frugalité et de la volupté », Laffont, 2009.

« Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social. Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent. Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et, d’une manière générale, par la fin de l’idéologie du progrès (…)
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où, à tous points de vue, nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier pour tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie. »

Simon Charbonneau,
« Austérité imposée et sobriété volontaire », oct. 2012, http://www.reporterre.net

Sexisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Heureux l’homme qui a une bonne épouse : sa vie sera deux fois plus belle.
La femme courageuse fait la joie de son mari : il possédera le bonheur tout au long de sa vie. Une femme de valeur, voilà le bon parti, la part que le Seigneur donne à ceux qui le servent ; riches ou pauvres, ils ont le cœur joyeux, en toute circonstance leur visage est souriant. La grâce de la femme enchante son mari, et ses talents lui donnent le bien-être.
Une femme qui sait se taire est un don du Seigneur. Rien ne vaut une femme préparée à sa tâche. C’est un don merveilleux qu’une femme discrète. Une âme qui se maîtrise est un trésor sans prix. »

 « Livre de Sirac le Sage », 26, 1-4, 13-16, (III e s. av. J.-C.)

 

« Simon Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie [éternelle] « . Jésus répondit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux ». »

Évangile de Saint Thomas (manuscrit du IV e s. découvert en 1945)

 

 « Si l’être humain était vierge pour toujours, aucun fruit ne proviendrait de lui. Doit-il devenir fécond, il lui faut de nécessité être une femme. Femme est le mot le plus noble que l’on peut attribuer à l’âme et est bien plus noble que vierge. Que l’être humain reçoive Dieu en lui, c’est bien, et dans cette réceptivité il est intact. Mais que Dieu devienne fécond en lui, c’est mieux ; car la fécondité du don est la seule gratitude pour le don, et l’esprit est une femme dans la gratitude qui engendre en retour là où pour Dieu il engendre Jésus en retour dans le cœur paternel. »

 Eckhart von Hochheim dit Maître Eckhart (1260-1327), « Sermon 2 ».

« Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,
Qu’une femme étudie et sache plusieurs choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler sa dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie. »

Molière, « Les femmes savantes », 1672.

« Préambule
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale ; considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme (…)
En conséquence le sexe supérieur en beauté, comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne:
Article premier
La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune (…)
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi. »

 Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne », 1791.

 

« Considérant :
11º. Que la société civile, dans la distribution de ses rôles, n’en a donné qu’un passif aux femmes. Leur empire a pour limites le seuil de la maison paternelle ou maritale. C’est là qu’elles règnent véritablement. C’est là que, par leurs soins journaliers, elles dédommagent les hommes des travaux et des peines qu’ils endurent hors de leurs foyers. En conséquence :
La Raison veut (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume. »

Sylvain Maréchal, « Projet de Loi »,1801.

 

« Si les femmes n’eussent pas su lire, la superstition les maîtriserait encore ainsi que leurs enfants (…) O Voltaire ! Que dirais-tu si tu voyais aujourd’hui le « projet de loi » [prônant l’interdiction d’apprendre à lire aux filles], toi qui étais si content quand on t’assurait que les marchandes de la rue Saint-Denis lisaient tes jolis romans et tes facéties, et qui t’écriais : tant mieux ! C’est par les femmes que la raison entrera dans la tête des hommes. »

Marie Gacon-Dufour, « Contre le projet de loi de Sylvain Maréchal », 1801 (Gallica).

 

« Le bonheur de l’homme, en amour, se proportionne à la liberté dont jouissent les femmes. »

Charles Fourier, « Théorie des quatre mouvements et des destinées générales », (1808).

 

 « Supérieures par l’amour, mieux disposées à toujours subordonner au sentiment l’intelligence et l’activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l’Humanité et les hommes. »

Auguste Comte, « Système de politique positive », 1854.

 
 

« Ce qu’il y a de merveilleux dans la nature et dans la Providence, c’est qu’aucun conflit entre les deux sexes n’est possible tant que chacun remplit les fonctions que la nature lui a destinées (…) Les sacrifices auxquels consent la femme dans la lutte pour la sauvegarde du peuple dans chaque foyer sont à l’image de ceux de l’homme dans sa lutte pour tout le peuple. À l’héroïsme de l’homme sur le champ de bataille répondent le dévouement, la souffrance et la soumission de la femme. Chaque enfant qu’elle met au monde est une bataille qu’elle livre pour l’existence ou l’anéantissement de son peuple. »

 Adolf Hitler in « La morale des seigneurs », Hans Peter Bleuel, Belfond, 1974, p. 59 et 61.


« On ne naît pas femme : on le devient… C’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. »

Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe », Gallimard, 1949.

 

 

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ?
Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de la faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »

Simone Veil, Discours sur l’avortement, 26 novembre 1974.

« La société met l’emprise dès les premiers jours sur l’enfant, mâle ou femelle, de manière à fabriquer à partir de là, conformément aux exigences de notre civilisation d’aujourd’hui, un homme qui soit ce qu’on appelle un homme et une femme qui soit ce qu’on appelle féminine. Donc, je crois absolument qu’il y a de profondes différences entre les hommes et les femmes, au désavantage des femmes d’ailleurs dans l’ensemble – dans l’ensemble, parce qu’il y a de rares exceptions. Ces différences ne viennent pas des natures féminines ou masculines, mais de l’ensemble culturel. »

Entretien avec Simone de Beauvoir, Le Monde, 10-11 janvier 1978.

 

 

« Ce sont les féministes qui m’ont sensibilisé au pouvoir de la prise de conscience. Si vous remplacez « history » par « herstory« , c’est parfaitement ridicule car le his de history n’a rien à voir avec le possesseur masculin (…) mais même les exemples stupides de ce genre réussissent à éveiller notre conscience (…) L’homme, les Droits de l’homme, tous les hommes sont créés égaux, un homme, une voix, notre langue donne trop souvent l’impression d’exclure les femmes. Quand j’étais petit, il ne m’est jamais venu à l’esprit que les femmes puissent se sentir blessées par une expression comme « l’avenir de l’homme ». »

 Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 148-149.

 

« Le féminisme, c’est aussi le droit pour les femmes d’embrasser les défauts des hommes et d’en rajouter. Ce n’est pas parce que l’oppression fut horrible que la libération va se montrer merveilleuse. »

Pascal Bruckner, « Le mariage d’amour a-t-il échoué ? », Grasset, 2010, p. 95.

 

 « Le mariage temporaire, appelé sigheh en Iran, consiste à contracter un mariage musulman pour une durée déterminée convenue entre l’homme et la femme. Une union allant d’une heure minimum, à un jour, une semaine, et jusqu’à 99 ans au maximum, et pouvant être immédiatement consommée (…) En fait, la loi du sigheh passe surtout comme un moyen d’offrir une couverture religieuse à la prostitution, qui, elle, est proscrite. »

http://www.lepoint.fr › International 02/09/214.

 

«  Comme toute violence symbolique, « violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes », la domination masculine repose sur le partage de la croyance, et l’adhésion de la dominée aux principes du dominant, ce qui explique par exemple les conduites d’autodévalorisation des femmes, ou leur préférence pour des hommes plus grands, plus âgés, plus riches qu’elles (…)
Par ailleurs, la position de dominant n’est pas non plus toujours facile, et le  » privilège masculin est aussi un piège [qui] trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes (…) qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toutes circonstances sa virilité. » »

Christine Détrez in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu », J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

« … les « matriciens » s’appuient sur une collection d’exemples historiques (Étrusques, Basques, Celtes, Spartiates, etc.) ou ethnographiques (Touaregs, Ovahimbas, Mosos, Nayars, etc.) de sociétés où les femmes auraient eu ou ont un plus grand poids et une plus grande liberté que dans les sociétés patriarcales. Au-delà de ce constat, leur grand dessein est de contribuer à sauver la famille moderne en la refondant sur la filiation maternelle et les liens librement choisis. Leur grand ennemi est le mariage conjugal, devenu conflictuel et fragile dans les sociétés modernes (…)
Et comment se nomme ce projet ? Tout simplement « Prométhée ». Pourquoi lui ? Parce que si Prométhée, l’un des derniers Titans, vola le feu aux Olympiens, c’était pour donner aux hommes et aux femmes le moyen de fonder un foyer comme ils l’entendaient sans se soumettre à Zeus, le vainqueur machiste des grandes déesses primordiales. Que le matriarcat en soit un ou non, les mythes nous rattrapent toujours. »

Nicolas Journet, « Le matriarcat, mythe ou paradis perdu ? »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines »,

Janv. 2015.

Sexe

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … après bien des embarras, il vint une idée à Jupiter : Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c’est de diminuer leurs forces : je les séparerai en deux ; par là ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, qui sera d’augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et, si après cette punition leur audace subsiste, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied (…) Les hommes qui sortent de ce composé des deux sexes, nommé androgyne, aiment les femmes, et la plus grande partie des adultères appartiennent à cette espèce, comme aussi les femmes qui aiment les hommes. Mais pour les femmes qui sortent d’un seul sexe, le sexe féminin, elles ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées pour les femmes ; c’est à cette espèce qu’appartiennent les tribades. Les hommes qui sortent du sexe masculin recherchent le sexe masculin. »

discours d’Aristophane, Platon,
« Le banquet », 380 avant J.-C http://www.atramenta.net

«  En 1948 sortait le premier rapport Kinsey – du nom de son auteur, Alfred Kinsey – (…) « Sexual behavior in the human male« . Ce rapport fut largement relayé par la presse et fut suivi d’un second rapport, en 1953, sur la sexualité féminine. L’onde de choc qui suivit la publication de ces données supposées scientifiques car basées sur les données fournies par 18.000 individus, fut terrible (…)
Aujourd’hui, tout cela est remis en question par un essai, « Kinsey, Sex and Freud« , dans lequel les auteurs Judith A. Reisman et Edward W. Eichel expliquent l’extraordinaire degré de fraude qui a caractérisé les rapports Kinsey. Les auteurs montrent que le but de ces rapports était de normaliser un lot de comportements qui avaient toujours été considérés comme socialement inacceptables, tel que la sodomie, l’inceste, la pédophilie et la zoophilie. »

bistrobarblog.blogspot.com/2013

« Ces travaux [les études de Kinsey] ont été l’objet de plusieurs critiques, notamment en ce qui concerne l’échantillonnage choisi par Kinsey ; néanmoins des travaux ultérieurs, prenant en compte ces critiques, ont abouti à des résultats quasi-identiques. »

fr.wikipedia.org/wiki/

«  L’importance, à leur époque, des « Kinsey Reports » résidait dans le fait qu’ils parlaient du comportement sexuel sous toutes ses formes et variantes, en citant simplement les faits et sans adopter d’attitudes morales (…)
Le livre « The Joy of Sex » édité par Alex Comfort fut un succès dès sa sortie (…) son originalité, largement saluée à l’époque, réside dans le fait qu’il adopte une attitude ouverte et tolérante envers toutes les formes de pratique sexuelle dans le contexte de l’amour humain (…) « Toute la joie de l’acte sexuel d’amour est qu’il n’a pas de règles tant qu’on l’apprécie, et que le choix est pratiquement illimité…« »

Krystyna Krzyzak et Nina Shandloff,
« Amour et sexualité », Éd. Chistophe Colomb, 1980, p. 14-25.

« Contre une société qui utilise la sexualité comme moyen pour réaliser une fin socialement utile, les perversions maintiennent la sexualité comme fin en soi. »

Herbert Marcuse,
« Éros et civilisation », Les Éditions de minuit, 1963.

 

 «  Si tu es conscient, tu réaliseras que la sexualité n’est pas seulement le sexe. Le sexe est la couche extérieure; plus à l’intérieur, il y a l’amour… Encore plus à l’intérieur, il y a la prière… Et toujours plus à l’intérieur, il y a le divin. Le sexe peut devenir une expérience cosmique. Alors on l’appelle Tantra. »

Jolan Chang, « Le Tao de l’art d’aimer »,1977.

 

« Elle ne le regarde pas. Elle le touche. Elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dorée, l’inconnue nouveauté. Il gémit, il pleure. Il est dans un amour abominable.
En pleurant il le fait. D’abord il y a la douleur. Et puis après cette douleur est prise à son tour, elle est changée, lentement arrachée, emportée vers la jouissance, embrassée à elle (…)
Je ne savais pas que l’on saignait. Il me demande si j’ai eu mal, je dis non, il dit qu’il en est heureux. Il essuie le sang, il me lave. Je le regarde faire. Insensiblement il revient, il redevient désirable. Je me demande comment j’ai eu la force d’aller à l’encontre de l’interdit posé par ma mère. Avec ce calme, cette détermination. Comment je suis arrivée à aller « jusqu’au bout de l’idée ». »

Marguerite Duras,
« L’amant », Les Éditions de Minuit, 1984, p. 50-51.

« Ce feuilleton commence au début de l’été, en juin 1979, lorsque Libération accueille l’exilé argentin [R. D. Botana, dit Copi] connu pour ses dessins, ses récits et ses pièces de théâtre (…) Quand Copi arrive dans les bureaux de la rue de Lorraine, il invente pour le journal un personnage sur mesure qui répond au doux nom de Libérett’ (…)
Affublée d’une poitrine généreuse et d’un sexe d’homme, la petite mascotte déambule tout l’été dans le plus simple appareil entre les reportages, les brèves et les mots croisés.
Lâché dans l’arène, la trans décomplexée s’intéresse à tout mais uniquement à travers le prisme du sexe et de ses pulsions. Tous les sujets sont donc l’occasion d’une blague impertinente, provocatrice, voire franchement graveleuse (…)
Disparues prématurément, ces facéties barbares n’étaient sans doute pas destinées à durer : elles visaient plutôt à repousser les limites, transgresser les tabous, libérer les représentations sexuelles et imposer une indigne représentante de la minorité à côté des grands de ce monde. À un autre niveau, elles faisaient voir l’actualité tout entière à travers le prisme de la libido et révélaient grossièrement l’industrie médiatique sous son jour de machine à fantasmes. »

Thibaud Croisy,
« Le temps d’un été, Copi libère Libé », Le Monde diplomatique, juillet 2013.

 

« « Tout indique que, dans notre monde occidental, nous nous acheminons vers une sexualité sans contact physique et sans partenaire. L’utilisation d’interfaces nano, neuro et biotechnologiques permettra probablement à la fin du XXIe siècle d’établir des relations encore plus intimes que les relations charnelles entre deux êtres. Des logiciels reliés à des nanodispositifs permettant un contrôle direct du cerveau pourraient déclencher des orgasmes à volonté et en toutes circonstances. Et lorsqu’une connexion sans fil entre les centres du plaisir de deux cerveaux sera réalisable, l’acte sexuel au sens où nous l’entendons aujourd’hui, ne sera pas plus intime qu’une poignée de main.  »
Ainsi rêvait le sociologue américain James Hugues, en marge du colloque sur la « sexualité du futur » organisé fin 2007 par le Club d’Amsterdam, groupe de réflexions prospectives rassemblant des universitaires, des chefs d’entreprise et des artistes. Hugues dirige l’Institut pour l’éthique et les techniques émergentes, une association à but non lucratif basée dans le Connecticut dont la vocation est de « promouvoir les usages éthiques de la technologie pour l’augmentation des capacités humaines ». »

Azar Khalatbari,
« La technonique », http://www.liberation.fr/sciences, mars 2008.

« Un homme transgenre a accouché à Berlin, devenant ainsi le premier en Europe à donner naissance à un bébé. L’homme non-identifié est né femme, a gardé ses organes reproducteurs et a souhaité accoucher à domicile, ce qui lui permettait ainsi de ne pas être répertorié comme « la mère » du bébé, une obligation légale en Allemagne.
Officiellement, l’enfant, né le 18 mars dernier mais dont la naissance vient d’être dévoilée, n’a pas de mère. Il n’a qu’un père. Un porte-parole des Affaires Intérieures de l’Administration du Sénat de Berlin a confié : « La personne en question ne voulait pas apparaître en tant que mère mais comme père sur le certificat de naissance et cette demande a été honorée.  »
Le père ne voulait pas que le sexe du bébé soit révélé [Il choisira plus tard !] mais les autorités ont refusé cette demande et ont annoncé qu’il s’agissait d’un garçon. L’Allemagne envisage de surveiller de près cet enfant, craignant qu’il ait des « problèmes psychologiques » au vu de sa conception. »

 www.egaliteetreconciliation.fr/› Revue de presse › 2013

« Dans l’impossibilité de donner une définition de la masculinité pure et de la féminité pure, et d’ignorer que le masculin et le féminin sont des notions et valeurs partagées par les hommes et les femmes, comment ne pas souscrire à l’utilité de repenser les paradigmes masculin/féminin, en s’écartant d’une dualité binaire, notamment en laissant derrière nous ce patrimoine archaïque de l’opposition, des contraires, qui nous enlise depuis des siècles dans une guerre des sexes aussi inutile que délétère.
Si nous partions de tout ce qui différencie les hommes et les femmes, si nous pouvions les écouter parler de leur sexe, sans qu’ils puissent recourir au social, au culturel, au politique, à la psychanalyse, qu’auraient-ils à nous dire ? Sans doute parleraient-ils de leurs désirs et de leur corps. Car l’identité à soi, passant par le corps, le ressenti et la psyché, n’est pas dénuée de sens, elle est le sens, l’authentique soi qui se cherche dans l’autre, et qui cherche l’autre. »

Marie Édith Cypris,
« Homme Femme Autre»,
http://revues.univ-pau.fr/lineas/décembre 2013

Sens

(voir aussi Comprendre, Optimisme et Raison)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

 « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; »

René Descartes, « Discours de la méthode
pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences »,
1637.

 

« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. »

Gandhi (1869-1948)

 

 « Alors, on peut justifier son existence ? Un tout petit peu ? (…) Il faudrait que ce soit un livre : je ne sais rien faire d’autre (…) il faudrait qu’on devine, derrière les mots imprimés, derrière les pages, quelque chose qui n’existerait pas, qui serait au-dessus de l’existence. Une histoire (…) il faudrait qu’elle soit belle et dure comme de l’acier et qu’elle fasse honte aux gens de leur existence. »

Jean-Paul Sartre,
« La Nausée », Gallimard, Poche, 1938, p. 248-249.

 

« Se préoccuper du sens ou du but de sa propre existence, ainsi que de celle des créatures en général, m’a toujours paru, au point de vue objectif, absurde. Et cependant, tout homme a, d’autre part, certains idéaux qui dirigent son effort et son jugement (…) Sans le sentiment d’être en harmonie avec ceux qui ont les mêmes convictions que moi, sans la poursuite de l’objectif, de ce qui est éternellement inaccessible dans le domaine de l’art et de la recherche scientifique, la vie m’aurait paru vide. Les buts banaux que poursuit l’effort humain : la possession de biens, le succès extérieur, le luxe, m’ont paru dès mes jeunes années méprisables. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 6.

 

 

« Faut-il vraiment que nous vivions pour rien, Seigneur, pour en être réduits à mourir pour quelque chose ? »

            Romain Gary

« Que l’évolution se soit effectuée dans un certain sens (dans une certaine direction) n’implique nullement qu’elle ait un sens (une signification). »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 47.

«  Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part
Telle est ma quête,
Suivre l’étoile… »

Jacques Brel,
comédie musicale, « La quête », 1968.

 

 « Certainement, il est difficile de vivre dans un monde qui vous donne toujours plus de biens matériels, de savoir, de loisirs, sans vous fournir de but moral collectif. Cela exige un art de vivre personnel, tout un travail intime pour s’utiliser au mieux soi-même. La vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un but moral ou religieux. Où l’unique but devient : toujours plus de moyens et de temps pour chacun (…) Quand je loue une chambre dans un hôtel, je n’attends pas qu’on me serve, avec le petit déjeuner, des raisons de vivre ma journée. Les raisons de vivre sont mon affaire. J’ai pour cela la nature et la culture, des amis, des amours et toutes les sagesses de l’humanité depuis des millénaires. »

Louis Pauwels, « Lettre ouverte aux gens heureux »,
Albin Michel, 1971, p. 126-127.

« Personne n’est normal aujourd’hui, tous les gens sont un peu fous, avec leur mental qui fonctionne tout le temps ; ils voient le monde d’une façon étroite, étriquée. Ils sont dévorés par leur ego. Ils croient voir, mais se trompent : ils projettent leur folie, leur monde sur le monde. Aucune lucidité, aucune sagesse là-dedans ! (…) Il ne faut pas rêver sa vie, mais être complètement dans tout ce que l’on fait (…) vivre le monde avec son corps, ici et maintenant. »

Taisen Deshimaru, « Zen et arts martiaux », Seghers, 1977, p. 52.

 

 « L’univers engendre la complexité. La complexité engendre l’efficacité. Mais l’efficacité n’engendre pas nécessairement le sens. Elle peut aussi engendrer le non-sens. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer – l’univers a-t-il un sens ? »,
Seuil, 1986, p. 212.

« Une reine fourmi fut frappée par la maladie des états d’âme. Trois questions l’obnubilaient: Quel est le moment le plus important dans la vie ? Quelle est la chose la plus importante à accomplir ? Quel est le secret du bien-être ? [La révélation lui vint au beau milieu d’une bagarre sans merci] : le moment le plus important, c’est maintenant, car on ne peut agir que sur le présent. Et si on ne se préoccupe pas de son présent, on manquera aussi son futur. La chose la plus importante est d’affronter ce qui est là, face à nous. Si la reine ne s’était pas débarrassée de la guerrière qui voulait la tuer, c’est elle qui serait morte. Quant au secret du bien-être, elle l’avait découvert après le combat : c’est d’être vivant et de marcher sur la Terre. Tout simplement. »

Bernard Werber,
« Le jour des fourmis », Albin Michel, 1992, Poche, p. 194-195.

 

« La société des loisirs… Que ferons-nous quand nous n’aurons plus rien à faire ? »

Anonyme

« Licence, censure. Où lire un sens qui soit sûr ? »

Yves Thelen,
« Le Titre du Livre », L’harmattan, 2010, p. 118.


« Aucune technologie ne peut rien contre le mal-vivre, le mal de vivre : elle peut éventuellement les masquer un temps. Rien de plus (…) plus le monde devient complexe, plus il faut que nos vies deviennent simples. Ce n’est pas un paradoxe, c’est une évidence. La complication est toujours une mauvaise réponse à la complexité (…) Vivre simplement, sobrement, frugalement, relève d’un lent processus plus d’épurement que d’apurement. »

Marc Halévy,
« Le principe frugalité », L’Arbre d’Or, 2008, p. 103.

 

«  … il y a continuité entre la matière dite « inerte » et la matière vivante. En fait, la vie tire directement ses propriétés de cette mystérieuse tendance de la matière à s’organiser elle-même, spontanément, pour aller vers des états sans cesse plus ordonnés et complexes (…) En chaque particule, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule de matière, vit et œuvre à l’insu de tous une omniprésence.
Du point de vue du philosophe, cette dernière remarque est lourde de conséquences : elle veut dire, en effet, que l’univers a un axe, mieux encore : un sens. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 67-68.

« Nous allons détruire notre monde (…) nos efforts pour contrecarrer les effets de notre action sont dérisoires autant qu’illusoires et ne font que maintenir ce processus, au nom des lois de l’évolution auxquelles nous sommes soumis (…)
Si nous sommes éclairés maintenant sur notre nature, sur l’histoire et le devenir de l’humanité, nous ne pouvons plus désormais que nous reposer sur nos capacités de clivage et d’oubli, qui seules restent capables de guider nos comportements et de maintenir possible notre existence malgré l’évidence. »

 Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014 p.241.

Science

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« À la vérité, certaines questions sont susceptibles de démonstration : c’est ainsi par exemple qu’il est démontré que l’orbite du soleil décline de l’équateur, et il n’y a pas de doute là-dessus. Mais qu’il y ait une sphère excentrique, ou un épicycle, c’est ce qui n’a pas été démontré (…) mais il est possible qu’un autre possède une démonstration qui lui rende évidente la vérité de ce qui est obscur pour moi. Le plus grand hommage que j’aie pu rendre à la vérité, c’est d’avoir ouvertement déclaré combien ces matières me jetaient dans la perplexité… »

 Moïse Maïmonide, «Guide des Égarés », 1190.

 

 « L’ordre des sciences est double ; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents ; d’autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c’est-à-dire la science de Dieu et des saints. »

Thomas d’Aquin, « Summa Theologiae », I, q. 1, a. 2 (XIII e s.)

 

 « … l’expérience elle-même est un mode de connaissance qui exige le concours de l’entendement, dont je dois présupposer la règle en moi-même, avant que des objets me soient donnés, par conséquent a priori ; et cette règle s’exprime en des concepts a priori, sur lesquels tous les objets de l’expérience doivent nécessairement se régler, et avec lesquels ils doivent s’accorder (…) nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure » (préface), 1781.

 

«  Plus la science accroît le cercle de ses connaissances et plus grandit autour le cercle d’ombre. »

« Non seulement la science ne peut nous faire connaître la nature des choses, mais rien n’est capable de nous la faire connaître, et si quelque dieu la connaissait, il ne pourrait trouver de mots pour l’exprimer. Non seulement nous ne pouvons deviner la réponse, mais si on nous la donnait, nous n’y pourrions rien comprendre ; je me demande même si nous comprenons bien la question. »

Henri Poincaré, « La valeur de la science », 1905, chap.11.

 

 

« … il est trop de gens qui, ignorant ce qu’est l’intellectualité pure, s’imaginent qu’une connaissance simplement philosophique, qui, même dans le cas le plus favorable, est à peine une ombre de la vraie connaissance, est capable de remédier à tout et d’opérer le redressement de la mentalité contemporaine, comme il en est aussi qui croient trouver dans la science moderne elle-même un moyen de s’élever à des vérités supérieures, alors que cette science n’est fondée précisément que sur la négation de ces vérités. »

René Guénon,
« La crise du monde moderne », Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 200

 

 « Tout le monde sait maintenant que la Science n’est pas un énoncé de la vérité des choses mais seulement un langage pour exprimer une certaine expérience des objets, leur structure, leur mathématique, une impression coordonnée et utilisable de leurs processus – rien de plus. La matière elle-même est quelque chose (peut-être une formation d’énergie ?) dont nous connaissons superficiellement la structure telle qu’elle apparaît à notre mental et à nos sens et à certains instruments d’examen (dont on soupçonne maintenant qu’ils déterminent largement leurs propres résultats, la Nature adaptant ses réponses à l’instrument utilisé), mais nul savant n’en sait davantage ou ne peut en savoir davantage. »

Aurobindo
cité par Satprem et Venet, « La Vie sans mort », Robert Laffont, 1998, p. 22.

 

« La démocratie et les sciences modernes sont toutes deux les héritières de la même histoire, mais cette histoire mènerait à une contradiction si les sciences faisaient triompher une conception déterministe de la nature alors que la démocratie incarne l’idéal d’une société libre (…) En cette fin de siècle, la question de l’avenir de la science est souvent posée. Pour certains, tel Stephen Hawking dans sa « Brève histoire du temps » [voir p. 88], nous sommes proches de la fin, du moment où nous serons capables de déchiffrer la « pensée de Dieu« . Je crois, au contraire que nous sommes seulement au début de l’aventure. Nous assistons à l’émergence d’une science qui n’est plus limitée à des situations simplifiées, idéalisées, mais nous met en face de la complexité du monde réel, une science qui permet à la créativité humaine de se vivre comme l’expression singulière d’un trait fondamental commun à tous les niveaux de la nature. »

 Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.

Scepticisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous disons que la preuve qu’on apporte pour garantir la proposition a besoin d’une autre preuve, et celle-ci d’une autre, à l’infini ; aussi, puisque nous ne savons où commencer le raisonnement, la suspension du jugement est-elle la conséquence naturelle. »

Sextus Empiricus, (II e s. ap. J.-C.) « Hypotyposes pyrrhoniennes ».

 

 « Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire ; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration ; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet (…) Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse. Ainsi il ne se peut établir rien de certain de l’un à l’autre, le jugeant et le jugé étant en continuelle mutation … »

Michel de Montaigne , « Essais », II, 12.

 

« Je suis trop sceptique pour être incrédule. »

Benjamin Constant (1767-1830)

 

 « Il est toujours possible d’invoquer des arguments de force égale pour et contre chaque opinion. Le mieux est donc de ne pas prendre parti, d’avouer son ignorance, de ne pencher d’aucun côté ; de maintenir son avis en suspens (…) Même lorsque le sceptique dit qu’il n’affirme rien, il ne prétend pas affirmer cela (…)
N’avoir d’opinion ni sur le bien, ni sur le mal, voilà le moyen d’éviter toutes les causes de trouble. Le doute est le vrai bien. »

D’après Victor Brochard,
« Pyrrhon et le scepticisme primitif », 1885, Diog. Laërce, IX, 74-108.

 

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui, l’une comme l’autre, nous dispensent de réfléchir. »

Henri Poincaré (1854-1912)

 

 

« Si tous les sceptiques avaient été réellement zététiques et seulement zététiques, ils auraient dit avec Pyrrhon : « nous arrivons non au doute, mais à la suspension du jugement » (…) sceptiques signifie littéralement examinateurs, gens qui pèsent, réfléchissent, étudient attentivement ; mais il a pris à la longue un sens plus négatif que dubitatif, et a signifié ceux qui sous prétexte d’examiner toujours ne décident jamais (…)
Le mot zététique n’est pas fait pour trancher le débat entre les deux acceptions de tous ces termes (…) Le nom de zététique est resté, d’ailleurs, dans l’enceinte de l’école qui l’a créé ; et, malgré sa très large extension, qui eût permis d’en faire le terme général désignant tous les chercheurs de la vérité dans tous les domaines, il est exclusivement appliqué aux sceptiques, et on peut même dire aux sceptiques grecs ou pyrrhoniens. »

Henri Broch,
extrait adapté de Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

 

« Voici quelques principes de zététique qu’il est bon d’avoir à l’esprit quand on est confronté à un phénomène mystérieux afin de ne pas se faire manipuler ou de se manipuler soi-même. Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance.
Certaines de nos croyances, bien que nous procurant un certain bien-être, sont avant tout des obstacles à la connaissance et peuvent parfois se révéler néfastes pour nos libertés (ex : adhérer à une secte, se ruiner pour consulter un voyant). Ainsi, lors d’une séance de spiritisme, il est toujours bon de se demander : « Esprit (critique)… Es-tu là ? ».
Inexpliqué n’est pas inexplicable.
Tout comme un Ovni n’est pas un objet volant non identifiable, de nombreux phénomènes qui nous semblent étranges ne sont pas aussi rares ni aussi incompréhensibles que nous voulons bien le croire. Une absence d’explication pour un phénomène, n’est jamais la preuve de son caractère surnaturel mais seulement de notre incompétence à le comprendre. Ainsi on peut ignorer l’existence des siphons souterrains et pour autant se garder de croire à la présence d’esprits frappeurs dans une maison riche en bruits… »

Nicolas Vivant, juin 2003, www.zetetique.fr/

Sagesse

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … l’activité de l’âme, accompagnée d’actions raisonnables selon le Bien et le Beau (…) est par elle-même la plus élevée ; l’esprit occupe la première place et, parmi ce qui relève de la connaissance, les questions qu’embrassent l’esprit sont les plus élevées. Ajoutons aussi que son action est la plus continue ; il nous est possible de nous livrer à la contemplation d’une façon plus suivie qu’à aucune forme de l’action pratique. Et, puisque nous croyons que le plaisir doit être associé au bonheur, la plus agréable de toutes les activités conformes à la vertu se trouve être, d’un commun accord, celle qui est conforme à la sagesse. »

 Aristote (384- 322 av. J.-C.), « Éthique à Nicomaque », Ed. Garnier.

 

 « Pour qui règle sa vie d’après la vraie sagesse, la suprême richesse est de savoir vivre content de peu, de posséder l’égalité de l’âme. De ce peu, en effet, il n’y a jamais de manque. Mais les hommes recherchent la puissance et les dignités, espérant donner ainsi à leur fortune une base solide. Ils s’imaginent que le chemin de la richesse est celui du bonheur et qu’on ne peut être heureux sans elle Mais que leur attente est vaine ! Que cette route est périlleuse ! À peine se croient-ils au faîte que l’envie, comme la foudre, les précipite souvent, voués au mépris, dans les abîmes du Tartare. »

Lucrèce (1er s. av. J.-C.) « De la nature », V.

 

« Il n’y a d’autre savoir que de savoir qu’on ne sait rien, mais on ne le sait qu’après avoir tout appris. »

Maurice Chapelan (1906-1992)

 

« … toute la différence est entre les téméraires qui croient qu’ils savent et les sages qui savent qu’ils croient. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 15.

 

« Il se produit, depuis un siècle, dans tous les domaines, des accroissements effectifs de connaissances qui anéantissent purement et simplement les vieilles manières de philosopher. »

Jean-François Revel,
« Pourquoi des philosophes », J-J. Pauvert, 1957, p. 88.

 

« La sagesse sera toujours conjecturale. C’est en vain, depuis le Bouddha et Socrate, que l’homme s’est acharné à en faire une science. C’est en vain aussi que l’on tenterait d’extraire du savoir qui est devenu démontrable une morale et un art de vivre. La sagesse ne repose sur aucune certitude scientifique et la certitude scientifique ne conduit à aucune sagesse. »

Jean-François Revel et Mathieu Ricard,
« Le moine et le philosophe »,
NiL Pocket, 1999, p. 406.

 

 « Si on ne désire que ce qu’on n’a pas, on n’a jamais ce qu’on désire. Nous voilà séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit – séparés du présent, qui est tout, par l’avenir, qui n’est pas (…) Désirer ce qui dépend de nous (vouloir), c’est se donner les moyens de le faire. Désirer ce qui n’en dépend pas (espérer), c’est se vouer à l’impuissance et au ressentiment. Cela dit assez le chemin. Le sage est un homme d’action, quand le sot se contente d’espérer en tremblant. »

André Comte-Sponville,
« L’esprit de l’athéisme », Éd. Albin Michel, 2006, p. 64-65.

 

« Quelle que fût la cause de l’extinction de nos prédécesseurs, elle est plus que probablement liée à une forme d’échec face à une épreuve naturelle. Dans notre cas, l’extinction serait due à une raison différente : un succès excessif. Le problème se trouve dans nos gènes. Nous sommes les produits de la sélection naturelle, victimes d’une bizarrerie génétique qui nous a donné suffisamment d’intelligence et d’adresse pour conquérir le monde, mais pas assez de sagesse pour gérer les fruits de nos victoires. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 172.

 

Réseau

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

«  Au commencement était le téléphone. Ce réseau est fondé sur la commutation de circuits pour chaque communication avec refus d’accès lorsque des canaux ne sont pas disponibles. Il requiert une gestion centralisée qui ne convient pas pour les très grands réseaux.
L’Internet fonctionne selon un mode de commutations de paquets. Un paquet est une suite de bits codant une partie de l’information à transporter et munie d’un en-tête. Ce mode de commutation s’implémente de manière efficace avec des types d’algorithmes : routage et contrôle de congestion (…) L’Internet apparaît ainsi comme un formidable outil pour échapper au totalitarisme d’une gouvernance mondiale autoritaire et offrir une alternative réaliste au capitalisme parvenu à son stade d’autodestruction. »

Geneviève Ferone et Jean-DidierVincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 218 et 220.

« Avec Cyborg 4.0, Kevin Warwick aborde donc directement la perspective de « l’homme du 21e siècle », comme il aime à le dire, aux capacités considérablement augmentées, grâce aux automates connectés. Il s’agira d’une des formes de super-humains ou post-humains que certains scientifiques prévoient maintenant à échéance relativement proche. Interfacer l’homme avec les puissances de calcul de plus en plus grandes des calculateurs, eux-mêmes adossées aux ressources inépuisables des réseaux, modifiera radicalement les possibilités des individus. Ce qui limite actuellement la puissance du cerveau humain, c’est qu’il ne peut procéder à des calculs en parallèle, que sa vitesse est lente et surtout, qu’il ne peut pas se mettre facilement en réseau avec les autres cerveaux, d’abord, avec les bases de connaissances existantes, ensuite. »

J.-P. Baquiast et C. Jacquemin,
«  Les « visions » du Professeur Warwick »,

www.automatesintelligents.com oct. 2003.

« Aujourd’hui, le réseau est devenu l’objet d’un culte en tant que technique et le sujet d’un discours idéologique universel. Cette idéologie contemporaine, véritable « rétiologie« , est le résultat d’une inflation d’images enveloppant les technologies réticulaires, accompagnant les propagandes industrielles et les discours visionnaires sur le futur de la « société en réseaux« . Idéologie à prétention utopique, qui, en fait, se réduit au fétichisme du réseau technique, qui institue celui-ci en « dieu caché« , créateur de nouveaux liens sociaux, de nouvelles communautés, sinon d’une nouvelle société. La combinaison de la rationalité et d’un imaginaire réticulaire fait du réseau une des grandes figures de la société contemporaine, voire une représentation de la société à venir, comme l’illustrent les fictions de la cyberculture et du cyberspace (…)
Fictions littéraires, futurologie ou analyse socio-économique de la société en réseaux, la rétiologie ne cesse d’annoncer la « révolution » des réseaux et par les réseaux. Le réseau technique devient fin et moyen pour penser et réaliser la transformation sociale. Façon, en somme, de faire l’économie des utopies de la transformation sociale et d’opérer un transfert – au sens psychanalytique – du politique sur la technique. »

 Pierre Musso
in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, 2007, p. 260.


« … d’un côté des réseaux instrumentaux extraordinairement dynamiques et flexibles, qui articulent les activités dominantes dans toutes les sociétés : marchés financiers mondiaux, production globalisée de biens et de services, médias, à la fois globaux et focalisés sur des audiences spécifiques, science et technologie, information de toutes sortes, et aussi institutions politiques, constituées en réseaux transnationaux. D’un autre côté, des réactions d’autonomie et des mouvements alternatifs constituent leur sens en dehors de ces réseaux, même si souvent ils utilisent aussi les technologies Internet (…)
La société en réseaux est fondée sur le contrôle, la manipulation et l’utilisation de l’information et de la connaissance. Le contrôle le plus puissant concerne l’attribution de sens à partir de la production des codes culturels dominants. Les réseaux sont neutres : ils mettent en œuvre très efficacement leurs programmes, rien de personnel. Donc, si la valeur dominante est l’accroissement de la valeur financière marchande (ce qui est le cas actuellement), ce sera la valeur dominante en dernière instance. Si dans la tête des gens, préserver la nature, respecter les droits humains, deviennent des valeurs essentielles, non négociables, des processus de programmation des réseaux en ce sens se mettront en marche… »

Interview de Manuel Castells,
auteur de « La société en réseau », Fayard, 2001,
par Serge Lellouche (06/2000),
http://www.scienceshumaines.com

« L’initiative citoyenne sous toutes ses formes, en particulier les centaines de milliers d’associations qui couvrent tous les champs d’activité, s’est à l’évidence constituée aujourd’hui en cinquième pouvoir  dans les démocraties. La dernière génération de mouvements citoyens que symbolise WikiLeaks a le mérite de présenter  de ce cinquième pouvoir un visage extrême et inquiétant qui interroge sur ses limites (…)
En poussant sa logique au plus loin, il est possible d’imaginer que l’activité de ce cinquième pouvoir peut, à terme, rendre les démocraties impossibles à réformer et peut-être même à gouverner, les secrets impossibles à protéger, l’autorité, même émanant de la loi et garantie par la justice, impossible à exercer.
Par-delà l’intérêt de ses révélations, le mérite de WikiLeaks est de rendre ce débat nécessaire. Jusqu’où le citoyen est-il fondé à aller contre l’État dans un régime démocratique ? À partir de quel seuil passe-t-on de la mobilisation utile à la menace contre le contrat social ? »

Jean-Christophe Rufin,
« Wikileaks ou la troisième révolte »,
www.lemonde.fr, 2010.

« … Internet a vite semblé être le vecteur principal de la redistribution des pouvoirs au sein de sociétés dites « en réseaux », au fonctionnement plus horizontal et décentralisé. Il a même représenté un modèle d’auto-organisation sociale, fondé sur la libre circulation de l’information (…)
Sous l’effet de la massification des usages tout d’abord, et en vertu des nouveaux services apparus sur le Web – en particulier les réseaux socionumériques ou « médias sociaux » –, les valeurs initialement associées au réseau ont du être révisées. D’une part, les inégalités de race, de classe, d’éducation ou encore de genre perdurent dans un monde « virtuel » qui garde finalement un solide ancrage avec le monde hors-ligne. D’autre part, de nouvelles injonctions sont nées avec la sociabilité en ligne : celles consistant à développer stratégiquement son « capital social » sur les réseaux, à s’activer et à s’exprimer toujours plus afin d’assurer, pour soi ou pour une institution, une visibilité suffisante (…)
Ainsi, Internet ne semble pas de lui-même garantir un affranchissement des relations de pouvoir, mais entraîne plutôt des reconfigurations profondes, qui oscillent entre deux     extrêmes : d’un côté une plus grande capacité d’émancipation individuelle face aux institutions, de l’autre un contrôle accru des individus par les puissances instituées. »

Benjamin Loveluck, « Internet, un nouveau pouvoir ? »
in
Jean-Vincent Holeindre, dir.,
« Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, p. 224-234.

« Le Web a renouvelé la manière dont on travaille dans presque tous les métiers, redéfini les modes opératoires du commerce, de la finance, du marché immobilier, du journalisme, du tourisme, mais aussi des relations diplomatiques internationales, du prosélytisme religieux, de la recherche scientifique, il a modifié le statut de l’artiste et la notion de copyright, renversé la télévision de son piédestal (la télé représentait la première occupation après le sommeil, elle n’est plus qu’un cas particulier du Web), frappé de caducité les registres et les anciennes bases de données, il est en train de bouleverser les relations affectives et sexuelles, d’abolir la séparation entre les sphères publiques et privées… En fait, on ne saurait clore une telle énumération, tant les effets du réseau sont nombreux et touchent à l’ensemble des activités humaines. »

 Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p.17.

« Durant les dernières décennies, l’économie réelle s’est fortement interconnectée grâce à la mise en place d’un gigantesque réseau de chaînes d’approvisionnement qui facilite le flux continu de biens et de services (…) Comme pour la finance, la moindre perturbation peut désormais provoquer des dégâts considérables et se propager comme une traînée de poudre à l’ensemble de l’économie (…)
Le choc, par exemple l’insolvabilité d’un fournisseur, se propage verticalement, puis horizontalement en déstabilisant les concurrents. Pour couronner le tout, les chaînes d’approvisionnement sont d’autant plus fragiles qu’elles dépendent de la bonne santé du système financier qui offre les lignes de crédit indispensables à toute activité économique. »

 P. Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.

 

Relativité

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tandis que le bateau est à l’arrêt, observez soigneusement des oiseaux voler à des vitesses égales dans toutes les directions de la cabine (…) si vous lancez quelque chose à votre ami, les distances étant égales, vous n’avez pas besoin de le lancer avec plus de force dans une direction que dans une autre, et si vous sautez à pieds joints, vous franchissez des distances égales dans toutes les directions (…) faites maintenant avancer le bateau à l’allure qui vous plaira : pour autant que la vitesse soit uniforme et qu’il n’oscille pas, vous ne constaterez pas le moindre changement dans les effets mentionnés et aucun d’eux ne vous permettra de dire si le bateau est en mouvement ou à l’arrêt (…) Le mouvement est mouvement et agit comme mouvement pour autant qu’il soit en rapport avec des choses qui en sont dépourvues ; mais pour toutes les choses qui y participent également, il n’agit pas, il est comme s’il n’était pas. »

Galilée,
« Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde »,1632.

 

 «  Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d’années de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

 Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 294.

 

 « … si la Terre était en repos, le corps qui est en repos relatif dans le vaisseau aurait un mouvement vrai et absolu, dont la vitesse serait égale à celle qui emporte le vaisseau à la surface de la Terre, mais la Terre se mouvant dans l’espace, le mouvement vrai et absolu de ce corps est composé du mouvement vrai de la Terre dans l’espace immobile, et du mouvement relatif du vaisseau par rapport à la Terre. »

Isaac Newton, « Philosophiae Naturalis Principia Mathematica », 1687.

« … même si la mécanique classique ne fournit pas une base assez large pour la représentation théorique de tous les phénomènes physiques, il faut lui reconnaître une part importante de vérité, car elle explique avec une merveilleuse précision les mouvements réels des corps célestes. C’est pourquoi le principe de relativité doit aussi être valable avec une grande précision dans le domaine de la mécanique (…)
… tous les corps de référence K’ doivent être tout à fait équivalents à K pour la formulation des lois de la nature s’ils effectuent, relativement à K, un mouvement rectiligne, uniforme et exempt de rotation (…) C’est dans ce sens que nous parlons du principe de relativité restreinte (…) nous entendrons par « principe de relativité générale » l’affirmation suivante : tous les corps de référence, quel que soit leur état de mouvement, sont équivalents pour la description de la nature (…) cette formulation devra être remplacée plus tard par une autre plus abstraite [en effet] … dans les champs de gravitation il n’existe pas de corps rigides jouissant de propriétés euclidiennes ; la fiction de corps de référence rigide est, par conséquent, inutile dans la théorie de la relativité générale. La marche des horloges est également influencée par les champs de gravitation, de telle sorte qu’une définition physique directe du temps à l’aide d’horloges n’a pas du tout le même degré de précision que dans la théorie de la relativité restreinte. »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 16, 70-71 et 116.

« La loi de la constance de la vitesse de la lumière dans l’espace vide, corroborée par le développement de l’électrodynamique et de l’optique, jointe à l’égalité de droit de tous les systèmes d’inertie [principe de la relativité restreinte] (…) a conduit tout d’abord à l’idée que la notion de temps devait être relative, puisque chaque système d’inertie devait avoir son temps propre. »

Albert Einstein, discours prononcé à Londres (1922)

 

« Nous éprouvons naturellement le caractère subjectif du temps qui passe. Qu’il nous faille attendre impatiemment, et le temps nous semblera long ; mais plus nous vieillissons, plus nous avons le sentiment que les années nous filent entre les doigts… Pourtant, nous postulons intuitivement qu’une heure est toujours une heure : quelles que soient les circonstances, si la vision d’un feuilleton filmé dure cent-vingt minutes, il nous apparaît évident que ce laps de temps s’écoulera semblablement pour tout un chacun s’installant devant l’écran, où qu’il se trouve. C’est que notre expérience de l’Univers est extrêmement réduite : nous subissons un champ de gravité relativement uniforme et la vitesse de nos déplacements est infime par rapport à la vitesse limite de la lumière. Nous sommes dès lors forcément très dubitatifs lorsque la théorie de la Relativité nous apprend que l’astronaute qui subirait des accélérations très élevées ou qui traverserait d’intenses champs gravitationnels vivrait un temps propre ralenti et, de retour sur Terre, découvrirait son frère jumeau plus âgé que lui. Leur montre respective aurait confirmé que la durée de chaque séance cinématographique est bien de cent-vingt minutes, mais le second aurait disposé d’un bien plus grand nombre de séances ! »

YvesThelen,
d’après « Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 33-34.

 

«  … avant la théorie de la relativité générale (1915), la physique fournissait une description non locale de la gravitation : si on déplace un caillou sur la Lune, notre poids sur Terre est immédiatement affecté ; on pourrait donc, en principe, communiquer instantanément à travers tout l’univers. Avec la théorie d’Einstein, la gravitation devient un phénomène qui, comme tous les autres phénomènes connus en 1917, se propage à vitesse finie [la vitesse de la lumière] de proche en proche (…) l’homme qui a rendu la physique locale se trouva environ dix ans après sa découverte à nouveau confronté à la non-localité [de la physique quantique]. (…) il est possible et même fréquent que deux objets éloignés l’un de l’autre ne forment, en réalité, qu’un seul objet ! C’est cela, l’intrication. Ainsi, si l’on touche l’un des deux, tous deux tressaillent. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard », Odile Jacob, 2012, num : Nord Compo, p. 76 et 70.

 

Réalité

(voir aussi Vide)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ce que la science peut atteindre, ce ne sont pas les choses elles-mêmes, comme le pensent les dogmatistes naïfs, ce sont seulement les rapports entre les choses ; en dehors de ces rapports, il n’y a pas de réalité connaissable. »

Henri Poincaré, « La science et l’hypothèse », intr., Flammarion, 1920.

 

 « … le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la réalité objective. »

Albert Einstein et Léopold Infeld,
« L’Évolution des idées en physique », 1938.

 

 « Ma main se sent touchée aussi bien qu’elle touche. Réel veut dire cela, rien de plus. »

Paul Valéry (1871-1945)

« La question de savoir ce qu’est une table en réalité ne présente aucun sens. Il en va de même ainsi de toutes les notions physiques. L’ensemble du monde qui nous entoure ne constitue rien d’autre que la totalité des expériences que nous en avons. Sans elles, le monde extérieur n’a aucune signification. Toute question se rapportant au monde extérieur qui ne se fonde pas en quelque manière sur une expérience, une observation, est déclarée absurde et rejetée comme telle.»

Max Planck,
« L’image du monde dans la physique contemporaine », (1922), Gonthier-Médiations, 1963.

« …nous pouvons observer et voir ce qui se passe dans notre tête, et nous ne pouvons observer ni voir rien d’autre. Le ciel étoilé que nous fait connaître la sensation visuelle est en nous. Le ciel étoilé auquel nous croyons est inféré. »

Bertrand Russel
in P. Chambadal, « À la recherche de la réalité physique »,
librairie A. Blanchard, 1969, p. 252.

 

« Au niveau subatomique, la matière n’existe pas avec certitude à des places définies, mais manifeste plutôt une « tendance à exister », et les événements atomiques ne surviennent pas avec certitude, mais manifestent plutôt des « tendances à survenir ». Dans la formulation de la théorie quantique, ces tendances sont exprimées comme des probabilités et sont associées aux quantités mathématiques qui prennent la forme d’ondes. »

Fritjof Capra,
« Le Tao de la Physique », Éd. Sand, 1975, p. 70.

 

« Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir. Ce que nous appelons « réalité » (individuelle, sociale, idéologique) est une interprétation, construite par et à travers la communication. »

Paul Watzlawick
in « L’invention de la réalité », 1981.

« Le monde extérieur, dont nous connaissons tous la « réalité » de manière intuitive, nous apparaît ainsi comme une création du système nerveux. Il s’agit, en quelque sorte, d’un monde possible, d’un modèle permettant à l’organisme de gérer la masse d’informations qu’il reçoit, et de la rendre utile dans la vie quotidienne. Ainsi, il nous faut définir une sorte de « réalité biologique » comme la représentation du monde extérieur que le cerveau d’une espèce donnée parvient à construire. »

O. Dyens, citant Jesper Hoffmeyer et François Jacob,
« La condition inhumaine », Flammarion, 2008, p. 34.

 

« Cette nouvelle « physique de l’information » [la théorie de la double causalité] se justifie par le caractère contre intuitif de la réalité qui nous est dépeinte par la physique actuelle : un espace-temps courbe et élastique, un temps spatialisé, une matière essentiellement vibratoire que l’on ne distingue même plus de l’espace lui-même. Il devient dès lors presque impératif de soutenir l’idée somme toute très logique que notre réalité apparente ne soit finalement qu’une construction du cerveau et que la vraie réalité soit plutôt un vaste champ d’informations très différent de ce que l’on perçoit. »

Philippe Guillemant,
«Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.

« … le tissu de notre monde physique, l’espace lui-même, est un objet purement mathématique au sens où seuls ses propriétés intrinsèques sont des propriétés mathématiques – des valeurs telles que le nombre de dimensions, la courbure et la topologie.
… toute la « substance » de notre monde physique est constituée de particules élémentaires, qui s’avèrent à leur tour être des objets purement mathématique (…)
Nous avons vu qu’il existe quelque chose d’incontestablement plus fondamental que notre espace tridimensionnel et les particules qui l’habitent : la fonction d’onde et la région de dimension infinie, appelée espace de Hilbert, dans laquelle elle évolue [et qui sont également] des objets purement mathématiques. »

 Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014.