Réalisme

(voir aussi Positivisme et Réalité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Jadis, Tchouang Tcheou rêva qu’il était un papillon voltigeant satisfait de son sort et ignorant qu’il était Tcheou lui-même. Brusquement il s’éveilla et s’aperçut avec étonnement qu’il était Tcheou. Il ne sut plus s’il était Tcheou rêvant qu’il était un papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Tcheou… »

 « Philosophes taoïstes », Tchouang-tseu,
bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993, p. 104.

 

« Nous commençons tous avec le réalisme naïf, c’est-à-dire avec la doctrine selon laquelle les objets sont tels qu’ils paraissent. Nous admettons que l’herbe est verte, que la neige est froide et que les pierres sont dures (…) L’observateur qui prétend observer une pierre observe, en réalité, si nous voulons ajouter foi à la physique, les impressions des pierres sur lui-même. C’est pourquoi la science paraît être en contradiction avec elle-même : quand elle se considère comme étant extrêmement objective, elle plonge contre sa volonté dans la subjectivité. Le réalisme naïf conduit à la physique et la physique montre, de son côté, que ce réalisme naïf, dans la mesure où il reste conséquent, est faux. Logiquement faux, donc faux. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 45.

 

« Les électrons et autres « particules » quantiques ne sont en réalité ni des ondes ni des particules mais quelque chose d’autre dont les attributs classiques, trajectoire, vitesse, localisation, n’apparaissent qu’en fonction du dispositif expérimental donné. Pour être provocateur, la réalité n’existerait donc fondamentalement pas dans l’espace et le temps et les objets au sens classique n’existeraient pas sans un observateur (peut-être pas nécessairement humain) pour les observer ! C’est en tous cas une interprétation possible de la mécanique quantique. »

Laurent Sacco, http://www.futura-sciences.com, févr. 2007.

« …les lois de la mécanique quantique permettent la formation de paires de particules « intriquées » (…) Lorsqu’on effectue une mesure sur l’une, tout se passe comme si sa jumelle le sentait immédiatement et adoptait un état physique correspondant à celui trouvé pour sa partenaire. Pour Einstein, inventeur de la relativité qui stipule qu’aucun effet ne peut se propager plus vite que la lumière, cette description mettant en jeu une modification instantanée à distance est inacceptable (…)
Alain Aspect entreprend en 1975, à l’Institut d’optique d’Orsay, la construction d’une source de paires de photons intriqués (…)
Les résultats violent de façon très nette les inégalités de Bell, et sont en excellent accord avec les prédictions quantiques. Il n’existe donc pas de modèle dans l’esprit des conceptions dites « réalistes locales » d’Einstein, pour décrire les particules intriquées (…) il faut admettre qu’il s’agit d’un système unique, « inséparable », décrit par un état quantique global. »

www2.cnrs.fr/sites/communique/fichier/debat

Raison

(voir aussi Sens)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« …raisonner est l’emploi de toute ma maison
et le raisonnement en bannit la raison »

Molière, « Les femmes savantes », 1672.

« Je vois par exemple que deux fois deux font quatre, et qu’il faut préférer son ami à son chien; et je suis certain qu’il n’y a point d’homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l’esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu’il y ait une Raison universelle qui m’éclaire, et tout ce qu’il y a d’intelligences. »

Nicolas Malebranche,
« 
 De la Recherche de la vérité », 1675.

« Comme, en effet, il est naturel à l’homme de prendre pour guide de ses actes sa propre raison, il arrive que les défaillances de l’esprit entraînent facilement celles de la volonté ; et c’est ainsi que la fausseté des opinions, qui ont leur siège dans l’intelligence, influe sur les actions humaines et les vicie (…) Ce n’est pas vainement que Dieu a fait luire dans l’esprit humain la lumière de la raison; et tant s’en faut que la lumière surajoutée de la foi éteigne ou amortisse la vigueur de l’intelligence ; au contraire, elle la perfectionne et, en augmentant ses forces, la rend propre à de plus hautes spéculations. »

Pape Léon XIII, 1879.

 

« Si j’analyse le processus qu’exprime la proposition « je pense », j’obtiens toute une série d’affirmations téméraires qu’il est difficile, peut être impossible de fonder ; par exemple, que c’est moi qui pense, qu’il faut qu’il y ait un quelque chose qui pense, que la pensée est le résultat de l’activité d’un être conçu comme cause, qu’il y a un « je », enfin que ce qu’il faut entendre par pensée est une donnée déjà bien établie, – que je sais ce qu’est penser. Car si je n’avais déjà en mon for intérieur tranché la question, quel critère me permettrait de décider si cet acte intérieur n’est pas « vouloir » ou « sentir » ? ».

Frédéric Nietzsche, « Par delà le bien et le mal », 1886.

 

 « Le rationalisme absolu qui reste de mode ne permet de considérer que des faits relevant étroitement de notre expérience (…) Sur la foi de ces découvertes [celles de Freud], un courant d’opinion se dessine enfin, à la faveur duquel l’explorateur humain pourra pousser plus loin ses investigations, autorisé qu’il sera à ne plus seulement tenir compte des réalités sommaires. L’imagination est peut-être en train de reprendre ses droits. »

André Breton, « Manifeste du surréalisme », Kra, 1924.

 

« … la science instruit la raison. La raison doit obéir à la science (…) la doctrine traditionnelle d’une raison absolue et immuable n’est qu’une philosophie. C’est une philosophie périmée. »

Gaston Bachelard, « La philosophie du non », PUF, 1940.

 

 « Il est curieux de constater – et la relativité n’est pas la seule à nous le montrer – qu’à mesure que le raisonnement progresse, il prétend de moins en moins être à même de prouver. Autrefois la logique était censée nous apprendre à raisonner ; à présent, elle enseigne plutôt à s’abstenir de raisonner. »

Bertrand Russel, « ABC de la relativité », 10/18 n° 233, p. 181.

 

 « Je ne crois pas que l’homme ait à sa disposition d’autre moyen de connaître que sa raison. Moyen imparfait, sans nul doute ; et je conviens que peut-être les jugements où elle nous porte sont, par construction, entachés d’erreur (…) Mais ces risques, nous ne saurions faire autrement que de les courir, et je doute que nous ayons quoi que ce soit à gagner à faire d’emblée intervenir l’irrationnel dans le champ de ce qui nous paraît être le connaissable. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 16-18.

« Quand nous avons dépassé les savoirs, alors nous avons la connaissance. La raison fut une aide ; la raison est l’entrave. »

Sri Aurobindo, « Aperçus et Pensées », 1956.

 

 « Une des affirmations favorites de Marvin Minsky, c’est : « La logique ne s’applique pas au monde réel« . D’une certaine façon, c’est vrai. C’est d’ailleurs un des obstacles qui se dressent devant les chercheurs en intelligence artificielle : il faut qu’ils se rendent compte que l’on ne peut fonder aucune intelligence sur le seul raisonnement ; ou plutôt que le raisonnement isolé est impossible, parce que le raisonnement dépend de l’organisation préalable de tout un système de concepts (…) La faculté de raisonner doit être disposée à accepter les premières caractérisations d’une situation qui lui est présentée par la faculté de percevoir, mais ensuite, si elle a des doutes sur ces données, la faculté de perception doit à son tour être prête à accepter ces doutes et à revenir en arrière pour réinterpréter la situation, ce qui crée une boucle continue entre les niveaux. C’est justement de cette interaction entre les sous-êtres qui perçoivent et les sous-êtres qui raisonnent que naît un être entier, un Mortel.»

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’Esprit », InterÉditions, 1987, p. 345.

 

« L’argument du rêve, l’exemple de l’hallucination, ou toute autre manière plus ou moins sophistiquée d’insister sur le fait que la certitude de la représentation n’implique jamais celle du représenté, pointent notre incapacité à sortir de nous-mêmes pour constater de l’extérieur, et comme « de profil », que le perçu existe bien en dehors de la perception que nous en avons (…) La raison se prend ici à son propre piège : cherchant une certitude absolue qu’elle ne saurait trouver ailleurs que dans la pensée, elle fait de tout ce qui n’est pas elle quelque chose d’incertain, ce qui la situe aux parages de la folie. La raison qui trouve en elle-même le seul moyen de satisfaire son désir de certitude absolue est aussi bien en passe de définitivement se perdre. »

Antoine Grandjean,
« Le piège du solipsisme ou de l’absence du monde », M-Editer, 2011, p. 13-14.

Racisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tout concourt à prouver que le genre humain n’est pas composé d’espèces essentiellement différentes entre elles, qu’au contraire il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes, qui s’étant multipliée et répandue sur toute la surface de la Terre a subi différents changements par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques… »

G-L. Buffon,
« Histoire naturelle », impr. Du Roy, 1749, p. 530-531.

 

« Dans un avenir assez prochain si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. Il est à peu près hors de doute que, à la même époque, ainsi que le fait remarquer le professeur Schaaffhausen, les singes anthropomorphes auront aussi disparu. La lacune sera donc beaucoup plus considérable encore, car il n’y aura plus de chaînons intermédiaires entre la race humaine, qui, nous pouvons l’espérer, aura alors surpassé en civilisation la race caucasienne, et quelque espèce de singe inférieur, tel que le Babouin, au lieu que, actuellement, la lacune n’existe qu’entre le nègre ou l’Australien et le Gorille. »

Charles Darwin,
« La descendance de l’homme et la sélection sexuelle » (1871),
Reinwald éd. 1891, p. 170-171. 

 

 « Nous possédons encore aujourd’hui, dans notre peuple allemand, de grandes réserves d’hommes de la race germanique du nord dont le sang est resté sans mélange et que nous pouvons considérer comme le trésor national le plus précieux pour notre avenir. Aux tristes époques où les lois de la race étaient inconnues, quand on voyait en tout homme, pris en soi, un être tout pareil à ses semblables, on n’apercevait pas les différences de valeur existant entre les divers éléments primitifs. »

Adolf Hitler,
« Mein Kampf », 1924.

 

« Notre racisme n’est agressif qu’à l’égard de la race juive. Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale (…) Une race mentale, c’est quelque chose de plus solide, de plus durable qu’une race tout court. Transplantez un Allemand aux États-Unis, vous en faites un Américain. Le Juif, où qu’il aille, demeure un juif. C’est un être par nature inassimilable. »

Martin Bormann,
« Testament politique d’Adolf Hitler », 1945. Fayard, 1959, p. 83.

 

 « Demain, peut-être, verrons-nous surgir un nouveau racisme, qui prétendra lire la primauté raciale dans la longueur de tel chromosome ou dans l’ordre de séquence des bases qui forment tel acide nucléique. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 38.

 

« Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même. »

Robert Sabatier (1923-2012)

 

 « Je suis, de toute façon, moins intéressé par la taille et les circonvolutions du cerveau d’Einstein que par la quasi-certitude que des individus d’un talent égal ont vécu et sont morts dans les champs de coton et les mines. »

Stephen Jay Gould,
« Le Pouce du panda
 : les grandes énigmes de l’évolution », 1980.

 

« Le séquençage comparé d’échantillons d’ADN mitochondrial humain récoltés dans diverses parties du monde a permis de reconstituer cette généalogie jusqu’à une femelle ancestrale unique – l’ « Ève mitochondriale », comme on l’appelle – qui vécut quelque part en Afrique il y a environ 200 000 ans. Des études similaires sur le chromosome Y, prérogative mâle, ont conduit de la même façon à un « Adam Y », qui vivait en Afrique à peu près à la même époque (…) Au cours du temps, toutes les lignées de même sexe, sauf une, ont été interrompues par l’absence de filles dans les lignées femelles ou de fils dans les lignées mâles, ne laissant finalement que deux lignées ininterrompues, l’une femelle et l’autre mâle, remontant à deux individus qui n’avaient probablement rien à voir l’un avec l’autre. Adam Y ne s’est probablement jamais accouplé avec Ève mitochondriale.

Selon ces découvertes, tous les êtres humains existants sont des descendants de cette seule branche africaine. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 128-129.

 

Progrès

(voir aussi Croissance)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … j’ignore ce que tu crois être en train d’accomplir, Édouard. De te pousser du col, ça, sûrement. Mais je te dis, moi, que tu viens de faire ici la chose la plus perverse, la plus dénaturée (…)  Je suis prêt à admettre, tu vois, qu’il est licite de tailler des cailloux, car c’est rester dans les voies de la nature. Pourvu, toutefois, qu’on ne se mette pas à en dépendre trop : la pierre taillée pour l’homme, non l’homme pour la pierre taillée ! Et qu’on ne veuille pas non plus les affiner plus qu’il n’est nécessaire. Je suis un libéral, Édouard, et j’ai le cœur à gauche. Jusque-là, je peux accepter. Mais ça, Édouard, ça ! Cette chose-là ! dit-il en montrant le feu, ça, c’est tout différent, et personne ne sait où ça pourrait finir. »

Roy Lewis,
« Pourquoi j’ai mangé mon père » (1960) Magnard Lycée, 2002, p. 28.

« Le progrès est devenu un problème – il pourrait sembler que le progrès nous ait conduit au bord d’un abîme et qu’il soit par conséquent nécessaire de considérer une alternative. Par exemple, s’arrêter là où nous nous trouvons ou, si c’est possible, opérer un retour. »

Léo Strauss,
« La Renaissance du rationalisme politique classique », (1989), Gallimard, 1993, p. 304.

« … le mythe du progrès, qui est au fondement de notre civilisation, qui voulait que, nécessairement, demain serait meilleur qu’aujourd’hui, et qui était commun au monde de l’Ouest et au monde de l’Est, puisque le communisme promettait un avenir radieux, s’est effondré en tant que mythe. Cela ne signifie pas que tout progrès soit impossible, mais qu’il ne peut plus être considéré comme automatique et qu’il renferme des régressions de tous ordres. Il nous faut reconnaître aujourd’hui que la civilisation industrielle, technique et scientifique crée autant de problèmes qu’elle en résout. »

Edgar Morin,
Propos recueillis par Anne Rapin, Label France, n°28, 1997.


«  Paradoxalement, il faudrait savoir s’arrêter pour éviter de tomber mais c’est précisément parce que nous avons peur de la chute que nous avançons toujours plus vite et plus nombreux.
Le temps est venu pour l’apprenti sorcier de devenir sorcier. Pour cela il lui faudra s’affranchir de règles de bon sens élémentaire, cultiver l’art du déni, faire vœu de bricolage à défaut de posséder toutes les clés de la connaissance et tordre le cou aux considérations éthiques. Et surtout faire le saut de la foi. La foi dans le Progrès éternel de l’homme, en toute circonstance. Le Progrès, voilà le gros mot lâché, à nous d’en tirer les conclusions (…)
Mais notre foi dans le Progrès ne nous aidera pas beaucoup tant que nous n’aurons pas changé nos instruments de navigation et modifié radicalement certains de nos comportements. Les limites de la prospérité, aujourd’hui, sont plus dépendantes du capital naturel disponible que des prouesses technologiques. »

 Geneviève Ferone et Jean-DidierVincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 71 et 150.

 

« Le progrès est clairement et nettement un mot chargé de valeur. Il se distingue en cela de concepts parents comme « changement » et « croissance » – ou encore « évolution » –, qui sont ou peuvent être traités comme purement fondés sur des faits (…)
À la fictive nécessité du Progrès pourrait alors se substituer la volonté de progrès, plus précisément la volonté modeste de réaliser tel ou tel progrès dans un domaine défini, impliquant la libre évaluation des options et le libre choix parmi les possibles, dans le cadre d’une discussion publique continue réunissant en droit, selon diverses modalités, tous les citoyens sans exclusion. La notion de progrès perd dès lors l’unité et l’unicité qui la constituaient en dogme (…)
Dans cette perspective, on suppose que tout ce qui est techniquement possible n’est pas nécessairement souhaitable, ce qui engage à déterminer les limites du faisable selon des critères explicites. »

Pierre-André Taguieff,
« L’idée de progrès. Une approche historique et philosophique »,
Cahier du CEVIPOF n°32, sept. 2002, p. 5 et 74.

« Le progrès en tant que théorie politique diffère sensiblement du progrès synonyme d’amélioration ou d’avancement. Si la seconde signification du terme a perdu du terrain ces dernières années, la première en revanche a gardé toute sa puissance idéologique. Investi du sens que véhiculait autrefois la notion d’évolution sociale, ce progrès-là est forcément linéaire et irréversible, une référence normative se manifestant notamment lorsque nous qualifions une personne ou une idée de « progressiste » (…)
Le progrès n’est plus une idée innocente, mais une idéologie pour laquelle des hommes sont prêts à tuer ou à mourir. Il a acquis une signification qui implique une manière particulière de concevoir le temps et l’espace, l’histoire et la géographie, une vision dans laquelle les différentes cultures et sociétés cessent d’apparaître lointaines, mystérieuses ou intrigantes pour devenir des entités familières situées à un point déterminé sur l’échelle de l’histoire — un point par lequel les plus civilisés sont déjà passés et vers lequel les moins civilisés avancent inexorablement.
Une vaste partie de l’hémisphère Sud est volontiers perçue comme une sorte de réplique de l’Europe de l’Ouest et de l’Amérique du Nord, mais prise à un stade moins évolué, à une étape que la marche de l’histoire a laissée derrière nous (…)
Le progrès, en somme, désigne l’infaillible processus par lequel la destinée humaine est appelée à s’accomplir. Il consiste à dépouiller chaque culture de ses possibilités d’évolution pour les dissoudre dans une vision monolithique. »

Ashis Nandy, « Réflexions sur le progrès »,
Le Monde diplomatique, supplément, oct. 2015.

Pourquoi ?

(voir aussi Comprendre, Finalisme et Métaphysique)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Gottfried W. Leibniz,
« Principes de la nature et de la grâce fondés en raison », 1740.

 

« Et si la science elle-même, sur le plan de l’explication causale, n’oserait se promettre de nous mener au repos de l’esprit, que sera-ce de la philosophie, avec la suite illimitée de ses « pourquoi », qui, sans doute, n’ont aucun sens, qui, sans doute, n’ont pas le droit de sortir d’une bouche humaine, mais que nous avons bien de la peine à ravaler quand la nausée métaphysique nous les fait monter à la gorge ! »

Jean Rostand,
«Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 75.

 « Une théorie unifiée, si elle est possible, se borne de toute façon à un ensemble de règles et d’équations. Qu’est-ce qui donne vie à ces équations et crée l’Univers qu’elles doivent décrire ? En suivant la règle qu’elle s’est fixée de construire un modèle mathématique, la science s’avère incapable d’expliquer pourquoi il devrait exister un Univers conforme à ce modèle. Pourquoi l’Univers se donne-t-il tant de mal pour exister ? La théorie unifiée serait-elle dotée d’une telle force qu’elle se mettrait au monde elle-même ? Ou bien a-t-elle besoin d’un Créateur et, dans ce cas, joue-t-il un rôle dans l’Univers ? Et qui l’a créé, Lui ? »

Stephen Hawking,
«Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 163.

 

« À en croire un cliché fastidieux (et qui à la différence de beaucoup d’autres n’est même pas vrai), la science s’occuperait du comment alors que seule la théologie aurait les moyens de répondre au pourquoi (…) Ce n’est pas parce qu’une question peut être formulée dans une phrase grammaticalement correcte qu’elle a un sens (…) Peut-être y a-t-il des questions vraiment profondes et sensées qui échapperont toujours au domaine de la science. Peut-être la théorie quantique frappe-t-elle déjà à la porte de l’insondable. Mais si la science ne peut répondre à telle question fondamentale, qu’est-ce qui donne à penser que la religion puisse y répondre ? »

Richard Dawkins,
«Pour en finir avec Dieu »,
Perrin, 2009, p. 77.

« Pourquoi le pourquoi ? (…) Nous seuls (de tous les êtres vivants terrestres) percevons notre existence comme une trajectoire dotée de sens (signification et direction). Un arc. Une courbe allant de la naissance à la mort. Une forme qui se déploie dans le temps, avec un début, des péripéties et une fin. En d’autres termes : un récit. »

Huston Nancy,
« L’espèce fabulatrice », Actes Sud, 2008, p. 14

 

 

Positivisme

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Dans l’état théologique, l’esprit humain dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers.
Dans l’état métaphysique, qui n’est au fond qu’une simple modification générale du premier, les agents surnaturels sont remplacés par des forces abstraites, véritables entités (abstractions personnifiées) inhérentes aux divers êtres du monde, et conçues comme capables d’engendrer par elles-mêmes tous les phénomènes observés, dont l’explication consiste alors à assigner pour chacun l’entité correspondante.
Enfin, dans l’état positif, l’esprit humain, reconnaissant l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, renonce à chercher l’origine et la destination de l’univers, et à connaître les causes intimes des phénomènes, pour s’attacher uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation, leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude. »

Auguste Comte,
« Cours de philosophie positive », I, 1830.

 

 « Mais on aurait bien tort de croire le positivisme mort. Jean-Louis Le Moigne cite un Rapport assez ahurissant de l’Académie française des sciences (1996)  (… et) résume à notre usage les quatre conventions qui fondent la connaissance scientifique elle-même :
 L’hypothèse ontologique : il existe une réalité objective, extérieure à l’homme, mais que celui-ci peut s’attacher à découvrir en éliminant la subjectivité des perceptions individuelles.
–  L’hypothèse déterministe ou de causalité : il existe des lois stables et régulières qui commandent à la nature afin de les mettre en œuvre.
 L’hypothèse réductionniste ou de modélisation analytique, fondée par Descartes, selon laquelle on peut comprendre le complexe en le réduisant à ses parties.
 L’hypothèse rationaliste ou de raison suffisante, remontant aux trois axiomes d’Aristote d’où découle la méthode hypothético-déductive.
Le lecteur découvrant l’épistémologie s’écriera : « eh oui, mais en quoi ceci est-il scandaleux. N’est-ce pas ainsi que la science fonctionne ? » Jean-Louis Le Moigne, et nous avec lui, nous répondrons : elle fonctionne comme cela dans certains domaines seulement, et par convention, parce qu’il est plus efficace de s’appuyer sur ces principes plutôt que sur des conceptions de la connaissance plus complexes, quand on veut, par exemple… faire de l’ingénierie.
(…) aussi bien en physique quantique que dans les sciences du macroscopique (sciences humaines et sociales comprises), il est désormais évident que nulle part on ne peut affirmer l’existence ontologique d’un réel indépendant de l’observateur. Partout il apparaît que l’observateur ne peut être objectif. C’est en fait un acteur qui construit par son action (en utilisant ses instruments) sa propre représentation du monde et qui se trouve en retour immédiatement modifié par cette construction. »

présentation par Jean-Paul Baquiast de Jean-Louis Lemoigne,
« Le constructivisme », L’Harmattan, 2003,
www.automatesintelligents.com/ avril 2004.

 

« Aujourd’hui, il semble devenu évident pour tous ceux disposant d’un minimum de sens critique qu’il n’est plus possible d’envisager l’hypothèse dite positiviste ou réaliste forte, postulant l’existence d’un réel préexistant à l’observateur, que celui-ci se bornerait à décrire de façon de plus en plus approchée grâce au travail scientifique. Cette hypothèse constitue une convention commode dans la vie quotidienne mais ne permet plus d’aborder de façon constructive les questions nouvelles nées du développement des sciences et des techniques, tant au point de vue de la recherche qu’à celui de leurs conséquences politiques et sociales. Il faut dorénavant admettre que la réalité, tout au moins les modèles et produits de toutes sortes résultant de l’activité humaine, est « construite » par cette dernière, d’une façon jamais terminée mêlant inextricablement le constructeur et son œuvre (…)
En résumant beaucoup, on dira que MCR (Method of Relativized Conceptualisation) permet de s’affranchir de ce que l’on pourrait appeler la tyrannie du « réalisme des essences » ou du monde en soi, qui conduit les hommes, que ce soient des scientifiques ou de simples locuteurs ayant recours au langage ordinaire, à oublier, inconsciemment ou même volontairement, que ce sont eux, à travers la façon dont ils perçoivent et se représentent le réel, qui définissent et construisent ce réel. »

J.-P. Baquiast et C. Jacquemin, « Le programme pour une épistémologie formalisée de Mme
Mioara Mugur-Schächter »,
www.automatesintelligents, juin 2004.

Philosophie

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c’est qu’il n’admet rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux. »

Denis Diderot,
« Lettre à Sophie Volland », 26 septembre 1762.


« Le philosophe naît dans un monde qu’il ne comprend pas et meurt dans un monde qui ne le comprend pas. »

Anonyme.

« L’objet de la philosophie est de commencer avec une chose si simple que ce n’est même pas la peine d’en parler et de terminer avec quelque chose de si paradoxal que personne ne veut y croire. »

Bertrand Russel (1872-1970)

 

« … une inversion de sens a donc fait que les philosophes ne nous invitent plus à comprendre que leur propre système. Or un système philosophique n’est pas fait pour être compris : il est fait pour faire comprendre (…) Sous prétexte que la vérité philosophique est universelle, le philosophe se croit universel aussi. On parle de l’Être, et on fait de l’esthétique, et on jette les bases d’une sociologie, et on a aussi accessoirement son idée sur la structure du raisonnement mathématique et sur l’indéterminisme en microphysique. Dès lors la philosophie n’est plus qu’un mélange de considérations douteuses, présentées avec la rigueur apparente d’une systématisation artificielle, sur la base de connaissances partielles et vagues. »

Jean-François Revel,
« Pourquoi des philosophes ? », J.-J. Pauvert, 1957, p. 25 et 79.

 

 « … l’homme se mutile chaque fois qu’il prend, en face du réel, une attitude unique. La science, l’art, la politique sont en ce sens sources d’aliénation. Activités légitimes, et nécessaires, elles ne sauraient prétendre à la totalité, et il est clair que le malaise de la civilisation occidentale trouve sa source principale dans la réduction, opérée par le monde moderne, de tous les rapports que l’homme peut avoir avec l’univers, au seul rapport technique. Rappelant, d’abord, que l’homme n’est pas seulement l’objet possible de la connaissance et de l’action, mais aussi leur nécessaire sujet, la réflexion philosophique permet à la conscience de se reprendre. »

Ferdinand Alquié (1906-1985)

« Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde. Pour le philosophe, homme ou femme, le monde reste quelque chose d’inexplicable, de mystérieux et d’énigmatique. Les philosophes et les petits enfants ont, par conséquent, une grande qualité en commun. »

Jostein Gaarder,
« Le monde de Sophie », Seuil, 1999, p. 32.

 

 «  … l’invention et la nouveauté à tout prix, le désir d’inédit et le souci de paraître d’avant-garde produisent, en philosophie, et plus particulièrement dans celle du XX e siècle, des monstres systématiques à l’origine d’une rupture avec le public et d’un « devenir secte » d’un certain nombre de cénacles philosophiques abscons. La production d’une philosophie pour philosophes constitue une impasse antiphilosophique. La philosophie n’est pas l’art d’un alphabet nouveau, mais celui de combinaisons nouvelles de mots anciens… »

Michel Onfray,
«Manifeste hédoniste », Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 13.

Occultisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’affaire de l’occultisme est de ne pas s’en tenir aux phénomènes matériels, mais de considérer les réalités spirituelles qui sont derrière ces phénomènes (…) C’est ainsi que derrière tous les phénomènes physiques, des phénomènes psycho-spirituels apparaissent au chercheur qui a passé par l’école de la perception spirituelle. Pour lui les transformations matérielles de la planète terrestre sont l’œuvre de forces spirituelles latentes. Mais à force de remonter toujours plus loin dans les annales de la vie terrestre, l’occultiste arrive au point où toute autre matière a commencé d’exister ; c’est-à-dire au point où cette matière s’est, par l’évolution, dégagée de la spiritualité (…)
Si les faits occultes exigent pour être observés la perception spirituelle, la simple pensée logique, pourvu qu’elle soit réellement libérée, suffit à les saisir intuitivement quand l’investigateur en fait part. Lorsque le corps astral de l’homme s’évade durant le sommeil, son domaine dépasse la terre et s’étend à d’autres univers du monde planétaire. Bien plus, ces univers influencent le corps astral de l’homme même à l’état de veille. Et c’est ce qui justifie la dénomination de corps « astral ». »

Rudolf Steiner,
« La science occulte », Librairie Académique Perrin, 1938,
p. 47-48 et 149, anthroposophie.doc.pagesperso-orange.f

« … j’ai tenu à assister à un grand nombre de séances de médiumnité, de clairvoyance, de télépathie, de télékinésie, etc. Or, non seulement j’ai dû constater l’impossibilité de recueillir un seul fait convaincant dès que les conditions de contrôle se faisaient à peu près satisfaisantes, mais aussi, et surtout, de l’atmosphère de naïveté et de crédulité extrêmes où se déroulaient ces enquêtes, j’ai retiré une impression extrêmement forte de certitude négative. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p.68-69.

« Les croyances au paranormal sont intrinsèquement discréditrices de la science mais elles engendrent une conséquence encore plus large et plus grave. Les tenants du paranormal contribuent en fait à une mystification de la connaissance. Mystification qui a pour résultat une conception du monde dans laquelle de nombreux éléments échappent irrémédiablement à la compréhension – donc au contrôle – de la plupart des individus.
Entre autres choses, cette déformation des modes de pensée induit une stratification du monde très particulière. Il y a ceux qui ont des « pouvoirs », sont des « médiums », des « élus », savent et agissent et – loin en dessous – ceux qui s’étonnent, regardent et suivent sans comprendre.
Cette stratification contribue à l’émergence d’un fatalisme béat et à la déresponsabilisation de l’individu. »

Henri Broch,
extrait adapté du Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

« Le Prix-Défi Broch-Majax-Théodor a été lancé en 1987 par Henri Broch, biophysicien, Gérard Faier, dit « Majax », illusionniste, et l’immunologue belge Jacques Théodor, à toute personne qui pourrait présenter un phénomène paranormal. Clos en février 2002, ce prix, connu également sous le nom de Défi zététique international n’a jamais été remporté par qui que ce soit. De 500.000 Fr au départ, le prix a été porté à 200.000 €, sous forme d’un chèque de Jacques Théodor qui serait remis immédiatement en cas de démonstration extraordinaire. »

pseudo-scepticisme.com/Analyse-critique-du-Prix-Defi

Objectivité

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Il suffit que nous parlions d’un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l’objet nous désigne plus que nous ne le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde sont souvent des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu ; nous accumulons les hypothèses et les rêveries ; nous formons ainsi des convictions qui ont l’apparence d’un savoir. Mais la source initiale est impure : l’évidence première n’est pas une vérité fondamentale. En fait, l’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a d’abord rompu avec l’objet immédiat, si l’on a refusé la séduction du premier choix, si l’on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objectivité, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l’objet. Elle doit d’abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique même la plus constante, l’étymologie enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s’émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude vraiment objective. »

Gaston Bachelard,
« La psychanalyse du feu », 1949, avant-propos. 

« L’observateur qui prétend observer une pierre observe, en réalité, si nous voulons ajouter foi à la physique, les impressions de la pierre sur lui-même. C’est pourquoi la science paraît être en contradiction avec elle-même : quand elle se considère comme étant extrêmement objective, elle plonge contre sa volonté dans la subjectivité. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 27.

 

 « … l’objectivisme est une attitude intellectuelle consistant à rechercher les lois objectives gouvernant la réalité sociale indépendamment de la conscience que les sujets ont de cette réalité (…) les caractéristiques individuelles des structures subjectives sont déterminées par les structures objectives intériorisées par l’individu au cours de sa vie (…)
L’action déterminante des structures objectives sur les comportements suppose pour se déployer la méconnaissance par les agents sociaux de l’existence de ces déterminations. »

Marlène Benquet
in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu »,
J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 42-43.

 

 « Accuser les médias, comme le fait Chomsky, de ne pas représenter la réalité telle qu’elle est et de déformer ou de passer régulièrement sous silence certains faits importants n’aurait évidemment pas grand sens si l’on devait accepter l’idée qu’il n’y a pas vraiment de faits, mais seulement des représentations de diverses sortes (…)
On peut facilement être tenté de croire que, si les scientifiques ne peuvent pas (ou pas encore) renoncer à utiliser un concept comme celui de vérité objective, les littéraires peuvent, après tout, très bien envisager de s’en passer, dans la mesure où ce qui compte pour eux est uniquement la liberté. Mais c’est une illusion dangereuse. Orwell soutient que, si l’on prétend défendre la liberté, on ne peut pas ne pas se sentir tenu en même temps de défendre la vérité objective et, inversement, que ceux à qui la vérité objective tient à cœur ne peuvent pas considérer comme secondaire la défense de la liberté.
Aux yeux de Chomsky, les humanités et les sciences sociales ne peuvent pas plus se permettre d’ignorer ou de traiter à la légère le concept de vérité objective que ne le font les sciences exactes. »

Jacques Bouveresse, extrait de sa préface au livre de Noam Chomsky,
« Raison et liberté. Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels »,
Agone, 2010, in « Le Monde diplomatique », mai 2010.

Nanotechnologies

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’objectif de l’Institut Foresight  [prévoyance] est d’encadrer les technologies émergentes afin qu’elles servent à l’amélioration de la condition humaine. Foresight fait porter tous ses efforts sur la nanotechnologie qui permettra bientôt de construire des matériaux et des produits avec une précision atomique ; l’institut s’intéresse aux systèmes qui faciliteront l’échange d’informations et les discussions fondamentales, permettant ainsi d’améliorer la prise de décision dans le domaine public mais aussi privé. »

 Kim E. Drexler et Christine Peterson
(1986) fr.wikipedia.org/wiki/

 

«  Poussant à ses extrémités la logique du biomimétisme, Éric Drexler a eu l’idée de l’assembleur universel, soit une nano-usine capable de fabriquer n’importe quel nanorobot pourvu qu’on lui fournisse les spécifications adéquates, à commencer par la capacité de créer d’autres assembleurs, donc capable d’autoréplication, propriété majeure du vivant (…)
Les plus merveilleux matériaux nano sont sans doute les graphènes : la forme la plus mince existant dans l’univers, constituée d’une simple couche d’atomes de carbone sur laquelle les électrons se déplacent à des vitesses de six ordres supérieures à celle du cuivre (…) perdent leur masse effective, ce qui les amène dans un domaine quantique (décrit par l’équation de Dirac) faisant basculer la recherche sur un territoire vierge et un « système électronique unique » (…)
À côté des nanomatériaux dits passifs, on conçoit aujourd’hui des nanostructures actives capables de se modifier en fonction de l’environnement (température, choc, contact, avec un autre corps) … des nanoparticules capables de stopper les hémorragies en cas de blessure  … »

Geneviève Ferone et Jean-Didier Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 12-13 et 42.

« D’ores et déjà, deux craintes font surface : premièrement, les nanopoudres – du fait de leur finesse – peuvent se diffuser dans tous les espaces corporels, alvéoles pulmonaires, sang et même à travers la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau. Le toxicologue britannique Vyvyan Howard a mis en évidence le problème, en démontrant que des nanoparticules d’or peuvent franchir la barrière placentaire et donc transporter des composés de la mère au fœtus. Deuxièmement, la forme des nanoproduits peut être à l’origine d’effets toxiques. Ainsi, à l’instar des fibres d’amiante, les nanotubes de carbone pourraient se ficher dans les alvéoles pulmonaires et provoquer des cancers. Ce qui complique la caractérisation des éventuels impacts sanitaires, c’est qu’on ne connaît pas bien les nanoproduits que l’on fabrique. »

Dorothée Benoît-Browaeys,
« Nanotechnologies, le vertige de l’infiniment petit »,
Le Monde diplomatique, mars 2006.

« … l’une des premières applications qu’on pourra demander à une IA d’ingénierie ultra rapide, et les militaires ne s’en priveront pas, sera de concevoir des nanotechnologies, des dispositifs qui permettent d’assembler des objets (n’importe quel objet) et des machines (n’importe quelle machine) atome par atome, avec une vitesse et une précision incroyables (…) Les nanotechnologies, c’est la possibilité de construire des matériaux, des structures, des systèmes, des calculateurs, des robots et même des usines entières, dont la taille entière sera de l’ordre du nanomètre, c’est-à-dire le millième de l’épaisseur d’un cheveux. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 415 et 444.

 

 « La nanoélectronique à maturité offre la perspective d’appareils d’une élégance chatoyante, comme les assistants personnels numériques de la taille d’une carte de crédit. Ce n’est pas qu’il soit impossible de les faire plus petits, mais ils doivent rester suffisamment grands pour être tenus en main. L’objet pourrait être un monolithe noir mat sans structures reconnaissables, la surface noire collectant la lumière solaire et la transformant en électricité ; il résisterait aux griffes et serait recouvert d’une très fine couche de diamant, sous laquelle se trouverait une couche en piézocéramique convertissant le son en électricité et vice versa afin de permettre la communication vocale.
Évidemment, il pourrait aussi transmettre des données par voie optique et hertzienne. L’objet pourrait également voir au moyen d’une lentille plate et d’une puce de conversion d’images à haute définition, s’allumerait comme un écran et servirait de magnétophone, d’appareil photo, de magnétoscope, de télévision, de téléphone mobile et, via le système de navigation européen Galileo, d’aide à l’orientation. Sur demande, il lirait, traduirait et expliquerait le menu d’un restaurant romain, passerait la commande dans un italien irréprochable et paierait ensuite l’addition. Il pourrait aussi reconnaître la voix et les empreintes digitales des personnes autorisées à l’utiliser, se protégeant ainsi tout seul contre les abus. »

Mathias Schulenburg,
« La nanotechnologie – L’innovation pour le monde de demain ».
Édité par: Commission européenne, DG Recherche, 2004, p. 28-29.