Climat

(voir aussi Apocalypse et Écologie)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Réchauffement de l’atmosphère, montée et acidification des océans… L’un après l’autre, les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dressent un tableau sombre de l’évolution de notre climat. Ce groupe, qui compile près de 20 000 études de plus de 800 chercheurs, a publié la synthèse de son cinquième rapport (nov. 2014)
« Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté. »
95 % : c’est le degré de certitude, qualifié d’ « extrêmement probable », que « l’activité humaine est la cause principale du réchauffement observé » depuis le milieu du XXe siècle (…)
Le niveau des océans en 2100 par rapport à la période 1986-2005 pourrait s’élever de quasiment un mètre, dans le scénario le plus pessimiste. Selon le dernier rapport du GIEC, les océans se sont élevés de 19 cm depuis la fin du XIXe siècle (…)
-70 %, c’est la réduction nécessaire des émissions mondiales de gaz à effet de serre (CO2 mais aussi méthane et protoxyde d’azote) en 2050 par rapport à leur niveau de 2010 pour maintenir la hausse moyenne des températures en dessous de 2 °C, selon le dernier rapport. Mais « depuis 2010, les émissions augmentent plus vite encore que dans les décennies précédentes », a déploré Rajendra Pachauri, le président du GIEC. La concentration de ces gaz atteint désormais « des niveaux sans précédent depuis au moins 800 000 ans » ».

Alexandre Pouchard,
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/11/04/climat

« Le livre de Vahrenholt et Lüning ( Die Kalte Sonne – Le soleil froid ) comporte plus de 800 citations de littérature scientifique revue par les pairs, et 80 graphes sélectionnés. Les auteurs estiment, démonstration à l’appui, que les 12 dernières années marquées par un léger refroidissement global alors que les taux de CO2 augmentaient ne sont pas une péripétie secondaire dans une tendance longue alarmante, mais au contraire un élément important du débat qui remet en cause les modèles utilisés par le GIEC. Et surtout, ils arrivent à la conclusion que les variations d’activité solaire sont bien plus importantes pour le climat terrestre, que l’évolution du taux de CO2. »

Vincent Bernard,
« Changement climatique : l’effet Vahrenholt refroidit une Allemagne de plus en plus sceptique »,
http://www.objectifliberte.fr/, 2012.

« Depuis la fin des années 1990, les climatologues constatent le ralentissement du réchauffement de l’atmosphère. Selon les estimations du Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC), le rythme du réchauffement de 1998 à 2012 s’établit à 0,05 °C1. Soit beaucoup moins que les 0,12 °C d’augmentation moyenne du thermomètre à chaque décennie depuis 1951. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à voir dans cette quasi « pause climatique » la confirmation des thèses climato-sceptiques. Une conclusion hâtive, dans la mesure où les autres signes du changement climatique (fonte des glaces, montée du niveau des mers)) n’ont, eux, pas du tout faibli (…)
Selon une étude sino-américaine publiée vendredi dans la revue Science, les causes profondes de ce ralentissement sont plutôt à chercher du côté de l’Atlantique (…)
Pour Ka-Kit Tung, le phénomène pourrait encore durer une dizaine d’années avant que ce « réservoir à chaleur » se vide à nouveau : « Quand cette variabilité interne du climat, responsable de l’actuelle pause, s’inversera, et elle s’inversera, un nouvel épisode d’accélération du réchauffement climatique devrait suivre », lâche-t-il. La hausse du thermomètre pourrait alors franchir un nouveau seuil, comme régulièrement depuis le début du siècle dernier. »

Jason Wiels,
http://www.Le Poinr.fr 08/2014.

« Réchauffement climatique : « Un point de non-retour a été atteint « .
Selon plusieurs études scientifiques, la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique pourrait atteindre entre 1 et 3 mètres d’ici 2100.
Deux études ont en effet été publiées lundi 12 mai dernier. La première, parue dans la revue scientifique Geophysical Research Letters a été menée par des chercheurs de la Nasa (…)
Le même jour, une seconde étude était publiée dans le journal Science. Cette étude a été réalisée par une équipe de scientifiques de l’Université de Washington. Ces derniers se sont penchés sur un seul glacier, celui de Thwaites, en Antarctique (…) « ce glacier agit comme un pivot qui pourrait entraîner avec lui le reste de la banquise«  explique le rapport. Cette même banquise qui contient assez d’eau pour faire monter le niveau des eaux de 3 mètres !
(…) les dernières prévisions sont si cataclysmiques qu’aux États-Unis, certains groupes d’écologistes s’avouent vaincus et renoncent à la lutte. »

Paul Monin, http://www.aleteia.org 05/2104

« Qui finance les climato-sceptiques ? C’est une question que s’est posée un chercheur américain. Car le financement des études climato-sceptiques y est pour le moins opaque. Il a effectué un travail de fourmi pour définir qu’un peu moins d’un milliard de dollars de fonds transitent par des fondations appartenant souvent à de grands industriels, miniers, banquiers ou magnats du pétrole (…)
Ces fondations, qui garantissent l’anonymat des mécènes, font donc, dans l’ombre, un intense travail de lobbying, poursuit François Gemenne (coauteur du livre « Controverses climatiques ») : « Ce sont très clairement des intérêts industriels à protéger. Et très clairement, en attaquant la science du climat, ce qu’ils cherchent à attaquer en réalité ce sont les politiques qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est un travail de lobbying qui a payé, puisque les États-Unis sont aujourd’hui le seul pays industrialisé à ne pas avoir de législation fédérale qui limite ses émissions de gaz à effet de serre ». »

Odile Leherte,
www.rtbf.be, janv. 2014.

« Depuis les années 1950, beaucoup de changements sont intervenus dans le système climatique : l’atmosphère et les océans se sont réchauffés, l’étendue et le volume des neiges et glace ont diminué, le niveau des mers s’est élevé, les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté (…)
L’océan à absorbé environ 30 % des émissions anthropiques de dioxyde de carbone au détriment de son PH qui a diminué de 0,1 depuis le début de l’ère industrielle, ce qui signifie que les océans s’acidifient (…)
D’un autre côté, les aérosols et leurs interactions avec les nuages ont contrebalancé une partie substantielle du forçage radiatif des gaz à effet de serre avec un effet estimé à -0,9 w.m-2. Les aérosols provenant des éruptions volcaniques peuvent également avoir un impact important sur le climat. Ce fût le cas entre 2008 et 2011 où plusieurs éruptions de faible intensité (comme la très médiatique éruption de l’Eyjafjöll) ont entraîné un forçage radiatif de -0,11 w.m-2.
Enfin, la contribution du Soleil au forçage radiatif est estimée à (seulement) 0,05 watt par mètre carré.
Ainsi, les facteurs naturels n’ont que peu contribué au forçage radiatif. Par conséquent, l’influence humaine sur le système climatique est sans équivoque… »

Christophe Magdelaine,
www.notre-planete.info (30/01/2014).

Civilisation

(voir aussi Apocalypse)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Le premier homme qui lança une insulte plutôt qu’une pierre fonda la civilisation. »

Sigmund Freud (1856-1939)


« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire.
Élam, Ninive, Babylone étaient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie… ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les œuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les œuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables : elles sont dans les journaux. »

Paul Valéry, « La crise de l’esprit », Variété III (1919)
in « Europes de l’antiquité au XXe siècle », R. Laffont, 2000.

 

 « La civilisation occidentale moderne apparaît dans l’histoire comme une véritable anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues plus ou moins complètement, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’on est convenu d’appeler la Renaissance, a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante ; »

René Guénon, « Orient et Occident », Paris, Payot,‎ 1924 p. 8.

« Cette civilisation est telle que l’on a juste à être patient et elle s’autodétruira. »

Mahatmah Gandhi, « Hind Swaraj or Indian home rule »,
Navjivan publishing house, chap. VI.

 

« … si la masse orientale finit par être vraiment hostile aux Occidentaux, après les avoir longtemps regardés avec indifférence, qui en est responsable ? Est-ce cette élite qui, toute à la contemplation intellectuelle, se tient résolument à l’écart de l’agitation extérieure, ou ne sont-ce pas plutôt les Occidentaux eux-mêmes, qui ont fait tout ce qu’il fallait pour rendre leur présence odieuse et intolérable ? (…) quand la résistance à une invasion étrangère est le fait d’un peuple occidental, elle s’appelle « patriotisme » et est digne de toutes les éloges ; quand elle est le fait d’un peuple oriental, elle s’appelle « fanatisme » ou « xénophobie » et ne mérite plus que la haine et le mépris. D’ailleurs, n’est-ce pas au nom du « Droit », de la « Liberté », de la « Justice » et de la « Civilisation » que les Européens prétendent imposer partout leur domination, et interdire à tout homme de vivre et de penser autrement qu’eux-mêmes ne vivent et ne pensent ? (…) il n’y a plus guère en Occident que deux sortes de gens, assez peu intéressantes l’une et l’autre : les naïfs qui se laissent prendre à ces grands mots et qui croient à leur « mission civilisatrice », inconscients qu’ils sont de la barbarie matérialiste dans laquelle ils sont plongés, et les habiles qui exploitent cet état d’esprit pour la satisfaction de leurs instincts de violence et de cupidité. »

René Guénon, « La crise du monde moderne »,
Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 180-181.

 

« Dans tout l’univers de la civilisation industrielle, la domination de l’homme par l’homme croît en étendue et en efficacité. Cette tendance n’apparaît pas comme un recul accidentel et passager sur le chemin du progrès. Les camps de concentration, les génocides, les guerres mondiales et les bombes atomiques ne sont pas des rechutes dans la barbarie, mais les résultats effrénés des conquêtes modernes de la technique et de la domination. L’asservissement et la destruction de l’homme par l’homme les plus efficaces s’installent au plus haut niveau de la civilisation, au moment où les réalisations matérielles et intellectuelles de l’humanité semblent permettre la création d’un monde réellement libre. »

Herbert Marcuse, « Éros et civilisation »,
Les Éditions de minuit, introd., 1963.

 

 « La civilisation est en grande partie fondée sur la couardise. Il est si simple de civiliser en apprenant à être lâche. Étouffez les critères qui conduiraient au courage. Limitez l’exercice de la volonté. Égalisez les appétits. Bouchez les horizons. Décrétez une loi pour chaque mouvement. Niez l’existence du chaos. Apprenez même aux enfants à respirer lentement. Domptez. »

Frank Herbert, « Les mémoires volés »
in « L’Empereur-Dieu de Dune »,
1981, p. 520.

 

 « Ce qui me surprend le plus chez l’homme occidental, c’est qu’il perd la santé pour gagner de l’argent, et il perd ensuite son argent pour récupérer la santé. À force de penser au futur, il ne vit pas au présent et ne vit donc ni le présent ni le futur. Il vit comme s’il ne devait jamais mourir, et il meurt comme s’il n’avait jamais vécu. »

Lhamo Dondump, Dalaï Lama

 

 

Apocalypse

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Le cinquième ange sonna de la trompette. Et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre. La clef du puits de l’abîme lui fut donnée, et elle ouvrit le puits de l’abîme. Et il monta du puits une fumée, comme la fumée d’une grande fournaise ; et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. De la fumée sortirent des sauterelles qui se répandirent sur la terre ; et il leur fut donné un pouvoir comme le pouvoir qu’ont les scorpions de la terre.
Il leur fut dit de ne point faire de mal à l’herbe de la terre, ni à aucune verdure, ni à aucun arbre, mais seulement aux hommes qui n’avaient pas le sceau de Dieu sur le front.
Il leur fut donné, non de les tuer, mais de les tourmenter pendant cinq mois; et le tourment qu’elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion quand il pique un homme.
En ces jours-là, les hommes chercheront la mort et ils ne la trouveront pas ; ils désireront mourir et la mort fuira loin d’eux. »

Jean, « L’Apocalypse », 9.1-9.6 (fin du 1er s.)

 

« Quand on voit l’Homme manier de si terribles énergies, encore toutes fourrées d’inconnu (…) comment ne pas douter si, un jour, trop confiant en l’infaillibilité de ses machines électroniques, ou méconnaissant le jeu d’une cause insoupçonnable, il ne commettra pas l’erreur gigantesque dont il ne s’aviserait que trop tard pour en corriger les effets ? »

Jean Rostand, « Disparition de l’homme »,
l’Apocalypse, J. Foret, 1961, p. 223.

 

« Que se passe-t-il ?
J’y comprends rien
Y avait une ville
Et y a plus rien
Y a plus rien qu’un désert
De gravats, de poussière
Qu’un silence à hurler
À la place où il y avait
Une ville qui battait
Comme un cœur prodigieux
Une fille dont les yeux
Étaient pleins du soleil de mai
Mon Dieu, mon Dieu
Faites que ce soit
Un mauvais rêve
Réveillez-moi… »

Claude Nougaro, chanson, « Y avait une ville », 1964.

 

 

« Des milliardaires qui occupent les suites de luxe jusqu’aux immigrants entassés en fond de cale, tous sont embarqués dans le même voyage et pour le même naufrage. Et pourtant, alors que l’iceberg approche et que le bateau devrait dévier de son cap, l’orchestre continue de jouer, les passagers de se distraire, et l’équipage de passer de groupe en groupe afin de rassurer tout le monde. » 

Nicolas Hulot, «  Le syndrome du Titanic »,
Calman-Levy, 2004.

 

« Lorsque je me projette dans le temps, je vois la planète chaude et aride, et quelques survivants en marche vers l’Arctique. Je les vois dans le désert tandis que le jour pointe et qu’à l’horion le soleil darde ses premiers rayons. L’air frais de la nuit est un soulagement, mais il se dissipe, telle une fumée, à mesure que la chaleur monte. L’unique chameau s’éveille, cligne des yeux et se dresse lentement sur son arrière-train. Les petits derniers de la tribu montent en selle. L’animal éructe et se met en route dans la fournaise, en quête de la prochaine oasis. »

James Lovelock, « La revanche de Gaïa »,
Flammarion, 2007, dernier paragraphe.

 

« Muni de la technologie adéquate, n’importe quel bricoleur ou « hacker » pourra concevoir un nanovirus autoreproducteur : un nano-système analogue à un virus humain (…) La multiplication des « nanobugs » ne connaîtrait aucune limite (…) en moins d’une semaine, l’ensemble de la surface de la planète, et même de son sous-sol, y compris vous et moi, y compris toutes les espèces vivantes animales et végétales, y compris même les océans et une bonne partie de la croûte terrestre, sera décomposé et transformé en une espèce de gelée grise et informe, une « pâte de nanobugs » furieusement occupés à se détruire eux-mêmes et à se reconstruire en même temps, à laquelle on a donné le nom de Grey Goo, « Mélasse grise ». »

Serge Boisse, « L’esprit, l’IA et la singularité, »,
2007, Lulu.com, p. 474-475.

 

« Ce que nous appelons notre « civilisation » ressemble à un chancre. Nous envahissons, nous dévastons, nous salissons l’air, l’eau, le sol, le sous-sol, les mers, les campagnes, les forêts, les montagnes, les déserts et les pôles ; demain, la Lune et la planète Mars… Nous produisons des quantités phénoménales de déchets. Nous affaiblissons Gaïa, le super-organisme qui nous oxygène, nous abreuve et nous nourrit.
Nous nous précipitons dans le néant…

« Le vingt et unième siècle sera belliqueux, ou je ne m’y connais pas. La conclusion pourrait en être une série de conflits terrifiants qui finiraient en guerre totale – la troisième et la dernière qu’on nommerait « mondiale ». Au bouquet final de ce feu d’artifice, l’humanité serait écrabouillée, carbonisée, irradiée, affamée, noyée, gelée, pétrifiée – au choix, ou tout à la fois. »

Yves Paccalet, « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », Arthaud, 2013, p. 76 et 124.

 

 

« La nouvelle étude du MSSI (Melbourne Sustainable Society Institute) révèle que les prévisions du scénario de statu quo World3 (en référence à l’étude publiée en 1972, « Limits to Growth » – Les limites à la croissance, appelée également  » rapport Meadows  » du Club de Rome) concernant la population, la croissance économique et l’environnement se sont avérées relativement justes. Le scénario de statu quo fixe aux environs de 2015 le début du « dépassement des limites et de l’effondrement », une prévision préoccupante. Le taux de mortalité commencerait à augmenter à partir de 2020 et la population baisserait d’un demi-milliard d’individus par décennie à partir de 2030.
L’auteur de l’étude du MSSI, Graham Turner, conclut de façon inquiétante que « l’alignement des tendances observées avec la dynamique des « limites à la croissance » indique que les premiers signes d’un effondrement pourraient survenir dans les dix années qui viennent et sont même peut-être déjà enclenchés », et qu’une « chute relativement rapide de la situation économique et de la population pourrait être imminente ». M. Turner considère la hausse des prix mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires comme des indicateurs de l’augmentation de la pollution et des contraintes en matière de ressources. »

ec.europa.eu/…/limits-to-growth 21 oct. 2014.

 

« … les visions apocalyptiques contenues dans le Nouveau et dans l’Ancien Testaments faisaient déjà mention d’un certain nombre de désastres environnementaux (…)
… la crise écologique est, pour Rudolf Bahro, la crise finale de l’histoire humaine soumise à la logique de ce qu’il appelle la « mégamachine » productrice et consommatrice. La crise sonne la fin de l’histoire. Soit la crise sera suivie du silence éternel d’une planète dévastée que la vie aura fini par déserter, soit elle donnera lieu au sursaut d’une humanité renouvelée, s’efforçant à l’ascèse et à un mode de vie frugal. La crise écologique revêt à ce titre un caractère authentiquement apocalyptique en tant qu’elle est notre dernière chance. Par elle se donne à entendre l’ultime appel à une humanité dévoyée, à laquelle il appartient de se ressaisir pour revenir à soi et à sa propre vérité. »

Hicham-Stéphane Afeissa,
« Les habits verts de l’apocalypse »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines », Janv. 2015.

« Il y a un demi-siècle, l’apocalypse prenait la forme d’un hiver nucléaire qui pouvait ne jamais arriver. La peur était réelle (et des communautés survivalistes sont apparues), mais il ne s’est finalement rien passé. Aujourd’hui, les catastrophes climatiques et environnementales sont moins spectaculaires, mais elles ont bel et bien commencé. Elles ne peuvent plus ne pas avoir lieu ! »

 P. Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.

Anticipation

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« … on peut faire des machines à naviguer, de grands navires pour les rivières et pour les mers. Ils se meuvent sans avirons ; un seul homme peut mieux les manœuvrer que s’ils avaient un équipage complet. Puis il y a aussi des voitures, marchant sans chevaux à une vitesse colossale ; et nous croyons que tels étaient les chars de combat, équipés de rostres, des anciens. On peut aussi faire des machines volantes. Un homme, assis au centre, contrôle quelque chose qui fait battre comme celles des oiseaux les ailes artificielles de la machine. »

Roger Bacon, « Lettres » (XIII e s.) herve.delboy.perso.sfr.fr/miroir_bacon.html

 

« C’est un livre à la vérité, mais c’est un livre miraculeux qui n’a ni feuillets ni caractères… Quand quelqu’un donc souhaite lire, il bande, avec une grande quantité de toutes sortes de clefs, cette machine, puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et en même temps il sort de cette noix comme de la bouche d’un homme, ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent, entre les grands lunaires, à l’expression du langage. »

Cyrano de Bergerac, « Les États et Empires de la Lune » (1657), Éd. de Londres, 2014.


« L’art de voler ne fait encore que de naître ; il se perfectionnera, et quelque jour on ira jusqu’à la Lune. Prétendons-nous avoir découvert toutes choses, ou les avoir mises à un point qu’on n’y puisse rien ajouter ? Eh ! de grâce, consentons qu’il y ait encore quelque chose à faire pour les siècles à venir. »

Bernard Le Bouyer de Fontenelle, « Entretiens sur la pluralité des mondes « , 1686

 

« Qu’eût dit un de nos ancêtres à voir ces boulevards illuminés avec un éclat comparable à celui du soleil, ces mille voitures circulant sans bruit sur le sourd bitume des rues, ces magasins riches comme des palais, d’où la lumière se répandait en blanches irradiations, ces voies de communication larges comme des places, ces places vastes comme des plaines, ces hôtels immenses dans lesquels logeaient somptueusement vingt mille voyageurs, ces viaducs si légers ; ces longues galeries élégantes, ces ponts lancés d’une rue à l’autre, et enfin ces trains éclatants qui semblaient sillonner les airs avec une fantastique rapidité.
Il eût été fort surpris sans doute ; mais les hommes de 1960 n’en étaient plus à l’admiration de ces merveilles ; ils en profitaient tranquillement sans être plus heureux, car, à leur allure pressée, à leur démarche hâtive, à leur fougue américaine, on sentait que le démon de la fortune les poussait en avant sans relâche ni merci. »

Jules Verne, 1863
« Paris au XXe siècle », Hachette, 1994

« Je demeurai ainsi pétrifié et les yeux fixes. Une grosse masse grisâtre et ronde, de la grosseur à peu près d’un ours, s’élevait lentement et péniblement hors du cylindre. Au moment où elle parut en pleine lumière, elle eut des reflets de cuir mouillé. Deux grands yeux sombres me regardaient fixement. L’ensemble de la masse était rond et possédait pour ainsi dire une face : il y avait sous les yeux une bouche, dont les bords sans lèvres tremblotaient, s’agitaient et laissaient échapper une sorte de salive. Le corps palpitait et haletait convulsivement. Un appendice tentaculaire long et mou agrippa le bord du cylindre et un autre se balança dans l’air. »

Herbert George Wells, « La guerre des mondes », 1898.

« Même l’avenir n’est plus ce qu’il était. »

Paul Valéry

 

« Il est urgent de raisonner sur des possibles, d’évaluer les effets de nanoproduits qui sont encore virtuels. De ce point de vue, la fiction qui crée des scénarios en perfusion directe avec les discours de scientifiques visionnaires est une clé du débat. Elle a anticipé depuis longtemps la menace de nanorobots, implants ou machines auto-organisées et autoréplicantes que l’on voit jouer les assembleurs et se reproduire dans Engines of Creation, d’Eric Drexler, prendre la maîtrise du cerveau de l’ennemi pour une destruction télécommandée dans le roman de Neal Stephenson, L’Âge de diamant, ou se transformer en « gelée grise » qui dévore tout, avec La Proie, de Michael Crichton. »

 Dorothée Benoît-Browaeys, « Nanotechnologies, le vertige de l’infiniment petit »,
Le Monde diplomatique, mars 2006.

«… l’histoire humaine est celle de l’émergence de la personne comme sujet de droit, autorisée à penser et à maîtriser son destin (…)
Si cette histoire multimillénaire se poursuit encore pendant un demi-siècle, le marché et la démocratie s’étendront partout où ils sont encore absents; la croissance s’accélérera, le niveau de vie s’élèvera; la dictature disparaîtra des pays où elle règne encore Mais la précarité et la déloyauté deviendront les règles; l’eau et l’énergie se feront plus rares, le climat sera mis en péril; les inégalités et les frustrations s’aggraveront; des conflits se multiplieront; de grands mouvements de population s’amorceront.
Vers 2035, à la fin d’une très longue bataille, et au milieu d’une grave crise écologique, les Etats-Unis, empire encore dominant, seront vaincus par cette mondialisation des marchés, en particulier financiers, et par la puissance des entreprises, en particulier celle des compagnies d’assurances.»

Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir« , Fayard, 2006, p. 16 et 19.

« Les rapports entre la technique et la science-fiction ressemblent à ceux qui existent entre la science et la technique. La science prédit ce qui est possible ou impossible, la technique prédit ce qui est faisable. Mais prédire le contenu des connaissances scientifiques futures est impossible, alors que prédire ce que peut être la technique future, à l’intérieur des frontières définies par la science d’aujourd’hui, est tout à fait faisable. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité »,2007, p. 401.

 

 « … chercher à détecter des tendances ou des propensions, redéfinir les enjeux du futur et enjoindre d’autres acteurs à agir vite, avant qu’il ne soit trop tard, pour éviter une catastrophe ou ne pas manquer une opportunité, c’est là une des activités principales des acteurs publics. Cela fait certes longtemps qu’il en est ainsi en Occident, au moins depuis le siècle des Lumières au cours duquel le rapport à l’histoire a radicalement changé, mais les visions et les modèles du futur, dont le mode de fabrication s’est encore transformé à la sortie de la deuxième guerre mondiale – en partie sous l’impact des modèles cybernétiques –, n’ont jamais aussi fortement contribué à la mise en discussion publique des sciences et des technologies. »

Francis Chateauraynaud, coord.,
« Chimères nanobiotechnologiques et post-humanité »,
vol. 1, déc. 2012, p. 9-10.