Religion

 (voir aussi Foi et Fondamentalisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Allah! Pas de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même »
C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à des interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclinaison vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur!  » Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

islamfrance.free.fr/coran.html Sourate 3

 

« La Bible est un cadeau précieux qui vient de Dieu. C’est comme une lettre d’un bon père à ses enfants. Elle nous apprend la vérité sur Dieu, qui il est, et comment il voit les choses. Elle nous explique comment trouver une solution à nos problèmes et comment être vraiment heureux. Seule la Bible nous dit ce que nous devons faire pour plaire à Dieu. »

Psaume 1:1-3 ; Isaïe 48:17, 18.
Site Internet officiel de la Watchtower Society, les Témoins de Jéhovah.

 

« Un Papiste est aussi satisfait de sa religion, un Turc de la sienne, un Juif de la sienne, que nous de la nôtre (…) Les plus fausses religions ont leurs martyrs, leurs austérités incroyables, un esprit de faire des prosélytes qui surpasse bien souvent la charité des orthodoxes et un attachement extrême pour leurs cérémonies superstitieuses. »

Pierre Bayle, « Commentaire philosophique »,1686.

 

« Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur des nations. Cependant, on nous suspecte d’être des semeurs de discorde et de sédition, dignes de la captivité et du bannissement… Que toutes les nations deviennent unes dans la foi et que tous les hommes soient des frères ; que les enfants des hommes renforcent leurs liens d’affection et d’unité, que la diversité des religions cesse, et les différences de races s’annulent… quel mal y a-t-il à cela ?… Cela sera, malgré tout ; ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront, et la paix suprême viendra… »

Bahá’u’lláh, « Prayers and Méditations of Bahá’u’lláh »,
Wilmette, Bahá’í Publishing Trust, 1938, p. 104.


« La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »

Karl Marx, « Critique de  » La philosophie du droit « de Hegel »,
Annales franco-allemandes », n°1, 1844.

 

« Les idées religieuses, qui professent d’être dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, c’est-à-dire la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité. Le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé –, besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un autre père, à un père cette fois tout puissant (…) La religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité, comme celle de l’enfant, elle serait issue du complexe d’Oedipe, de la relation au père.»

Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion », (1927) PUF, 1999.

 

« Le meilleur dans la religion, c’est qu’elle engendre des hérétiques. »

Ernst Bloch (1885-1977)

« Le religieux conduit à l’émasculation, il vise la castration des énergies, leur inclusion dans des instances qui les stérilisent. L’État et L’Église excellent dans ces entreprises. La religion produit des communautés et celles-ci s’évertuent à fonctionner de manière autonome, instruisant leur dossier pour produire, ensuite, des lois, des ordres, des règles, des commandements auxquels il s’agit de se subordonner. Abdiquer sa souveraineté au profit d’une sécurité obtenue par le groupe, c’est toute l’alchimie du contrat social auquel voudrait nous faire croire ses partisans.»

Michel Onfray, « La sculpture de soi », LGF, 1996.

 

 « Où la misère et la souffrance progressent, la religion renifle avec avidité. N’est-ce pas là que s’applique le mieux son vieux remède : donner du prix à la mort et à la douleur en dépréciant la vie au nom de l’esprit qui la désincarne ? »

Raoul Vaneigem, « De l’inhumanité de la religion », Éd. Denoël, 2000.

 

 

« … les valeurs chrétiennes fondamentales, dépouillées de leurs aspects culturels, ne sont pas des valeurs occidentales mais viennent du Moyen-Orient. Elles ont les mêmes racines que l’islam et le judaïsme. Les chrétiens sont d’ailleurs plus nombreux en Asie et en Afrique que dans le monde occidental. Et il y a beaucoup d’hindous, de bouddhistes et de musulmans dans le monde occidental. »

H. Yawnghwe, représentant Aung San Suu Kyi,
« Paix des âmes, paix des cœurs »,
J. Hopkins dir., J’ai Lu, 2001, p. 160.

 

« D’un côté un Occident judéo-chrétien libéral, au sens économique du terme, brutalement capitaliste, sauvagement marchand, cyniquement consumériste, producteur de faux biens, ignorant toute vertu, viscéralement nihiliste (…) De l’autre, un monde musulman pieux, zélé, brutal, intolérant, violent, impérieux et conquérant. »

Michel Onfray, « Traité d’athéologie », Grasset, Poche, 2005, p. 274.

« … ce serait une religion qui pourrait comprendre les autres religions et les aider à retrouver leur source (…) qui serait en rupture avec les religions du salut céleste comme avec les religions du salut terrestre, avec les religions à dieux comme avec les idéologies ignorant leur nature religieuse (…) Ce serait une religion sans dieu, mais où l’absence de dieu révélerait l’omniprésence du mystère (…) Ce serait une religion sans providence, sans avenir radieux, mais qui nous lierait solidairement les uns aux autres dans l’Aventure inconnue (…) Ce serait une religion, comme toute religion, avec foi, mais, à la différence des autres religions qui refoulent le doute par le fanatisme, elle reconnaîtrait en son sein le doute et dialoguerait avec lui. Ce serait une religion qui assumerait l’incertitude (…) Il n’y a donc pas de salut si le mot signifie échapper à la perdition. Mais si salut signifie éviter le pire, trouver le meilleur possible, alors notre salut personnel est dans la conscience, dans l’amour et dans la fraternité, notre salut collectif est d’éviter le désastre d’une mort prématurée de l’humanité et de faire de la Terre, perdue dans le cosmos, notre « havre de salut ». »

Edgar Morin, « La complexité humaine », Champs essais, 2008, p. 365-367.

« Dieu est mécontent des hommes. Le jour où Il sera mécontent de Lui, je commencerai à croire à son existence. »

Jean Daniel


« Quand une personne souffre de délire, on appelle cela de la folie. Quand un grand nombre de personnes souffrent de délire, on appelle cela une religion ».

Robert M. Pirsig,
cité par Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Laffont, 2008.

Matérialisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … l’esprit et l’âme naissent et meurent avec le corps (…) quand l’effort puissant des années a courbé le corps, émoussé les organes et épuisé les forces, le jugement chancelle et l’esprit s’embarrasse comme la langue : tout manque et fait défaut à la fois. Il est donc naturel que l’âme se décompose aussi et se dissipe comme une fumée dans les airs, puisque nous la voyons, comme le corps, naître, s’accroître et succomber à la fatigue des ans. »

Épicure (341-270 av. J.-C.)
in Jean Brun, « Épicure et les épicuriens », PUF, 1997, p. 106.

« La terre, l’eau, le feu et l’air sont de nature périssable ; il doit donc en être de même de la nature entière. En effet, les parties d’un tout ayant été formées par l’union et la rencontre de la matière première, c’est-à-dire d’éléments mortels, le tout qui est composé de ces parties est assujetti aux mêmes lois de destruction. Puisqu’on voit que les vastes parties du monde se détruisent et se réparent successivement, on peut dire que le ciel et la terre, ayant eu un commencement, auront une fin. »

Lucrèce (99-55 av. J.-C.), « De la nature », V.

 

« Que l’homme cesse donc de chercher hors du monde qu’il habite des êtres qui lui procurent un bonheur que la nature lui refuse : qu’il étudie cette nature, qu’il apprenne ses lois, qu’il contemple son énergie et la façon immuable dont elle agit ; qu’il applique ses découvertes à sa propre félicité, et qu’il se soumette en silence à des lois auxquelles rien ne peut le soustraire ; qu’il consente à ignorer les causes entourées pour lui d’un voile impénétrable ; qu’il subisse sans murmurer les arrêts d’une force universelle qui ne peut revenir sur ses pas, ou qui jamais ne peut s’écarter des règles que son essence lui impose.
On a visiblement abusé de la distinction que l’on a faite si souvent de l’homme physique et de l’homme moral. L’homme est un être purement physique ; l’homme moral n’est que cet être physique considéré sous un certain point de vue, c’est-à-dire, relativement à quelques-unes de ses façons d’agir, dues à son organisation particulière. »

Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach, (1770),
« Système de la nature ou des lois du monde physique et du monde moral ».

« Le lien entre matérialisme et insécurité permet d’expliquer pourquoi des pays aussi différents que les États-Unis et la Chine présentent un tel niveau de matérialisme. L’insécurité y est endémique. Le génie de ce système fondé sur l’insécurité est qu’il est auto-alimenté. Plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; et plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Kasser a démontré que les valeurs matérialistes (en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique) engendrent de l’angoisse, nous rendent plus sujets à la dépression et moins coopératifs.
Des études ont montré que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’un épanouissement durable – construire des relations solides, s’accepter tel qu’on est, appartenir à une communauté –, mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforcent de les en détourner dans le seul but de les faire travailler plus et dépenser plus. »

Madeleine Bunting,
article paru dans « The Guardian » à propos du livre
« The High Price of Materialism » de Tim Kasser.

 

 « … les biologistes, qui postulaient que l’esprit humain avait un rôle privilégié dans la hiérarchie de la nature, ont évolué, bon gré, mal gré, vers le matérialisme à tout crin qui caractérisait la physique du XIX e siècle. Dans le même temps, les physiciens, confrontés à des preuves expérimentales écrasantes, se sont éloignés des modèles strictement mécaniques de l’univers pour adopter un point de vue qui fait de l’esprit une partie intégrante de tous les événements physiques. C’est comme si ces deux disciplines étaient montées dans des trains à grande vitesse roulant dans des directions opposées et s’ignorant mutuellement. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit »,
InterÉditions, 1987, p. 43.

« … la science des XVIII° et XIX° siècles avait abouti au triomphe du matérialisme mécaniste, qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles, agencement réglé par diverses forces d’interaction qu’ils exerçaient entre eux (…) Le fait que ces morceaux de matière se soient révélés n’être en réalité que des abstractions mathématiques, non locales, c’est-à-dire pouvant s’étendre sur tout l’espace, et de plus n’obéissant pas au déterminisme, a porté un coup fatal à ce matérialisme  » classique« . Certes, le matérialisme est encore possible, mais un matérialisme  » quantique«  qu’il faudrait appeler «  matérialisme fantastique«  ou «  matérialisme de science-fiction « .

Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques »,
La Découverte/Poche, 2007, p. 125.

Laïcité

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Mais ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est cette idée que ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est cette idée qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir et aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine ; cette idée que l’humanité dans l’univers est une grande commission d’enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais restreindre ou fausser les opérations ; cette idée que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge ; que, jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit rester toujours en éveil et qu’une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées ; que si l’idée même de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait, visible, sur les multitudes, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le traiter comme l’égal avec qui l’on discute, mais non comme le maître que l’on subit. »

Jean Jaurès, discours, 1895.

 

«  La laïcité, selon Arnould Clausse, est cette opposition aux privilèges et aux privilégiés, ceux de la race, de la naissance, de la puissance économique, de la culture même, c’est-à-dire à tous ceux qui s’arrogent le droit, au nom de quelque justification que ce soit, de fixer l’homme dans les servitudes que créent la médiocrité matérielle ou morale (…)
Il existe plusieurs autres définitions de la laïcité. Elles ont un point commun. La société laïque doit assurer à chacun la liberté de la pensée, de son expression, le respect d’autrui dans ses convictions. Ceci n’est possible que pour autant qu’il y ait diverses opinions en présence. La société laïque ne peut donc être monolithique. Les laïques sont convaincus de ce que la coexistence de communautés spirituelles ayant des conceptions de vie différentes est une source d’enrichissement pour tous. Ils pensent que toutes ces communautés ont droit à la même considération et aux mêmes moyens d’action pour autant qu’elles respectent la dignité de la personne humaine non seulement pour leurs membres mais pour tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants répandus sur les deux hémisphères. »

Lucia de Brouckère,
« Le principe du libre examen et son prolongement : la laïcité »,
Université libre de Bruxelles, 1979, p. 10-11.

« Peut-il exister un sacré « laïque » ?
Oui, affirment des humanistes non croyants, s’il est issu de l’émotion humaine, s’il naît de l’immanence. Un sacré dont le contenu est adogmatique, librement examiné et, partant, toujours révisable et individualisé. Pour ces humanistes, ce sacré-là n’obéit à aucun absolu qui ne soit tamisé au filtre vigilant de la raison, toujours en arrière-garde de l’émotif (…)
La vraie laïcité, disent ses fidèles, se doit de veiller, en permanence, à n’être ni oppressive, ni dogmatique, ni permissive. »

Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 39 et 432.