Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Aussi, je mets au premier rang, à titre d’inclination générale de toute l’humanité, un désir perpétuel et sans trêve d’acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu’à la mort. La cause n’en est pas toujours qu’on espère un plaisir plus intense que celui qu’on a déjà réussi à atteindre, ou qu’on ne peut pas se contenter d’un pouvoir modéré : mais plutôt qu’on ne peut pas rendre sûrs, sinon en en acquérant davantage, le pouvoir et les moyens dont dépend le bien-être qu’on possède présentement. »
Thomas Hobbes (1588-1679)
« Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit. »
Michel Bakounine (1814-1876)
« Ces gens-là [à propos des hauts dignitaires nazis] existent dans tous les pays du monde. Leurs profils psychologiques ne sont pas obscurs. Mais ce sont des gens qui ont des pulsions particulières, qui veulent accéder au pouvoir, et vous dites qu’ils n’existent pas ici ? Je suis vraiment convaincu qu’il existe des gens, même en Amérique, qui piétineraient allègrement la moitié de leurs concitoyens si cela leur permettait de prendre le pouvoir contre l’autre moitié, ces mêmes gens qui se contentent de parler aujourd’hui – qui utilisent les droits de la démocratie d’une manière antidémocratique. »
Douglas Kelley cité par Jack El-Hai,
« Le nazi et le psychiatre », Éd. des Arènes, 2013, p. 256-257.
« Stanley Milgram a mené dans les années 50/60 des expériences visant à évaluer la soumission à l’autorité (…) L’animateur fait entrer deux personnes [des volontaires recrutés par annonce] dans une pièce et leur explique que l’une sera « expérimentateur » et l’autre « élève », et qu’il s’agit d’étudier les effets de la punition sur le processus d’apprentissage. L’animateur emmène l’élève dans une pièce, l’installe sur une chaise munie de sangles et lui fixe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de couples de mots ; toutes les erreurs qu’il commettra seront sanctionnées par des décharges électriques d’intensité croissante. L’ « expérimentateur », qui est en fait le sujet de l’expérience, ne sait pas que le rôle de l’élève est tenu par un acteur qui ne reçoit en réalité aucune décharge électrique…
Stanley Milgram qualifie les résultats d’inattendus et inquiétants, car aucun des participants n’a eu le réflexe de refuser et de s’en aller. Et une proportion importante d’entre eux a continué jusqu’au niveau de choc le plus élevé du stimulateur.
Le sujet perçoit l’animateur comme ayant une autorité légitime au regard de sa position socioprofessionnelle, des études qu’il est censé avoir faites… Refuser d’obéir serait un manquement grave, une transgression morale. Il ressent les systèmes érigés par la société comme des entités à part entière et se refuse à voir l’homme derrière les institutions. Quand l’animateur dit : « l’expérience exige que vous continuiez », le sujet ne se pose pas de question… »
D’après la fiche de lecture de Josselyne Abadie conscience-vraie.info
« Dans un monde interconnecté, organisé selon une logique de flux et de réseaux, le pouvoir est plus que jamais le produit de relations sociales et politiques qui s’instituent entre les acteurs et produisent des formes de légitimité (…)
Si les « sujets » du pouvoir (gouvernés, administrés, salariés…) continuent d’en subir les effets, ils en sont aussi plus avertis. Les compétences critiques qu’ils expriment apparaissent comme une forme combinée de contestation et d’émancipation. Dans une société où l’information circule par des canaux de moins en moins officiels et maîtrisables, le pouvoir peut de moins en moins s’exercer sans tenir compte de ceux qui en sont les destinataires. »
Jean-Vincent Holeindre, dir.,
« Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, introduction, p. 9-10.
« Aux USA, l’un des sujets principaux de la science politique académique est l’étude des attitudes, des politiques et de leur corrélation (…) il a été conclu qu’à peu près 70% de la population – les 70% du bas de l’échelle des richesses/revenus – n’ont aucune influence sur la politique. Ils sont véritablement laissés pour compte. Comme vous montez dans l’échelle des richesses/revenus, vous obtenez un peu plus d’influence sur la politique. Quand vous arrivez en haut, ce qui représente peut-être le dixième d’un pour cent, les gens obtiennent à peu près tout ce qu’ils veulent, c’est-à-dire qu’ils décident de la politique. Donc le terme correct pour çà n’est pas la démocratie ; c’est la ploutocratie (…)
En Europe, incidemment, c’est bien pire (…) les gouvernements nationaux doivent suivre les directives macro-économiques édictées par la Commission Européenne. Les élections sont presque insignifiantes, presque comme dans les pays du Tiers-Monde qui sont dirigés par les institutions financières internationales. »
Extrait du discours de Noam Chomsky
au DW Global Media Forum, Bonn, Allemagne, le 17 juin 2013.
« Avoir le pouvoir c’est avoir été sélectionné dans l’évolution pour faire partie des êtres les plus performants et guider l’évolution humaine selon les critères définis par la sélection. Ce n’est en aucun cas la possibilité d’influencer l’évolution de soi, d’un groupe ou de l’humanité selon d’autres modes que ceux déterminés par les besoins évolutifs de l’ensemble. »
Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014, p.78.