Temps imaginaire

(voir aussi  Multivers et Singularité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« … depuis la découverte de la mécanique quantique, nous devons considérer l’Univers comme ayant toutes les histoires possibles. Il me semble que l’idée de temps imaginaire est quelque chose qu’il nous faudra aussi accepter. C’est un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rotondité de la terre (…)
Vous pouvez vous représenter le temps réel, ordinaire, comme une ligne droite orientée de la gauche vers la droite. Mais vous pouvez aussi considérer une autre direction du temps, du bas vers le haut. C’est le temps dit « imaginaire », qui est à angle droit du temps réel.
Quel est l’intérêt d’introduire ce concept ? (…) la matière et l’énergie tendent à courber l’espace sur lui-même. Dans la dimension du temps réel, cela conduit inévitablement à des singularités, à des endroits où l’espace-temps prend fin. Aux singularités, les équations de la physique ne sont plus définies ; on ne peut donc prédire ce qui arrivera… [tandis que] les dimensions spatiales et le temps imaginaire formeraient un espace-temps fermé sur lui-même, sans frontière ni bord. Il n’y aurait aucun point que l’on puisse qualifier de début ou de fin, pas plus que la surface de la Terre n’a de début ou de fin (…) Ainsi, on peut espérer arriver à une théorie entièrement unifiée, une théorie qui prédise tout dans l’Univers. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 78-79.

 

« … le temps imaginaire pur existe lorsque le temps réel, lui, n’existe pas encore, autrement dit : à l’instant zéro. Vous pouvez donc sans effort en déduire avec nous qu’à l’instant zéro – au moment où l’Univers n’existe encore qu’en temps imaginaire – ce que nous appelons dans notre monde « énergie » n’existe pas non plus (…)
Nous voici donc face à cette forme d’énergie cristallisée, qui associe un nombre à chaque point. Au lieu d’énergie imaginaire nous allons l’appeler « information ». Et nous en déduisons donc qu’à l’instant zéro, il n’y a rien d’autre que de l’information. Quelque chose de purement numérique mais qui « encode » toutes les propriétés de L’Univers destiné à apparaître après le Big Bang (…)
Autrement dit, se poser la question de savoir ce qu’il y avait « avant le Big Bang » équivaut un peu à se demander ce qu’il y avait avant que vous n’introduisiez le CD dans le lecteur : la mélodie était bien « là », mais sous forme d’information. »

 Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 246-249.

Temps

(voir aussi Relativité)      (voyage dans le … voir Trou de vers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? »

Alphonse de Lamartine,
« Méditations poétiques », 1820.

« Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes… »

Marcel Proust,
« À la recherche du temps perdu – Le Côté de Guermantes »,
Gallimard, 1920.

 

« J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire qu’il ne m’en reste plus assez pour travailler. »

Pierre Reverdy (1889-1960)

 
 

« Et le Temps m’engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur
Et je n’y cherche plus l’abri d’une cahute. »

Charles Baudelaire, « Le Goût du Néant »,
Les Fleurs du mal, CXIX, 1861.

«  Chaque corps de référence (système de coordonnées) a son temps propre ; une indication de temps n’a de sens que si l’on indique le corps de référence auquel elle se rapporte.
Avant la théorie de la relativité, la physique a toujours tacitement admis que l’indication du temps avait une valeur absolue, c’est-à-dire qu’elle était indépendante de l’état de mouvement du corps de référence. Mais nous venons de montrer que cette supposition est incompatible avec la définition si naturelle de la simultanéité… »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 30-31.

« Nous avons pris l’habitude de traiter le temps comme un continuum indépendant. En effet, d’après la mécanique classique le temps est absolu, c’est-à-dire indépendant de la position et de l’état de mouvement du système de référence (…) Grâce à la Théorie de la relativité, la conception du monde à quatre dimensions devient tout à fait naturelle, puisque d’après cette théorie, le temps est privé de son indépendance. »

Albert Einstein,
« La relativité
 », Payot, 1981, p. 77 et 78.

« Selon la théorie de la relativité générale, il y aurait eu dans le passé un état d’une densité infinie, le big bang, qui aurait marqué le véritable commencement du temps. De même, si l’Univers entier s’effondrait, il connaîtrait dans le futur un état d’une densité infinie, le big crunch, qui marquerait la fin de temps. Et, même si l’Univers ne s’effondrait pas complètement, il apparaîtrait des singularités dans les zones s’effondrant en trous noirs. Ces singularités marqueraient la fin du temps pour celui qui y tomberait ! »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 162.

 

« Augmentera d’abord le temps de transport, avec la croissance de la taille de la ville. Il deviendra une sorte de temps-esclave où l’on pourra continuer à consommer et à travailler (…) Malgré ce temps contraint, beaucoup réaliseront qu’ils n’auront jamais le temps de tout lire, tout entendre, tout voir, tout visiter, tout apprendre : comme le savoir disponible double déjà tous les sept ans, et doublera tous les 72 jours en 2030, le temps nécessaire pour se tenir informé, apprendre, devenir et rester « employable », augmentera d’autant. »

Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir », Fayard, 2006, p. 217-218.

 

 « L’univers de la rue est atemporel car composé d’une galaxie de petits riens accolés les uns aux autres n’ayant aucune signification autre que leur fin propre : le temps du réfectoire pour manger, le temps de l’attente comme… temps d’attente, voire comme prix à payer en contrepartie du gîte, du souper ou de l’octroi de facilités. Aucune cohérence, et donc rien à quoi se rattacher, pas même la grande majorité des institutions qui, sous le prétexte que les sans-abri peuvent gaspiller leur temps, le leur confisque à souhait et perpétuent, intra-muros, les mêmes schèmes temporels que ceux ayant cours dans la rue. »

Lionel Thelen,
« L’exil de soi », Facultés univ. Saint-Louis, Bruxelles, 2006, p. 237.

« Chaque « être pensant » vit le temps selon l’échelle de son espèce. Le papillon vit vingt-quatre heures en une plénitude temporelle complète, pour peu qu’il en ait conscience. Cent années de notre existence humaine lui apparaîtraient comme une éternité, au sens plénier du terme. À la limite, inenvisageable, comme l’est pour nous l’éternité de nos Dieux.
Le même papillon considérera comme éphémère, à la limite du dérisoire, la durée de vie de la particule méson, égale à une infime partie de seconde. Alors que des êtres habitant ce méson pourraient évaluer cette durée comme une « éternité ». »

Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 54.

 

 « … il suffit d’allumer votre téléviseur à un moment où il n’y a pas d’émission. L’écran sera donc noir et piqué d’innombrables points qui scintillent (…) environ un de ces flocons de lumière sur cent provient du rayonnement fossile (…) Qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement que pour les photons que vous voyez sur votre téléviseur, il ne s’est écoulé aucun temps – pas une minute, pas même une seule seconde – depuis qu’ils ont quitté le nuage de particules primitives qui composaient l’Univers, 380 000 ans après le Big Bang (…) l’espace lui-même, avec ses distances à franchir, ne signifie rien pour le photon. Absolument rien. Pour lui, l’étendue n’existe pas. La durée non plus. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 127-128.

« Si vous visitez un jour l’Institut des Poids et Mesures de Paris, l’Observatoire de Belgique à Uccle ou l’Institut National des Standards et de Technologie (NIST), à Boulder, aux États-Unis, qui ont notamment pour tâche de définir l’heure avec une précision « atomique », ne leur dites jamais quelque chose du genre « votre horloge mesure le temps avec précision ». Ils vous diront invariablement : « Nos horloges ne mesurent pas le temps »… Ils vous désorienteront tout à fait quand ils vous diront : « Non, le temps est défini par ce que mesurent les horloges ». La différence est subtile, mais c’est la réalité. Les horloges atomiques définissent le temps standard pour le globe : le Temps est défini par le nombre de clics de leurs horloges.
« Il se pourrait, explique le physicien Carlo Rovelli, que la meilleure manière de réfléchir à la réalité quantique soit d’abandonner la notion de temps, de sorte que la description fondamentale de l’univers soit intemporelle. » »

Thierry Lombry,ww.astrosurf.com/luxorion

«  En Australie, les Aborigènes pensent que le temps, l’espace et les hommes ne font qu’un. Il leur suffit de regarder un arbre ou un visage pour connaître le jour et l’heure. Ils distinguent les saisons selon des critères précis liés au cycle de vie des plantes et aux changements du vent : les Gunwinggu orientaux, par exemple, conçoivent six saisons, trois « sèches » et trois » humides », là où les non-Aborigènes n’en voient que deux.
Pour ces tribus comme pour d’autres, le temps est le produit de nos actes (…) Elles ne conçoivent pas le temps à la manière d’une donnée omniprésente, comme l’air. Les secondes, les minutes et les heures, ce sont toutes les choses que nous faisons. Au lieu d’utiliser ces mots, ils parlent d’un « temps de moisson » ou d’un « temps de poisson de rivière ». Demande à un berger africain combien de temps lui prend telle ou telle tâche, et il répond « le temps de traire une vache ». Qu’est-ce qu’une heure pour cet homme ? Peut-être le temps de traire dix vaches.
(…) les mots et les images spécifiques que déploient nos cultures respectives influent sur notre façon de vivre le temps (…)
Nos jours sont une pâte malléable que nous pouvons sculpter en des formes infiniment variées. »

Daniel Tammet,
« L’éternité dans une heure – La poésie des nombres »,
Éditions des Arènes, 2013, p. 274-275

.

« … nous sommes moins les victimes d’une prétendue accélération du temps que de la superposition de présents multiples et hétérogènes qui sont souvent en conflit mutuel : en même temps que nous travaillons, nous regardons les écrans de nos téléphones portables, écoutons la radio et pensons à autre chose encore (…) Tout le monde ne trépide pas. Nous ne sommes pas du tout égaux en matière d’intensité existentielle. Ce qui se passe, c’est que les temps propres des individus se désynchronisent. Selon la théorie de la relativité, la désynchronisation des horloges vient de leur mouvement relatif dans l’espace. Mais là, ce n’est pas le mouvement qui décale nos horloges individuelles. Nous sommes tous au même endroit, à peu près immobiles les uns par rapport aux autres, mais nous n’habitons pas le même présent, nous ne sommes pas vraiment ensemble, nous n’avons pas le même rapport à ce qui se passe. Notre société me semble être submergée par une entropie chrono-dispersive qui produit des effets sur l’intensité et la qualité du lien social. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? »,
Éditions du Temps, N°1, mars 2014.

Suicide

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Étant donné qu’il y a des gens pour qui, en certaines circonstances, la mort est préférable à la vie, il te paraît peut-être étonnant que ceux pour qui la mort est préférable ne puissent sans impiété se rendre à eux-mêmes ce bon office et qu’ils doivent attendre un bienfaiteur étranger (…) c’est que ce sont des dieux qui s’occupent de nous et que, nous autres hommes, nous sommes un des biens qui appartiennent aux dieux. Ne crois-tu pas que cela soit vrai ?
— Je le crois, dit Cébès.
— Toi-même, reprit Socrate, si l’un des êtres qui sont à toi se tuait lui-même, sans que tu lui eusses notifié que tu voulais qu’il mourût, ne lui en voudrais-tu pas, et ne le punirais-tu pas, si tu avais quelque moyen de le faire ?
— Certainement si, dit Cébès.
— Si l’on se place à ce point de vue, peut-être n’est-il pas déraisonnable de dire qu’il ne faut pas se tuer avant que Dieu nous en impose la nécessité, comme il le fait aujourd’hui pour moi. »

Platon, « Phédon »,Philippe Remacle,
site de l’antiquité grecque et latine du moyen-âge remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr

« Le sage, qui sait jouir des résultats acquis sans éprouver perpétuellement le besoin de les remplacer par d’autres, y trouve de quoi se retenir à la vie quand l’heure des contrariétés a sonné. Mais l’homme qui a toujours tout attendu de l’avenir, qui a vécu les yeux fixés sur le futur, n’a rien dans son passé qui le réconforte contre les amertumes du présent ; car le passé n’a été pour lui qu’une série d’étapes impatiemment traversées. Ce qui lui permettait de s’aveugler sur lui-même, c’est qu’il comptait toujours trouver plus loin le bonheur qu’il n’avait pas encore rencontré jusque-là. Mais voici qu’il est arrêté dans sa marche ; dès lors, il n’a plus rien ni derrière lui ni devant lui sur quoi il puisse reposer son regard. La fatigue, du reste, suffit, à elle seule, pour produire le désenchantement, car il est difficile de ne pas sentir, à la longue, l’inutilité d’une poursuite sans terme. »

Émile Durkheim,
« Le Suicide », 1897.

« Depuis l’époque de Kamakura, une tradition de la mort volontaire suggère les décisions à prendre, codifie les gestes à exécuter, les sentiments à manifester. Sans doute, cette tradition, limitée à la classe des guerriers (bushi, samurai), et d’ailleurs assez récente puisqu’elle ne s’établit qu’au XII e siècle, est loin de commander tous les cas de mort volontaire que l’histoire du Japon a pu connaître. À côté des suicides qui obéissent aux formes instituées, beaucoup d’autres désavouent ces modèles et s’improvisent au hasard des circonstances. Mais l’essentiel est que le Japon ne s’est jamais privé par principe de la liberté de mourir. Sur ce point, l’idéologie occidentale s’est montrée constamment réticente (…)
II est vrai que les citoyens d’Athènes et de Rome avaient adopté à l’égard de la mort volontaire deux attitudes dissymétriques, reflétant la double structure de leur société. Ils en admettaient la légitimité lorsque c’était l’un d’entre eux, un homme libre, qui se tuait, exerçant ainsi sur lui-même la souveraineté liée à son statut. Et pour peu qu’une cause publique parût justifier cet acte, la plus haute valeur lui était reconnue (…)
Lorsqu’un des sujets de l’espace domestique se tuait, le maître de maison ne pouvait estimer légitime un acte qui souvent censurait son autorité, contestait son pouvoir, et entamait son capital. Il le percevait comme une rébellion, et ne pouvait qu’en condamner le principe. »

Maurice Pinguet,
« La mort volontaire au Japon »,
Gallimard, 1984, p. 10 et 13.

 

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. »

 Albert Camus,
« Le mythe de Sisyphe »,
éditions Gallimard, collection « Folio », 1985, p. 17.

« Lorsque l’on ne dispose plus de ses moyens intellectuels, on peut vouloir en finir avec l’existence à la façon dont les Romains, les stoïciens plus particulièrement, nous invitaient à quitter la vie comme on sort d’une pièce devenue trop enfumée… Le testament de vie permet de déléguer à un être aimé la charge de décider pour soi ce qu’on aura avec lui voulu en amont pour nous : il sera sinon le bras armé du moins le facilitateur de notre mort volontaire. »

Michel Onfray,
« Manifeste hédoniste »,
Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 54-55.

«  Un suicide raté, c’est un manque de savoir-vivre ; un suicide réussi, aucun risque de le regretter ! »

Yves Thelen

« Chaque année une centaine de personnes se suicident sur les rails du chemin de fer en Belgique. Pour lutter contre ce phénomène, Infrabel est allé jusqu’au Japon pour chercher une solution. Elle sera testée dans la gare de Dave près de Namur.
La gare de Dave est un endroit sensible. Située à proximité d’un hôpital psychiatrique, les tentatives de suicide y sont nombreuses. Pour combattre cette tendance de nouveaux luminaires ont été installés dans la gare, ils diffusent une lumière bleue. Cette couleur aurait un impact positif sur l’humeur. »

RTBF, Matin première, 12 mars 2015.

«  Plusieurs études récentes indiquent que le cerveau des personnes suicidaires possèdent des taux de molécules inflammatoires plus élevés (…) l’inflammation dérègle l’axe du stress qui lui-même alimente l’inflammation.
Plus récente, une autre hypothèse remonte jusqu’aux gènes liés aux hormones de l’axe du stress (…) car le fait est aujourd’hui prouvé : sous la pression extérieure (traumatisme, famine…), le fonctionnement des gènes d’un individu peut se modifier (…)
Un autre grand rouage biologique de la vulnérabilité au suicide a été mis en évidence. Il concerne cette fois la sérotonine. Ce neurotransmetteur est chargé, dans notre cerveau, de réguler notre humeur, mais aussi notre appétit et notre sommeil. À concentration élevée, il favorise le calme, rend optimiste : c’est « la molécule du bonheur ». Des chercheurs suédois ont observé chez des personnes suicidaires des anomalies sur des gènes codant pour les protéines impliquées dans les transporteurs et les récepteurs de la sérotonine. »

Lise Barnéoud,
« Suicide : il cache une vraie maladie »,
Science
& Vie, avril 2015, p. 88-91.

Sport

(voir aussi Compétition)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Fervent admirateur de la société grecque, Pierre de Coubertin avait souhaité, en proposant la rénovation des Jeux olympiques, intégrer le sport dans une perspective plus globale, éducatrice et humaniste. Le sport n’était pas, selon lui, une fin en soi, mais un moyen au service d’une idée élevée : la formation du citoyen. Mais, au lieu de constituer une pédagogie au service de l’homme, le sport n’est-il pas en train de devenir un moyen de mieux l’asservir ? (…)
Le sport est éducatif, nous répète-t-on à l’envi. Mais de quelle éducation s’agit-il ? Doit-il former les corps et les esprits à l’obéissance aveugle pour défendre exclusivement la patrie ? Doit-il servir à former les hommes à se soumettre à la discipline sans contestation ? À abolir l’esprit critique ? Est-il un moyen d’apprendre à respecter des règles et règlements, même lorsque ceux-ci sont dépourvus de sens ? (…) Quand nous identifions l’argent ou la drogue comme des dangers pour le sport, nous transférons sur le sport toutes nos angoisses liées à nos propres rapports de fascination-répulsion à l’égard de l’argent et du dopage. D’autre part, si le sport avait toutes les vertus éducatives qu’on lui prête, la question de la démocratie en son propre sein ne se poserait point. Or, il nous faut constater que la démocratie n’existe pas au sein de l’organisation du sport fédéral en France… »

Roger Bambuck,
« Pour un sport réellement démocratique »,
Le Monde diplomatique, août 1992.

« Le sport pourrait être l’une des occasions de rêver en commun, de s’enthousiasmer en commun, de créer une véritable collectivité. Pour éviter les perversions, il faudrait éliminer toute trace de nationalisme ou de tricherie. Cela est impossible si la rencontre se résume à la désignation d’un gagnant et d’un perdant (…) les athlètes qui consacrent totalement leur vie à la compétition, n’ayant pour espoir que de devenir le numéro 1 national, sont « dopés » même s’ils ne prennent aucun produit prohibé. Ils le sont avec la complicité des pouvoirs publics, lorsqu’ils sont sélectionnés très jeunes et dirigés vers des centres de formation : l’objectif est alors de produire quelques futurs champions, dans l’espoir de multiplier les médailles lors des prochains Jeux Olympiques. Les gouvernements se félicitent lorsque ces médailles sont nombreuses. Il serait plus raisonnable de les accuser de détournement de mineurs, car ils ont sacrifié la vie de ces jeunes pour un hochet (…)
… la plupart des activités qui sont présentées aujourd’hui comme du sport usurpent ce titre. Elles ne sont que des spectacles, le plus souvent inféodés au pouvoir de l’argent. »

Albert Jacquart,
« À toi qui n’es pas encore né »,
Calmann-Lévy, Poche, 2000, p. 129-132.

 

 « Le détournement de la thérapie génique à des fins de dopage semble inéluctable : il est tentant, dans la recherche continuelle de l’amélioration de la performance, de recourir à une méthode qui permet de transformer vos muscles en une glande et leur faire fabriquer, par exemple, de l’hormone de croissance ou de l’IGF-1 (facteur de croissance) pour accroître la puissance musculaire, ou bien de l’EPO pour augmenter le transport de l’oxygène par le sang. »

L’ Équipe, 9 février 2006.

 

« D’un spectacle invitant à penser symboliquement la confrontation de l’Homme à ses limites biologiques, on passe à la mise en scène du dépassement par l’Homme de ses déterminations biologiques par la transformation sans limites de lui-même, le spectacle de l’ »humain amélioré ». Cette transformation du spectacle sportif est appelée de ses vœux par le courant posthumaniste qui défend la thèse de l’inéluctabilité du processus d’amélioration de l’humain (human enhancement) par les nouvelles technologies. C’est précisément ce changement de nature du spectacle sportif qui est redouté par beaucoup et qui s’exprime dans un discours sur l’atteinte à la « pureté du sport ». »

Marcellini A., Vidal M., Ferez S., De Leseleuc E.,
« La chose la plus rapide sans jambes. Oscar Pistorius ou la mise en spectacle des frontières de l’humain »,
Revue Politix, numéro spécial « les frontières de l’humain »,

vol. 23, n°90, 2010.

Spiritualité

(voir aussi Foi et Religion)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme. »

Jean-Jacques Rousseau,
« Les pensées de Jean-Jacques Rousseau »,
1764.

 

 « Savoir qu’il existe quelque chose qui nous est impénétrable, connaître les manifestations de la raison la plus profonde et de la beauté la plus éclatante, qui ne sont accessibles à notre entendement que dans leurs formes les plus primitives, cette connaissance et ce sentiment constituent la vraie religiosité ; c’est en ce sens, et seulement en ce sens, que j’appartiens aux hommes profondément religieux. Je ne peux pas me figurer un dieu qui récompense et punisse les objets de sa création et qui, enfin, possède une volonté de même espèce que celle que nous expérimentons en nous-mêmes. Je ne veux pas et ne peux pas non plus concevoir un individu qui survive à sa mort corporelle ; libre aux âmes faibles de se nourrir, par peur ou par égoïsme ridicule, de pareilles idées. Le mystère de la vie me suffit et la conscience et l’intuition de la construction admirable de l’être, ainsi que l’humble effort de comprendre une parcelle, si minime soit-elle, de la raison qui se manifeste dans la nature. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le Monde », Flammarion, 1958, p. 9.

 

« Pour nombre de commentateurs, l’accaparement de la notion de spiritualité par les religions est abusif, sinon intéressé. Pour eux, il est peu tolérable, dirons-nous, que les croyances prétendent être les seules capables d’élever l’esprit à l’altitude où planent les aigles et estiment que la libre pensée ne rayonne que dans une humanité de manchots cheminant sur la banquise du matérialisme (…)
Certains n’hésitent pas à avancer que la laïcité pourrait être le champ de l’humain le plus propice à l’épanouissement de la spiritualité.
Paradoxal, diront les croyants. Nullement, affirment ces laïques, lorsque l’on considère qu’ignorant la pesanteur des dogmes, la laïcité peut à l’instant se dégager des fausses évidences du passé et écarter toute limitation de la pensée. Support idéal pour la recherche scientifique, la laïcité serait également le vecteur idéal de l’accomplissement spirituel, un accomplissement conditionné par l’abandon de tous les postulats, de tous les dogmes, de tous les interdits. »

Jacques Rifflet,
« Les mondes du sacré », Éd. Mols, 2009, p. 39 et 835.

 

 

« Mais c’est quoi une « spiritualité » ? Dans le dictionnaire, on lira    « spirituel : se dit de ce qui concerne l’âme ». Comme moi je n’ai pas d’âme, je n’ai donc pas de spiritualité. J’ai des émotions, des réflexions, une sensibilité mais pas de « spiritualité ». À force de s’entendre dire que si on n’a pas de spiritualité on n’est pas un être humain, il y a beaucoup d’athées ou d’agnostiques qui s’inventent une spiritualité laïque. C’est quelque chose de tout à fait contradictoire. On serait athée et on aurait une âme ! Cela me semble quelque chose d’absurde, au même titre qu’un « viol affectueux » par exemple. Si je suis athée, je considère que je n’ai pas d’âme et que quand je meurs, tout est fini. C’est dommage mais c’est comme ça. Et c’est pareil pour un lapin ou une mouche : je ne suis pas beaucoup plus qu’eux, juste un peu plus évoluée dans le règne animal et c’est tout. Je n’ai donc pas de « spiritualité ». »

Interview d’Anne Morelli par Thomas Lambrechts in « Bruxelles laïque – Écho n° 61 », 2008.

 

 « S’il y a tant de manifestations en Occident contre la Chine, c’est essentiellement pour des motifs idéologiques : le bouddhisme tibétain, adroitement diffusé par le dalaï-lama, est un des principaux repères de la spiritualité hédoniste New Age, en passe de devenir la forme prédominante de l’idéologie. Notre fascination pour le Tibet fait de ce pays une entité mythique sur laquelle nous projetons nos fantasmes. Ainsi, lorsqu’on se lamente sur la disparition d’un mode de vie tibétain authentique, on oublie les vrais Tibétains : ce que l’on veut d’eux, c’est qu’ils soient authentiquement spirituels pour nous, à notre place, afin que nous puissions continuer notre jeu consumériste effréné. »

Slavoj Žižek,
« Le Tibet pris dans le rêve de l’autre »,
Le Monde diplomatique, mai 2008.

« … le fait même qu’on envisage de recourir à l’euthanasie, reflète la disparition quasi-totale des valeurs spirituelles à notre époque. Les gens ne trouvent aucune ressource en eux-mêmes et aucune inspiration extérieure. C’est une situation inconcevable dans la société tibétaine, où les mourants sont soutenus par les enseignements auxquels ils ont réfléchi durant leur vie et grâce auxquels ils se sont préparés à la mort. Ils ont des points de repère, une force intérieure. Parce qu’ils ont su donner un sens à la vie, ils savent donner un sens à la mort. »

Matthieu Ricard
in J.-F. Revel et M. Ricard, « Le moine et le philosophe »,
Nil Éd., Pocket, 1999, p. 321.

«  Nous essayons de nous persuader que nous sommes adultes, vaccinés, éduqués, rationnels, maîtres de nos passions. En vérité, nous ne contrôlons rien. Nous disons « amen » à nos circuits de récompense, ce qu’avec Sigmund Freud nous pourrions nommer notre « ça »… Notre moi et notre surmoi, nos sentiments, nos lois, notre morale, notre religion se plient aux oukases de nos récepteurs de la dopamine.
Je sais : c’est dur à avaler pour le métaphysicien comme pour le philosophe spiritualiste, convaincus que l’homme possède une âme distincte du corps, et une liberté fondamentale de jugement, de pensée et d’action. »

Yves Paccalet,
« L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », Flammarion, 2013, p. 127-128.

 

 

Solipsisme

(voir aussi Conscience et Moi)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Quoique aucun homme ne puisse jamais savoir si la sensation du rouge ou du do mineur qu’il ressent est exactement la même que celle ressentie par un autre homme, il est néanmoins possible d’agir en supposant que chacun perçoit les couleurs et les sons plus ou moins de la même façon. »

Lincoln Barnett,
« Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 24.

 

 « Chacun croit, en ce qui le concerne, qu’il peut observer directement la coïncidence entre sa vie interne et son comportement extérieurement visible. Mais pour avancer avec rigueur au-delà du solipsisme, il nous faut faire quelque chose d’a priori impossible : confirmer la coïncidence de l’intérieur et de l’extérieur chez d’autres. Il ne peut pas suffire, officiellement, qu’ils nous signalent cette coïncidence dans leur cas, car cela ne nous apporterait qu’un nouvel exemple de correspondance entre l’intérieur et l’extérieur : les capacités démontrables de percevoir et d’agir intelligemment vont normalement de pair avec la capacité de faire des récits « introspectifs ». Si un robot astucieusement conçu pouvait (avoir l’air de) nous raconter sa vie intérieure (pouvait émettre tous les bruits appropriés dans les contextes appropriés), aurions-nous raison de l’admettre dans notre caste ? (…)
… la seule manière dont on pourrait s’assurer qu’une machine pense serait d’être la machine et de ressentir qu’on pense. On pourrait alors décrire ses sentiments au monde, mais bien sûr personne n’aurait de raisons d’en tenir compte. De même, suivant ce point de vue, la seule manière de savoir qu’un homme pense est d’être cet homme lui-même. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 20 et 68.


« Comment voir si nos idées correspondent aux objets dès lors que nous ne sommes jamais en présence des objets, mais toujours seulement des idées que nous nous en faisons ? (…) il ne saurait être question de se libérer du piège. Il convient simplement de l’éviter, en refusant de faire de cette intériorité représentative le point de départ du philosopher. Le seul et unique point de départ phénoménologiquement légitime est l’être-dans-le-monde auprès de ce qui apparaît en lui. »

Antoine Grandjean,
« Le piège du solipsisme ou de l’absence du monde », M-Editer, 2011, p. 24-25.

 

« Nous sommes, intrinsèquement, dans une situation analogue à celle du physicien imaginé par Einstein : enfermé dans sa cabine, sans le moindre contact avec le monde extérieur, il flotte entre les parois et est absolument dans l’incapacité de distinguer s’il évolue en état d’apesanteur, hors de tout champ de gravité, ou si la cabine est en chute libre et l’entraîne vers un brutal écrasement à la surface d’un corps céleste. De même, il nous est strictement et définitivement impossible de distinguer si notre personnalité est le produit éphémère de l’univers qui l’a engendré ou si celui-ci, fruit de notre activité cérébrale, est né avec notre conscience et disparaîtra avec elle.
Celui qui estime que le solipsiste souffre de schizophrénie, comment pourrait-il s’assurer qu’il n’est pas lui-même schizophrène ?
Le solipsisme est logiquement irréfutable et humainement intenable. »

Yves Thelen

 

«  C’est [le libre arbitre] typiquement une discussion qui tourne en rond : logiquement possible, mais totalement inintéressante, un peu comme le solipsisme qui affirme que je suis le seul à exister, et que vous n’êtes que des illusions de mon esprit. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard  Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 127.

Société de consommation

(voir aussi Croissance, Mondialisation et Simplicité)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Il y a quelque chose de plus dans l’amoncellement que la somme des produits : l’évidence du surplus, la négation magique et définitive de la rareté, la présomption maternelle et luxueuse du pays de Cocagne. Nos marchés, nos artères commerciales, nos Superprisunic miment ainsi une nature retrouvée, prodigieusement féconde : ce sont nos vallées de Canaan où coulent, en fait de lait et de miel, les flots de néon sur le ketchup et le plastic, mais qu’importe ! L’espérance violente qu’il y en ait non pas assez, mais trop et trop pour tout le monde, est là… »

Jean Baudrillard,
« La société de consommation », Denoël, 1970, p. 19.


« Les énormes firmes de relations publiques, de publicité, d’art graphique, de cinéma, de télévision… ont d’abord pour fonction de contrôler les esprits. Il faut créer des « besoins artificiels », et faire en sorte que les gens se consacrent à leur poursuite, chacun de leur côté, isolés les uns des autres. Les dirigeants de ces entreprises ont une approche très pragmatique: « il faut orienter les gens vers les choses superficielles de la vie, comme la consommation. » Il faut créer des murs artificiels, y enfermer les gens et les isoler les uns des autres. »

Entretiens de Noam Chomsky avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz,
Éditions des Arènes, 2001.

 

« … si la morale est quelque peu bafouée, c’est parce que la technique de vente employée (la manipulation) vous conduit à consommer non sur la base de votre raison, ni sur la base de vos désirs, mais sur celle d’une technologie des circonstances qui vous prédispose à acheter ceci plutôt que cela. Mais, après tout, aurait-il été plus moral d’inciter un client potentiel à utiliser la savonnette Eurêka avec une technique purement persuasive ? (…) plus moral mais à une condition qui n’échappera à personne : c’est que tout ce qui vient d’être dit des vertus de la savonnette Eurêka soit vrai… ! »

 Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,

PUG, 2002, introd., p. 225.

 

« Un photographe connu a rapporté, après avoir enquêté dans le monde entier, qu’en Mongolie un habitant possède en moyenne 300 objets à lui seul et qu’un Japonais en possède 6 000. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, Laffont, 2005, p. 47.

 

 « Désormais, chaque enfant, chaque adolescent, chaque adulte se trouve à la croisée d’un choix : s’épuiser dans un monde qu’épuise la logique d’une rentabilité à tout prix, ou créer sa propre vie en créant un environnement qui en assure la plénitude ou l’harmonie. Car l’existence quotidienne ne se peut confondre plus longtemps avec cette survie adaptative à laquelle l’ont réduite les hommes qui produisent la marchandise et sont produits par elle.»

Raoul Vaneigem,
« Avertissement aux écoliers et lycéens », Mille et une nuits, n°69, p. 15.

« Alors que la technique de matraquage consistait à répéter, un maximum de fois et en un minimum de temps, la marque ou le nom du produit qu’il fallait imposer sur le marché, de nombreuses séquences publicitaires négligent superbement de préciser ce dont il est question. Au subconscient d’effectuer le travail de sape nécessaire pour que l’esprit critique ne puisse interférer dans l’éveil du nouveau désir. Une allusion subtile, les premiers mots d’un slogan déjà intériorisé, quelques notes de musique suffiront à raviver le souvenir inconscient, comme chez l’individu préalablement conditionné sous hypnose. Une fois l’objet ou le « service » imposé sur le marché, la publicité peut se payer le luxe d’être séduisante pour elle-même. Son coût exorbitant rentre dans les frais généraux de la multinationale. Ce sera toujours le consommateur, en fin de compte, qui réglera le surcoût. Notre perte d’autonomie ne pèse guère face à la peur d’un manque à gagner. La boulimie consumériste est devenue obsessionnelle : il nous faut profiter d’une promotion, des soldes, des fluctuations de la Bourse, de notre temps de vacances, bref de la vie ! Et nous vivons dans une frénésie du shopping, dans une course compulsive pour ne pas rater une bonne affaire, dans les brocantes, les souks, les catalogues d’achat par correspondance, les bazars, les faillites, les braderies… tandis que s’aggravent les inégalités entre ceux qui ont trop de tout et les endettés qui ont moins que rien. »

Yves Thelen,
« Eveil à l’esprit philosophique »,
L’Harmattan, 2009, p. 113.

 

Singularité

(voir aussi Temps imaginaire)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … la croissance est maintenant telle que nous parviendrons bientôt à un état de transformations si profondes, si rapides, si denses que toute l’existence humaine basculera (…) les cent années du XXI e siècle seront l’équivalent de vingt mille ans de progrès au rythme d’aujourd’hui. C’est ce que l’on nomme une singularité, c’est-à-dire le moment à partir duquel tout change sans qu’un retour en arrière soit possible. »

Ollivier Dyens,
« La condition inhumaine, essai sur l’effroi technologique », Flammarion, 2008, p. 171.

 

« La singularité est un point de non-retour au-delà duquel, c’est l’inconnu. Plus le physicien se rapproche, par le calcul, des premiers instants de l’univers, de l’origine du Big Bang, plus ses équations s’affolent et se révèlent impuissantes à cerner la matière.
Lorsqu’un corps quelconque est capté par le champ gravitationnel d’un trou noir, nul ne sait sous quelle forme subsisteront ses composants ultimes une fois atteinte la singularité.
La singularité exprime également les aléas d’une mutation de nos sociétés : avec le développement des nanotechnologies et de l’I.A, notre espèce, dont l’expansion court à ses asymptotes, va connaître des bouleversements dont nul ne peut prévoir les conséquences. La seule certitude qui semble acquise, c’est que rien ne sera plus comme avant. »

Yves Thelen

 

 « En prédisant des points de densité infinie – appelés singularités –, la relativité générale prédit du même coup sa faillite (…) une théorie quantique de la gravitation offrirait une possibilité nouvelle qui, si elle était exacte, résoudrait ce problème (…)
L’espace-temps ressemblerait à la surface de la Terre, mais avec deux dimensions supplémentaires (…) si vous voyagez dans une certaine direction, vous finissez par vous retrouvez à votre point de départ sans vous être jamais heurté à une singularité.
Si l’espace-temps est dépourvu de conditions aux limites, nous n’avons plus besoin de connaître l’état initial de l’Univers (…) L’Univers serait entièrement contenu en lui-même et rien d’extérieur à lui ne pourrait l’affecter. Il ne pourrait être ni créé ni détruit. »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 116-120.

« … puisque la vitesse des ordinateurs double tous les deux ans, la vitesse de pensée d’une IA doublera tous des deux ans, au pire : car une I.A. qui dispose de la capacité de s’auto améliorer, voire de reconcevoir sa propre architecture matérielle et les processeurs sur lesquels elle tourne, pourra doubler sa vitesse de calcul et de pensée en un délai bien plus court. Il est plus que probable même, que le délai entre deux doublements de la vitesse de calcul va diminuer à chaque étape, pour tendre vers zéro. Nous avons ici un premier aperçu de l’un des chemins qui nous conduiront inéluctablement vers la singularité, cet événement sans précédent dans l’histoire humaine. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 414.

  

Simplicité

(voir aussi Besoins, Croissance et  Société de consommation)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

 « Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre. »

Gandhi (1869-1948)

 

« Combien de générations faudra-t-il sacrifier au nom d’un prétendu développement et au bénéfice de qui ? Un autre modèle est possible. Il consisterait à renoncer à la puissance nationale et à accepter la frugalité (…) À la différence de la misère, la frugalité, estime Ashis Nandy, est parfaitement tolérable : elle est l’essence même de la civilisation indienne. Cette autre économie a été décrite par le Mahatma Gandhi sous le nom de Swadeshi.
Le Swadeshi, explique Nandy, n’est pas un système comme le capitalisme ou le socialisme, c’est un état d’esprit, une force intérieure. Celle-ci nous incite à contrôler nos désirs et à les restreindre à ce qui est accessible dans notre environnement immédiat. Les hommes ont ainsi vécu pendant des milliers d’années sans être nécessairement plus malheureux qu’ils ne le sont aujourd’hui. »

Ashis Nandy
in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 282.

 

«  En panne d’imagination et tétanisés par la créature que nous avons engendrée, nous voici invités à égrener le chapelet des petits gestes : un potager bio dans le jardin, le tri sélectif dans la cuisine, les ampoules basse consommation partout dans la maison et le covoiturage ou la marche à pied pour tous (…)
Évidement, ces automatismes adoptés par tous pourraient très bien être des solutions individuellement valables et donner sens à l’engagement quotidien, mais qui a envie spontanément de se compliquer la vie, de différer son plaisir et d’être solidaire de ces inconnus vertueux ? Qui veut être le premier sacrifié sur l’autel de l’exemplarité ?
En vérité, le mode de société dans lequel on vit nous tire vers le bas. Une telle forme de régression convient au plus grand nombre, organisée autour de la consommation et du divertissement. »

 G. Ferone et J.-D. Vincent,
« Bienvenue en Transhumanie », Grasset-Fasquelle, 2001, p. 76-77.

 

« … vivre simplement ne m’est pas venu… simplement ! Ce fut plutôt l’aboutissement d’une lente métamorphose, le désir de plus en plus prégnant de vivre avec moins, mais dans plus de fluidité, de liberté et de légèreté. Dans plus de raffinement aussi. J’ai peu à peu réalisé que plus je me délestais, moins ce qui me restait m’était indispensable : finalement, on a besoin de très peu pour vivre. J’ai donc acquis la conviction que moins on a, plus on est libre et épanoui (…)
Tout ce que possède une personne devrait pouvoir tenir dans un ou deux sacs de voyage (…)
Adoptez un tel mode de vie et vous serez capable de vivre dans la paix et la sérénité. Vous obtiendrez quelque chose que peu de gens possèdent : la disponibilité. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 17 et 48.

« L’Europe a quelques bonnes raisons de s’intéresser à la frugalité  urbaine : elle est dépourvue de pétrole, et plus généralement d’énergie. Son réseau urbain, fait de villes proches les unes des autres, est particulièrement adapté à un maillage par un réseau ferré rapide. Une part croissante de sa population se dit concernée par les questions écologiques. Sa démocratie locale est active et un certain de nombre de ses villes se sont déjà investies fortement dans la recherche d’une meilleure frugalité.
En somme, de nombreuses conditions – techniques, sociétales, énergétiques, géopolitiques – sont aujourd’hui réunies pour que se réinvente, sur le Vieux Continent, l’art de faire des villes. »

Dominique Loreau,
« L’art de la frugalité et de la volupté », Laffont, 2009.

« Suite à la crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2008 dans tous les pays de l’OCDE, des politiques d’austérité draconiennes sont aujourd’hui menées de manière autoritaire et à rebours de l’opinion publique. Et alors même que cette crise est le fruit des politiques débridées de croissance économique fondée sur l’endettement, la finalité de ces politiques d’austérité vise uniquement à assainir les finances publiques et privées pour faire repartir la croissance considérée comme seule condition de stabilité de l’ordre social. Mais, outre le fait que ce projet apparaît comme totalement utopique dans la mesure où les tours de vis financiers ne peuvent que mener à la récession, ces derniers ne peuvent aussi paradoxalement qu’alimenter un chaos social permanent. Indépendamment de ces politiques, est apparu dans le champ social et culturel au début des années 2000, le mouvement de la décroissance favorable à la sobriété volontaire qui rompt radicalement avec l’idéologie de la croissance héritée des années d’après guerre. Contrairement à ce que l’on peut penser, cette conjonction n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’un contexte historique particulier marqué par la fin de la croissance dans les pays anciennement industrialisés et, d’une manière générale, par la fin de l’idéologie du progrès (…)
La situation que commencent seulement à vivre les citoyens des pays en crise exige alors non seulement une rupture complète avec nos habitudes héritées de ces cinquante dernières années où, à tous points de vue, nous avons vécu au dessus de nos moyens dans une parfaite inconscience, mais surtout celles ayant trait à nos représentations collectives léguées par l’idéologie du développement. La vérité est que cette rupture nécessaire sera forcément douloureuse en particulier pour tous ceux affectés par le chômage et la baisse du niveau de vie. »

Simon Charbonneau,
« Austérité imposée et sobriété volontaire », oct. 2012, http://www.reporterre.net

Sexisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Heureux l’homme qui a une bonne épouse : sa vie sera deux fois plus belle.
La femme courageuse fait la joie de son mari : il possédera le bonheur tout au long de sa vie. Une femme de valeur, voilà le bon parti, la part que le Seigneur donne à ceux qui le servent ; riches ou pauvres, ils ont le cœur joyeux, en toute circonstance leur visage est souriant. La grâce de la femme enchante son mari, et ses talents lui donnent le bien-être.
Une femme qui sait se taire est un don du Seigneur. Rien ne vaut une femme préparée à sa tâche. C’est un don merveilleux qu’une femme discrète. Une âme qui se maîtrise est un trésor sans prix. »

 « Livre de Sirac le Sage », 26, 1-4, 13-16, (III e s. av. J.-C.)

 

« Simon Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie [éternelle] « . Jésus répondit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux ». »

Évangile de Saint Thomas (manuscrit du IV e s. découvert en 1945)

 

 « Si l’être humain était vierge pour toujours, aucun fruit ne proviendrait de lui. Doit-il devenir fécond, il lui faut de nécessité être une femme. Femme est le mot le plus noble que l’on peut attribuer à l’âme et est bien plus noble que vierge. Que l’être humain reçoive Dieu en lui, c’est bien, et dans cette réceptivité il est intact. Mais que Dieu devienne fécond en lui, c’est mieux ; car la fécondité du don est la seule gratitude pour le don, et l’esprit est une femme dans la gratitude qui engendre en retour là où pour Dieu il engendre Jésus en retour dans le cœur paternel. »

 Eckhart von Hochheim dit Maître Eckhart (1260-1327), « Sermon 2 ».

« Il n’est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes,
Qu’une femme étudie et sache plusieurs choses.
Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens,
Et régler sa dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie. »

Molière, « Les femmes savantes », 1672.

« Préambule
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale ; considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme (…)
En conséquence le sexe supérieur en beauté, comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne:
Article premier
La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune (…)
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes fondamentales ; la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi. »

 Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne », 1791.

 

« Considérant :
11º. Que la société civile, dans la distribution de ses rôles, n’en a donné qu’un passif aux femmes. Leur empire a pour limites le seuil de la maison paternelle ou maritale. C’est là qu’elles règnent véritablement. C’est là que, par leurs soins journaliers, elles dédommagent les hommes des travaux et des peines qu’ils endurent hors de leurs foyers. En conséquence :
La Raison veut (dut-elle passer pour Vandale) que les femmes (filles, mariées ou veuves) ne mettent jamais le nez dans un livre, jamais la main à la plume. »

Sylvain Maréchal, « Projet de Loi »,1801.

 

« Si les femmes n’eussent pas su lire, la superstition les maîtriserait encore ainsi que leurs enfants (…) O Voltaire ! Que dirais-tu si tu voyais aujourd’hui le « projet de loi » [prônant l’interdiction d’apprendre à lire aux filles], toi qui étais si content quand on t’assurait que les marchandes de la rue Saint-Denis lisaient tes jolis romans et tes facéties, et qui t’écriais : tant mieux ! C’est par les femmes que la raison entrera dans la tête des hommes. »

Marie Gacon-Dufour, « Contre le projet de loi de Sylvain Maréchal », 1801 (Gallica).

 

« Le bonheur de l’homme, en amour, se proportionne à la liberté dont jouissent les femmes. »

Charles Fourier, « Théorie des quatre mouvements et des destinées générales », (1808).

 

 « Supérieures par l’amour, mieux disposées à toujours subordonner au sentiment l’intelligence et l’activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l’Humanité et les hommes. »

Auguste Comte, « Système de politique positive », 1854.

 
 

« Ce qu’il y a de merveilleux dans la nature et dans la Providence, c’est qu’aucun conflit entre les deux sexes n’est possible tant que chacun remplit les fonctions que la nature lui a destinées (…) Les sacrifices auxquels consent la femme dans la lutte pour la sauvegarde du peuple dans chaque foyer sont à l’image de ceux de l’homme dans sa lutte pour tout le peuple. À l’héroïsme de l’homme sur le champ de bataille répondent le dévouement, la souffrance et la soumission de la femme. Chaque enfant qu’elle met au monde est une bataille qu’elle livre pour l’existence ou l’anéantissement de son peuple. »

 Adolf Hitler in « La morale des seigneurs », Hans Peter Bleuel, Belfond, 1974, p. 59 et 61.


« On ne naît pas femme : on le devient… C’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. »

Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe », Gallimard, 1949.

 

 

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ?
Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de la faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »

Simone Veil, Discours sur l’avortement, 26 novembre 1974.

« La société met l’emprise dès les premiers jours sur l’enfant, mâle ou femelle, de manière à fabriquer à partir de là, conformément aux exigences de notre civilisation d’aujourd’hui, un homme qui soit ce qu’on appelle un homme et une femme qui soit ce qu’on appelle féminine. Donc, je crois absolument qu’il y a de profondes différences entre les hommes et les femmes, au désavantage des femmes d’ailleurs dans l’ensemble – dans l’ensemble, parce qu’il y a de rares exceptions. Ces différences ne viennent pas des natures féminines ou masculines, mais de l’ensemble culturel. »

Entretien avec Simone de Beauvoir, Le Monde, 10-11 janvier 1978.

 

 

« Ce sont les féministes qui m’ont sensibilisé au pouvoir de la prise de conscience. Si vous remplacez « history » par « herstory« , c’est parfaitement ridicule car le his de history n’a rien à voir avec le possesseur masculin (…) mais même les exemples stupides de ce genre réussissent à éveiller notre conscience (…) L’homme, les Droits de l’homme, tous les hommes sont créés égaux, un homme, une voix, notre langue donne trop souvent l’impression d’exclure les femmes. Quand j’étais petit, il ne m’est jamais venu à l’esprit que les femmes puissent se sentir blessées par une expression comme « l’avenir de l’homme ». »

 Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 148-149.

 

« Le féminisme, c’est aussi le droit pour les femmes d’embrasser les défauts des hommes et d’en rajouter. Ce n’est pas parce que l’oppression fut horrible que la libération va se montrer merveilleuse. »

Pascal Bruckner, « Le mariage d’amour a-t-il échoué ? », Grasset, 2010, p. 95.

 

 « Le mariage temporaire, appelé sigheh en Iran, consiste à contracter un mariage musulman pour une durée déterminée convenue entre l’homme et la femme. Une union allant d’une heure minimum, à un jour, une semaine, et jusqu’à 99 ans au maximum, et pouvant être immédiatement consommée (…) En fait, la loi du sigheh passe surtout comme un moyen d’offrir une couverture religieuse à la prostitution, qui, elle, est proscrite. »

http://www.lepoint.fr › International 02/09/214.

 

«  Comme toute violence symbolique, « violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes », la domination masculine repose sur le partage de la croyance, et l’adhésion de la dominée aux principes du dominant, ce qui explique par exemple les conduites d’autodévalorisation des femmes, ou leur préférence pour des hommes plus grands, plus âgés, plus riches qu’elles (…)
Par ailleurs, la position de dominant n’est pas non plus toujours facile, et le  » privilège masculin est aussi un piège [qui] trouve sa contrepartie dans la tension et la contention permanentes (…) qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toutes circonstances sa virilité. » »

Christine Détrez in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu », J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

« … les « matriciens » s’appuient sur une collection d’exemples historiques (Étrusques, Basques, Celtes, Spartiates, etc.) ou ethnographiques (Touaregs, Ovahimbas, Mosos, Nayars, etc.) de sociétés où les femmes auraient eu ou ont un plus grand poids et une plus grande liberté que dans les sociétés patriarcales. Au-delà de ce constat, leur grand dessein est de contribuer à sauver la famille moderne en la refondant sur la filiation maternelle et les liens librement choisis. Leur grand ennemi est le mariage conjugal, devenu conflictuel et fragile dans les sociétés modernes (…)
Et comment se nomme ce projet ? Tout simplement « Prométhée ». Pourquoi lui ? Parce que si Prométhée, l’un des derniers Titans, vola le feu aux Olympiens, c’était pour donner aux hommes et aux femmes le moyen de fonder un foyer comme ils l’entendaient sans se soumettre à Zeus, le vainqueur machiste des grandes déesses primordiales. Que le matriarcat en soit un ou non, les mythes nous rattrapent toujours. »

Nicolas Journet, « Le matriarcat, mythe ou paradis perdu ? »
in « Les Grands Dossiers des Sciences Humaines »,

Janv. 2015.