Sexe

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … après bien des embarras, il vint une idée à Jupiter : Je crois avoir trouvé, dit-il, un moyen de conserver les hommes et de les rendre plus retenus, c’est de diminuer leurs forces : je les séparerai en deux ; par là ils deviendront faibles ; et nous aurons encore un autre avantage, qui sera d’augmenter le nombre de ceux qui nous servent : ils marcheront droits, soutenus de deux jambes seulement ; et, si après cette punition leur audace subsiste, je les séparerai de nouveau, et ils seront réduits à marcher sur un seul pied (…) Les hommes qui sortent de ce composé des deux sexes, nommé androgyne, aiment les femmes, et la plus grande partie des adultères appartiennent à cette espèce, comme aussi les femmes qui aiment les hommes. Mais pour les femmes qui sortent d’un seul sexe, le sexe féminin, elles ne font pas grande attention aux hommes, et sont plus portées pour les femmes ; c’est à cette espèce qu’appartiennent les tribades. Les hommes qui sortent du sexe masculin recherchent le sexe masculin. »

discours d’Aristophane, Platon,
« Le banquet », 380 avant J.-C http://www.atramenta.net

«  En 1948 sortait le premier rapport Kinsey – du nom de son auteur, Alfred Kinsey – (…) « Sexual behavior in the human male« . Ce rapport fut largement relayé par la presse et fut suivi d’un second rapport, en 1953, sur la sexualité féminine. L’onde de choc qui suivit la publication de ces données supposées scientifiques car basées sur les données fournies par 18.000 individus, fut terrible (…)
Aujourd’hui, tout cela est remis en question par un essai, « Kinsey, Sex and Freud« , dans lequel les auteurs Judith A. Reisman et Edward W. Eichel expliquent l’extraordinaire degré de fraude qui a caractérisé les rapports Kinsey. Les auteurs montrent que le but de ces rapports était de normaliser un lot de comportements qui avaient toujours été considérés comme socialement inacceptables, tel que la sodomie, l’inceste, la pédophilie et la zoophilie. »

bistrobarblog.blogspot.com/2013

« Ces travaux [les études de Kinsey] ont été l’objet de plusieurs critiques, notamment en ce qui concerne l’échantillonnage choisi par Kinsey ; néanmoins des travaux ultérieurs, prenant en compte ces critiques, ont abouti à des résultats quasi-identiques. »

fr.wikipedia.org/wiki/

«  L’importance, à leur époque, des « Kinsey Reports » résidait dans le fait qu’ils parlaient du comportement sexuel sous toutes ses formes et variantes, en citant simplement les faits et sans adopter d’attitudes morales (…)
Le livre « The Joy of Sex » édité par Alex Comfort fut un succès dès sa sortie (…) son originalité, largement saluée à l’époque, réside dans le fait qu’il adopte une attitude ouverte et tolérante envers toutes les formes de pratique sexuelle dans le contexte de l’amour humain (…) « Toute la joie de l’acte sexuel d’amour est qu’il n’a pas de règles tant qu’on l’apprécie, et que le choix est pratiquement illimité…« »

Krystyna Krzyzak et Nina Shandloff,
« Amour et sexualité », Éd. Chistophe Colomb, 1980, p. 14-25.

« Contre une société qui utilise la sexualité comme moyen pour réaliser une fin socialement utile, les perversions maintiennent la sexualité comme fin en soi. »

Herbert Marcuse,
« Éros et civilisation », Les Éditions de minuit, 1963.

 

 «  Si tu es conscient, tu réaliseras que la sexualité n’est pas seulement le sexe. Le sexe est la couche extérieure; plus à l’intérieur, il y a l’amour… Encore plus à l’intérieur, il y a la prière… Et toujours plus à l’intérieur, il y a le divin. Le sexe peut devenir une expérience cosmique. Alors on l’appelle Tantra. »

Jolan Chang, « Le Tao de l’art d’aimer »,1977.

 

« Elle ne le regarde pas. Elle le touche. Elle touche la douceur du sexe, de la peau, elle caresse la couleur dorée, l’inconnue nouveauté. Il gémit, il pleure. Il est dans un amour abominable.
En pleurant il le fait. D’abord il y a la douleur. Et puis après cette douleur est prise à son tour, elle est changée, lentement arrachée, emportée vers la jouissance, embrassée à elle (…)
Je ne savais pas que l’on saignait. Il me demande si j’ai eu mal, je dis non, il dit qu’il en est heureux. Il essuie le sang, il me lave. Je le regarde faire. Insensiblement il revient, il redevient désirable. Je me demande comment j’ai eu la force d’aller à l’encontre de l’interdit posé par ma mère. Avec ce calme, cette détermination. Comment je suis arrivée à aller « jusqu’au bout de l’idée ». »

Marguerite Duras,
« L’amant », Les Éditions de Minuit, 1984, p. 50-51.

« Ce feuilleton commence au début de l’été, en juin 1979, lorsque Libération accueille l’exilé argentin [R. D. Botana, dit Copi] connu pour ses dessins, ses récits et ses pièces de théâtre (…) Quand Copi arrive dans les bureaux de la rue de Lorraine, il invente pour le journal un personnage sur mesure qui répond au doux nom de Libérett’ (…)
Affublée d’une poitrine généreuse et d’un sexe d’homme, la petite mascotte déambule tout l’été dans le plus simple appareil entre les reportages, les brèves et les mots croisés.
Lâché dans l’arène, la trans décomplexée s’intéresse à tout mais uniquement à travers le prisme du sexe et de ses pulsions. Tous les sujets sont donc l’occasion d’une blague impertinente, provocatrice, voire franchement graveleuse (…)
Disparues prématurément, ces facéties barbares n’étaient sans doute pas destinées à durer : elles visaient plutôt à repousser les limites, transgresser les tabous, libérer les représentations sexuelles et imposer une indigne représentante de la minorité à côté des grands de ce monde. À un autre niveau, elles faisaient voir l’actualité tout entière à travers le prisme de la libido et révélaient grossièrement l’industrie médiatique sous son jour de machine à fantasmes. »

Thibaud Croisy,
« Le temps d’un été, Copi libère Libé », Le Monde diplomatique, juillet 2013.

 

« « Tout indique que, dans notre monde occidental, nous nous acheminons vers une sexualité sans contact physique et sans partenaire. L’utilisation d’interfaces nano, neuro et biotechnologiques permettra probablement à la fin du XXIe siècle d’établir des relations encore plus intimes que les relations charnelles entre deux êtres. Des logiciels reliés à des nanodispositifs permettant un contrôle direct du cerveau pourraient déclencher des orgasmes à volonté et en toutes circonstances. Et lorsqu’une connexion sans fil entre les centres du plaisir de deux cerveaux sera réalisable, l’acte sexuel au sens où nous l’entendons aujourd’hui, ne sera pas plus intime qu’une poignée de main.  »
Ainsi rêvait le sociologue américain James Hugues, en marge du colloque sur la « sexualité du futur » organisé fin 2007 par le Club d’Amsterdam, groupe de réflexions prospectives rassemblant des universitaires, des chefs d’entreprise et des artistes. Hugues dirige l’Institut pour l’éthique et les techniques émergentes, une association à but non lucratif basée dans le Connecticut dont la vocation est de « promouvoir les usages éthiques de la technologie pour l’augmentation des capacités humaines ». »

Azar Khalatbari,
« La technonique », http://www.liberation.fr/sciences, mars 2008.

« Un homme transgenre a accouché à Berlin, devenant ainsi le premier en Europe à donner naissance à un bébé. L’homme non-identifié est né femme, a gardé ses organes reproducteurs et a souhaité accoucher à domicile, ce qui lui permettait ainsi de ne pas être répertorié comme « la mère » du bébé, une obligation légale en Allemagne.
Officiellement, l’enfant, né le 18 mars dernier mais dont la naissance vient d’être dévoilée, n’a pas de mère. Il n’a qu’un père. Un porte-parole des Affaires Intérieures de l’Administration du Sénat de Berlin a confié : « La personne en question ne voulait pas apparaître en tant que mère mais comme père sur le certificat de naissance et cette demande a été honorée.  »
Le père ne voulait pas que le sexe du bébé soit révélé [Il choisira plus tard !] mais les autorités ont refusé cette demande et ont annoncé qu’il s’agissait d’un garçon. L’Allemagne envisage de surveiller de près cet enfant, craignant qu’il ait des « problèmes psychologiques » au vu de sa conception. »

 www.egaliteetreconciliation.fr/› Revue de presse › 2013

« Dans l’impossibilité de donner une définition de la masculinité pure et de la féminité pure, et d’ignorer que le masculin et le féminin sont des notions et valeurs partagées par les hommes et les femmes, comment ne pas souscrire à l’utilité de repenser les paradigmes masculin/féminin, en s’écartant d’une dualité binaire, notamment en laissant derrière nous ce patrimoine archaïque de l’opposition, des contraires, qui nous enlise depuis des siècles dans une guerre des sexes aussi inutile que délétère.
Si nous partions de tout ce qui différencie les hommes et les femmes, si nous pouvions les écouter parler de leur sexe, sans qu’ils puissent recourir au social, au culturel, au politique, à la psychanalyse, qu’auraient-ils à nous dire ? Sans doute parleraient-ils de leurs désirs et de leur corps. Car l’identité à soi, passant par le corps, le ressenti et la psyché, n’est pas dénuée de sens, elle est le sens, l’authentique soi qui se cherche dans l’autre, et qui cherche l’autre. »

Marie Édith Cypris,
« Homme Femme Autre»,
http://revues.univ-pau.fr/lineas/décembre 2013

Sens

(voir aussi Comprendre, Optimisme et Raison)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

 « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; »

René Descartes, « Discours de la méthode
pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences »,
1637.

 

« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. »

Gandhi (1869-1948)

 

 « Alors, on peut justifier son existence ? Un tout petit peu ? (…) Il faudrait que ce soit un livre : je ne sais rien faire d’autre (…) il faudrait qu’on devine, derrière les mots imprimés, derrière les pages, quelque chose qui n’existerait pas, qui serait au-dessus de l’existence. Une histoire (…) il faudrait qu’elle soit belle et dure comme de l’acier et qu’elle fasse honte aux gens de leur existence. »

Jean-Paul Sartre,
« La Nausée », Gallimard, Poche, 1938, p. 248-249.

 

« Se préoccuper du sens ou du but de sa propre existence, ainsi que de celle des créatures en général, m’a toujours paru, au point de vue objectif, absurde. Et cependant, tout homme a, d’autre part, certains idéaux qui dirigent son effort et son jugement (…) Sans le sentiment d’être en harmonie avec ceux qui ont les mêmes convictions que moi, sans la poursuite de l’objectif, de ce qui est éternellement inaccessible dans le domaine de l’art et de la recherche scientifique, la vie m’aurait paru vide. Les buts banaux que poursuit l’effort humain : la possession de biens, le succès extérieur, le luxe, m’ont paru dès mes jeunes années méprisables. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 6.

 

 

« Faut-il vraiment que nous vivions pour rien, Seigneur, pour en être réduits à mourir pour quelque chose ? »

            Romain Gary

« Que l’évolution se soit effectuée dans un certain sens (dans une certaine direction) n’implique nullement qu’elle ait un sens (une signification). »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 47.

«  Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part
Telle est ma quête,
Suivre l’étoile… »

Jacques Brel,
comédie musicale, « La quête », 1968.

 

 « Certainement, il est difficile de vivre dans un monde qui vous donne toujours plus de biens matériels, de savoir, de loisirs, sans vous fournir de but moral collectif. Cela exige un art de vivre personnel, tout un travail intime pour s’utiliser au mieux soi-même. La vraie liberté individuelle commence là où la société cesse de prétendre à un but moral ou religieux. Où l’unique but devient : toujours plus de moyens et de temps pour chacun (…) Quand je loue une chambre dans un hôtel, je n’attends pas qu’on me serve, avec le petit déjeuner, des raisons de vivre ma journée. Les raisons de vivre sont mon affaire. J’ai pour cela la nature et la culture, des amis, des amours et toutes les sagesses de l’humanité depuis des millénaires. »

Louis Pauwels, « Lettre ouverte aux gens heureux »,
Albin Michel, 1971, p. 126-127.

« Personne n’est normal aujourd’hui, tous les gens sont un peu fous, avec leur mental qui fonctionne tout le temps ; ils voient le monde d’une façon étroite, étriquée. Ils sont dévorés par leur ego. Ils croient voir, mais se trompent : ils projettent leur folie, leur monde sur le monde. Aucune lucidité, aucune sagesse là-dedans ! (…) Il ne faut pas rêver sa vie, mais être complètement dans tout ce que l’on fait (…) vivre le monde avec son corps, ici et maintenant. »

Taisen Deshimaru, « Zen et arts martiaux », Seghers, 1977, p. 52.

 

 « L’univers engendre la complexité. La complexité engendre l’efficacité. Mais l’efficacité n’engendre pas nécessairement le sens. Elle peut aussi engendrer le non-sens. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer – l’univers a-t-il un sens ? »,
Seuil, 1986, p. 212.

« Une reine fourmi fut frappée par la maladie des états d’âme. Trois questions l’obnubilaient: Quel est le moment le plus important dans la vie ? Quelle est la chose la plus importante à accomplir ? Quel est le secret du bien-être ? [La révélation lui vint au beau milieu d’une bagarre sans merci] : le moment le plus important, c’est maintenant, car on ne peut agir que sur le présent. Et si on ne se préoccupe pas de son présent, on manquera aussi son futur. La chose la plus importante est d’affronter ce qui est là, face à nous. Si la reine ne s’était pas débarrassée de la guerrière qui voulait la tuer, c’est elle qui serait morte. Quant au secret du bien-être, elle l’avait découvert après le combat : c’est d’être vivant et de marcher sur la Terre. Tout simplement. »

Bernard Werber,
« Le jour des fourmis », Albin Michel, 1992, Poche, p. 194-195.

 

« La société des loisirs… Que ferons-nous quand nous n’aurons plus rien à faire ? »

Anonyme

« Licence, censure. Où lire un sens qui soit sûr ? »

Yves Thelen,
« Le Titre du Livre », L’harmattan, 2010, p. 118.


« Aucune technologie ne peut rien contre le mal-vivre, le mal de vivre : elle peut éventuellement les masquer un temps. Rien de plus (…) plus le monde devient complexe, plus il faut que nos vies deviennent simples. Ce n’est pas un paradoxe, c’est une évidence. La complication est toujours une mauvaise réponse à la complexité (…) Vivre simplement, sobrement, frugalement, relève d’un lent processus plus d’épurement que d’apurement. »

Marc Halévy,
« Le principe frugalité », L’Arbre d’Or, 2008, p. 103.

 

«  … il y a continuité entre la matière dite « inerte » et la matière vivante. En fait, la vie tire directement ses propriétés de cette mystérieuse tendance de la matière à s’organiser elle-même, spontanément, pour aller vers des états sans cesse plus ordonnés et complexes (…) En chaque particule, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule de matière, vit et œuvre à l’insu de tous une omniprésence.
Du point de vue du philosophe, cette dernière remarque est lourde de conséquences : elle veut dire, en effet, que l’univers a un axe, mieux encore : un sens. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 67-68.

« Nous allons détruire notre monde (…) nos efforts pour contrecarrer les effets de notre action sont dérisoires autant qu’illusoires et ne font que maintenir ce processus, au nom des lois de l’évolution auxquelles nous sommes soumis (…)
Si nous sommes éclairés maintenant sur notre nature, sur l’histoire et le devenir de l’humanité, nous ne pouvons plus désormais que nous reposer sur nos capacités de clivage et d’oubli, qui seules restent capables de guider nos comportements et de maintenir possible notre existence malgré l’évidence. »

 Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout », Editions Solo, 2014 p.241.

Science

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« À la vérité, certaines questions sont susceptibles de démonstration : c’est ainsi par exemple qu’il est démontré que l’orbite du soleil décline de l’équateur, et il n’y a pas de doute là-dessus. Mais qu’il y ait une sphère excentrique, ou un épicycle, c’est ce qui n’a pas été démontré (…) mais il est possible qu’un autre possède une démonstration qui lui rende évidente la vérité de ce qui est obscur pour moi. Le plus grand hommage que j’aie pu rendre à la vérité, c’est d’avoir ouvertement déclaré combien ces matières me jetaient dans la perplexité… »

 Moïse Maïmonide, «Guide des Égarés », 1190.

 

 « L’ordre des sciences est double ; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents ; d’autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c’est-à-dire la science de Dieu et des saints. »

Thomas d’Aquin, « Summa Theologiae », I, q. 1, a. 2 (XIII e s.)

 

 « … l’expérience elle-même est un mode de connaissance qui exige le concours de l’entendement, dont je dois présupposer la règle en moi-même, avant que des objets me soient donnés, par conséquent a priori ; et cette règle s’exprime en des concepts a priori, sur lesquels tous les objets de l’expérience doivent nécessairement se régler, et avec lesquels ils doivent s’accorder (…) nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure » (préface), 1781.

 

«  Plus la science accroît le cercle de ses connaissances et plus grandit autour le cercle d’ombre. »

« Non seulement la science ne peut nous faire connaître la nature des choses, mais rien n’est capable de nous la faire connaître, et si quelque dieu la connaissait, il ne pourrait trouver de mots pour l’exprimer. Non seulement nous ne pouvons deviner la réponse, mais si on nous la donnait, nous n’y pourrions rien comprendre ; je me demande même si nous comprenons bien la question. »

Henri Poincaré, « La valeur de la science », 1905, chap.11.

 

 

« … il est trop de gens qui, ignorant ce qu’est l’intellectualité pure, s’imaginent qu’une connaissance simplement philosophique, qui, même dans le cas le plus favorable, est à peine une ombre de la vraie connaissance, est capable de remédier à tout et d’opérer le redressement de la mentalité contemporaine, comme il en est aussi qui croient trouver dans la science moderne elle-même un moyen de s’élever à des vérités supérieures, alors que cette science n’est fondée précisément que sur la négation de ces vérités. »

René Guénon,
« La crise du monde moderne », Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 200

 

 « Tout le monde sait maintenant que la Science n’est pas un énoncé de la vérité des choses mais seulement un langage pour exprimer une certaine expérience des objets, leur structure, leur mathématique, une impression coordonnée et utilisable de leurs processus – rien de plus. La matière elle-même est quelque chose (peut-être une formation d’énergie ?) dont nous connaissons superficiellement la structure telle qu’elle apparaît à notre mental et à nos sens et à certains instruments d’examen (dont on soupçonne maintenant qu’ils déterminent largement leurs propres résultats, la Nature adaptant ses réponses à l’instrument utilisé), mais nul savant n’en sait davantage ou ne peut en savoir davantage. »

Aurobindo
cité par Satprem et Venet, « La Vie sans mort », Robert Laffont, 1998, p. 22.

 

« La démocratie et les sciences modernes sont toutes deux les héritières de la même histoire, mais cette histoire mènerait à une contradiction si les sciences faisaient triompher une conception déterministe de la nature alors que la démocratie incarne l’idéal d’une société libre (…) En cette fin de siècle, la question de l’avenir de la science est souvent posée. Pour certains, tel Stephen Hawking dans sa « Brève histoire du temps » [voir p. 88], nous sommes proches de la fin, du moment où nous serons capables de déchiffrer la « pensée de Dieu« . Je crois, au contraire que nous sommes seulement au début de l’aventure. Nous assistons à l’émergence d’une science qui n’est plus limitée à des situations simplifiées, idéalisées, mais nous met en face de la complexité du monde réel, une science qui permet à la créativité humaine de se vivre comme l’expression singulière d’un trait fondamental commun à tous les niveaux de la nature. »

 Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.

Scepticisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous disons que la preuve qu’on apporte pour garantir la proposition a besoin d’une autre preuve, et celle-ci d’une autre, à l’infini ; aussi, puisque nous ne savons où commencer le raisonnement, la suspension du jugement est-elle la conséquence naturelle. »

Sextus Empiricus, (II e s. ap. J.-C.) « Hypotyposes pyrrhoniennes ».

 

 « Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire ; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration ; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet (…) Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse. Ainsi il ne se peut établir rien de certain de l’un à l’autre, le jugeant et le jugé étant en continuelle mutation … »

Michel de Montaigne , « Essais », II, 12.

 

« Je suis trop sceptique pour être incrédule. »

Benjamin Constant (1767-1830)

 

 « Il est toujours possible d’invoquer des arguments de force égale pour et contre chaque opinion. Le mieux est donc de ne pas prendre parti, d’avouer son ignorance, de ne pencher d’aucun côté ; de maintenir son avis en suspens (…) Même lorsque le sceptique dit qu’il n’affirme rien, il ne prétend pas affirmer cela (…)
N’avoir d’opinion ni sur le bien, ni sur le mal, voilà le moyen d’éviter toutes les causes de trouble. Le doute est le vrai bien. »

D’après Victor Brochard,
« Pyrrhon et le scepticisme primitif », 1885, Diog. Laërce, IX, 74-108.

 

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui, l’une comme l’autre, nous dispensent de réfléchir. »

Henri Poincaré (1854-1912)

 

 

« Si tous les sceptiques avaient été réellement zététiques et seulement zététiques, ils auraient dit avec Pyrrhon : « nous arrivons non au doute, mais à la suspension du jugement » (…) sceptiques signifie littéralement examinateurs, gens qui pèsent, réfléchissent, étudient attentivement ; mais il a pris à la longue un sens plus négatif que dubitatif, et a signifié ceux qui sous prétexte d’examiner toujours ne décident jamais (…)
Le mot zététique n’est pas fait pour trancher le débat entre les deux acceptions de tous ces termes (…) Le nom de zététique est resté, d’ailleurs, dans l’enceinte de l’école qui l’a créé ; et, malgré sa très large extension, qui eût permis d’en faire le terme général désignant tous les chercheurs de la vérité dans tous les domaines, il est exclusivement appliqué aux sceptiques, et on peut même dire aux sceptiques grecs ou pyrrhoniens. »

Henri Broch,
extrait adapté de Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

 

« Voici quelques principes de zététique qu’il est bon d’avoir à l’esprit quand on est confronté à un phénomène mystérieux afin de ne pas se faire manipuler ou de se manipuler soi-même. Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance.
Certaines de nos croyances, bien que nous procurant un certain bien-être, sont avant tout des obstacles à la connaissance et peuvent parfois se révéler néfastes pour nos libertés (ex : adhérer à une secte, se ruiner pour consulter un voyant). Ainsi, lors d’une séance de spiritisme, il est toujours bon de se demander : « Esprit (critique)… Es-tu là ? ».
Inexpliqué n’est pas inexplicable.
Tout comme un Ovni n’est pas un objet volant non identifiable, de nombreux phénomènes qui nous semblent étranges ne sont pas aussi rares ni aussi incompréhensibles que nous voulons bien le croire. Une absence d’explication pour un phénomène, n’est jamais la preuve de son caractère surnaturel mais seulement de notre incompétence à le comprendre. Ainsi on peut ignorer l’existence des siphons souterrains et pour autant se garder de croire à la présence d’esprits frappeurs dans une maison riche en bruits… »

Nicolas Vivant, juin 2003, www.zetetique.fr/

Sagesse

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … l’activité de l’âme, accompagnée d’actions raisonnables selon le Bien et le Beau (…) est par elle-même la plus élevée ; l’esprit occupe la première place et, parmi ce qui relève de la connaissance, les questions qu’embrassent l’esprit sont les plus élevées. Ajoutons aussi que son action est la plus continue ; il nous est possible de nous livrer à la contemplation d’une façon plus suivie qu’à aucune forme de l’action pratique. Et, puisque nous croyons que le plaisir doit être associé au bonheur, la plus agréable de toutes les activités conformes à la vertu se trouve être, d’un commun accord, celle qui est conforme à la sagesse. »

 Aristote (384- 322 av. J.-C.), « Éthique à Nicomaque », Ed. Garnier.

 

 « Pour qui règle sa vie d’après la vraie sagesse, la suprême richesse est de savoir vivre content de peu, de posséder l’égalité de l’âme. De ce peu, en effet, il n’y a jamais de manque. Mais les hommes recherchent la puissance et les dignités, espérant donner ainsi à leur fortune une base solide. Ils s’imaginent que le chemin de la richesse est celui du bonheur et qu’on ne peut être heureux sans elle Mais que leur attente est vaine ! Que cette route est périlleuse ! À peine se croient-ils au faîte que l’envie, comme la foudre, les précipite souvent, voués au mépris, dans les abîmes du Tartare. »

Lucrèce (1er s. av. J.-C.) « De la nature », V.

 

« Il n’y a d’autre savoir que de savoir qu’on ne sait rien, mais on ne le sait qu’après avoir tout appris. »

Maurice Chapelan (1906-1992)

 

« … toute la différence est entre les téméraires qui croient qu’ils savent et les sages qui savent qu’ils croient. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 15.

 

« Il se produit, depuis un siècle, dans tous les domaines, des accroissements effectifs de connaissances qui anéantissent purement et simplement les vieilles manières de philosopher. »

Jean-François Revel,
« Pourquoi des philosophes », J-J. Pauvert, 1957, p. 88.

 

« La sagesse sera toujours conjecturale. C’est en vain, depuis le Bouddha et Socrate, que l’homme s’est acharné à en faire une science. C’est en vain aussi que l’on tenterait d’extraire du savoir qui est devenu démontrable une morale et un art de vivre. La sagesse ne repose sur aucune certitude scientifique et la certitude scientifique ne conduit à aucune sagesse. »

Jean-François Revel et Mathieu Ricard,
« Le moine et le philosophe »,
NiL Pocket, 1999, p. 406.

 

 « Si on ne désire que ce qu’on n’a pas, on n’a jamais ce qu’on désire. Nous voilà séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit – séparés du présent, qui est tout, par l’avenir, qui n’est pas (…) Désirer ce qui dépend de nous (vouloir), c’est se donner les moyens de le faire. Désirer ce qui n’en dépend pas (espérer), c’est se vouer à l’impuissance et au ressentiment. Cela dit assez le chemin. Le sage est un homme d’action, quand le sot se contente d’espérer en tremblant. »

André Comte-Sponville,
« L’esprit de l’athéisme », Éd. Albin Michel, 2006, p. 64-65.

 

« Quelle que fût la cause de l’extinction de nos prédécesseurs, elle est plus que probablement liée à une forme d’échec face à une épreuve naturelle. Dans notre cas, l’extinction serait due à une raison différente : un succès excessif. Le problème se trouve dans nos gènes. Nous sommes les produits de la sélection naturelle, victimes d’une bizarrerie génétique qui nous a donné suffisamment d’intelligence et d’adresse pour conquérir le monde, mais pas assez de sagesse pour gérer les fruits de nos victoires. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 172.

 

Rire

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

1327 : un moine franciscain enquête, dans une abbaye, sur des crimes liés à un ouvrage d’Aristote,  » La Comédie »…
« — Mais qu’est-ce qui t’a fait peur dans ce discours sur le rire ? Tu n’élimines pas le rire en éliminant ce livre ?
— Le rire est la faiblesse, la corruption, la fadeur de notre chair. C’est l’amusette pour le paysan, la licence pour l’ivrogne, même l’Église dans sa sagesse a accordé le moment de la fête, du carnaval, de la foire, cette pollution diurne qui décharge les humeurs et entrave d’autres désirs et d’autres ambitions (…) Mais ici, ici…
À présent Jorge frappait du doigt sur la table, près du livre que Guillaume tenait devant lui. « Ici on renverse la fonction du rire, on l’élève à un art, on lui ouvre les portes du monde des savants, on en fait un objet de philosophie, et de perfide théologie (…) Le rire libère le vilain de la peur du diable, parce que, à la fête des fols, le diable même apparaît comme pauvre et fol (…) Que le rire soit le propre de l’homme est le signe de nos limites de pécheurs. Mais combien d’esprits corrompus comme le tien tireraient de ce livre l’extrême syllogisme, selon quoi le rire est le but de l’homme ! Le rire distrait, quelques instants, le vilain de la peur. Mais la loi s’impose à travers la peur, dont le vrai nom est crainte de Dieu. Et de ce livre pourrait partir l’étincelle luciférienne qui allumerait dans le monde entier un nouvel incendie : et on désignerait le rire comme l’art nouveau, inconnu même de Prométhée, qui anéantit la peur (…) Mais si un jour quelqu’un, agitant les paroles du Philosophe, et donc parlant en philosophe, amenait l’art du rire à une forme d’arme subtile…
Oh ! ce jour-là, toi aussi et toute ta science, Guillaume, vous serez mis en déroute ! »

Umberto Eco,
« Le Nom de la Rose », Grasset et Fasquelle, 1982.

« Mais il y avait là, par malheur, un petit animalcule en bonnet carré qui coupa la parole à tous les autres animalcules philosophes ; il dit qu’il savait tout le secret, que tout cela se trouvait dans la Somme de saint Thomas ; il regarda de haut en bas les deux habitants célestes ; il leur soutint que leurs personnes, leurs mondes, leurs soleils, leurs étoiles, tout était fait uniquement pour l’homme. À ce discours, nos deux voyageurs se laissèrent aller l’un sur l’autre en étouffant de ce rire inextinguible qui, selon Homère, est le partage des dieux ; leurs épaules et leurs ventres allaient et venaient, et dans ces convulsions le vaisseau que le Sirien avait sur son ongle tomba dans une poche de la culotte du Saturnien. »

Voltaire, « Micromégas », 1752.

 

« — Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Tu auras, toi, des étoiles qui savent rire !
Et il rit encore.
— Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m’avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fenêtre, comme ça, pour le plaisir… »

Antoine de Saint-Exupéry,
« Le Petit Prince », Gallimard, 1946, p. 87-88.

 

 

« On peut rire de tout, de tout-le-monde, d’un roi, du pape, d’un prophète. On peut rire de la mort et même mourir de rire. Mais on doit surtout pouvoir rire de soi. »

Yves Thelen

 

 

« Le rire est nécessaire. Il nous vide, nous nettoie. Certains hôpitaux d’Inde l’utilisent comme thérapie avec leurs patients. Rire déride et aide toutes sortes d’émotions à remonter à la surface. Quelqu’un qui ne rit jamais est malade. »

Dominique Loreau,
« L’art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 310.

«  Parce qu’il traduit une contestation radicale de son autorité ou de sa légitimité, le rire désarme l’adversaire au lieu de lui donner l’excuse attendue pour réprimer. C’est incontestablement un défi qui lui est lancé, mais sur un terrain qui le paralyse. En dissipant les peurs et en désamorçant la haine, il affaiblit les forces de l’ordre, introduisant chez elles le doute, la discorde, l’humanité et parfois l’empathie. Pas facile de frapper ou d’arrêter quelqu’un qui vous fait rire, qui ne vous craint ni ne vous méprise, mais qui semble au contraire vous respecter puisqu’il vous invite à rire avec lui (…) Ce rire-là, qui n’est pas l’ironie blessante, le mépris ou la condescendance mais plutôt l’ouverture à l’autre, l’appel à l’intelligence et au bon sens, à l’humanité dans l’autre, est aussi un appel à la réconciliation par-delà les rôles sociaux et les intérêts antagoniques. En provoquant le rire de l’adversaire, l’action réduit la tension dramatique inhérente au conflit, fait tomber les masques sociaux, qui enferment dans des rôles si éloignés de notre humanité profonde et redonne ainsi une chance au dialogue. »

Les Désobéissants et Xavier Renou,
« Désobéir par le rire », éditions le passager clandestin, 2010.

Révolution

Révolution

 

« La révolution veut changer les institutions. La révolte consiste à refuser de se laisser gouverner par des institutions. »

Johann Kaspar Schmidt dit Max Stirner (1806-1856)

 

 « Pour moraliser la société actuelle, nous devons commencer d’abord par détruire de fond en comble toute cette organisation politique et sociale fondée sur l’inégalité, sur le privilège, sur l’autorité divine et sur le mépris de l’humanité ; et après l’avoir reconstruite sur les bases de la plus complète égalité, de la justice, du travail, et d’une éducation rationnelle uniquement inspirée par le respect humain, nous devons lui donner l’opinion publique pour garde et, pour âme, la liberté la plus absolue.
« La révolution sociale anarchiste (…) surgit d’elle même, au sein du peuple, en détruisant tout ce qui s’oppose au débordement généreux de la vie populaire, afin de créer ensuite, à partir des profondeurs mêmes de l’âme populaire, les nouvelles formes de la vie sociale libre. »

Michel Bakounine, « Catéchisme révolutionnaire », 1865. 

 

 

« Quand les fils de pauvres seront le nombre, quand ils auront assez manqué de pain pour savoir que vous ne leur en donnerez pas, nous les rassemblerons sur la place et nous leur dirons : « Mes fils ! Allez et taillez-vous chez les riches, taillez-vous à coups de couteau de quoi manger plus que vous-mêmes et plus que vos pères n’ont mangé… Frappez-les au visage afin qu’ils apprennent que vos droits, que votre justice et que vos principes sont plus forts que les leurs. » »

Charles-Louis Philippe, « Le Canard sauvage », 1903.

 

« … quand une civilisation n’a pas dépassé le stade où la satisfaction d’une partie de ses participants a pour condition l’oppression des autres, peut-être de la majorité, ce qui est le cas pour toutes les civilisations actuelles, il est compréhensible qu’au cœur des opprimés grandisse une hostilité intense contre la civilisation rendue possible par leur labeur, mais aux ressources de laquelle ils ont une trop faible part. »

Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion », (1927), PUF, 1999.

 

« À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes. »

John Fitzgerald Kennedy

«  La révolution n’est [donc] pas affaire idéale, destinée à produire ses effets demain, en permettant aujourd’hui les pires exactions de la part de ces prétendus révolutionnaires animés la plupart du temps par le ressentiment doublé d’une forte passion pour la pulsion de mort, mais possibilité, hic et nunc, de changer les choses (…)
Avec un socialisme libertaire actionné selon la mécanique des microrésistances concrètes, on voit alors le féministe sur le papier, l’antiraciste sous les calicots, l’écologiste des banderoles, l’antifasciste au mégaphone, le révolutionnaire au balcon, tenus d’être féministes dans leurs relations amoureuses, antiracistes au quotidien, écologistes dans leurs habitudes, leurs comportements, leurs faits et gestes, antifascistes dans toutes leurs relations intersubjectives – avec leurs enfants, leurs proches, leurs familles, leurs collègues de travail, leurs voisins de table, de transport en commun, leurs congénères dans la rue et toute autre situation concrète… »

Michel Onfray, « Manifeste hédoniste », Éd. Autrement, J’ai lu, 2011, p. 62-63.

 

« … que ces trois filles, belles de leur insolence, aient eu le courage de s’en prendre, en toute connaissance de cause, au pouvoir et à l’église russes réunies aura été un feu de joie dans la grisaille de cet hiver 2012 (…) féministes, écologistes, militantes de la cause homosexuelle, liées à des collectifs d’artistes contestataires…., si Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina sont coupables, c’est d’être révoltées, moins en tant qu’artistes qu’à vouloir, semble-t-il, « changer la vie », vraiment. Et c’est peut-être cela qui est ici difficile à imaginer, quand la plupart de nos artistes, champions de la subversion subventionnée se livrent à tous les détournements et recyclages possibles, pour en fin de compte chacun trouver sa place dans l’entreprise de neutralisation en cours. À l’inverse, on ne peut qu’être impressionné par la façon dont ces Pussy riot se seront réappropriées l’insurrection Punk, pour lui redonner la charge de révolte dont le marché du disque des années soixante-dix avait su immédiatement la dépouiller. »

Les billets d’Annie Le Brun, « Changer la vie » ou le plus difficile à imaginer, le 12 août 2012.

 

« Un nouveau mai 68 est-il souhaitable ? Possible ? Quel peut être encore le message du situationnisme aujourd’hui ? Apprendre à vivre plus qu’à survivre ?
Il n’y a pas de retour en arrière. En revanche, la radicalité de Mai 68 commence à peine à se manifester aujourd’hui. Les situationnistes ne lançaient pas un défi mais un pari, en affirmant que le Mouvement des occupations de Mai 1968 avait sonné le glas d’une civilisation fondée sur l’exploitation de l’homme et de la nature (…) Ce n’est pas le situationnisme mais la pensée radicale des situationnistes qui a proclamé la fin du travail (destiné à être supplanté par la création), la fin de l’échange, de l’appropriation prédatrice, de la séparation d’avec soi, du sacrifice, de la culpabilité, du renoncement au bonheur, du fétichisme de l’argent, du pouvoir et de l’autorité hiérarchique, du despotisme militaire et policier, des religions et des idéologies, du mépris et de la peur de la femme, de la subordination de l’enfant, du refoulement et ses défoulements mortifères. La table sacro-sainte des valeurs patriarcales et marchandes a été brisée définitivement. Rien ne la restaurera. Il faudra bien qu’un style de vie inaugure tôt ou tard une civilisation nouvelle sur les ruines de la civilisation où tant de générations ont été réduites à survivre comme des bêtes aux abois. »

Entretien entre Raoul Vaneigem et Guy Duplat, janvier 2013.
http://www.lalibre.be › Culture › Politique.

Responsabilité

(voir aussi Libre arbitre)

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« Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry,
« Terre des hommes », Gallimard, Poche, 1939, p. 62.

 

 « La pensée de Schopenhauer « L’homme peut certes faire ce qu’il veut, mais il ne peut vouloir ce qu’il veut « , m’a vivement pénétré depuis ma jeunesse et a toujours été pour moi une consolation et une source inépuisable de tolérance dans le spectacle des duretés de la vie dont j’avais à souffrir. Cette connaissance adoucit d’une manière bienfaisante le sentiment de responsabilité qui produit facilement un effet paralysant, et fait que nous ne nous prenons pas nous-mêmes ni les autres trop au sérieux. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde »,
Flammarion, 1958, p. 6.

 

 «  Condamneriez-vous un criminel amnésique pour un acte dans lequel ni lui, ni ses proches ne reconnaitraient celui qu’il était ? »

Se reporter au film « Piège pour Cendrillon » réalisé par André Cayatte (1965),
adapté du roman éponyme de Sébastien Japrisot.

« Je considère le déterminisme laplacien — confirmé comme il semble l’être par le déterminisme des théories physiques, et par leur succès éclatant — comme l’obstacle le plus solide et le plus sérieux sur le chemin d’une explication et d’une apologie de la liberté, de la créativité, et de la responsabilité humaines. »

Karl Popper,
« L’Univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme », Hermann, Paris, 1984.

« Je ne crois pas qu’il y ait des coupables. L’homme est un être tellement mal armé pour la vie, que parler de sa culpabilité, c’est en faire presque un surhomme. Comment peut-il être coupable ? Je n’en veux pas davantage à un chef d’Etat, quel qu’il soit, d’être un orgueilleux, d’être une sorte de Rastignac, de tout sacrifier à sa petite gloriole pour se rassurer, que je n’en veux à un clochard sous les ponts de chiper, à l’occasion, un portefeuille, mon Dieu, c’est tout naturel. Pas plus que je n’en veux à un truand de Marseille ou du milieu corse monté à Paris. Tous ces gens n’ont pas le choix, ils mènent tout naturellement la vie que la Société leur a imposée dès l’origine.»

Georges Simenon,
«Tout Simenon», France Loisirs, tome 15, dos de couverture, 1991.

Réseau

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

«  Au commencement était le téléphone. Ce réseau est fondé sur la commutation de circuits pour chaque communication avec refus d’accès lorsque des canaux ne sont pas disponibles. Il requiert une gestion centralisée qui ne convient pas pour les très grands réseaux.
L’Internet fonctionne selon un mode de commutations de paquets. Un paquet est une suite de bits codant une partie de l’information à transporter et munie d’un en-tête. Ce mode de commutation s’implémente de manière efficace avec des types d’algorithmes : routage et contrôle de congestion (…) L’Internet apparaît ainsi comme un formidable outil pour échapper au totalitarisme d’une gouvernance mondiale autoritaire et offrir une alternative réaliste au capitalisme parvenu à son stade d’autodestruction. »

Geneviève Ferone et Jean-DidierVincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 218 et 220.

« Avec Cyborg 4.0, Kevin Warwick aborde donc directement la perspective de « l’homme du 21e siècle », comme il aime à le dire, aux capacités considérablement augmentées, grâce aux automates connectés. Il s’agira d’une des formes de super-humains ou post-humains que certains scientifiques prévoient maintenant à échéance relativement proche. Interfacer l’homme avec les puissances de calcul de plus en plus grandes des calculateurs, eux-mêmes adossées aux ressources inépuisables des réseaux, modifiera radicalement les possibilités des individus. Ce qui limite actuellement la puissance du cerveau humain, c’est qu’il ne peut procéder à des calculs en parallèle, que sa vitesse est lente et surtout, qu’il ne peut pas se mettre facilement en réseau avec les autres cerveaux, d’abord, avec les bases de connaissances existantes, ensuite. »

J.-P. Baquiast et C. Jacquemin,
«  Les « visions » du Professeur Warwick »,

www.automatesintelligents.com oct. 2003.

« Aujourd’hui, le réseau est devenu l’objet d’un culte en tant que technique et le sujet d’un discours idéologique universel. Cette idéologie contemporaine, véritable « rétiologie« , est le résultat d’une inflation d’images enveloppant les technologies réticulaires, accompagnant les propagandes industrielles et les discours visionnaires sur le futur de la « société en réseaux« . Idéologie à prétention utopique, qui, en fait, se réduit au fétichisme du réseau technique, qui institue celui-ci en « dieu caché« , créateur de nouveaux liens sociaux, de nouvelles communautés, sinon d’une nouvelle société. La combinaison de la rationalité et d’un imaginaire réticulaire fait du réseau une des grandes figures de la société contemporaine, voire une représentation de la société à venir, comme l’illustrent les fictions de la cyberculture et du cyberspace (…)
Fictions littéraires, futurologie ou analyse socio-économique de la société en réseaux, la rétiologie ne cesse d’annoncer la « révolution » des réseaux et par les réseaux. Le réseau technique devient fin et moyen pour penser et réaliser la transformation sociale. Façon, en somme, de faire l’économie des utopies de la transformation sociale et d’opérer un transfert – au sens psychanalytique – du politique sur la technique. »

 Pierre Musso
in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, 2007, p. 260.


« … d’un côté des réseaux instrumentaux extraordinairement dynamiques et flexibles, qui articulent les activités dominantes dans toutes les sociétés : marchés financiers mondiaux, production globalisée de biens et de services, médias, à la fois globaux et focalisés sur des audiences spécifiques, science et technologie, information de toutes sortes, et aussi institutions politiques, constituées en réseaux transnationaux. D’un autre côté, des réactions d’autonomie et des mouvements alternatifs constituent leur sens en dehors de ces réseaux, même si souvent ils utilisent aussi les technologies Internet (…)
La société en réseaux est fondée sur le contrôle, la manipulation et l’utilisation de l’information et de la connaissance. Le contrôle le plus puissant concerne l’attribution de sens à partir de la production des codes culturels dominants. Les réseaux sont neutres : ils mettent en œuvre très efficacement leurs programmes, rien de personnel. Donc, si la valeur dominante est l’accroissement de la valeur financière marchande (ce qui est le cas actuellement), ce sera la valeur dominante en dernière instance. Si dans la tête des gens, préserver la nature, respecter les droits humains, deviennent des valeurs essentielles, non négociables, des processus de programmation des réseaux en ce sens se mettront en marche… »

Interview de Manuel Castells,
auteur de « La société en réseau », Fayard, 2001,
par Serge Lellouche (06/2000),
http://www.scienceshumaines.com

« L’initiative citoyenne sous toutes ses formes, en particulier les centaines de milliers d’associations qui couvrent tous les champs d’activité, s’est à l’évidence constituée aujourd’hui en cinquième pouvoir  dans les démocraties. La dernière génération de mouvements citoyens que symbolise WikiLeaks a le mérite de présenter  de ce cinquième pouvoir un visage extrême et inquiétant qui interroge sur ses limites (…)
En poussant sa logique au plus loin, il est possible d’imaginer que l’activité de ce cinquième pouvoir peut, à terme, rendre les démocraties impossibles à réformer et peut-être même à gouverner, les secrets impossibles à protéger, l’autorité, même émanant de la loi et garantie par la justice, impossible à exercer.
Par-delà l’intérêt de ses révélations, le mérite de WikiLeaks est de rendre ce débat nécessaire. Jusqu’où le citoyen est-il fondé à aller contre l’État dans un régime démocratique ? À partir de quel seuil passe-t-on de la mobilisation utile à la menace contre le contrat social ? »

Jean-Christophe Rufin,
« Wikileaks ou la troisième révolte »,
www.lemonde.fr, 2010.

« … Internet a vite semblé être le vecteur principal de la redistribution des pouvoirs au sein de sociétés dites « en réseaux », au fonctionnement plus horizontal et décentralisé. Il a même représenté un modèle d’auto-organisation sociale, fondé sur la libre circulation de l’information (…)
Sous l’effet de la massification des usages tout d’abord, et en vertu des nouveaux services apparus sur le Web – en particulier les réseaux socionumériques ou « médias sociaux » –, les valeurs initialement associées au réseau ont du être révisées. D’une part, les inégalités de race, de classe, d’éducation ou encore de genre perdurent dans un monde « virtuel » qui garde finalement un solide ancrage avec le monde hors-ligne. D’autre part, de nouvelles injonctions sont nées avec la sociabilité en ligne : celles consistant à développer stratégiquement son « capital social » sur les réseaux, à s’activer et à s’exprimer toujours plus afin d’assurer, pour soi ou pour une institution, une visibilité suffisante (…)
Ainsi, Internet ne semble pas de lui-même garantir un affranchissement des relations de pouvoir, mais entraîne plutôt des reconfigurations profondes, qui oscillent entre deux     extrêmes : d’un côté une plus grande capacité d’émancipation individuelle face aux institutions, de l’autre un contrôle accru des individus par les puissances instituées. »

Benjamin Loveluck, « Internet, un nouveau pouvoir ? »
in
Jean-Vincent Holeindre, dir.,
« Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, p. 224-234.

« Le Web a renouvelé la manière dont on travaille dans presque tous les métiers, redéfini les modes opératoires du commerce, de la finance, du marché immobilier, du journalisme, du tourisme, mais aussi des relations diplomatiques internationales, du prosélytisme religieux, de la recherche scientifique, il a modifié le statut de l’artiste et la notion de copyright, renversé la télévision de son piédestal (la télé représentait la première occupation après le sommeil, elle n’est plus qu’un cas particulier du Web), frappé de caducité les registres et les anciennes bases de données, il est en train de bouleverser les relations affectives et sexuelles, d’abolir la séparation entre les sphères publiques et privées… En fait, on ne saurait clore une telle énumération, tant les effets du réseau sont nombreux et touchent à l’ensemble des activités humaines. »

 Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p.17.

« Durant les dernières décennies, l’économie réelle s’est fortement interconnectée grâce à la mise en place d’un gigantesque réseau de chaînes d’approvisionnement qui facilite le flux continu de biens et de services (…) Comme pour la finance, la moindre perturbation peut désormais provoquer des dégâts considérables et se propager comme une traînée de poudre à l’ensemble de l’économie (…)
Le choc, par exemple l’insolvabilité d’un fournisseur, se propage verticalement, puis horizontalement en déstabilisant les concurrents. Pour couronner le tout, les chaînes d’approvisionnement sont d’autant plus fragiles qu’elles dépendent de la bonne santé du système financier qui offre les lignes de crédit indispensables à toute activité économique. »

 P. Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.

 

Religion

 (voir aussi Foi et Fondamentalisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Allah! Pas de divinité à part Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même »
C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à des interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclinaison vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur!  » Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

islamfrance.free.fr/coran.html Sourate 3

 

« La Bible est un cadeau précieux qui vient de Dieu. C’est comme une lettre d’un bon père à ses enfants. Elle nous apprend la vérité sur Dieu, qui il est, et comment il voit les choses. Elle nous explique comment trouver une solution à nos problèmes et comment être vraiment heureux. Seule la Bible nous dit ce que nous devons faire pour plaire à Dieu. »

Psaume 1:1-3 ; Isaïe 48:17, 18.
Site Internet officiel de la Watchtower Society, les Témoins de Jéhovah.

 

« Un Papiste est aussi satisfait de sa religion, un Turc de la sienne, un Juif de la sienne, que nous de la nôtre (…) Les plus fausses religions ont leurs martyrs, leurs austérités incroyables, un esprit de faire des prosélytes qui surpasse bien souvent la charité des orthodoxes et un attachement extrême pour leurs cérémonies superstitieuses. »

Pierre Bayle, « Commentaire philosophique »,1686.

 

« Nous ne désirons que le bien du monde et le bonheur des nations. Cependant, on nous suspecte d’être des semeurs de discorde et de sédition, dignes de la captivité et du bannissement… Que toutes les nations deviennent unes dans la foi et que tous les hommes soient des frères ; que les enfants des hommes renforcent leurs liens d’affection et d’unité, que la diversité des religions cesse, et les différences de races s’annulent… quel mal y a-t-il à cela ?… Cela sera, malgré tout ; ces luttes stériles, ces guerres ruineuses passeront, et la paix suprême viendra… »

Bahá’u’lláh, « Prayers and Méditations of Bahá’u’lláh »,
Wilmette, Bahá’í Publishing Trust, 1938, p. 104.


« La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »

Karl Marx, « Critique de  » La philosophie du droit « de Hegel »,
Annales franco-allemandes », n°1, 1844.

 

« Les idées religieuses, qui professent d’être dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, c’est-à-dire la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité. Le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé –, besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un autre père, à un père cette fois tout puissant (…) La religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité, comme celle de l’enfant, elle serait issue du complexe d’Oedipe, de la relation au père.»

Sigmund Freud, « L’avenir d’une illusion », (1927) PUF, 1999.

 

« Le meilleur dans la religion, c’est qu’elle engendre des hérétiques. »

Ernst Bloch (1885-1977)

« Le religieux conduit à l’émasculation, il vise la castration des énergies, leur inclusion dans des instances qui les stérilisent. L’État et L’Église excellent dans ces entreprises. La religion produit des communautés et celles-ci s’évertuent à fonctionner de manière autonome, instruisant leur dossier pour produire, ensuite, des lois, des ordres, des règles, des commandements auxquels il s’agit de se subordonner. Abdiquer sa souveraineté au profit d’une sécurité obtenue par le groupe, c’est toute l’alchimie du contrat social auquel voudrait nous faire croire ses partisans.»

Michel Onfray, « La sculpture de soi », LGF, 1996.

 

 « Où la misère et la souffrance progressent, la religion renifle avec avidité. N’est-ce pas là que s’applique le mieux son vieux remède : donner du prix à la mort et à la douleur en dépréciant la vie au nom de l’esprit qui la désincarne ? »

Raoul Vaneigem, « De l’inhumanité de la religion », Éd. Denoël, 2000.

 

 

« … les valeurs chrétiennes fondamentales, dépouillées de leurs aspects culturels, ne sont pas des valeurs occidentales mais viennent du Moyen-Orient. Elles ont les mêmes racines que l’islam et le judaïsme. Les chrétiens sont d’ailleurs plus nombreux en Asie et en Afrique que dans le monde occidental. Et il y a beaucoup d’hindous, de bouddhistes et de musulmans dans le monde occidental. »

H. Yawnghwe, représentant Aung San Suu Kyi,
« Paix des âmes, paix des cœurs »,
J. Hopkins dir., J’ai Lu, 2001, p. 160.

 

« D’un côté un Occident judéo-chrétien libéral, au sens économique du terme, brutalement capitaliste, sauvagement marchand, cyniquement consumériste, producteur de faux biens, ignorant toute vertu, viscéralement nihiliste (…) De l’autre, un monde musulman pieux, zélé, brutal, intolérant, violent, impérieux et conquérant. »

Michel Onfray, « Traité d’athéologie », Grasset, Poche, 2005, p. 274.

« … ce serait une religion qui pourrait comprendre les autres religions et les aider à retrouver leur source (…) qui serait en rupture avec les religions du salut céleste comme avec les religions du salut terrestre, avec les religions à dieux comme avec les idéologies ignorant leur nature religieuse (…) Ce serait une religion sans dieu, mais où l’absence de dieu révélerait l’omniprésence du mystère (…) Ce serait une religion sans providence, sans avenir radieux, mais qui nous lierait solidairement les uns aux autres dans l’Aventure inconnue (…) Ce serait une religion, comme toute religion, avec foi, mais, à la différence des autres religions qui refoulent le doute par le fanatisme, elle reconnaîtrait en son sein le doute et dialoguerait avec lui. Ce serait une religion qui assumerait l’incertitude (…) Il n’y a donc pas de salut si le mot signifie échapper à la perdition. Mais si salut signifie éviter le pire, trouver le meilleur possible, alors notre salut personnel est dans la conscience, dans l’amour et dans la fraternité, notre salut collectif est d’éviter le désastre d’une mort prématurée de l’humanité et de faire de la Terre, perdue dans le cosmos, notre « havre de salut ». »

Edgar Morin, « La complexité humaine », Champs essais, 2008, p. 365-367.

« Dieu est mécontent des hommes. Le jour où Il sera mécontent de Lui, je commencerai à croire à son existence. »

Jean Daniel


« Quand une personne souffre de délire, on appelle cela de la folie. Quand un grand nombre de personnes souffrent de délire, on appelle cela une religion ».

Robert M. Pirsig,
cité par Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Laffont, 2008.