Hasard

(voir aussi Création, Déterminisme et Indéterminisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux. Une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les dernières. La prédiction devient impossible et nous avons un phénomène fortuit (…) Une cause très petite qui nous échappe détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. »

Henri Poincaré, « Sciences et Méthodes », Éd. Kimé, 2000.

 

 « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers dans ses aspects innombrables serait le résultat d’un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si après l’explosion d’une imprimerie tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire.»

Albert Einstein (1879-1955)

 

« Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue mais aveugle, à la racine même du prodigieux édifice de l’évolution (…) Notre numéro est sorti au jeu de Monte-Carlo. Quoi d’étonnant à ce que, tel celui qui vient d’y gagner un milliard, nous éprouvions l’étrangeté de notre condition ? »

Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, 1970, p. 127 et 161.

 

 « Demain, nous fabriquerons l’humain. Nous supprimerons le hasard de la vie, et du même coup, nous en supprimerons le sens ! »

Jean-Michel Besnier

« …peut-être la notion de contingence pure comme moteur de l’évolution devrait-elle être remplacée par celle, plus subtile, de coïncidence entre un stade évolutif qui comprend en puissance une étape critique de l’histoire de la vie et les conditions environnementales nécessaires pour que cette étape puisse s’accomplir. Dans ce cas, les grandes lignes du déroulement de l’évolution pourraient avoir été plus ou moins probables selon les chances de telles coïncidences.

Peut-être l’image, longtemps considérée comme allant de soi, d’un processus évolutif dominé en grande partie par les caprices de l’environnement devrait-elle être remplacée par celle d’un processus animé, du moins dans ses grandes lignes, par sa propre dynamique interne, mais dépendant de l’environnement pour l’actualisation de ses potentialités. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 107.

« Jadis, notre histoire avait un sens. Au commencement des temps, un être suprême justifiait tout : l’ordre de l’univers, notre existence, jusque lui-même, éternel et tout-puissant par nature. Et l’éternité nous était également promise après la mort qui ne marquait pas la fin de notre histoire personnelle…
Aujourd’hui, la science accorde la primauté au hasard. Mais comment justifier la somme d’ajustements précis qui ont permis à l’univers d’engendrer la vie et la conscience ? Et les cosmologues de postuler alors que notre monde ne serait qu’un cas particulier parmi l’infinité des mondes possibles, lesquels auraient dès lors tous droit à une forme d’existence « parallèle ».
Dans la dimension quantique, à l’échelle des particules élémentaires, celles-ci se trouvent dans une « superposition d’états » et c’est la présence de l’observateur qui actualise la « réalité » d’un de ces états. Ainsi l’univers et chacun de ses atomes, tout comme le déroulement de notre propre histoire, connaitraient-ils potentiellement tous les devenir imaginables et c’est notre conscience qui, d’instant en instant, nous tisserait l’illusion d’une histoire unique et linéaire, la nôtre.
Le fil de notre vie se déroule et notre destin nous apparaît tout tracé ; il ne serait qu’un brin infime de l’enchevêtrement infini du chaos originaire. Mais nous pouvons encore rêver que l’un ou l’autre pont quantique puisse nous permettre de suivre une autre boucle et de conforter l’illusion de notre libre arbitre. Peut-être nos rêves et nos étranges réminiscences témoignent-ils de ces interférences avec d’autres mondes… »

Yves Thelen, Elucubrations quantiques, 2015.

Dieu

(voir aussi Création, Finalisme et Foi)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Si les taureaux, les chevaux et les lions avaient été capables de peindre, ils auraient représentés les dieux en taureaux, chevaux ou lions ! »

Xénophane (VI e s. av. J.-C.)

 

 « Dire que les dieux ont voulu établir en faveur des hommes l’ordre merveilleux qui règne dans la nature, que ce travail admirable exige nos hommages, et croire à cet ouvrage immortel ; soutenir que c’est un crime d’ébranler par des arguments impies les bases de l’édifice indestructible que la sagesse divine a construit, cela, Memmius, est une folie. En vérité, quel profit notre reconnaissance pourrait-elle apporter à ces êtres immortels et fortunés pour les amener à faire de nos plaisirs le but de leurs travaux ? »

Lucrèce, (1er s. av. J.-C.), « De la nature », V.

 

 « … lorsque j’y pense avec plus d’attention, je trouve manifestement que l’existence ne peut non plus être séparée de l’essence de Dieu que de l’essence d’un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien de l’idée d’une montagne l’idée d’une vallée, en sorte qu’il n’y a pas moins de répugnance de concevoir un Dieu, c’est-à-dire un être souverainement parfait, auquel manque l’existence, c’est-à-dire auquel manque quelque perfection, que de concevoir une montagne qui n’ait pas de vallée. »

 René Descartes, « Méditations », V, 1641.

 
« Si un Dieu était créateur de ce monde plein de haine, ce serait un monstre à l’image de ses créatures humaines. »

Anonyme

 

« Quand Il a pétri le terre, Dieu a fait une grosse boulette. »

Alexandre Breffort (1901-1971)

« L’idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C’est une idée absolument indigne d’hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s’avilissent en déclarant qu’ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d’autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n’est pas digne d’êtres qui se respectent (…) Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage ; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

Bertrand Russel,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien », J.-J. Pauvert, 1960.

 

 

« Pourquoi Dieu devrait-il être aussi clairement présent dans la Bible et aussi visiblement absent du monde ? »

Karl Sagan (Contact, 10)

 

« … ce qui est extraordinaire, c’est qu’au tout premier instant de la Création (ère de Planck), dans cet univers de très hautes énergies où il n’existait pas encore d’interactions différenciées, l’univers avait une symétrie parfaite (…) L’énergie de la boule de feu primordiale était tellement élevée que les quatre interactions, la gravité, la force électromagnétique, la force nucléaire forte et la force de désintégration, étaient alors unifiées (…) Je crois que le plus grand message de la physique théorique des dix dernières années tient au fait qu’elle a pu déceler la perfection à l’origine de l’univers : un océan d’énergie infinie. Et ce que les physiciens désignent sous le nom de symétrie parfaite a pour moi un autre nom : énigmatique, infiniment mystérieux, tout-puissant, originel, créateur et parfait. Je n’ose le nommer, car tout nom est imparfait pour désigner l’Être sans ressemblance. »

Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 55-56.

« L’invention des dieux (…) résulte d’une démission de la raison, plus précisément d’une incapacité à accepter une évidence douloureuse, du moins pour certains : que la raison ne peut apporter des réponses à tout. Cette invention, comme toutes les inventions, a été utilisée parfois pour provoquer les pires fléaux, ainsi les effroyables guerres de religion. »

Albert Jacquard,
« Petite philosophie à l’usage des non-philosophes », Le Livre de Poche, 1999.

 

 « Mortels, finis, limités, douloureux de ces contraintes, les humains travaillés par la complétude inventent une puissance dotée très exactement des qualités opposées : avec leurs défauts retournés comme les doigts d’une paire de gants, ils fabriquent les qualités devant lesquelles ils s’agenouillent puis se prosternent. Je suis mortel ? Dieu est immortel ; je suis fini ? Dieu est infini ; je suis limité ? Dieu est illimité ; je ne sais pas tout ? Dieu est omniscient ; je ne peux pas tout ? Dieu est omnipotent ; je ne suis pas doué du talent d’ubiquité ? Dieu est omniprésent. »

Michel Onfray,
« Traité d’athéologie », Grasset, Poche, 2005, p. 62.

 

« … de nombreux phénomènes naturels sont inconnaissables et ne pourront jamais être expliqués en termes réductionnistes classiques – par exemple, la conscience, la vie, l’émergence de l’autorégulation et une liste de plus en plus longue d’événements dans l’univers de la physique quantique. Il est temps, je crois, que les théologiens partagent avec les scientifiques leur monde merveilleux, « ineffable », celui d’un Dieu immanent, mais inconnaissable. »

James Lovelock,
« La revanche de Gaïa », Flammarion, 2007, p. 193.

 

 

Création

(voir aussi Multivers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … au début ceci n’était rien. Il n’y avait ni ciel, ni terre, ni atmosphère. Le Non existant résolut : Que Je sois ! Il s’échauffa par la méditation, de cette ardeur fut produite la fumée. Il s’échauffa encore, de cette ardeur fut produite la lumière. Il s’échauffa encore…. fut produite la flamme… furent produits les rayons… fut produit le brouillard. »

Jean Herbert,
« La mythologie indoue », Albin Michel, 1980.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre n’était que chaos et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait au-dessus de l’eau.
Dieu dit:  » Qu’il y ait de la lumière! «  et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres.
Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le premier jour.
Dieu dit:  » Qu’il y ait une étendue entre les eaux pour les séparer les unes des autres ! « 
Dieu fit l’étendue et sépara ainsi l’eau qui est au-dessous de l’étendue de celle qui est au-dessus. Cela se passa ainsi.
Dieu appela l’étendue ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le deuxième jour.
Dieu dit: «  Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent à un seul endroit et que le sec apparaisse! «  Et cela se passa ainsi.
Dieu appela le sec terre, et la masse des eaux mers. Dieu vit que c’était bon. »

Genèse 1.1-25

« Oseriez-vous renier Celui qui créa la terre en deux jours et Lui supposer des égaux ? Il est le Seigneur des univers. Il y posa d’en haut des ancrages, y mit la bénédiction et en proportionna les nourritures en quatre jours d’égale durée pour qui interroge. Puis, Il s’adressa au ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu’à la terre: « Venez tous deux, bon gré, mal gré. » Tous deux dirent :  » Nous venons obéissants. » Il institua sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. Nous avons décoré le ciel inférieur de lustres et c’était aussi pour la protection. Tel est l’ordre établi par le Tout-Puissant, l’Omniscient. »

Coran, Fussilat – 41/9-12

« L’évolution présuppose la Création ; la Création se présente à la lumière de l’évolution comme un événement étendu dans le temps, à travers lequel Dieu devient visible aux yeux de la foi comme Créateur des cieux et de la Terre. »

Pape Jean-Paul II, « D. Catholique numéro 1901 », 1985.

«  Pourquoi l’univers a-t-il été créé ? Qu’est-ce qui a poussé le Créateur à engendrer l’univers tel que nous le connaissons ? Essayons de comprendre : avant le Temps de Planck, rien n’existe. Ou plutôt : c’est le règne de la Totalité intemporelle, de l’intégrité parfaite, de la symétrie absolue : seule le Principe Originel est là, dans le néant, force infinie, illimitée, sans commencement ni fin (…) Et puis, « quelque chose » va se produire. Quoi ? Je ne sais pas. Un soupir de Rien. Peut-être une sorte d’accident du néant, une fluctuation du vide : en un instant fantastique, le Créateur, conscient d’être celui qui Est dans la Totalité du néant, va décider de créer un miroir à sa propre existence. »

Jean Guitton et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 52.

« … toutes les solutions aux équations d’Einstein dans lesquelles l’Univers contient la quantité de matière correspondant à nos observations aboutissent à une constatation capitale : à un certain moment du passé, voilà environ 13,7 milliards d’années, la distance entre galaxies voisines a dû être nulle. En d’autres termes, l’Univers était tout entier comprimé en un point unique, de volume nul, comme une sphère de rayon zéro. À cet instant, la densité de l’Univers et la courbure de l’espace-temps ont dû être infinies. C’est ce moment que nous appelons le big-bang. »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du Temps », Flammarion, 2005, p. 84.

« En ce moment même, un satellite glisse en silence à 1 million et demi de kilomètres de la Terre. Lancé le 14 mai 2009, PLANCK poursuit sa mission extraordinaire (…) En réussissant à reconstituer le scénario énigmatique des tout premiers instants de l’Univers, en nous montrant comment tout a commencé, PLANCK va livrer à l’humanité un fabuleux trésor cosmologique : peut-être pas le visage de Dieu, mais tout au fond du gouffre du temps, mystérieux et splendide, l’instant même de la création. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 258 et 260.

«  Un résultat au hasard est un résultat imprévu. Mais imprévu pour qui ? Bien des choses ont imprévues, soit parce qu’elles sont le résultat de processus trop complexes pour être appréhendés, soit parce qu’on n’a pas prêté attention à toutes sortes de détails qui ont influencé le résultat. En revanche, un résultat au « vrai » hasard est imprévu car intrinsèquement imprévisible : un tel résultat n’est pas déterminé par une ou plusieurs chaînes causales, si complexes soient-elles. Un résultat au vrai hasard n’est pas prévisible car, avant de se manifester, il n’existait pas du tout : il n’était pas nécessaire, sa réalisation est un acte de pure création. »

 Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 35.