Racisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tout concourt à prouver que le genre humain n’est pas composé d’espèces essentiellement différentes entre elles, qu’au contraire il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes, qui s’étant multipliée et répandue sur toute la surface de la Terre a subi différents changements par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques… »

G-L. Buffon,
« Histoire naturelle », impr. Du Roy, 1749, p. 530-531.

 

« Dans un avenir assez prochain si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. Il est à peu près hors de doute que, à la même époque, ainsi que le fait remarquer le professeur Schaaffhausen, les singes anthropomorphes auront aussi disparu. La lacune sera donc beaucoup plus considérable encore, car il n’y aura plus de chaînons intermédiaires entre la race humaine, qui, nous pouvons l’espérer, aura alors surpassé en civilisation la race caucasienne, et quelque espèce de singe inférieur, tel que le Babouin, au lieu que, actuellement, la lacune n’existe qu’entre le nègre ou l’Australien et le Gorille. »

Charles Darwin,
« La descendance de l’homme et la sélection sexuelle » (1871),
Reinwald éd. 1891, p. 170-171. 

 

 « Nous possédons encore aujourd’hui, dans notre peuple allemand, de grandes réserves d’hommes de la race germanique du nord dont le sang est resté sans mélange et que nous pouvons considérer comme le trésor national le plus précieux pour notre avenir. Aux tristes époques où les lois de la race étaient inconnues, quand on voyait en tout homme, pris en soi, un être tout pareil à ses semblables, on n’apercevait pas les différences de valeur existant entre les divers éléments primitifs. »

Adolf Hitler,
« Mein Kampf », 1924.

 

« Notre racisme n’est agressif qu’à l’égard de la race juive. Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale (…) Une race mentale, c’est quelque chose de plus solide, de plus durable qu’une race tout court. Transplantez un Allemand aux États-Unis, vous en faites un Américain. Le Juif, où qu’il aille, demeure un juif. C’est un être par nature inassimilable. »

Martin Bormann,
« Testament politique d’Adolf Hitler », 1945. Fayard, 1959, p. 83.

 

 « Demain, peut-être, verrons-nous surgir un nouveau racisme, qui prétendra lire la primauté raciale dans la longueur de tel chromosome ou dans l’ordre de séquence des bases qui forment tel acide nucléique. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 38.

 

« Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même. »

Robert Sabatier (1923-2012)

 

 « Je suis, de toute façon, moins intéressé par la taille et les circonvolutions du cerveau d’Einstein que par la quasi-certitude que des individus d’un talent égal ont vécu et sont morts dans les champs de coton et les mines. »

Stephen Jay Gould,
« Le Pouce du panda
 : les grandes énigmes de l’évolution », 1980.

 

« Le séquençage comparé d’échantillons d’ADN mitochondrial humain récoltés dans diverses parties du monde a permis de reconstituer cette généalogie jusqu’à une femelle ancestrale unique – l’ « Ève mitochondriale », comme on l’appelle – qui vécut quelque part en Afrique il y a environ 200 000 ans. Des études similaires sur le chromosome Y, prérogative mâle, ont conduit de la même façon à un « Adam Y », qui vivait en Afrique à peu près à la même époque (…) Au cours du temps, toutes les lignées de même sexe, sauf une, ont été interrompues par l’absence de filles dans les lignées femelles ou de fils dans les lignées mâles, ne laissant finalement que deux lignées ininterrompues, l’une femelle et l’autre mâle, remontant à deux individus qui n’avaient probablement rien à voir l’un avec l’autre. Adam Y ne s’est probablement jamais accouplé avec Ève mitochondriale.

Selon ces découvertes, tous les êtres humains existants sont des descendants de cette seule branche africaine. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 128-129.

 

Evolution

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Les premiers animaux furent produits dans l’humide, enfermés chacun dans une écorce épineuse. Avec le temps ils firent leur apparition sur la partie la plus sèche. Quand l’écorce éclata, ils modifièrent leur genre de vie en peu de temps. »

Anaximandre, (VIe s. av. J.-C.)
rapporté par Aétius, (1er s. ou iie s. apr. J.-C.), op. V, 19, 1.

« Ainsi donc, toutes les fois que les choses se produisent accidentellement de la même façon qu’elles se seraient produites en ayant un but, elles subsistent et se conservent, parce qu’elles ont pris spontanément la condition convenable ; mais celles où il en est autrement périssent ou ont péri, comme Empédocle le dit « de ses créatures bovines à proue humaine ».»

  Aristote, « Physique », Livre II, « De la nature ».

 « Qui sait les races d’animaux qui nous ont précédés ? Qui sait les races d’animaux qui succéderont aux nôtres ? Tout change, tout passe… »

Denis Diderot, « Le rêve de d’Alembert », Garnier-Flammarion, 1965, p. 82. 

« Quel intérêt ne trouve-t-on pas à contempler un rivage luxuriant, couvert de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces, avec des oiseaux chantant dans les buissons, des insectes voltigeant à l’entour, des annélides ou des larves vermiformes rampant à travers le sol humide ; si l’on songe en même temps que toutes ces formes élaborées avec tant de soin, de patience, d’habileté, et dépendantes les unes des autres par une série de rapports si compliqués, ont toutes été produites par des lois qui agissent continuellement autour de nous ! Ces lois, prises dans leur sens le plus large, nous les énumérerons ici : c’est la loi de croissance et de reproduction ; c’est la loi de l’hérédité, presque impliquée dans la précédente ; c’est la loi de variabilité sous l’action directe ou indirecte des conditions extérieures de la vie et de l’usage ou du défaut d’exercice des organes ; c’est la loi de multiplication des espèces en raison géométrique qui a pour conséquence la concurrence vitale et la sélection naturelle, d’où suivent la divergence des caractères et l’extinction des formes spécifiques. »

Charles Darwin,
« De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle », 1859. 

« … notre structure psychique, de même que notre anatomie cérébrale, porte les traces phylogénétiques de sa lente et constante édification, qui s’est étendue sur des millions d’années. Nous naissons en quelque sorte dans un édifice immémorial que nous ressuscitons et qui repose sur les étages de l’échelle animale ; notre corps en porte encore de nombreuses survivances : l’embryon humain présente, par exemple, encore des branchies ; nous avons toute une série d’organes qui ne sont que des souvenirs ancestraux ; nous sommes, dans notre plan d’organisation, segmentés comme des vers, dont nous possédons aussi le système nerveux sympathique. Ainsi, nous traînons en nous dans la structure de notre corps et de notre système nerveux toute notre histoire généalogique ; cela est vrai aussi pour notre âme qui révèle également les traces de son passé et de son avenir ancestral. »

 Carl Jung,
« L’homme à la découverte de son âme » (1954), Payot. 

« Pour ma part, je crois donc fermement à l’évolution des êtres organisés. Mais je n’ai garde, pour cela, de méconnaître le caractère extraordinaire, voire fantastique, des transformations que nous sommes tenus d’imaginer dans le passé de la vie (…)
La lignée évolutive qui s’acheva par la genèse de l’humain n’est que l’une des innombrables lignées entre lesquelles s’est distribuée la progression de la vie (…)
D’une foule de circonstances – climatiques, biologiques et autres – dépendait la réussite de l’homme, et si la conjoncture eût été différente, la terre, sans doute, eût connu un autre roi (…)
Incohérente, imprévoyante, gaspilleuse, tumultueuse, insoucieuse de l’échec comme de la réussite, œuvrant désordonnément dans tous les styles et dans toutes les directions, prodiguant les nouveautés en pagaïe, lançant les espèces les unes contre les autres, façonnant à la fois l’harmonieux et le baroque, lésinant sur le nécessaire et raffinant sur le superflu, créant indifféremment ce qui doit succomber demain et ce qui doit traverser les âges, ce qui va dégénérer et ce qui va persévérer dans le progrès… ainsi nous apparaît la vie évoluante, et qui, tout à la fois, nous stupéfie par la puissance de ses talents et nous déconcerte par l’emploi qu’elle en fait. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 26, 48-50.

 « Beaucoup d’esprits distingués, aujourd’hui encore, paraissent ne pas pouvoir accepter, ni même comprendre que d’une source de bruit la sélection ait pu, à elle seule, tirer toutes les musiques de la biosphère. La sélection opère en effet sur les produits du hasard, et ne peut s’alimenter ailleurs ; mais elle opère dans un domaine d’exigences rigoureuses dont le hasard est banni. C’est de ces exigences, et non du hasard, que l’évolution a tiré ses orientations généralement ascendantes, ses conquêtes successives, l’épanouissement ordonné dont elle semble donner l’image. »

Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, Paris, 1970, p. 135. 

« À l’origine, la sélection naturelle consistait en la survie différenciatrice de réplicateurs flottant librement dans la soupe des premiers temps. La sélection naturelle favorise maintenant les réplicateurs les plus aptes à construire les machines à survie, les gènes les plus habiles à contrôler le développement de l’embryon. Les réplicateurs ne sont ni plus conscients, ni plus déterminés qu’avant. Les mêmes vieux procédés de sélection automatique entre les cellules vivantes – longévité, fécondité, fidélité de copie – agissent toujours, aveuglément et inexorablement (…)
Les gènes sont immortels, ou plutôt sont définis comme des entités génétiques tout près de mériter ce qualificatif. Nous, les machines à survie individuelles, pouvons espérer voir encore quelques décades tandis que les gènes dans le monde ont une espérance de vie qui doit être mesurée non pas en décades, mais en milliers et en millions d’années. »

Richard Dawkins, « Le Gène égoïste », Éd. Mengès, 1976.

« Nous sommes, tout comme le reste du monde vivant, en grande partie les produits de la sélection naturelle. Nos gènes sont là parce que, à un certain stade de l’évolution, ils se sont montrés utiles à la survie et à la reproduction de leurs propriétaires ou, du moins, n’étaient pas suffisamment nocifs pour que leurs propriétaires soient éliminés. Quelque 98,5% de ces gènes existaient dans le dernier ancêtre que nous avons en commun avec les chimpanzés et furent acquis au cours du long chemin qui conduisit des premières formes de vie présentes sur la Terre il y a plus de 3,5 milliards d’années à la dernière bifurcation qui a séparé la branche primates des hominidés de celle des chimpanzés, il y a quelque 7 millions d’années. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 150.

 « Malgré l’orgueil qu’il éprouve de sa réussite technique extraordinaire, l’Homme est toujours entre les mains de l’évolution, et l’étape que nous allons franchir ne sera sans doute pas, une fois de plus, le résultat d’une révolution volontariste, mais celui de l’implacable nécessité. »

Henri Laborit, biopsychosociology.blogspot.com 2010.

 

 

Eugénisme

(voir aussi Transhumanisme )

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Nous ne saurions restreindre notre sympathie, en admettant même que l’inflexible raison nous en fit une loi, sans porter préjudice à la plus noble partie de notre nature. Le chirurgien doit se rendre inaccessible à tout sentiment de pitié au moment où il pratique une opération, parce qu’il sait qu’il agit pour le bien de son malade ; mais si, de propos délibéré, il négligeait les faibles et les infirmes, il ne pourrait avoir en vue qu’un avantage éventuel, au prix d’un mal présent considérable et certain. Nous devons donc subir, sans nous plaindre, les effets incontestablement mauvais qui résultent de la persistance et de la propagation des êtres débiles. »

Charles Darwin,
« La descendance de l’homme et la sélection sexuelle » (1871), Reinwald éd. 1891, p. 145.

« Je souhaiterais beaucoup que l’on empêcha entièrement les gens de catégorie inférieure de se reproduire, et quand la nature malfaisante de ces gens est suffisamment manifeste, des mesures devraient être prises en ce sens. Les criminels devraient être stérilisés et il devrait être interdit aux personnes faibles d’esprit d’avoir des descendants. »

Theodore Roosevelt, « on Race, Riots, Reds, Crime », 1913, Probe, 1968, p. 27.

 

 « La domination des 6000 Spartiates sur les 350000 hilotes n’était pensable qu’en raison de la valeur raciale supérieure des Spartiates. Mais celle-ci a été le résultat d’une préservation planifiée de la race, en sorte que nous devons voir dans l’État spartiate le premier État raciste. L’élimination d’enfants malades, faibles, mal formés, entendons par là leur extermination, était plus digne et, en réalité, plus humaine que la pathétique bêtise d’aujourd’hui, qui consiste à conserver à tout prix les sujets les plus malades alors que l’on prive de vie des centaines de milliers d’enfants sains par une politique antinataliste. »

Adolf Hitler (1928)
in Johan Chapoutot, « Le nazisme et l’Antiquité », puf, 2012, p. 331.

« L’eugénisme volontaire conduirait non seulement à la production d’individus plus forts, mais aussi de familles où la résistance, l’intelligence et le courage seraient héréditaires. Ces familles constitueraient une aristocratie, d’où sortiraient probablement des hommes d’élite. La société humaine doit améliorer, par tous les moyens possibles, la race humaine. Il n’existe pas d’avantages financiers et sociaux assez grands, d’honneurs assez hauts, pour récompenser convenablement ceux qui, grâce à la sagesse de leur mariage, engendreraient des génies. »

Alexis Carrel, « L’homme, cet inconnu », Plon, 1935.

 

« Jusqu’en ces dernières années, le projet d’appliquer à notre espèce les méthodes de sélection artificielle, si fructueuses entre les mains de l’éleveur, ne soulevait guère que des difficultés d’ordre psychologique, social ou moral. On les repoussait comme dégradantes, déshumanisantes, contraires à la dignité de l’être pensant (…) J’avoue que, pour ma part, si persuadé que je sois qu’on se dirige vers un tel futur, et tout en acceptant avec une large part de moi-même l’entreprise qui doit élever notre espèce, je ne puis me défendre d’un peu de malaise en voyant s’esquisser ce monde gouverné par la biologie et la chimie, où le meilleur de l’homme sera voulu, prévu, calculé, où le talent, le don, la charité, la vertu seront obtenus à volonté par des artifices techniques. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 20-28.

 

« … l’idée même d’une amélioration génétique de l’humanité n’est pas par elle-même répugnante d’un point de vue moral. Ce qui est répugnant, c’est la représentation inégalitaire de la dignité des hommes, et les pratiques coercitives qui ont accompagné l’eugénisme du passé. Rien ne nous empêche de rêver d’une autre humanité, culturellement, politiquement et scientifiquement suffisamment avancée pour mieux maîtriser le cortège de souffrances qui accompagnent son évolution naturelle. »

Jean Gayon,
« L’eugénisme, hier et aujourd’hui », EDP Sciences, 1999.