Science

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« À la vérité, certaines questions sont susceptibles de démonstration : c’est ainsi par exemple qu’il est démontré que l’orbite du soleil décline de l’équateur, et il n’y a pas de doute là-dessus. Mais qu’il y ait une sphère excentrique, ou un épicycle, c’est ce qui n’a pas été démontré (…) mais il est possible qu’un autre possède une démonstration qui lui rende évidente la vérité de ce qui est obscur pour moi. Le plus grand hommage que j’aie pu rendre à la vérité, c’est d’avoir ouvertement déclaré combien ces matières me jetaient dans la perplexité… »

 Moïse Maïmonide, «Guide des Égarés », 1190.

 

 « L’ordre des sciences est double ; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents ; d’autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c’est-à-dire la science de Dieu et des saints. »

Thomas d’Aquin, « Summa Theologiae », I, q. 1, a. 2 (XIII e s.)

 

 « … l’expérience elle-même est un mode de connaissance qui exige le concours de l’entendement, dont je dois présupposer la règle en moi-même, avant que des objets me soient donnés, par conséquent a priori ; et cette règle s’exprime en des concepts a priori, sur lesquels tous les objets de l’expérience doivent nécessairement se régler, et avec lesquels ils doivent s’accorder (…) nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure » (préface), 1781.

 

«  Plus la science accroît le cercle de ses connaissances et plus grandit autour le cercle d’ombre. »

« Non seulement la science ne peut nous faire connaître la nature des choses, mais rien n’est capable de nous la faire connaître, et si quelque dieu la connaissait, il ne pourrait trouver de mots pour l’exprimer. Non seulement nous ne pouvons deviner la réponse, mais si on nous la donnait, nous n’y pourrions rien comprendre ; je me demande même si nous comprenons bien la question. »

Henri Poincaré, « La valeur de la science », 1905, chap.11.

 

 

« … il est trop de gens qui, ignorant ce qu’est l’intellectualité pure, s’imaginent qu’une connaissance simplement philosophique, qui, même dans le cas le plus favorable, est à peine une ombre de la vraie connaissance, est capable de remédier à tout et d’opérer le redressement de la mentalité contemporaine, comme il en est aussi qui croient trouver dans la science moderne elle-même un moyen de s’élever à des vérités supérieures, alors que cette science n’est fondée précisément que sur la négation de ces vérités. »

René Guénon,
« La crise du monde moderne », Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 200

 

 « Tout le monde sait maintenant que la Science n’est pas un énoncé de la vérité des choses mais seulement un langage pour exprimer une certaine expérience des objets, leur structure, leur mathématique, une impression coordonnée et utilisable de leurs processus – rien de plus. La matière elle-même est quelque chose (peut-être une formation d’énergie ?) dont nous connaissons superficiellement la structure telle qu’elle apparaît à notre mental et à nos sens et à certains instruments d’examen (dont on soupçonne maintenant qu’ils déterminent largement leurs propres résultats, la Nature adaptant ses réponses à l’instrument utilisé), mais nul savant n’en sait davantage ou ne peut en savoir davantage. »

Aurobindo
cité par Satprem et Venet, « La Vie sans mort », Robert Laffont, 1998, p. 22.

 

« La démocratie et les sciences modernes sont toutes deux les héritières de la même histoire, mais cette histoire mènerait à une contradiction si les sciences faisaient triompher une conception déterministe de la nature alors que la démocratie incarne l’idéal d’une société libre (…) En cette fin de siècle, la question de l’avenir de la science est souvent posée. Pour certains, tel Stephen Hawking dans sa « Brève histoire du temps » [voir p. 88], nous sommes proches de la fin, du moment où nous serons capables de déchiffrer la « pensée de Dieu« . Je crois, au contraire que nous sommes seulement au début de l’aventure. Nous assistons à l’émergence d’une science qui n’est plus limitée à des situations simplifiées, idéalisées, mais nous met en face de la complexité du monde réel, une science qui permet à la créativité humaine de se vivre comme l’expression singulière d’un trait fondamental commun à tous les niveaux de la nature. »

 Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.

Péché

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Si un homme – que ce soit ici ou là, aujourd’hui ou demain, de telle manière ou autrement, peu importe – meurt en état de péché mortel, sans pénitence et sans réparation, alors qu’il avait la possibilité de réparer et qu’il ne l’a pas fait, le diable lui arrache l’âme du corps, lui causant tant d’angoisse et de tourment que nul ne peut s’en faire une idée sauf celui qui en est la victime. Talents, pouvoir, science et sagesse, tout ce qu’il pensait avoir lui sera enlevé. Il le laisse à des parents et à des amis qui emportent et se partagent ses biens et qui disent ensuite : « Maudite soit son âme ! Il aurait pu nous donner bien davantage, et amasser plus qu’il n’a amassé !  » Le corps est la proie des vers. Ainsi a-t-il perdu et son corps et son âme en ce monde qui passe si vite, et il ira en enfer où il sera tourmenté sans fin. »

 Saint François d’Assise,
« Lettre à tous les fidèles »,
(XIII e s.)


«  Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu, et il est si nécessaire qu’il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste. »

Blaise Pascal,
« Pensées », (1669) Garnier, 1964, p. 198.

 

 « Pour un catholique père de famille, convaincu qu’il faut pratiquer à la lettre les maximes de l’évangile sous peine de ce qu’on appelle l’enfer, attendu l’extrême difficulté d’atteindre à ce degré de perfection que la faiblesse humaine ne comporte point, je ne vois d’autre parti que de prendre son enfant par un pied, et que de l’écraser contre la terre, ou que de l’étouffer en naissant. Par cette action il le sauve du péril de la damnation et lui assure une félicité éternelle. »

Denis Diderot,
« Pensées philosophiques », 1746, LXIX.

 

 « … il n’est ni affreux ni absolu, ce néant. N’ai-je pas sous mes yeux l’exemple des générations et régénérations perpétuelles de la nature ? Rien ne périt, mon ami, rien ne se détruit dans le monde ; aujourd’hui homme, demain ver, après-demain mouche, n’est-ce pas toujours exister ? Et pourquoi veux-tu que je sois récompensé de vertus auxquelles je n’ai nul mérite, ou puni de crimes dont je n’ai pas été le maître ; peux-tu accorder la bonté de ton prétendu dieu avec ce système et peut-il avoir voulu me créer pour se donner le plaisir de me punir, et cela seulement en conséquence d’un choix dont il ne me laisse pas maître ? »

Donatien A. F. de Sade,
« Dialogue entre un prêtre et un moribond »
, 1782.

 

 « Pitié mon Dieu, pitié mon Père
Je sens le poids de mon péché,
Je sais que grande est ma misère,
Mais bien plus grande est ta bonté »

Psaume.

« … la culpabilité intérieure, dont le péché est l’expression en raccourci, est une fiction morale recouvrant un état émotionnel pénible dû à la tension interne d’une conduite inachevée : tendance interdite, désir contrarié, émoi naturel ou spontané séparé de l’action. »

Ange Hesnard,
« Morale sans péché », P.U.F. 1954, p. 59.

 

 « L’idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C’est une idée absolument indigne d’hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s’avilissent en déclarant qu’ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d’autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n’est pas digne d’êtres qui se respectent (…) Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. »

Bertrand Russell,
« Pourquoi je ne suis pas chrétien »,
conf. 1927, J-J Pauvert, 1964.

« Quant à l’affaire de la pomme, il fallait le planter ailleurs, votre arbre, ou ne pas créer Adam à votre image. En l’occurrence l’interdiction équivalait à un encouragement, n’importe quel pédagogue vous le dira. Ce n’est pas le diable qui a tenté notre ancêtre, c’est vous qui avez tenté le diable. »

Robert Escarpit,
« Lettre ouverte à Dieu », Albin Michel, 1966, p. 101.

                                                                                             

 

Libre arbitre

(voir aussi Responsabilité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Qu’une chose infime dévie un rien de sa ligne, qui serait capable de s’en rendre compte ? Mais si tous les mouvements étaient enchaînés dans la nature, si toujours d’un premier naissait un second suivant un ordre rigoureux ; si, par leur clinamen, les atomes ne provoquaient pas un mouvement qui rompe les lois de la fatalité, et qui empêche que les causes ne se succèdent à l’infini, d’où viendrait donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants ; d’où viendrait cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ? »

Lucrèce (1er s. av. J.-C.)
« De Natura Rerum » II, 219.

 

« Il nous est toujours libre de nous empêcher de poursuivre un bien qui nous est clairement connu, ou d’admettre une vérité évidente, pourvu seulement que nous pensions que c’est un bien de témoigner par là la liberté de notre franc arbitre. »

René Descartes, « Lettre à Mesland »,1645.

 

 « … un petit enfant croit désirer librement le lait, un jeune garçon en colère vouloir se venger, et un peureux s’enfuir. Un homme ivre aussi croit dire d’après un libre décret de l’esprit ce que, revenu à son état normal, il voudrait avoir tu ; de même le délirant, le bavard, l’enfant et beaucoup de gens de même farine croient parler selon un libre décret de l’esprit, alors que pourtant ils ne peuvent contenir leur envie de parler. L’expérience elle-même n’enseigne donc pas moins clairement que la Raison que les hommes se croient libres pour la seule raison qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. »

Spinoza, « Éthique », III, pr.1. 1677.

« Vous voulez monter à cheval ; pourquoi ? C’est, dira un ignorant, parce que je le veux. Cette réponse est un idiotisme ; rien ne se fait ni ne se peut faire sans raison, sans cause : votre vouloir en est donc une. Quelle est-elle ? L’idée agréable de monter à cheval qui se présente dans votre cerveau, l’idée dominante, l’idée déterminante. Mais, direz-vous, ne puis-je résister à une idée qui me domine ? Non, car quelle serait la cause de votre résistance ? aucune. Vous ne pouvez obéir par votre volonté qu’à une idée qui vous dominera davantage.
Or vous recevez toutes vos idées ; vous recevez donc votre vouloir, vous voulez donc nécessairement… »

Voltaire
« Dictionnaire philosophique », tome V, Dalibon Librairie, Paris, 1825, p. 273.

 « Puisque c’est moi qui agis ainsi, celui qui peut agir autrement n’est plus moi ; et assurer qu’au moment où je fais ou dis une chose, j’en puis dire ou faire une autre, c’est assurer que je suis moi et que je suis un autre ! »

Denis Diderot,
« Entretien entre d’Alembert et Diderot », Garnier-Flammarion, 1965, p. 157.

 

« Il croyait qu’un homme s’acheminait aussi nécessairement à la gloire ou à l’ignominie, qu’une boule qui aurait la conscience d’elle-même suit la pente d’une montagne ; et que, si l’enchaînement des causes et des effets qui forment la vie d’un homme depuis le premier instant de sa naissance jusqu’à son dernier soupir nous était connu, nous resterions convaincus qu’il n’a fait que ce qu’il était nécessaire de faire. »

Denis Diderot,
« Jacques le fataliste », 1796.

 

 « Ce serait donc par la vertu de son intelligence que chaque homme deviendrait ce qu’il est : il arriverait en ce monde à l’état de zéro moral (…) Mis en présence d’une chose, il commencerait par la reconnaître pour bonne, en suite de quoi il la voudrait ; tandis qu’en fait, il la veut d’abord, et alors la déclare bonne. À mon sens d’ailleurs, c’est [le libre-arbitre d’indifférence] prendre en tout le contrepied du véritable rapport des choses. »

Arthur Schopenhauer,
« Le monde comme volonté et représentation », (1819) Burdeau, 1912, t. I, p. 106.

 

«  Tout évolue, tout réagit : la pierre et l’homme. Il n’y a pas de matière inerte. Je n’ai donc aucun motif pour attribuer plus de liberté individuelle à mon activité que je n’en attribue aux transformations plus lentes d’un cristal. Ma vie résulte d’une lutte incessante entre mon organisme et le milieu où je baigne : j’agis donc, à chaque instant, selon mes réactions particulières, c’est-à-dire pour des raisons qui n’appartiennent qu’à moi seul : ce qui donne aux autres l’illusion que je suis libre de mes actes. Mais en aucun cas je n’agis librement : aucune de mes déterminations ne pourrait être différente de ce qu’elle est. Le libre-arbitre équivaudrait au pouvoir d’accomplir un miracle, de dévier les rapports des causes aux effets. C’est une conception métaphysique qui prouve simplement l’ignorance où nous avons été si longtemps, et où nous sommes encore, des lois auxquelles nous obéissons. »

Roger Martin du Gard,
« Jean Barois », Gallimard, Folio, 1921, p. 348-349.


« De même que le futur revient sur le présent et le passé pour l’éclairer, de même c’est l’ensemble de nos projets qui revient en arrière pour conférer au mobile sa structure de mobile. »

Jean-Paul Sartre,
« L’Être et le Néant », Gallimard, 1943, p. 512.

 

« Il faut aussi savoir se servir de ce cerveau et, par conséquent, vouloir et savoir être libre. »

Paul Chauchard,
« La morale du cerveau », Flammarion, 1962.

 

Dieu répond au mortel qui le supplie d’être délivré de son libre arbitre :
« On emploie souvent « je suis déterminé à faire ceci » pour  » j’ai choisi de faire ceci ». Cette assimilation psychologique devrait révéler que le déterminisme et le choix sont beaucoup plus proches qu’il n’y paraît. Tu pourrais évidement arguer que la doctrine du libre arbitre dit que c’est toi qui te détermines, alors que la doctrine du déterminisme semble dire que tes actes sont déterminés par quelque chose d’apparemment extérieur à nous. Mais cette confusion est due en grande partie à ta division de la réalité en « toi », d’une part, et « ce qui n’est pas toi », d’autre part. Mais où t’arrêtes-tu et où commence le reste de l’univers ? Ou encore, où s’arrête le reste de l’univers et où commences-tu ? Une fois que tu as vu ce qu’on appelle « toi » et ce qu’on appelle la « nature » comme un tout continu (…) l’embrouillamini entre le libre arbitre et le déterminisme disparaît alors. »

Raymond Smullyan, « Dieu est-il taoïste ? »,
cité par
D. Hofstadter et D. Dennett, « Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 340.

 

 « La liberté est illusoire, elle n’est que capacité à développer, à exploiter les dons reçus et acquis (…) Elle est cependant nécessaire pour que chaque homme ait le sentiment de contribuer au patrimoine culturel de son espèce… »

Philippe Meyer,
« L’illusion nécessaire », Plon-Flammarion, 1992, p. 219.

 

 « Il existe aussi une raison darwinienne de croire au libre arbitre. Une société dans laquelle l’individu se sent responsable de ses actes a de meilleures chances de travailler de concert et de perdurer pour répandre ses valeurs (…)
Le concept de libre arbitre appartient à un domaine différent de celui des lois fondamentales de la science. Si on essaie de déduire le comportement humain des lois scientifiques, on tombe dans le piège que représente le paradoxe logique des systèmes autoréférentiels. Si ce que l’on fait peut être prédit par les lois fondamentales, alors le fait d’effectuer cette prédiction peut changer ce qui va se produire. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 172.

« Seul un sujet conscient d’être sujet peut lutter contre sa subjectivité (…) peut concevoir son auto-égo-centrisme et tenter de se décentrer par l’esprit, en s’inscrivant dans un circuit trans-subjectif supérieur… »

Edgard Morin,
« La complexité humaine », Champs essais, 2008, p. 309.

 

« Le libre-arbitre ? Autant prétendre se soulever soi-même en se tirant les cheveux ! Comment pourrait-on à la fois « se déterminer » et se libérer de tout déterminisme, et donc de motivation ? Et en l’absence de toute détermination, qu’est-ce qui nous déciderait à agir ? »

Yves Thelen, La liberté de l’automate

 

 

« … pour les laïques, prétendre qu’il existerait une liberté à l’échelle de l’homme, alors même que l’on reconnaîtrait à Dieu une omniscience, apparaît comme un argument irrecevable (…) Dieu ne peut ignorer le choix que posera tel ou tel homme. Le hasard de l’option de la conscience humaine est fallacieux, car le « croupier céleste » connaît à l’avance les combinaisons que jouera le client. »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 255.


«  Pour moi, la situation est très claire : non seulement le libre arbitre existe, mais il vient logiquement avant la science, la philosophie et notre capacité à raisonner. Sans libre arbitre, pas de raisonnement. En conséquence, il est tout simplement impossible pour la science et la philosophie de nier le libre arbitre. »

 Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard  Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 127.

Indéterminisme

(voir aussi Temps imaginaire)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Il règne, dans l’univers atomique, une indétermination fondamentale que les perfectionnements des méthodes de mesure et d’observation ne pourront jamais dissiper. La part du caprice dans le comportement des atomes ne peut pas être imputée à l’intelligence grossière de l’homme. Elle s’enracine dans la nature des choses, comme l’a montré Heisenberg en 1927 dans le célèbre énoncé d’une loi physique connue sous le nom de « principe d’incertitude ». »

Lincoln Barnett,
« Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 42.

 

 « L’interprétation de la Mécanique ondulatoire de Bohr et Heisenberg a de nombreuses conséquences qui ouvrent des perspectives philosophiques nouvelles. Le corpuscule n’est plus un objet bien défini dans le cadre de l’espace et du temps ; il n’est plus qu’un ensemble de potentialités affectées de probabilités, il n’est plus qu’une entité qui se manifeste à nous de façon fugitive, tantôt sous un aspect, tantôt sous un autre (…)
La question qui se pose est finalement de savoir si cette interprétation est complète (…) ou cache derrière elle, comme les anciennes théories statistiques de la Physique Classique, une réalité parfaitement déterminée et descriptible dans le cadre de l’espace et du temps qui nous seraient cachées, c’est-à-dire qui échapperaient à nos déterminations expérimentales. »

 Louis De Broglie, « La physique quantique restera-t-elle indéterministe ? »,
revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 1952, p. 302-310.

 

 « On a tenté quelquefois de porter à l’actif de l’indéterminisme le fait qu’il serait capable, sans se fonder sur aucun présupposé, de tirer les lois de la physique expérimentale de l’absence de lois, l’ordre du désordre et le cosmos du chaos. Mais je ne crois pas qu’on puisse lui attribuer ce tour de force. Même les lois statistiques se fondent sur des présupposés très précis. On sait que les principes du calcul des probabilités reposent sur des relations déterminées par les cas d’égale probabilité (…)
Rien ne peut sortir de rien et ceux qui espèrent peut-être faire de l’indéterminisme de principe la base unique de la physique théorique vont sans doute au-devant d’une désillusion. »

Max Planck,
« L’image du monde dans la physique moderne »,
Gonthier, Médiations, 1963, p. 40.

« La bonne façon d’interpréter le principe de Heisenberg [dit principe d’indétermination] consiste non pas à dire qu’il est impossible de déterminer simultanément la position et l’impulsion des particules, mais bien plutôt à affirmer que ces dernières ne possèdent jamais ces deux attributs simultanément. Plus précisément, la représentation formelle que la physique quantique se fait des particules ne leur attribue jamais ces deux caractéristiques à la fois. Pris ensemble, c’est-à-dire affectés au même moment à un objet donné, ces deux concepts n’ont plus de sens. Quant à la notion de trajectoire, définie comme la juxtaposition à tout instant d’une vitesse et d’une position, elle n’a plus de sens non plus. »

Etienne Klein, « Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 52.

« La physique quantique introduit donc au sein de la science un élément de hasard et d’imprévisibilité. Einstein a longtemps combattu cette idée, en dépit de l’importance de son rôle dans le développement de cette théorie [il reçut même le prix Nobel en récompense de sa contribution à la théorie quantique] Malgré tout, il ne parvint jamais à admettre que le hasard puisse jouer un rôle dans l’évolution de l’Univers ; sa conviction peut se résumer dans la célèbre formule : « Dieu ne joue pas aux dés avec le monde ». »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 108.

 

« Épicure fut le premier à dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conféré le poids de son autorité. Successeur de Démocrite, il imaginait le monde constitué par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la même vitesse en suivant des trajets parallèles. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveauté, une nouvelle combinaison d’atomes, pouvait-elle apparaitre ? (…)
Enraciner l’indéterminisme et l’asymétrie du temps dans les lois de la physique est la réponse que nous pouvons donner aujourd’hui au dilemme d’Épicure. Sinon, ces lois sont incomplètes, aussi incomplètes que si elles ignoraient la gravitation ou l’électricité (…)
La nature nous présente l’image de l’imprévisible nouveauté. Notre univers a suivi un chemin de bifurcations successives ; il aurait pu en suivre d’autres. Peut-être pouvons-nous en dire autant pour la vie de chacun d’entre nous (…)
Les lois ne gouvernent pas le monde, mais celui-ci n’est pas non plus régi par le hasard. Les lois physiques correspondent à une nouvelle forme d’intelligibilité qu’expriment les représentations probabilistes irréductibles (…) elles décrivent les événements en tant que possibles, sans les réduire à des conséquences déductibles et prévisibles de lois déterministes. »

Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.

 

 

Hasard

(voir aussi Création, Déterminisme et Indéterminisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux. Une petite erreur sur les premières produirait une erreur énorme sur les dernières. La prédiction devient impossible et nous avons un phénomène fortuit (…) Une cause très petite qui nous échappe détermine un effet considérable que nous ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard. »

Henri Poincaré, « Sciences et Méthodes », Éd. Kimé, 2000.

 

 « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers dans ses aspects innombrables serait le résultat d’un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si après l’explosion d’une imprimerie tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire.»

Albert Einstein (1879-1955)

 

« Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue mais aveugle, à la racine même du prodigieux édifice de l’évolution (…) Notre numéro est sorti au jeu de Monte-Carlo. Quoi d’étonnant à ce que, tel celui qui vient d’y gagner un milliard, nous éprouvions l’étrangeté de notre condition ? »

Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, 1970, p. 127 et 161.

 

 « Demain, nous fabriquerons l’humain. Nous supprimerons le hasard de la vie, et du même coup, nous en supprimerons le sens ! »

Jean-Michel Besnier

« …peut-être la notion de contingence pure comme moteur de l’évolution devrait-elle être remplacée par celle, plus subtile, de coïncidence entre un stade évolutif qui comprend en puissance une étape critique de l’histoire de la vie et les conditions environnementales nécessaires pour que cette étape puisse s’accomplir. Dans ce cas, les grandes lignes du déroulement de l’évolution pourraient avoir été plus ou moins probables selon les chances de telles coïncidences.

Peut-être l’image, longtemps considérée comme allant de soi, d’un processus évolutif dominé en grande partie par les caprices de l’environnement devrait-elle être remplacée par celle d’un processus animé, du moins dans ses grandes lignes, par sa propre dynamique interne, mais dépendant de l’environnement pour l’actualisation de ses potentialités. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 107.

« Jadis, notre histoire avait un sens. Au commencement des temps, un être suprême justifiait tout : l’ordre de l’univers, notre existence, jusque lui-même, éternel et tout-puissant par nature. Et l’éternité nous était également promise après la mort qui ne marquait pas la fin de notre histoire personnelle…
Aujourd’hui, la science accorde la primauté au hasard. Mais comment justifier la somme d’ajustements précis qui ont permis à l’univers d’engendrer la vie et la conscience ? Et les cosmologues de postuler alors que notre monde ne serait qu’un cas particulier parmi l’infinité des mondes possibles, lesquels auraient dès lors tous droit à une forme d’existence « parallèle ».
Dans la dimension quantique, à l’échelle des particules élémentaires, celles-ci se trouvent dans une « superposition d’états » et c’est la présence de l’observateur qui actualise la « réalité » d’un de ces états. Ainsi l’univers et chacun de ses atomes, tout comme le déroulement de notre propre histoire, connaitraient-ils potentiellement tous les devenir imaginables et c’est notre conscience qui, d’instant en instant, nous tisserait l’illusion d’une histoire unique et linéaire, la nôtre.
Le fil de notre vie se déroule et notre destin nous apparaît tout tracé ; il ne serait qu’un brin infime de l’enchevêtrement infini du chaos originaire. Mais nous pouvons encore rêver que l’un ou l’autre pont quantique puisse nous permettre de suivre une autre boucle et de conforter l’illusion de notre libre arbitre. Peut-être nos rêves et nos étranges réminiscences témoignent-ils de ces interférences avec d’autres mondes… »

Yves Thelen, Elucubrations quantiques, 2015.

Finalisme

(voir aussi Hasard, Pourquoi ? et Sens)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« … c’est bien la fin qui est cause de la matière et non la matière qui est cause de la fin. Et la fin est ce que la nature a en vue et c’est de la définition et de la notion que la nature part. Il en est comme dans les ouvrages de l’art où, la maison étant telle, il faut que nécessairement telles choses soient faites ou existent… »

Aristote (384-322), « Physique » B.

  « La cinquième voie [pour démontrer l’existence de Dieu] se prend du gouvernement des choses. Nous voyons en effet que des êtres qui n’ont pas de connaissance, à savoir les corps naturels, opèrent en tendant vers une fin, ce qui apparaît du fait que toujours ou très souvent ils opèrent de la même manière, de façon à réaliser ce qui est le meilleur. D’où il ressort avec évidence que ce n’est pas par hasard, mais par le fait d’une intention qu’ils parviennent à leur fin. Or les êtres qui n’ont pas de connaissance ne tendent vers une fin que s’ils sont dirigés par quelque être connaissant et intelligent, comme la flèche par l’archer. Il existe donc un être intelligent par lequel toutes les choses naturelles sont ordonnées vers une fin ; et cet être, nous l’appelons Dieu. »

Saint Thomas d’Aquin (XIII e s.), « Somme théologique ».

 « Les hommes supposent communément que toutes les choses de la nature agissent, comme eux-mêmes, en vue d’une fin (…) Et ils continueront ainsi de vous interroger sans relâche sur les causes des causes, jusqu’à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet asile d’ignorance. De même, quand ils voient la structure du corps humain, ils sont frappés de stupeur, et, de ce qu’ils ignorent les causes d’un ouvrage aussi parfait, ils concluent qu’il n’est point formé mécaniquement, mais par un art divin ou surnaturel, de telle façon qu’aucune partie ne nuise à l’autre. Et ainsi arrive-t-il que quiconque cherche les vraies causes des prodiges et s’applique à connaître en savant les choses de la nature, au lieu de s’émerveiller comme un sot, est souvent tenu pour hérétique et impie… »

Spinoza (XVII e s.), « Éthique », appendice.

« Newton croyait aux causes finales ; j’ose y croire comme lui ; car enfin la lumière sert à nos yeux, et nos yeux semblent faits pour elle. »

Voltaire« Lett. Dionis du Séjour », 18 janv. 1775.

  « Quelques partisans des causes finales ont imaginé que la lune avait été donnée à la terre pour l’éclairer pendant les nuits ! »

Pierre-Simon Laplace, Exp. IV, 5.

 « La fin justifie les moyens. Mais qu’est-ce qui justifiera la fin ?»

Albert Camus (1913-1960)

 

« Ils [certains organes « trop efficaces pour être l’œuvre du hasard pur« ] nous apparaissent comme des œuvres d’artisans poursuivant un but, et le réalisant par une invention ; c’est l’examen des plus petits détails, faits pour une fonction, qui prouve leur finalité. »

Lucien Cuénot, « Invention et finalité en biologie », Flammarion, 1941.

« À considérer sans idée préconçue les phénomènes évolutifs dans leur ensemble, tels que nous les pouvons reconstituer d’après les données de la morphologie comparée et de la paléontologie, on n’a, en aucune manière, l’impression qu’ils aient visé à un but unique et que, dans la prodigieuse diversité des formes animales, il faille voir ébauche, tentative, préparation, en vue d’un suprême chef-d’œuvre (…) Dans l’immense fouillis de l’animalité, il fallait bien qu’il y eût un meilleur, un « premier ». Ce premier, c’est nous qui le sommes, et c’est tout ce que nous avons le droit de dire de nous-mêmes. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 48-49.

« … l’apparition, l’évolution, le raffinement progressif de structures de plus en plus intensément téléonomiques sont dus à des perturbations survenues dans une structure possédant déjà la propriété d’invariance, capable par conséquent de « conserver le hasard » et par là d’en soumettre les effets au jeu de la sélection naturelle. »

Jacques Monod, « Le hasard et la nécessité », Seuil, 1970, p. 37.

  « Les « machines avec un but » modernes, ou machines programmées, utilisent des extensions du principe de base de la réponse négative pour arriver à des comportements beaucoup plus compliqués. Les missiles, par exemple, semblent rechercher activement leur but (…) Ils font appel à des systèmes variés de réponse négative, de réponse à l’avance et autres principes employés d’une manière courante en mécanique et reconnus pour être largement appliqués dans le fonctionnement des corps vivants. Il n’est pas nécessaire de postuler une idée de conscience, aussi lointaine soit-elle, même si le profane, considérant le comportement intentionnel et réfléchi d’un projectile guidé, trouve difficile de croire que celui-ci n’est pas sous le contrôle direct d’un pilote humain. »

Richard Dawkins, « Le Gène égoïste », Éd. Mengès, 1976.

 « L’intentionnalité que semblent avoir les ordinateurs est exclusivement dans les esprits de ceux qui les programment, de ceux qui les utilisent, de ceux qui leur donnent des entrées et de ceux qui interprètent leurs sorties. »

D. Hofstadter et D. Dennett, « Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 369.

 « … si je vois l’improbabilité augmenter à mesure que je remonte dans le passé et la probabilité s’étendre à mesure que je descends vers l’avenir, s’il y a dans le cosmos un passage de l’hétérogène à l’homogène, s’il y a un progrès constant de la matière vers des états plus ordonnés, s’il y a une évolution des espèces vers une « super-espèce » (l’humanité, provisoirement peut-être), alors tout me porte à penser qu’il y a, au fond de l’univers lui-même, une cause de l’harmonie des causes, une intelligence. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov, « Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 68.

«  Il est parfaitement possible d’admettre que tout fait résulte de la volonté d’un Dieu (ou de dieux) veillant à la réalisation du programme qu’Il a (ou qu’ils ont) adopté, et intervenant, en permanence ou par impulsions, pour atteindre la fin qu’Il a (ou qu’ils ont) décidée. Rien ne peut prouver que cette hypothèse « finaliste » est fausse. Mais l’accepter est rendre vaine toute tentative d’explication rationnelle des faits observés. Entrer dans le cheminement scientifique, c’est prendre pour règle de ne pas y recourir (…)
Certains raisonnements scientifiques donnent, à vrai dire, l’impression de suivre une démarche finaliste. Tel est le cas lorsque le processus étudié est présenté comme tendant vers un certain objectif, notamment vers l’optimisation de tel ou tel paramètre (…) Chaque fois qu’un processus est expliqué par la recherche d’un optimum, le « péché de finalisme » est effectivement commis, car le raisonnement revient à admettre que la nature fait un choix entre plusieurs attitudes possibles et qu’elle dispose d’un critère faisant référence à l’état futur de la réalité. Pour rester fidèle à la règle du jeu de la science, il est essentiel de ne pas oublier le « tout se passe comme si », qui est un aveu d’ignorance, donc une incitation à poursuivre la recherche. »

 Albert Jacquard,
« La Science à l’usage des non-scientifiques », Calmann-Lévy, 2001, p. 135-139.

 « Nos intentions causent des effets dans le futur qui deviennent à leur tour les futures causes d’effets dans le présent. »

Philippe Guillemant,
«Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.

Chaos

(voir aussi Hasard et Déterminisme)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Au commencement exista le Chaos, puis la Terre à la large poitrine, demeure toujours sûre de tous les Immortels qui habitent le faite de l’Olympe neigeux ; ensuite le sombre Tartare, placé sous les abîmes de la Terre immense ; enfin l’Amour, le plus beau des dieux, l’Amour, qui amollit les âmes et, s’emparant du cœur de toutes les divinités et de tous les hommes, triomphe de leur sage volonté. Du Chaos sortirent l’Érèbe et la Nuit obscure. L’Éther et le Jour naquirent de la Nuit, qui les conçut en s’unissant d’amour avec l’Érèbe… »

Hésiode, « La Théogonie », (VIII e s. av. J.-C.)

 

 « … nous comprenons un peu mieux comment l’organisation et la complexité ont pu émerger du chaos primordial. Entre les particules de la purée cosmique, des forces s’exercent qui vont façonner la matière dès que la température décroissante leur en donnera l’opportunité. Le hasard aura sa place dans ce jeu des forces, mais son rôle sera réinterprété (…)
Les collisions des noyaux dans les brasiers stellaires, les captures moléculaires dans l’océan primitif, l’impact des rayons cosmiques sur les gènes dans les cellules vivantes sont autant de phénomènes aléatoires qui engendrent en permanence du nouveau et de l’inédit. C’est par eux que la nature va trouver l’occasion de manifester ses fantastiques possibilités. Un univers sans hasard, une matière où tous les événements seraient déterminés n’offrirait au regard que grisaille et monotonie. »

Hubert Reeves,
« L’heure de s’enivrer, l’univers a-t-il un sens ? », Seuil, 1986, p. 210-211.

« L’univers paraît construit et réglé – avec une précision inimaginable – à partir de quelques grandes constantes (…) On doit assumer l’idée que dans tous les cas de figures différents du « miracle mathématique » sur lequel repose notre réalité, l’univers aurait présenté les caractères du chaos absolu : danse désordonnée d’atomes qui se coupleraient et se découpleraient l’instant d’après pour retomber, sans cesse, dans leurs tourbillons insensés. »

Jean Guitton, G. et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 55-56.

«  La croissance économique, c’est l’augmentation de la production totale de l’ensemble des biens et des services, c’est-à-dire ce qu’on appelle le produit intérieur brut (PIB).
Que vous soyez de droite, de gauche ou d’ailleurs, vous ne pouvez pas vous soustraire à cette réalité. Définir une stratégie de croissance crédible est un impératif absolu pour pouvoir entraîner le pays sur le chemin d’une ambition collective [et éviter le chaos].
Sans croissance, aucun accompagnement social ne pourra sortir les banlieues de l’ornière car le chômage de masse continuera à obscurcir l’horizon de la jeunesse. »

Christian Blanc,
« La Croissance ou le Chaos », Odile Jacob, 2006, p. 22, 10-11.

« Le terme [l’effet papillon] viendrait du titre d’une conférence donnée en 1972 par Lorenz, un météorologue considéré comme un des redécouvreurs de la théorie du chaos (…) Par la suite, il a été confirmé que l’analyse scientifique de l’évolution imprévisible des systèmes météorologiques, qui empêche la vision de leur évolution à court terme (8 jours), attribuait plutôt ce fait à un comportement inhérent à ces systèmes, et non à la méconnaissance des conditions initiales. D’ailleurs il est aisé de voir que de tels systèmes, comme d’autres systèmes chaotiques, sont en fait caractérisés par l’émergence d’une stabilité à moyen et long terme (mois – années) et non d’un chaos de plus en plus grand… »

Stéphane Jourdan,
automatesintelligents.com/echanges/2007/aout/effetpapillon

« L’état d’équilibre du pendule est stable. En revanche, si nous réussissons à faire tenir un crayon sur sa pointe, 1’équilibre est instable. La moindre perturbation le fera tomber d’un côté ou de l’autre. I1 y a une distinction fondamentale entre les mouvements stables et instables. En bref, les systèmes dynamiques stables sont ceux ou de petites modifications des conditions initiales produisent de petits effets. Mais pour une classe très étendue de systèmes dynamiques, ces modifications s’amplifient au cours du temps. Les systèmes chaotiques sont un exemple extrême de systèmes instables car les trajectoires correspondant à des conditions initiales aussi proches que l’on veut divergent de manière exponentielle au cours du temps. On parle alors de « sensibilité aux conditions initiales » telle que 1’illustre la parabole bien connue de « 1’effet papillon » : le battement des ailes d’un papillon dans le bassin amazonien peut affecter le temps qu’il fera aux États-Unis. »

Ilya Prigogine, « La fin des certitudes », Odile Jacobs, 2009.

 

«  … le modèle de croissance à l’œuvre dans les pays développés depuis 1945 n’est plus soutenable, ne serait-ce qu’en raison des contraintes écologiques et énergétiques, et aussi de la montée en puissance économique du reste du monde (…) D’autant que de nombreux facteurs contribuent à refroidir la machine. Qu’il s’agisse du vieillissement démographique, de l’inefficacité croissante des systèmes d’éducation, de l’impact de la mondialisation sur le pouvoir d’achat, du coût de la lutte contre le réchauffement climatique ou de l’exigence du désendettement public et privé, sans oublier la montée des inégalités qui prive une majorité de la population des fruits de la croissance et gonfle l’excès d’épargne. »

Patrick Artus et Marie-Paule Virard,
« Croissance zéro, comment éviter le chaos ? »,
Fayard, 2015.

« … un système complexe vivant (écosystèmes, organismes, sociétés, économies, marchés, etc.) est constitué d’innombrables boucles de rétroaction entrelacées, qui maintiennent le système stable et relativement résilient. A l’approche d’un point de rupture, il suffit d’une petite perturbation, d’une goutte d’eau, pour que certaines boucles changent de nature et entraînent l’ensemble du système dans un chaos imprévisible et bien souvent irréversible. »

 P.Servigne, R. Stevens,
« Comment tout peut s’effondrer »,
Seuil, 2015, p. 251-252.

Causalité

(voir aussi Déterminisme et Expérience)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Toute chose se produit à partir d’une raison et en vertu d’une nécessité. »

Leucippe, (Diels, Frag.2.), V e s. av. J.-C.

« … les causes primordiales subsistent par elles-mêmes, car aucune créature ne s’interpose entre ces causes et l’unique cause de toutes les causes. Et tout en subsistant immuablement dans la cause première, les causes primordiales produisent les autres causes qui viennent hiérarchiquement après elles et qui se multiplient à l’infini jusqu’aux limites ultimes de toute la nature créée… »

Jean Scot Érigène (IX e s.), « Periphyseon », livre II, P.U.F, 1995.

« La puissance de l’homme est en raison de sa science, parce que c’est l’ignorance de la cause qui fait manquer l’effet. On ne commande à la nature qu’en lui obéissant, et ce qui dans la théorie est cause devient moyen dans la pratique. »

Francis Bacon, « Novum Organum », I, 1620.

 

 « La physique des quanta fait s’écrouler aussi les deux piliers de la science ancienne, la causalité et le déterminisme. Utiliser la notion de statistique et de probabilités amène à renoncer à l’idée que la nature puisse montrer une liaison inexorable de la cause à l’effet. »

Lincoln Barnett, « Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 45.   

« L’univers nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc Dieu joue bien aux dés avec le monde, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. »

Karl Popper in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 329.

«  La rétrocausalité agit vers le passé, elle se propage de proche en proche, mais vers le passé. Je n’ai pas de doute que la non-localité [renoncer à décrire la nature en termes de « morceaux de réalité » bien localisés] de même que la relativité mettent à mal notre concept familier du temps, mais de là à imaginer une causalité inverse qui remonte le temps ! »

Nicolas Gisin, « L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, numérisation Nord Compo, p. 146.

« Pour concilier la mécanique de l’univers-bloc relativiste, qui rend nos vies éternellement figées, et la mécanique quantique qui les multiplie à l’infini, la théorie de la double causalité propose une solution acceptable pour notre condition humaine, qui consiste à faire évoluer l’espace-temps au sein d’un gigantesque cerveau virtuel qui traite toute son information de manière atemporelle en utilisant les systèmes afférents que sont les êtres vivants. Bien qu’elle puisse paraître fantastique et vertigineuse, cette proposition unifie la physique tout en lui rendant son déterminisme, fondement de la science. »

Philippe Guillemant, «Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.