Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Un moine demande à un maître : « Quelle est votre manière d’enseigner ? »
Le maître dit : « Je suis sourd ; parlez plus haut, je vous prie. »
Le moine répète la question et le maître répond : « Vous me demandez quelle est ma manière d’enseigner, et j’ai déjà découvert la vôtre. »»
Parabole zen
« On pousse les jeunes en troupeau à l’école (…) et quand ils savent par cœur le verbiage des vieux, on les déclare majeurs (…) Ce n’est pas le savoir qui doit être inculqué, c’est la personnalité qui doit parvenir à son plein épanouissement. »
Max Stirner, « L’Unique et sa propriété », 1845.
« C’est ce que nous pensons déjà connaître qui nous empêche souvent d’apprendre. »
Claude Bernard (1813-1878)
« Et sur les indications du diable, on créa l’école. L’enfant aime la nature : on le parqua dans des salles closes. L’enfant aime bouger : on l’obligea à se tenir immobile. Il aime manier des objets : on le mit en contact avec des idées (…) Il voudrait raisonner : on le fit mémoriser. Il voudrait s’enthousiasmer : on inventa les punitions… »
Adolphe Ferrière (www.scienceshumaines.com) cité par Marie-Laure Viaud,
« Montessori, Freinet, Steiner… une école différente pour mon enfant ? », Nathan, 2008.
« Ce n’est pas assez d’apprendre à l’homme une spécialité. Par là, il devient à vrai dire une espèce de machine utilisable, mais non pas une personnalité accomplie (…) L’insistance exagérée sur le système de compétition et la spécialisation prématurée sous le point de vue de l’utilité immédiate tuent l’esprit, d’où dépend toute vie culturelle, et par là finalement aussi la floraison des sciences spéciales.
Pour une bonne éducation, il est en outre essentiel que la pensée critique indépendante soit développée chez le jeune, développement qui est considérablement compromis par la surcharge des matières (système des points). La surcharge conduit nécessairement à la superficialité et à l’absence de culture. L’enseignement doit être tel que ce qu’il offre doit être éprouvé comme un don précieux, et non comme un devoir pénible. »
Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 26 -27.
« …former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance… »
Jean Rostand,
« Discours de réception à l’Académie française », Paris, Gallimard, 1960.
« … j’ai vu des enfants assotis, inhibés, terrorisés, obsédés, anxieux, accablés, détériorés : je n’ai pas l’impression d’en avoir rencontré beaucoup qui fussent de véritables sots.
Lorsqu’on aura fait la part des erreurs d’éducation, des maladresses familiales, de l’iniquité sociale, la nature apparaîtra plus généreuse qu’on ne l’avait crue.
(…) s’il s’agit de réclamer une plus large distribution de l’enseignement, nous ne saurions être effleurés par le doute. Nous savons que nous ne pouvons pas nous tromper en voulant que le plus grand nombre d’humains reçoivent l’aliment de vérité qui affermit l’esprit et avive la conscience. »
Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 85-86.
« Au cours de notre longue évolution, nous avons appris à discerner instantanément la vie, mais aussi développé un certain nombre d’instincts, comme la peur du vide et des serpents ; il existe cependant un instinct d’un autre type, qui n’est pas inné mais issu des processus d’acquisition de l’enfance. Les jésuites l’avaient constaté : ils pouvaient façonner l’esprit d’un enfant pour qu’il adhère à leur foi jusqu’à la fin de ses jours, laquelle devenait alors instinctive ; des opérations similaires déterminent pour la vie la fidélité à la tribu et à la nation. L’esprit d’un enfant est même si malléable qu’il peut être conditionné à s’enthousiasmer pour quelque chose d’aussi insignifiant qu’une équipe de football ou d’aussi potentiellement pernicieux qu’une idéologie politique. L’expérience prouve que nous pourrions, si nous le voulions, faire de Gaïa [la biosphère] une croyance instinctive, en leur expliquant son fonctionnement et en leur montrant qu’ils font partie d’elle. »
James Lovelock,
« La revanche de Gaïa », Flammarion, 2007, p. 191.
« Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui les écoles différentes ? (…)
Les classes Freinet se basent sur le travail à partir des intérêts des enfants et sur la réalisation de projets qui permettent de fonder les apprentissages sur des situations « vraies »…
Les « écoles intégrales » ne veulent pas donner la priorité à des acquisitions de type scolaire, mais à des acquis à long terme : développement du plaisir d’apprendre, de l’esprit critique ou de la capacité à monter des projets…
Certains, dans les classes Montessori ou Steiner notamment, s’efforcent de mettre en place une discipline « bienveillante » soucieuse d’expliquer et de susciter l’adhésion plus que de sanctionner (…)
… comme Montessori, Decroly ou Freinet, Steiner considère que les notes sont inutiles et que chaque élève doit progresser par rapport à lui-même, et non par rapport à ses camarades de classe ou par rapport à une note… »
Marie-Laure Viaud,
« Montessori, Freinet, Steiner… une école différente pour mon enfant ? »,
Nathan, 2008, p. 9 et 76.
« L’école a [donc] une fonction mystificatrice : « … elle persuade ceux qui sont éliminés par l’école qu’ils doivent leur destinée sociale, très étroitement liée à leur destin scolaire, c’est-à-dire leur profession, leur revenu, leur rang social, à leur nature individuelle, à leur manque de dons, et elle contribue par là à les empêcher de découvrir que leur destin individuel est un cas particulier d’un destin collectif, celui qui pèse sur tous les membres de leur classe et que révèlent les statistiques d’accès à l’enseignement supérieur. » »
François Lecointe
in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu », J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 58.
« Trop souvent, ce sont maintenant les parents qui se révèlent incapables de dire non, qui ont peur de se mettre à dos leur ado, qui cèdent au moindre caprice et parlementent en permanence sans oser imposer leur autorité. Or tout jeune a besoin d’un cadre, de limites, de références qui le sécurisent sans l’étouffer (…)
Si nous souhaitons que les enfants de toute origine partagent les mêmes chances d’épanouissement et apprennent à vivre ensemble dans un esprit de respect des différences, l’école doit être le premier lieu de dialogue et d’apprentissage de la vie en démocratie. Avec la nécessité d’inévitables compromis. Le port du voile par exemple : nos religieuses « prennent le voile » et cela n’a jamais généré de grands conflits. Par contre, comment communiquer ouvertement avec la jeune fille dont nous ne pourrions deviner que le regard et qui nous priverait de son sourire et des mimiques essentielles à une franche expression ? (…)
La solution de bon sens consisterait donc à remplacer les cours de religion et de morale laïque par un cours qui rassemblerait tous les élèves pour examiner les problèmes de vie concrets de l’adolescent à la lumière des différentes sensibilités. »
Yves Thelen, « L’enseigne… ment ! », 2013.