Quantique (physique)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« … le physicien allemand Max Planck émet, en décembre 1900, une curieuse hypothèse : à propos des vibrations qui traduisent la chaleur d’un corps, il postule qu’elles ne se répartissent pas suivant toutes les valeurs possibles (…) Pour prendre une image, au lieu de considérer que les échanges d’énergie entre l’objet chauffé et le rayonnement qu’il émet se font de façon continue, à la manière d’un liquide s’écoulant d’un récipient dans un autre, Max Planck imagine qu’ils se font de façon discontinue, par morceaux, comme si, en place du liquide, le récipient verseur contenait des billes (…)
En résumé, Planck pose comme principe que les échanges d’énergie entre matière et rayonnement s’effectuent par paquets, par quantités définies (d’où le nom de « quantum » attribué à chacun de ces paquets élémentaires, et le pluriel « quanta ») …
Cette intrusion brutale de la discontinuité dans le bel enchaînement de la physique traditionnelle lui paraît, au mieux, un « artifice de calcul », au pis une hérésie.
… Einstein reprend l’hypothèse de Planck et l’adapte à la lumière (…) Non seulement l’hypothèse d’Einstein est exacte, mais la valeur numérique de la constante h est identique à celle de la constante de Planck ! Ainsi la lumière elle-même a une structure discontinue : elle est formée de grains d’énergie (que l’on appellera à partir de 1923 des « photons ») »

Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
« Le cantique des quantiques »,
La Découverte/Poche, 2007, p. 24-25, 26-27.

« Dans nos ordinateurs actuels, les cases mémoire sont constituées de « bits » classiques qui ne peuvent prendre que deux valeurs exclusives l’une de l’autre, soit 0, soit 1 (…) Un ordinateur quantique serait en théorie capable de calculer de façon « massivement parallèle » : il effectuerait en même temps toutes les opérations correspondant à toutes les valeurs que peuvent prendre les bits quantiques.

Etienne Klein,
« Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 115-117.

«  La théorie de la décohérence tente d’expliquer pourquoi les objets macroscopiques ont un comportement classique, tandis que les objets microscopiques, atomes et autres particules, ont un comportement quantique (…) Elle démontre que c’est leur interaction avec leur environnement (système décrit par un nombre très élevé de degrés de liberté) qui fait très rapidement perdre aux objets macroscopiques leurs propriétés quantiques. Tout se passe comme si des bribes d’information sur leur état quantique s’échappaient continûment dans leur environnement. Ce dernier agit en somme comme un observateur qui mesurerait les systèmes en permanence, éliminant ainsi toutes les superpositions à l’échelle macroscopique, donc aussi les interférences. »

Etienne Klein,
« Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 152-153.

« … entre ce que nous dit du monde la théorie quantique et notre perception de la réalité quotidienne, quel gouffre d’incompatibilité ! Pour chacun d’entre nous, en effet, nul doute que les objets sont localisés (je suis ici ou là-bas, mais pas les deux à la fois), non superposables (je ne prends pas le bus et la voiture en même temps) et non duaux (mon corps est solide et n’est pas en même temps une vague d’énergie)…
Dans ces conditions, la physique quantique constitue un défi à la raison. Elle nous parle d’un monde déroutant, celui des particules, radicalement différent du nôtre… alors même que celui-ci est pourtant formé de ces mêmes particules (…) »
« Si l’on envisage notre monde sur le mode quantique, on peut se figurer que toute chose est floue et indéterminée… sauf ce que l’observateur regarde. Là où ses yeux se portent, le paysage devient net, les objets déterminés. Le monde des particules est ainsi : seules celles que le physicien mesure sont clairement matérialisées en un unique lieu et dans un unique état. Le reste se résume à des probabilités. »

Roman Ikonicoff et Cécile Bonneau,
« La physique quantique rend-elle fou ? »,
Science&Vie n°1097, févr.2009, p. 50.

Temps imaginaire

(voir aussi  Multivers et Singularité)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« … depuis la découverte de la mécanique quantique, nous devons considérer l’Univers comme ayant toutes les histoires possibles. Il me semble que l’idée de temps imaginaire est quelque chose qu’il nous faudra aussi accepter. C’est un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rotondité de la terre (…)
Vous pouvez vous représenter le temps réel, ordinaire, comme une ligne droite orientée de la gauche vers la droite. Mais vous pouvez aussi considérer une autre direction du temps, du bas vers le haut. C’est le temps dit « imaginaire », qui est à angle droit du temps réel.
Quel est l’intérêt d’introduire ce concept ? (…) la matière et l’énergie tendent à courber l’espace sur lui-même. Dans la dimension du temps réel, cela conduit inévitablement à des singularités, à des endroits où l’espace-temps prend fin. Aux singularités, les équations de la physique ne sont plus définies ; on ne peut donc prédire ce qui arrivera… [tandis que] les dimensions spatiales et le temps imaginaire formeraient un espace-temps fermé sur lui-même, sans frontière ni bord. Il n’y aurait aucun point que l’on puisse qualifier de début ou de fin, pas plus que la surface de la Terre n’a de début ou de fin (…) Ainsi, on peut espérer arriver à une théorie entièrement unifiée, une théorie qui prédise tout dans l’Univers. »

Stephen Hawking,
« Trous noirs et bébés univers », Odile Jacob, 1994, p. 78-79.

 

« … le temps imaginaire pur existe lorsque le temps réel, lui, n’existe pas encore, autrement dit : à l’instant zéro. Vous pouvez donc sans effort en déduire avec nous qu’à l’instant zéro – au moment où l’Univers n’existe encore qu’en temps imaginaire – ce que nous appelons dans notre monde « énergie » n’existe pas non plus (…)
Nous voici donc face à cette forme d’énergie cristallisée, qui associe un nombre à chaque point. Au lieu d’énergie imaginaire nous allons l’appeler « information ». Et nous en déduisons donc qu’à l’instant zéro, il n’y a rien d’autre que de l’information. Quelque chose de purement numérique mais qui « encode » toutes les propriétés de L’Univers destiné à apparaître après le Big Bang (…)
Autrement dit, se poser la question de savoir ce qu’il y avait « avant le Big Bang » équivaut un peu à se demander ce qu’il y avait avant que vous n’introduisiez le CD dans le lecteur : la mélodie était bien « là », mais sous forme d’information. »

 Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 246-249.

Temps

(voir aussi Relativité)      (voyage dans le … voir Trou de vers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? »

Alphonse de Lamartine,
« Méditations poétiques », 1820.

« Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes… »

Marcel Proust,
« À la recherche du temps perdu – Le Côté de Guermantes »,
Gallimard, 1920.

 

« J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire qu’il ne m’en reste plus assez pour travailler. »

Pierre Reverdy (1889-1960)

 
 

« Et le Temps m’engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur
Et je n’y cherche plus l’abri d’une cahute. »

Charles Baudelaire, « Le Goût du Néant »,
Les Fleurs du mal, CXIX, 1861.

«  Chaque corps de référence (système de coordonnées) a son temps propre ; une indication de temps n’a de sens que si l’on indique le corps de référence auquel elle se rapporte.
Avant la théorie de la relativité, la physique a toujours tacitement admis que l’indication du temps avait une valeur absolue, c’est-à-dire qu’elle était indépendante de l’état de mouvement du corps de référence. Mais nous venons de montrer que cette supposition est incompatible avec la définition si naturelle de la simultanéité… »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 30-31.

« Nous avons pris l’habitude de traiter le temps comme un continuum indépendant. En effet, d’après la mécanique classique le temps est absolu, c’est-à-dire indépendant de la position et de l’état de mouvement du système de référence (…) Grâce à la Théorie de la relativité, la conception du monde à quatre dimensions devient tout à fait naturelle, puisque d’après cette théorie, le temps est privé de son indépendance. »

Albert Einstein,
« La relativité
 », Payot, 1981, p. 77 et 78.

« Selon la théorie de la relativité générale, il y aurait eu dans le passé un état d’une densité infinie, le big bang, qui aurait marqué le véritable commencement du temps. De même, si l’Univers entier s’effondrait, il connaîtrait dans le futur un état d’une densité infinie, le big crunch, qui marquerait la fin de temps. Et, même si l’Univers ne s’effondrait pas complètement, il apparaîtrait des singularités dans les zones s’effondrant en trous noirs. Ces singularités marqueraient la fin du temps pour celui qui y tomberait ! »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 162.

 

« Augmentera d’abord le temps de transport, avec la croissance de la taille de la ville. Il deviendra une sorte de temps-esclave où l’on pourra continuer à consommer et à travailler (…) Malgré ce temps contraint, beaucoup réaliseront qu’ils n’auront jamais le temps de tout lire, tout entendre, tout voir, tout visiter, tout apprendre : comme le savoir disponible double déjà tous les sept ans, et doublera tous les 72 jours en 2030, le temps nécessaire pour se tenir informé, apprendre, devenir et rester « employable », augmentera d’autant. »

Jacques Attali,
« Une brève histoire de l’avenir », Fayard, 2006, p. 217-218.

 

 « L’univers de la rue est atemporel car composé d’une galaxie de petits riens accolés les uns aux autres n’ayant aucune signification autre que leur fin propre : le temps du réfectoire pour manger, le temps de l’attente comme… temps d’attente, voire comme prix à payer en contrepartie du gîte, du souper ou de l’octroi de facilités. Aucune cohérence, et donc rien à quoi se rattacher, pas même la grande majorité des institutions qui, sous le prétexte que les sans-abri peuvent gaspiller leur temps, le leur confisque à souhait et perpétuent, intra-muros, les mêmes schèmes temporels que ceux ayant cours dans la rue. »

Lionel Thelen,
« L’exil de soi », Facultés univ. Saint-Louis, Bruxelles, 2006, p. 237.

« Chaque « être pensant » vit le temps selon l’échelle de son espèce. Le papillon vit vingt-quatre heures en une plénitude temporelle complète, pour peu qu’il en ait conscience. Cent années de notre existence humaine lui apparaîtraient comme une éternité, au sens plénier du terme. À la limite, inenvisageable, comme l’est pour nous l’éternité de nos Dieux.
Le même papillon considérera comme éphémère, à la limite du dérisoire, la durée de vie de la particule méson, égale à une infime partie de seconde. Alors que des êtres habitant ce méson pourraient évaluer cette durée comme une « éternité ». »

Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 54.

 

 « … il suffit d’allumer votre téléviseur à un moment où il n’y a pas d’émission. L’écran sera donc noir et piqué d’innombrables points qui scintillent (…) environ un de ces flocons de lumière sur cent provient du rayonnement fossile (…) Qu’est-ce que cela veut dire ? Simplement que pour les photons que vous voyez sur votre téléviseur, il ne s’est écoulé aucun temps – pas une minute, pas même une seule seconde – depuis qu’ils ont quitté le nuage de particules primitives qui composaient l’Univers, 380 000 ans après le Big Bang (…) l’espace lui-même, avec ses distances à franchir, ne signifie rien pour le photon. Absolument rien. Pour lui, l’étendue n’existe pas. La durée non plus. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 127-128.

« Si vous visitez un jour l’Institut des Poids et Mesures de Paris, l’Observatoire de Belgique à Uccle ou l’Institut National des Standards et de Technologie (NIST), à Boulder, aux États-Unis, qui ont notamment pour tâche de définir l’heure avec une précision « atomique », ne leur dites jamais quelque chose du genre « votre horloge mesure le temps avec précision ». Ils vous diront invariablement : « Nos horloges ne mesurent pas le temps »… Ils vous désorienteront tout à fait quand ils vous diront : « Non, le temps est défini par ce que mesurent les horloges ». La différence est subtile, mais c’est la réalité. Les horloges atomiques définissent le temps standard pour le globe : le Temps est défini par le nombre de clics de leurs horloges.
« Il se pourrait, explique le physicien Carlo Rovelli, que la meilleure manière de réfléchir à la réalité quantique soit d’abandonner la notion de temps, de sorte que la description fondamentale de l’univers soit intemporelle. » »

Thierry Lombry,ww.astrosurf.com/luxorion

«  En Australie, les Aborigènes pensent que le temps, l’espace et les hommes ne font qu’un. Il leur suffit de regarder un arbre ou un visage pour connaître le jour et l’heure. Ils distinguent les saisons selon des critères précis liés au cycle de vie des plantes et aux changements du vent : les Gunwinggu orientaux, par exemple, conçoivent six saisons, trois « sèches » et trois » humides », là où les non-Aborigènes n’en voient que deux.
Pour ces tribus comme pour d’autres, le temps est le produit de nos actes (…) Elles ne conçoivent pas le temps à la manière d’une donnée omniprésente, comme l’air. Les secondes, les minutes et les heures, ce sont toutes les choses que nous faisons. Au lieu d’utiliser ces mots, ils parlent d’un « temps de moisson » ou d’un « temps de poisson de rivière ». Demande à un berger africain combien de temps lui prend telle ou telle tâche, et il répond « le temps de traire une vache ». Qu’est-ce qu’une heure pour cet homme ? Peut-être le temps de traire dix vaches.
(…) les mots et les images spécifiques que déploient nos cultures respectives influent sur notre façon de vivre le temps (…)
Nos jours sont une pâte malléable que nous pouvons sculpter en des formes infiniment variées. »

Daniel Tammet,
« L’éternité dans une heure – La poésie des nombres »,
Éditions des Arènes, 2013, p. 274-275

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« … nous sommes moins les victimes d’une prétendue accélération du temps que de la superposition de présents multiples et hétérogènes qui sont souvent en conflit mutuel : en même temps que nous travaillons, nous regardons les écrans de nos téléphones portables, écoutons la radio et pensons à autre chose encore (…) Tout le monde ne trépide pas. Nous ne sommes pas du tout égaux en matière d’intensité existentielle. Ce qui se passe, c’est que les temps propres des individus se désynchronisent. Selon la théorie de la relativité, la désynchronisation des horloges vient de leur mouvement relatif dans l’espace. Mais là, ce n’est pas le mouvement qui décale nos horloges individuelles. Nous sommes tous au même endroit, à peu près immobiles les uns par rapport aux autres, mais nous n’habitons pas le même présent, nous ne sommes pas vraiment ensemble, nous n’avons pas le même rapport à ce qui se passe. Notre société me semble être submergée par une entropie chrono-dispersive qui produit des effets sur l’intensité et la qualité du lien social. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? »,
Éditions du Temps, N°1, mars 2014.

Relativité

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tandis que le bateau est à l’arrêt, observez soigneusement des oiseaux voler à des vitesses égales dans toutes les directions de la cabine (…) si vous lancez quelque chose à votre ami, les distances étant égales, vous n’avez pas besoin de le lancer avec plus de force dans une direction que dans une autre, et si vous sautez à pieds joints, vous franchissez des distances égales dans toutes les directions (…) faites maintenant avancer le bateau à l’allure qui vous plaira : pour autant que la vitesse soit uniforme et qu’il n’oscille pas, vous ne constaterez pas le moindre changement dans les effets mentionnés et aucun d’eux ne vous permettra de dire si le bateau est en mouvement ou à l’arrêt (…) Le mouvement est mouvement et agit comme mouvement pour autant qu’il soit en rapport avec des choses qui en sont dépourvues ; mais pour toutes les choses qui y participent également, il n’agit pas, il est comme s’il n’était pas. »

Galilée,
« Dialogue sur les deux grands systèmes du Monde »,1632.

 

 «  Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité ; en peu d’années de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au-delà. »

 Blaise Pascal, « Pensées », 1670, § 294.

 

 « … si la Terre était en repos, le corps qui est en repos relatif dans le vaisseau aurait un mouvement vrai et absolu, dont la vitesse serait égale à celle qui emporte le vaisseau à la surface de la Terre, mais la Terre se mouvant dans l’espace, le mouvement vrai et absolu de ce corps est composé du mouvement vrai de la Terre dans l’espace immobile, et du mouvement relatif du vaisseau par rapport à la Terre. »

Isaac Newton, « Philosophiae Naturalis Principia Mathematica », 1687.

« … même si la mécanique classique ne fournit pas une base assez large pour la représentation théorique de tous les phénomènes physiques, il faut lui reconnaître une part importante de vérité, car elle explique avec une merveilleuse précision les mouvements réels des corps célestes. C’est pourquoi le principe de relativité doit aussi être valable avec une grande précision dans le domaine de la mécanique (…)
… tous les corps de référence K’ doivent être tout à fait équivalents à K pour la formulation des lois de la nature s’ils effectuent, relativement à K, un mouvement rectiligne, uniforme et exempt de rotation (…) C’est dans ce sens que nous parlons du principe de relativité restreinte (…) nous entendrons par « principe de relativité générale » l’affirmation suivante : tous les corps de référence, quel que soit leur état de mouvement, sont équivalents pour la description de la nature (…) cette formulation devra être remplacée plus tard par une autre plus abstraite [en effet] … dans les champs de gravitation il n’existe pas de corps rigides jouissant de propriétés euclidiennes ; la fiction de corps de référence rigide est, par conséquent, inutile dans la théorie de la relativité générale. La marche des horloges est également influencée par les champs de gravitation, de telle sorte qu’une définition physique directe du temps à l’aide d’horloges n’a pas du tout le même degré de précision que dans la théorie de la relativité restreinte. »

Albert Einstein,
« La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 16, 70-71 et 116.

« La loi de la constance de la vitesse de la lumière dans l’espace vide, corroborée par le développement de l’électrodynamique et de l’optique, jointe à l’égalité de droit de tous les systèmes d’inertie [principe de la relativité restreinte] (…) a conduit tout d’abord à l’idée que la notion de temps devait être relative, puisque chaque système d’inertie devait avoir son temps propre. »

Albert Einstein, discours prononcé à Londres (1922)

 

« Nous éprouvons naturellement le caractère subjectif du temps qui passe. Qu’il nous faille attendre impatiemment, et le temps nous semblera long ; mais plus nous vieillissons, plus nous avons le sentiment que les années nous filent entre les doigts… Pourtant, nous postulons intuitivement qu’une heure est toujours une heure : quelles que soient les circonstances, si la vision d’un feuilleton filmé dure cent-vingt minutes, il nous apparaît évident que ce laps de temps s’écoulera semblablement pour tout un chacun s’installant devant l’écran, où qu’il se trouve. C’est que notre expérience de l’Univers est extrêmement réduite : nous subissons un champ de gravité relativement uniforme et la vitesse de nos déplacements est infime par rapport à la vitesse limite de la lumière. Nous sommes dès lors forcément très dubitatifs lorsque la théorie de la Relativité nous apprend que l’astronaute qui subirait des accélérations très élevées ou qui traverserait d’intenses champs gravitationnels vivrait un temps propre ralenti et, de retour sur Terre, découvrirait son frère jumeau plus âgé que lui. Leur montre respective aurait confirmé que la durée de chaque séance cinématographique est bien de cent-vingt minutes, mais le second aurait disposé d’un bien plus grand nombre de séances ! »

YvesThelen,
d’après « Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 33-34.

 

«  … avant la théorie de la relativité générale (1915), la physique fournissait une description non locale de la gravitation : si on déplace un caillou sur la Lune, notre poids sur Terre est immédiatement affecté ; on pourrait donc, en principe, communiquer instantanément à travers tout l’univers. Avec la théorie d’Einstein, la gravitation devient un phénomène qui, comme tous les autres phénomènes connus en 1917, se propage à vitesse finie [la vitesse de la lumière] de proche en proche (…) l’homme qui a rendu la physique locale se trouva environ dix ans après sa découverte à nouveau confronté à la non-localité [de la physique quantique]. (…) il est possible et même fréquent que deux objets éloignés l’un de l’autre ne forment, en réalité, qu’un seul objet ! C’est cela, l’intrication. Ainsi, si l’on touche l’un des deux, tous deux tressaillent. »

Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard », Odile Jacob, 2012, num : Nord Compo, p. 76 et 70.

 

Indéterminisme

(voir aussi Temps imaginaire)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Il règne, dans l’univers atomique, une indétermination fondamentale que les perfectionnements des méthodes de mesure et d’observation ne pourront jamais dissiper. La part du caprice dans le comportement des atomes ne peut pas être imputée à l’intelligence grossière de l’homme. Elle s’enracine dans la nature des choses, comme l’a montré Heisenberg en 1927 dans le célèbre énoncé d’une loi physique connue sous le nom de « principe d’incertitude ». »

Lincoln Barnett,
« Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 42.

 

 « L’interprétation de la Mécanique ondulatoire de Bohr et Heisenberg a de nombreuses conséquences qui ouvrent des perspectives philosophiques nouvelles. Le corpuscule n’est plus un objet bien défini dans le cadre de l’espace et du temps ; il n’est plus qu’un ensemble de potentialités affectées de probabilités, il n’est plus qu’une entité qui se manifeste à nous de façon fugitive, tantôt sous un aspect, tantôt sous un autre (…)
La question qui se pose est finalement de savoir si cette interprétation est complète (…) ou cache derrière elle, comme les anciennes théories statistiques de la Physique Classique, une réalité parfaitement déterminée et descriptible dans le cadre de l’espace et du temps qui nous seraient cachées, c’est-à-dire qui échapperaient à nos déterminations expérimentales. »

 Louis De Broglie, « La physique quantique restera-t-elle indéterministe ? »,
revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 1952, p. 302-310.

 

 « On a tenté quelquefois de porter à l’actif de l’indéterminisme le fait qu’il serait capable, sans se fonder sur aucun présupposé, de tirer les lois de la physique expérimentale de l’absence de lois, l’ordre du désordre et le cosmos du chaos. Mais je ne crois pas qu’on puisse lui attribuer ce tour de force. Même les lois statistiques se fondent sur des présupposés très précis. On sait que les principes du calcul des probabilités reposent sur des relations déterminées par les cas d’égale probabilité (…)
Rien ne peut sortir de rien et ceux qui espèrent peut-être faire de l’indéterminisme de principe la base unique de la physique théorique vont sans doute au-devant d’une désillusion. »

Max Planck,
« L’image du monde dans la physique moderne »,
Gonthier, Médiations, 1963, p. 40.

« La bonne façon d’interpréter le principe de Heisenberg [dit principe d’indétermination] consiste non pas à dire qu’il est impossible de déterminer simultanément la position et l’impulsion des particules, mais bien plutôt à affirmer que ces dernières ne possèdent jamais ces deux attributs simultanément. Plus précisément, la représentation formelle que la physique quantique se fait des particules ne leur attribue jamais ces deux caractéristiques à la fois. Pris ensemble, c’est-à-dire affectés au même moment à un objet donné, ces deux concepts n’ont plus de sens. Quant à la notion de trajectoire, définie comme la juxtaposition à tout instant d’une vitesse et d’une position, elle n’a plus de sens non plus. »

Etienne Klein, « Petit voyage dans le monde des quanta »,
Champs sciences, Flammarion, 2004, p. 52.

« La physique quantique introduit donc au sein de la science un élément de hasard et d’imprévisibilité. Einstein a longtemps combattu cette idée, en dépit de l’importance de son rôle dans le développement de cette théorie [il reçut même le prix Nobel en récompense de sa contribution à la théorie quantique] Malgré tout, il ne parvint jamais à admettre que le hasard puisse jouer un rôle dans l’évolution de l’Univers ; sa conviction peut se résumer dans la célèbre formule : « Dieu ne joue pas aux dés avec le monde ». »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 108.

 

« Épicure fut le premier à dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conféré le poids de son autorité. Successeur de Démocrite, il imaginait le monde constitué par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la même vitesse en suivant des trajets parallèles. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveauté, une nouvelle combinaison d’atomes, pouvait-elle apparaitre ? (…)
Enraciner l’indéterminisme et l’asymétrie du temps dans les lois de la physique est la réponse que nous pouvons donner aujourd’hui au dilemme d’Épicure. Sinon, ces lois sont incomplètes, aussi incomplètes que si elles ignoraient la gravitation ou l’électricité (…)
La nature nous présente l’image de l’imprévisible nouveauté. Notre univers a suivi un chemin de bifurcations successives ; il aurait pu en suivre d’autres. Peut-être pouvons-nous en dire autant pour la vie de chacun d’entre nous (…)
Les lois ne gouvernent pas le monde, mais celui-ci n’est pas non plus régi par le hasard. Les lois physiques correspondent à une nouvelle forme d’intelligibilité qu’expriment les représentations probabilistes irréductibles (…) elles décrivent les événements en tant que possibles, sans les réduire à des conséquences déductibles et prévisibles de lois déterministes. »

Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.

 

 

Génie

(voir aussi Créativité)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … il s’élève d’un vol d’aigle vers une vérité lumineuse, source de mille vérités auxquelles parviendra dans la suite en rampant la foule timide des sages observateurs. Mais à côté de cette vérité lumineuse, il placera les ouvrages de son imagination : incapable de marcher dans la carrière et de parcourir successivement les intervalles, il part d’un point et s’élance vers le but ; il tire un principe fécond des ténèbres ; il est rare qu’il suive la chaîne des conséquences… »

Denis Diderot,« Encyclopédie », 1757, article « génie ».

 

 

« Un homme de génie ne pense pas seulement plus vite que nous, il pense différemment, ou du moins tout se passe comme s’il pensait différemment. Que ses exceptionnelles facultés inventrices soient en rapport avec une supériorité du pouvoir réflexif, ou avec certaines particularités de l’affectivité – c’est là tout le problème du génie –, toujours est-il qu’il perçoit des relations qui échappent au commun des mortels, qu’il rompt des associations de concepts qu’on eût pu croire définitives pour en créer de nouvelles, qu’il aboutit à des synthèses originales et imprévues, et résout, en les posant à sa manière, des problèmes qui semblaient jusqu’alors insolubles. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 113.

« Les mots et le langage, écrits ou parlés, ne semblent pas jouer le moindre rôle dans le mécanisme de ma pensée. Les entités psychiques qui servent d’éléments à ma pensée sont certains signes, ou des images plus ou moins claires, qui peuvent à volonté être reproduits et combinés. »

Albert Einstein in Jacques Hadamard,
« Essai sur la psychologie de l’invention dans le domaine mathématique », Blanchard, 1959.

 

« Un phénomène est certain et je puis répondre à son absolue certitude : c’est l’apparition soudaine et immédiate d’une solution au moment même d’un réveil soudain. Ayant été réveillé très brusquement par un bruit extérieur, une solution longuement cherchée m’apparut immédiatement sans le moindre instant de réflexion de ma part – fait assez remarquable pour m’avoir frappé de façon inoubliable – et dans une voie entièrement différente de toutes celles que j’avais tenté de suivre auparavant. »

Basarab Nicolescu,
« Nous, la particule et le monde »,
Le Mail, 1985, p. 126.

 

 « Il semble que l’intuition des nombres, comme celle des autres objets mathématiques, ne repose pas tant sur la manipulation de symboles que sur une perception directe de leurs relations significatives. »

Stanislas Dehaene,
« La bosse des math », Jacob, 2006, p. 169.

 

 « Si nous avions la possibilité de faire du génie génétique ultra performant, ou si nous avions plus de connaissances en intelligence artificielle, il est probable que nous pourrions créer des êtres plus intelligents que nous, parce que, à la différence de l’évolution, nous n’aurions pas à progresser laborieusement de petite adaptation en petite adaptation, nous pourrions d’un seul jet concevoir la structure finale et la fabriquer. »

Serge Boisse,
« L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 99.

 

« Daniel Tammet est un génie. Diagnostiqué Asperger (une forme d’autisme légère), ce jeune britannique, capable de prouesses cérébrales hallucinantes, détrône les calculatrices. Le 14 mars 2004, devant un jury de mathématiciens, il réussit l’exploit de réciter de tête les 22 514 premières décimales du nombre Pi. Il cumule le syndrome d’Asperger avec un phénomène neurologique moins connu, la synesthésie. C’est grâce à elle qu’il visualise les chiffres et les lettres de façon colorée, sous forme de paysages abstraits.
Ses capacités ne s’arrêtent pas là. Daniel Tammet est fasciné par le calcul calendaire, apprend les langues rapidement et est considéré dans le monde scientifique comme la « pierre de rosette » de l’autisme. Il a réussi là où beaucoup en étaient incapables : mettre des mots sur les mystères du cerveau. « Mon cas reste intéressant, mais loin d’être unique, ce qui me réjouit car cela montre que je ne suis pas un extraterrestre« , dit-il. »

Julia Baron,
« Daniel Tammet : « Je ne suis pas un extraterrestre » »,

http://www.liberation.fr , nov. 2013.

Espace

(voir aussi Relativité et Univers)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’espace entre le ciel et la terre ne ressemble-t-il pas à un soufflet de forge ? Bien que vide intérieurement, il ne s’épuise jamais ; plus on le meut, plus il exhale ; plus on en parle, plus vite on aboutit à l’impasse. Mieux vaut s’insérer en son intérieur. »

Lao-Tseu, « Tao-tö king », bibl. de la Pléiade, Gallimard, 1993, p. 7 V.

  « L’espace est de durée éternelle et de nature immuable, et ce parce qu’il est l’effet émanant d’un être éternel et immuable. Si jamais l’espace n’avait pas existé, Dieu, à ce moment-là, n’aurait été présent nulle part… »

Isaac Newton, «De gravitatione et equipondio fluidorum», 1666.

 « L’espace est une représentation nécessaire, a priori, qui sert de fondement à toutes les intuitions extérieures. On ne peut jamais se représenter qu’il n’y ait pas d’espace, quoique l’on puisse bien concevoir qu’il n’y ait pas d’objets dans l’espace. Il est donc considéré comme la condition de la possibilité des phénomènes, et non pas comme une détermination qui en dépende ; il est une représentation a priori qui sert de fondement, d’une manière nécessaire, aux phénomènes extérieurs. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure », 1781.

 « L’espace et le temps sont les modes par lesquels nous pensons et non les conditions dans lesquelles nous vivons. »

Albert Einstein (1879-1955)

« D’après la mécanique classique et d’après la théorie de la relativité restreinte, l’espace (l’espace-temps) jouit d’une existence indépendante vis-à-vis de la matière ou du champ. Pour pouvoir généralement décrire ce qui remplit l’espace et dépend des coordonnées, il faut supposer tout d’abord l’existence de l’espace-temps ou du système d’inertie avec ses propriétés métriques, car autrement la description de « ce qui remplit l’espace » n’aurait pas de sens. Selon la théorie de la relativité générale, par contre, l’espace ne jouit pas d’une existence indépendante vis-à-vis de « ce qui remplit l’espace » et dépend des coordonnées (…)
Descartes n’avait donc pas tellement tort quand il se croyait obligé de nier l’existence d’un espace vide (…) : un espace « libre de champ » n’existe pas. »

Albert Einstein, « La théorie de la relativité restreinte et générale », 1916,
Dunod, Paris, 2012, p. 177-178.

«  Il est tentant de chercher à préciser la nature concrète de cet espace tridimensionnel qui nous est si familier. En fait, cette tentative est vouée à l’échec ; pour le comprendre, il suffit de constater que, même lorsque rien ne l’occupe, l’espace qui contient notre Univers a le pouvoir d’imposer à la lumière une vitesse rigoureuse : la mystérieuse « vitesse de la lumière dans le vide » partout égale à 300 000 km/sec. Plus invraisemblable encore est un constat dont nous ne nous étonnons plus tant il a été rendu banal par l’usage des téléphones portables : en chacun de ses points, qu’il soit vide ou non, l’espace contient une multitude de conversations transmises par radio entre nos contemporains. Cette présence, que nos sens sont incapables de déceler, est bien réelle, puisqu’elle se manifeste dès que nous réglons nos appareils sur les codes et la fréquence voulus. »

Albert Jacquard,
« La Science à l’usage des non-scientifiques », Calmann-Lévy, 2001, p. 183.

«  L’espace-temps est courbé par la distribution de masse et d’énergie qu’il contient. Si des corps comme la Terre se déplacent sur des orbites courbes, ce n’est pas parce qu’ils sont poussés par cette force qu’est la gravitation : ils le font parce qu’ils suivent la trajectoire la plus directe possible au sein d’un espace qui, lui, est courbe (…)
En présence de matière, l’espace-temps à quatre dimensions est déformé, ce qui courbe les trajectoires des corps dans l’espace à trois dimensions… »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du temps », Flammarion, 2005, p. 50-51.

 

« … en entraînant les galaxies dans son expansion, l’espace les fait s’éloigner les unes des autres (…) l’origine de ce mouvement de récession n’est pas une explosion qui a eu lieu en un point donné de l’espace. En fait, la récession des galaxies provient de la croissance continuelle de l’espace lui-même (…) Plus deux galaxies sont éloignées l’une de l’autre, plus il y a d’espace entre les deux, plus elles s’éloignent rapidement l’une de l’autre avec l’expansion de l’espace (…) dans un univers spatialement infini, l’étendue spatiale était déjà infinie au moment du big bang. A cet instant initial, la densité d’énergie est montée en flèche et une température absolument énorme fut atteinte, mais ces conditions extrêmes régnaient partout, pas uniquement en un point. »

Brian Greene,
« La magie du cosmos », R. Laffont, 2005, p. 280, 283 et 301.

« On peut aussi se demander, comme les corps macroscopiques sont constitués de systèmes quantiques (particules élémentaires, atomes, etc.), et comme leurs propriétés macroscopiques résultent de l’effet sous-jacent des propriétés quantiques et sont comme « émergentes » à leur niveau propre à partir de ces dernières, si le concept d’espace physique lui-même ne serait pas « émergent » à ce niveau, que l’on supposerait constitué à partir de l’effet de propriétés quantiques qu’on pourrait appeler « pré-spatiales »».

Michel Paty, « L’espace physique vu du monde quantique »,
in « L’espace physique entre mathématiques et philosophie »,
Marc Lachèze-Rey coord., éd. EDP Sciences, 2006.

« Imaginez que vous regardez par la fenêtre d’un train. Vous voyez le paysage qui défile. En réalité, le paysage ne défile pas : c’est votre mouvement – plus exactement celui du train – qui crée l’impression que vous avez que le paysage défile. Des physiciens imaginent que l’espace-temps est comme le paysage traversé par le train : il serait là, statique, sans temporalité propre. Il ne défilerait pas et c’est notre mouvement au sein de l’espace-temps qui créerait en nous l’impression que le temps passe. Cette conception, dite de l’ »univers-bloc », considère que tous les événements, qu’ils soient passés, présents et futurs, coexistent dans l’espace-temps en ayant tous la même réalité, de la même façon que les différentes villes coexistent en même temps dans l’espace : tandis que je suis à Paris, Brest et Strasbourg existent tout autant que la capitale, la seule différence entre ces trois villes étant que Paris accueille présentement ma présence, alors que ce n’est le cas ni de Brest ni de Strasbourg. Dans ce cadre, tout ce qui a existé existe encore dans l’espace-temps et tout ce qui va exister dans le futur y existe déjà. »

Etienne Klein,
« Le futur existe-il déjà dans l’avenir ? », Éditions du Temps, n°1, mars 2014.