Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l’univers, mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à en comprendre la langue et à connaître les caractères avec lesquels il est écrit. Il est écrit dans la langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques, sans le moyen desquels il est humainement impossible d’en comprendre un mot. Sans eux, c’est une errance dans un labyrinthe obscur. »
Galilée, « Il Saggiatore », Rome, 1623.
« Les mathématiques, considérées à leur juste mesure, possèdent non seulement la vérité, mais la beauté suprême, une beauté froide et austère, comme celle d’une sculpture, sans référence à une partie de notre fragile nature, sans les effets d’illusions magnifiques de la peinture ou de la musique, pourtant pur et sublime, capable d’une perfection sévère telle que seulement les plus grands arts peuvent la montrer. »
Bertrand Russel,
« Mysticism and Logic and Other Essays », 1918.
« … force est de constater que le formalisme mathématique a un pouvoir de découverte de la nature qui nous incite à croire que les mathématiques sont implicites dans la nature. »
Michel-Elie Martin,
« La nature est un livre écrit en langage mathématique », Pleins Feux, 2002.
« Quels que soient le moment ou l’endroit où je me trouve, les nombres ne sont jamais loin de mes pensées. Au cours d’un entretien à New York avec David Letterman, je lui ai dit qu’il ressemblait au nombre 117 – grand et dégingandé. Un peu plus tard ce jour-là, je me trouvais à Times Square, un nom mathématiquement tout à fait approprié (en anglais, Times Square pourrait signifier « le carré du temps » ou « le temps au carré »), et j’ai levé la tête vers les gratte-ciel avec la sensation d’être cerné de 9 – le nombre qui correspond le mieux, pour moi, au sentiment de l’immensité. Mon expérience visuelle et émotionnelle des nombres correspond à ce que les scientifiques appellent la synesthésie. Il s’agit d’une confusion neurologique des sens, très rare, le plus souvent la capacité de voir les lettres et/ou les nombres en couleur. »
Daniel Tammet,
« Je suis né un jour bleu », Éditions des Arènes, 2007.
« … aucune langue ne pourra permettre un jour le rapport universel entre tous, car, toujours, un idiome local brisera l’Unité. Seuls le peuvent dès à présent les chiffres, qui ouvrent à une communication objective, non conflictuelle, car ils sont condition de la vérité scientifique, langage forcément universel. Au point que ce sont des figures géométriques que la NASA a envoyées dans l’espace à la rencontre d’hypothétiques extraterrestres. »
Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 434.
« Sur la relation entre beauté musicale et beauté mathématique, nous pouvons en apprendre beaucoup plus dans les textes portant sur le philosophe, mathématicien et mystique grec Pythagore. Il découvrit que les notes les plus harmonieuses résultent du rapport de deux nombres entiers. Par exemple, une corde qui vibre divisée ou multipliée par deux produit une octave (1/2 ou 2/1). Si un tiers de la corde est retenu, ou si la longueur est triplée, il en résulte une quinte parfaite (…) Pour Pythagore, la musique dépendait des quatre premiers nombres et de leurs interactions. Il adorait dix comme le nombre le plus parfait, reflétant l’unité de toutes choses, puisqu’on l’obtient en additionnant un, deux, trois et quatre.
À en croire Hippolyte, l’un des premiers grands théologiens de l’Église, Pythagore enseignait que le cosmos chantait et qu’il était composé de musique ; « il fut le premier à attribuer le mouvement des sept astres au rythme et à la mélodie. « (…)
De la lyre de Pythagore, on passe aisément au violon d’Einstein (…) Même des dons mathématiques aussi prodigieux que ceux d’Einstein ne firent pas de lui un musicien d’exception, mais ils aiguisèrent et renforcèrent sûrement son goût pour la musique. »
Daniel Tammet,
« L’éternité dans une heure – La poésie des nombres »,
Éditions des Arènes, 2013, p. 170-171.
« La fascination pour les nombres et pour leur pouvoir ordonnateur est ancienne ; elle n’est pas propre aux cultures de l’Occident. L’attention portée à leur valeur emblématique est l’un des traits saillants de la pensée chinoise, et l’on sait tout ce que les mathématiques doivent à l’Inde et aux mondes arabe et persan. Mais c’est dans le monde occidental que les attentes à leur égard n’ont cessé de s’étendre : d’abord objets de contemplation, ils sont devenus des moyens de connaissance puis de prévision, avant d’être dotés d’une force proprement juridique avec la pratique contemporaine de la gouvernance par les nombres. On pourrait être tenté de partir ici de la Bible puisque, selon le Livre de la Sagesse, Dieu « a tout réglé avec mesure, nombre et poids « (Sg. XI, 20). »
Alain Supiot,
« La Gouvernance par les nombres », Fayard, 2015,
in « Le Monde diplomatique », février 2015.
« … si vous croyez en une réalité externe indépendante des êtres humains, vous devez également considérer notre réalité physique comme une structure mathématique. Rien d’autre ne possède de description exempte de bagage humain. Autrement dit, nous vivons tous dans un gigantesque objet mathématique (…) Tout dans notre monde est purement mathématique – y compris vous.
… notre réalité n’est pas simplement décrite par les mathématiques, elle est mathématique…»
Max Tegmark,
« Notre univers mathématique – En quête de la nature ultime du Réel »,
Dunod, Poche, 2014, p. 337 et 329.