Occultisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’affaire de l’occultisme est de ne pas s’en tenir aux phénomènes matériels, mais de considérer les réalités spirituelles qui sont derrière ces phénomènes (…) C’est ainsi que derrière tous les phénomènes physiques, des phénomènes psycho-spirituels apparaissent au chercheur qui a passé par l’école de la perception spirituelle. Pour lui les transformations matérielles de la planète terrestre sont l’œuvre de forces spirituelles latentes. Mais à force de remonter toujours plus loin dans les annales de la vie terrestre, l’occultiste arrive au point où toute autre matière a commencé d’exister ; c’est-à-dire au point où cette matière s’est, par l’évolution, dégagée de la spiritualité (…)
Si les faits occultes exigent pour être observés la perception spirituelle, la simple pensée logique, pourvu qu’elle soit réellement libérée, suffit à les saisir intuitivement quand l’investigateur en fait part. Lorsque le corps astral de l’homme s’évade durant le sommeil, son domaine dépasse la terre et s’étend à d’autres univers du monde planétaire. Bien plus, ces univers influencent le corps astral de l’homme même à l’état de veille. Et c’est ce qui justifie la dénomination de corps « astral ». »

Rudolf Steiner,
« La science occulte », Librairie Académique Perrin, 1938,
p. 47-48 et 149, anthroposophie.doc.pagesperso-orange.f

« … j’ai tenu à assister à un grand nombre de séances de médiumnité, de clairvoyance, de télépathie, de télékinésie, etc. Or, non seulement j’ai dû constater l’impossibilité de recueillir un seul fait convaincant dès que les conditions de contrôle se faisaient à peu près satisfaisantes, mais aussi, et surtout, de l’atmosphère de naïveté et de crédulité extrêmes où se déroulaient ces enquêtes, j’ai retiré une impression extrêmement forte de certitude négative. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p.68-69.

« Les croyances au paranormal sont intrinsèquement discréditrices de la science mais elles engendrent une conséquence encore plus large et plus grave. Les tenants du paranormal contribuent en fait à une mystification de la connaissance. Mystification qui a pour résultat une conception du monde dans laquelle de nombreux éléments échappent irrémédiablement à la compréhension – donc au contrôle – de la plupart des individus.
Entre autres choses, cette déformation des modes de pensée induit une stratification du monde très particulière. Il y a ceux qui ont des « pouvoirs », sont des « médiums », des « élus », savent et agissent et – loin en dessous – ceux qui s’étonnent, regardent et suivent sans comprendre.
Cette stratification contribue à l’émergence d’un fatalisme béat et à la déresponsabilisation de l’individu. »

Henri Broch,
extrait adapté du Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

« Le Prix-Défi Broch-Majax-Théodor a été lancé en 1987 par Henri Broch, biophysicien, Gérard Faier, dit « Majax », illusionniste, et l’immunologue belge Jacques Théodor, à toute personne qui pourrait présenter un phénomène paranormal. Clos en février 2002, ce prix, connu également sous le nom de Défi zététique international n’a jamais été remporté par qui que ce soit. De 500.000 Fr au départ, le prix a été porté à 200.000 €, sous forme d’un chèque de Jacques Théodor qui serait remis immédiatement en cas de démonstration extraordinaire. »

pseudo-scepticisme.com/Analyse-critique-du-Prix-Defi

Mysticisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« L’Un n’est aucune des choses qui sont en l’Intelligence ; mais de lui viennent toutes choses. Et c’est pourquoi ces choses sont des essences, car chacune d’elles a une limite et comme une forme ; l’être ne peut appartenir à l’illimité ; l’être doit être fixé dans une limite déterminée et dans un état stable : cet état stable, pour les intelligibles, c’est la définition et la forme d’où ils tirent aussi leur réalité. L’Intelligence dont nous parlons est digne d’être engendrée par le plus pur des principes et de ne pas naître d’ailleurs que du premier principe ; une fois produite, elle engendre avec elle tous les êtres, toute la beauté des Idées et tous les dieux intelligibles. »

Plotin, (III e s. ap. J.-C.) « Les Ennéades ».


« … le travail de l’homme et sa volonté d’avoir une matière extérieure à lui pour faire croître en lui l’amour de Dieu n’est qu’aveuglement de connaissance de la bonté de Dieu. Mais celui qui brûle de ce feu sans quérir matière et sans l’avoir ni la vouloir posséder, voit si clair en toutes choses qu’il perçoit les choses comme on doit les percevoir. Car cette Âme n’a nulle matière en elle qui l’empêche de voir clair, puisqu’elle est seule en lui, par la vertu de vraie humilité; et elle est commune à tous par la largesse de parfaite charité et seule en Dieu par la divine entreprise de Fine Amour. »

Marguerite Porète,

«  Le Miroir des simples âmes anéanties » (XIII e s.)
Éd. Millon J., Atopia, 2001.

 

« Or tu pourrais peut-être dire : Comment est-ce que je sais si c’est la volonté de Dieu ?
Sachez-le : si ce n’était volonté de Dieu, ce ne serait pas non plus. Tu n’as ni maladie ni rien de rien que Dieu ne le veuille. Et lorsque que tu sais que c’est volonté de Dieu, tu devrais avoir en cela tant de plaisir et de satisfaction que tu n’estimerais aucune peine comme peine ; même si cela en venait au plus extrême de la peine, éprouverais-tu la moindre peine ou souffrance, alors ce n’est pas du tout dans l’ordre ; car tu dois le recevoir de Dieu comme ce qu’il y a de meilleur. »

 Eckhart von Hochheim dit Maître Eckhart (1260-1327),
« Sermon 4 ».

 

« J’étais découragé, déçu de n’avoir pu trouver ce que je cherchais dans l’abondante littérature mystique, ce qui me confirma que seul celui qui s’est réellement détaché, comprend le détachement, que seul l’homme libre qui s’est échappé et débarrassé totalement de son moi, est prêt à se fondre dans le « Dieu plus que Dieu ». Tout ce qu’on pourrait en dire, tant que ces prémisses sont absentes, ne serait que vain bavardage, car il n’y a et ne peut y avoir d’autre voie d’accès à la vie mystique que celles des épreuves et des expériences personnelles. »

 Eugen Herrigel,
« Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc »,
Dervy-Livres, Paris, 1970, p. 26.

« Un mystique ne peut être qu’agnostique. Il tend vers mais n’aboutit pas. S’il aboutissait, il serait Dieu lui-même et alors, ce ne serait plus de la mystique, mais de la folie paranoïaque. »

Albert Jacquard,
in « Le Nouvel Observateur », 20 déc. 1989.

 

« « En vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous.  » (Jn 6, 53)
Pour beaucoup de Chrétiens les moments après la communion sont profondément mystiques. Ils goûtent et savourent le pain de vie. Ils prennent conscience de l’union extraordinaire d’amour qui existe entre le Seigneur et eux. Quand Paul s’écrie « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi.  » (Gal 2 :20), alors ils savent que la vraie vie se trouve cachée avec le Christ en Dieu. Alors ils sentent qu’ils sont transformés afin que Jésus vienne à voir avec leurs yeux, entendre avec leurs oreilles, bénir avec leurs mains, aimer avec leur cœur. Je dis maintenant tout haut ce qu’ils ressentent; mais leur expérience peut être une de parfait silence, une présence intensément ressentie, une union d’amour, une extase mystique. »

Cardinal Jean Margeot, http://www.jeanmargeot.com

« Si la pensée humaine est à jamais incapable de saisir la grande harmonie de l’organisation des choses, le corps, qui est nécessairement relié à l’ensemble de tous les objets de l’univers, offre la possibilité d’un saisissement. Celui-ci se fait au détriment de la forme habituelle du Moi, au bénéfice du sentiment étendu d’appartenance à tout. Incompatible avec le langage (et le langage serait bien pauvre à le décrire), il est une expérience de l’intime…
Les circonstances de ce possible saisissement sont à trouver dans la prime enfance, la drogue, une expérience de méditation profonde ou la folie, en tout cas dans le défaut d’activation des défenses constitutives de la psyché et de la conscience, dans l’indifférenciation de Soi d’avec le monde. »

Vincent Mignerot,
« Essai sur la raison de tout »,
Editions Solo, 2014, p. 222 et 223.

 

 

Esotérisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’ésotérisme est aussi ancien que le rapport de l’humain avec le divin car, depuis les mages babyloniens du II e millénaire avant notre ère jusqu’aux physiciens du XXI e siècle, le mortel s’est toujours interrogé sur la nature et les intentions des puissances occultes qui régissent l’univers (…)
Les premiers ésotéristes furent les astrologues. Dès le VII e millénaire avant notre ère, des observateurs calculèrent, avec une précision admirable, les dates des solstices d’été et d’hiver, pour des raisons éminemment pratiques (agriculture)…
Pour Pythagore, tout était arithmétique, et la forme suprême des lois divines était la musique (…) les humains qui n’accordaient pas leur vie à l’harmonie étaient impurs. Les purs participaient à l’harmonie universelle, et leurs âmes immortelles se réincarnaient jusqu’au moment où, ayant atteint la purification parfaite, elles se fondaient dans l’âme divine de l’univers (…) Le spiritualisme était apparu. L’ésotérisme avait donné naissance au mysticisme. »

Gérald Messadié,
« 40 siècles d’ésotérisme », Presses du Châtelet, 2006.

«  Je réfléchissais un jour sur les êtres ; ma pensée planait dans les hauteurs, et toutes mes sensations corporelles étaient engourdies comme dans le lourd sommeil qui suit la satiété, les excès ou la fatigue. Il me sembla qu’un être immense, sans limites déterminées, m’appelait par mon nom et me disait :
Que veux-tu entendre et voir, que veux-tu apprendre et connaître?
Qui donc es-tu, répondis-je ?
Je suis, dit-il, Poimandrès [le pasteur de l’homme], l’intelligence souveraine. Je sais ce que tu désires, et partout je suis avec toi.
Je veux, répondis-je, être instruit sur les êtres, comprendre leur nature et connaître Dieu.
— Reçois dans ta pensée tout ce que tu veux savoir,
me dit-il, je t’instruirai.
À ces mots, il changea d’aspect, et aussitôt tout me fut découvert en un moment, et je vis un spectacle indéfinissable. Tout devenait une douce et agréable lumière qui charmait ma vue. Bientôt après descendirent des ténèbres effrayantes et horribles, de forme sinueuse ; il me sembla voir ces ténèbres se changer en je ne sais quelle nature humide et trouble, exhalant une fumée comme le feu et une sorte de bruit lugubre. Puis il en sortit un cri inarticulé qui semblait la voix de la lumière. »

Hermès Trismégiste,
« Poimandrès », premier traité du Corpus Hermeticum,
antiquité gréco-égyptienne,www.remacle.org/bloodwolf/erudits

« Avant les mondes, il n’y avait que Lui,
Dans une Unité d’une telle perfection,
Que les créatures ne peuvent pas en saisir la beauté,
Car aucune intelligence ne peut Le concevoir,
Car en aucun lieu Il ne réside,
Il est infini, Il a été, Il est et Il sera.
Et le rayon de lumière est descendu
Dans les mondes, dans la noire vacuité,
Chacun de ces mondes étant d’autant plus important
Qu’il est proche de la lumière,
Jusqu’à notre monde de matière, au centre situé,
À l’intérieur de tous les cercles, au centre de la vacuité scintillante,
Bien loin de Celui qui est Un, bien plus loin que tous les autres mondes… »

Rabbi Isaac Louria (1534 -1572) surnommé le Ari,
extrait de «L’Arbre de Vie», http://www.kabbalah.info/fr/blog/2008.

« L’ésotérisme vise tout d’abord à réunifier des connaissances présentes dans toutes les traditions philosophiques et religieuses, avec l’idée que, derrière elles, se cache une religion primordiale de l’humanité. L’ésotérisme fait ainsi presque toujours référence à un âge d’or où l’être humain possédait une connaissance qui s’est ensuite difractée à travers les différents courants religieux. Autre trait fondamental : la doctrine des correspondances. Cette doctrine affirme l’existence d’un continuum entre toutes les parties de l’univers, dans la pluralité de ses niveaux de réalité, visibles et invisibles, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.  C’est cette idée qui fonde la pratique de l’Alchimie.  Elle part du postulat que la Nature est un grand organisme vivant que parcourt un flux, une énergie spirituelle qui lui donne sa beauté et son unité. Or seule une pensée magique et ésotérique peut élucider les mystères de cette Nature enchantée. Enfin, dernier élément, la place centrale de l’imagination comme médiation entre l’homme et le monde. Plus que par son intelligence rationnelle, c’est par son imaginaire et la pensée symbolique que l’être humain va se relier à la profondeur du réel. C’est pourquoi les symboles se trouvent au fondement même de l’ésotérisme (…)
On peut donc voir le retour (ou plutôt la permanence) de l’ésotérisme dans nos sociétés modernes comme un signe inquiétant du besoin de magie et d’irrationnel. On peut y voir aussi une tentative de rééquilibrage chez l’homme occidental moderne de ses fonctions imaginatives et rationnelles, des polarités logiques et intuitives de son cerveau. »

Frédéric Lenoir,
« Le grand retour de l’ésotérisme », Publié dans L’Express n° 3239 – le 31/07/2013.