Science

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« À la vérité, certaines questions sont susceptibles de démonstration : c’est ainsi par exemple qu’il est démontré que l’orbite du soleil décline de l’équateur, et il n’y a pas de doute là-dessus. Mais qu’il y ait une sphère excentrique, ou un épicycle, c’est ce qui n’a pas été démontré (…) mais il est possible qu’un autre possède une démonstration qui lui rende évidente la vérité de ce qui est obscur pour moi. Le plus grand hommage que j’aie pu rendre à la vérité, c’est d’avoir ouvertement déclaré combien ces matières me jetaient dans la perplexité… »

 Moïse Maïmonide, «Guide des Égarés », 1190.

 

 « L’ordre des sciences est double ; certaines procèdent de principes connus à travers la lumière naturelle de la raison, comme les mathématiques, la géométrie et équivalents ; d’autres procèdent de principes connus à travers une science supérieure, c’est-à-dire la science de Dieu et des saints. »

Thomas d’Aquin, « Summa Theologiae », I, q. 1, a. 2 (XIII e s.)

 

 « … l’expérience elle-même est un mode de connaissance qui exige le concours de l’entendement, dont je dois présupposer la règle en moi-même, avant que des objets me soient donnés, par conséquent a priori ; et cette règle s’exprime en des concepts a priori, sur lesquels tous les objets de l’expérience doivent nécessairement se régler, et avec lesquels ils doivent s’accorder (…) nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes. »

Emmanuel Kant, « Critique de la Raison Pure » (préface), 1781.

 

«  Plus la science accroît le cercle de ses connaissances et plus grandit autour le cercle d’ombre. »

« Non seulement la science ne peut nous faire connaître la nature des choses, mais rien n’est capable de nous la faire connaître, et si quelque dieu la connaissait, il ne pourrait trouver de mots pour l’exprimer. Non seulement nous ne pouvons deviner la réponse, mais si on nous la donnait, nous n’y pourrions rien comprendre ; je me demande même si nous comprenons bien la question. »

Henri Poincaré, « La valeur de la science », 1905, chap.11.

 

 

« … il est trop de gens qui, ignorant ce qu’est l’intellectualité pure, s’imaginent qu’une connaissance simplement philosophique, qui, même dans le cas le plus favorable, est à peine une ombre de la vraie connaissance, est capable de remédier à tout et d’opérer le redressement de la mentalité contemporaine, comme il en est aussi qui croient trouver dans la science moderne elle-même un moyen de s’élever à des vérités supérieures, alors que cette science n’est fondée précisément que sur la négation de ces vérités. »

René Guénon,
« La crise du monde moderne », Gallimard, 1946, folio essais, 2010, p. 200

 

 « Tout le monde sait maintenant que la Science n’est pas un énoncé de la vérité des choses mais seulement un langage pour exprimer une certaine expérience des objets, leur structure, leur mathématique, une impression coordonnée et utilisable de leurs processus – rien de plus. La matière elle-même est quelque chose (peut-être une formation d’énergie ?) dont nous connaissons superficiellement la structure telle qu’elle apparaît à notre mental et à nos sens et à certains instruments d’examen (dont on soupçonne maintenant qu’ils déterminent largement leurs propres résultats, la Nature adaptant ses réponses à l’instrument utilisé), mais nul savant n’en sait davantage ou ne peut en savoir davantage. »

Aurobindo
cité par Satprem et Venet, « La Vie sans mort », Robert Laffont, 1998, p. 22.

 

« La démocratie et les sciences modernes sont toutes deux les héritières de la même histoire, mais cette histoire mènerait à une contradiction si les sciences faisaient triompher une conception déterministe de la nature alors que la démocratie incarne l’idéal d’une société libre (…) En cette fin de siècle, la question de l’avenir de la science est souvent posée. Pour certains, tel Stephen Hawking dans sa « Brève histoire du temps » [voir p. 88], nous sommes proches de la fin, du moment où nous serons capables de déchiffrer la « pensée de Dieu« . Je crois, au contraire que nous sommes seulement au début de l’aventure. Nous assistons à l’émergence d’une science qui n’est plus limitée à des situations simplifiées, idéalisées, mais nous met en face de la complexité du monde réel, une science qui permet à la créativité humaine de se vivre comme l’expression singulière d’un trait fondamental commun à tous les niveaux de la nature. »

 Ilya Prigogine,
« La fin des certitudes », Odile Jacob, 2009.

Scepticisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous disons que la preuve qu’on apporte pour garantir la proposition a besoin d’une autre preuve, et celle-ci d’une autre, à l’infini ; aussi, puisque nous ne savons où commencer le raisonnement, la suspension du jugement est-elle la conséquence naturelle. »

Sextus Empiricus, (II e s. ap. J.-C.) « Hypotyposes pyrrhoniennes ».

 

 « Pour juger des apparences que nous recevons des sujets, il nous faudrait un instrument judicatoire ; pour vérifier cet instrument, il nous y faut de la démonstration ; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voilà au rouet (…) Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse. Ainsi il ne se peut établir rien de certain de l’un à l’autre, le jugeant et le jugé étant en continuelle mutation … »

Michel de Montaigne , « Essais », II, 12.

 

« Je suis trop sceptique pour être incrédule. »

Benjamin Constant (1767-1830)

 

 « Il est toujours possible d’invoquer des arguments de force égale pour et contre chaque opinion. Le mieux est donc de ne pas prendre parti, d’avouer son ignorance, de ne pencher d’aucun côté ; de maintenir son avis en suspens (…) Même lorsque le sceptique dit qu’il n’affirme rien, il ne prétend pas affirmer cela (…)
N’avoir d’opinion ni sur le bien, ni sur le mal, voilà le moyen d’éviter toutes les causes de trouble. Le doute est le vrai bien. »

D’après Victor Brochard,
« Pyrrhon et le scepticisme primitif », 1885, Diog. Laërce, IX, 74-108.

 

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui, l’une comme l’autre, nous dispensent de réfléchir. »

Henri Poincaré (1854-1912)

 

 

« Si tous les sceptiques avaient été réellement zététiques et seulement zététiques, ils auraient dit avec Pyrrhon : « nous arrivons non au doute, mais à la suspension du jugement » (…) sceptiques signifie littéralement examinateurs, gens qui pèsent, réfléchissent, étudient attentivement ; mais il a pris à la longue un sens plus négatif que dubitatif, et a signifié ceux qui sous prétexte d’examiner toujours ne décident jamais (…)
Le mot zététique n’est pas fait pour trancher le débat entre les deux acceptions de tous ces termes (…) Le nom de zététique est resté, d’ailleurs, dans l’enceinte de l’école qui l’a créé ; et, malgré sa très large extension, qui eût permis d’en faire le terme général désignant tous les chercheurs de la vérité dans tous les domaines, il est exclusivement appliqué aux sceptiques, et on peut même dire aux sceptiques grecs ou pyrrhoniens. »

Henri Broch,
extrait adapté de Bull. Soc. Roy. Sc. Liège, Belgique, 1998, vol. 67, N° 5,
sites.unice.fr/site/broch/zetetique

 

« Voici quelques principes de zététique qu’il est bon d’avoir à l’esprit quand on est confronté à un phénomène mystérieux afin de ne pas se faire manipuler ou de se manipuler soi-même. Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance.
Certaines de nos croyances, bien que nous procurant un certain bien-être, sont avant tout des obstacles à la connaissance et peuvent parfois se révéler néfastes pour nos libertés (ex : adhérer à une secte, se ruiner pour consulter un voyant). Ainsi, lors d’une séance de spiritisme, il est toujours bon de se demander : « Esprit (critique)… Es-tu là ? ».
Inexpliqué n’est pas inexplicable.
Tout comme un Ovni n’est pas un objet volant non identifiable, de nombreux phénomènes qui nous semblent étranges ne sont pas aussi rares ni aussi incompréhensibles que nous voulons bien le croire. Une absence d’explication pour un phénomène, n’est jamais la preuve de son caractère surnaturel mais seulement de notre incompétence à le comprendre. Ainsi on peut ignorer l’existence des siphons souterrains et pour autant se garder de croire à la présence d’esprits frappeurs dans une maison riche en bruits… »

Nicolas Vivant, juin 2003, www.zetetique.fr/

Laïcité

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Mais ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est cette idée que ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est cette idée qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir et aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine ; cette idée que l’humanité dans l’univers est une grande commission d’enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais restreindre ou fausser les opérations ; cette idée que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge ; que, jusque dans les adhésions que nous donnons, notre sens critique doit rester toujours en éveil et qu’une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées ; que si l’idée même de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait, visible, sur les multitudes, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le traiter comme l’égal avec qui l’on discute, mais non comme le maître que l’on subit. »

Jean Jaurès, discours, 1895.

 

«  La laïcité, selon Arnould Clausse, est cette opposition aux privilèges et aux privilégiés, ceux de la race, de la naissance, de la puissance économique, de la culture même, c’est-à-dire à tous ceux qui s’arrogent le droit, au nom de quelque justification que ce soit, de fixer l’homme dans les servitudes que créent la médiocrité matérielle ou morale (…)
Il existe plusieurs autres définitions de la laïcité. Elles ont un point commun. La société laïque doit assurer à chacun la liberté de la pensée, de son expression, le respect d’autrui dans ses convictions. Ceci n’est possible que pour autant qu’il y ait diverses opinions en présence. La société laïque ne peut donc être monolithique. Les laïques sont convaincus de ce que la coexistence de communautés spirituelles ayant des conceptions de vie différentes est une source d’enrichissement pour tous. Ils pensent que toutes ces communautés ont droit à la même considération et aux mêmes moyens d’action pour autant qu’elles respectent la dignité de la personne humaine non seulement pour leurs membres mais pour tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants répandus sur les deux hémisphères. »

Lucia de Brouckère,
« Le principe du libre examen et son prolongement : la laïcité »,
Université libre de Bruxelles, 1979, p. 10-11.

« Peut-il exister un sacré « laïque » ?
Oui, affirment des humanistes non croyants, s’il est issu de l’émotion humaine, s’il naît de l’immanence. Un sacré dont le contenu est adogmatique, librement examiné et, partant, toujours révisable et individualisé. Pour ces humanistes, ce sacré-là n’obéit à aucun absolu qui ne soit tamisé au filtre vigilant de la raison, toujours en arrière-garde de l’émotif (…)
La vraie laïcité, disent ses fidèles, se doit de veiller, en permanence, à n’être ni oppressive, ni dogmatique, ni permissive. »

Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 39 et 432.

 

 

Esprit (de) critique

(voir aussi Scepticisme)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … je crois peu au témoignage humain, d’où qu’il vienne, et sans que ce « doute hyperbolique » implique la moindre sévérité de jugement à l’égard du témoin. Celui-ci peut n’être ni un menteur, ni un agité, ni un naïf, ni un sot ; il peut même être un grand savant, mais il n’en est pas moins un homme, qui, comme la plupart de ses semblables, croit voir ce qu’il n’a pas vu, se souvient de ce qui n’a pas été, a de fausses perceptions, de faux souvenirs, n’a pas une attention sans lacunes, se laisse surprendre par la célérité du réel. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 71.

« Je peux vivre avec le doute, l’incertitude, sans savoir. Je crois que c’est beaucoup plus intéressant de vivre sans savoir que d’avoir des réponses qui pourraient se révéler fausses. J’ai des réponses approximatives, des croyances possibles, et différents degrés de certitude à propos de différentes choses, mais je ne suis pas absolument sûr de quoi que ce soit, et il y a beaucoup de choses auxquelles je ne connais rien, comme de savoir si cela a un sens de demander pourquoi nous sommes là. »

Richard Feynman, conférences à Seattle, 1963.

  « Si l’on prend le mot « scepticisme » littéralement, il signifie non pas la négation systématique ou l’hésitation de principe, il ne signifie même pas la pratique généralisée du doute : le verbe grec « skeptô » signifie simplement examiner, expertiser. Glissement de sens révélateur : soumettre à l’épreuve les notions est tout de suite pris en mauvaise part et devient très vite l’équivalent de « tout rejeter ». De même, esprit « critique » (c’est-à-dire, au départ, esprit de jugement, d’appréciation, attentif aux sources et aux épreuves) évolue rapidement dans le seul sens péjoratif d’esprit d’opposition. « Critiquer » ne veut dire « juger » que pour les puristes ; dans la langue courante, cela veut dire « démolir »…
Ces évolutions de sens montrent que dans toutes les sociétés on ne supporte qu’à très petites doses l’exercice sans retenue de l’activité intellectuelle. »

Jean-François Revel,
«
Histoire de la philosophie occidentale», NiL, Pocket, 1994, p. 218.


« Il me semble que ce qui est requis est un sain équilibre entre deux tendances : celle qui nous pousse à scruter de manière inlassablement sceptique toutes les hypothèses qui nous sont soumises et celle qui nous invite à garder une grande ouverture aux idées nouvelles. Si vous n’êtes que sceptique, aucune idée nouvelle ne parvient jusqu’à vous ; vous n’apprenez jamais quoi que ce soit de nouveau ; vous devenez une détestable personne convaincue que la sottise règne sur le monde – et, bien entendu, bien des faits sont là pour vous donner raison. D’un autre côté, si vous êtes ouvert jusqu’à la crédulité et n’avez pas même une once de scepticisme en vous, alors vous n’êtes même plus capable de distinguer entre les idées utiles et celles qui n’ont aucun intérêt. Si toutes les idées ont la même validité, vous êtes perdu : car alors, aucune idée n’a plus de valeur. »

Karl Sagan,
« The Demon Haunted World, – Science as a Candle in the Dark », Balantine Books, 1996.

 

«  Critiquer ne dira rien sur les gens, mais en revanche en dira long sur vous : vous êtes une personne qui critique. Quand vous critiquez quelqu’un, vous créez un problème et ne faites que vous dévaloriser (…) Restez loyal(e) envers les absents. Défendez-les. Vous gagnerez ainsi la confiance de ceux qui sont présents. »

Dominique Loreau,
« L’Art de la simplicité », Marabout, R. Laffont, 2005, p. 258.