(voir aussi Déterminisme et Expérience)
Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« Toute chose se produit à partir d’une raison et en vertu d’une nécessité. »
Leucippe, (Diels, Frag.2.), V e s. av. J.-C.
« … les causes primordiales subsistent par elles-mêmes, car aucune créature ne s’interpose entre ces causes et l’unique cause de toutes les causes. Et tout en subsistant immuablement dans la cause première, les causes primordiales produisent les autres causes qui viennent hiérarchiquement après elles et qui se multiplient à l’infini jusqu’aux limites ultimes de toute la nature créée… »
Jean Scot Érigène (IX e s.), « Periphyseon », livre II, P.U.F, 1995.
« La puissance de l’homme est en raison de sa science, parce que c’est l’ignorance de la cause qui fait manquer l’effet. On ne commande à la nature qu’en lui obéissant, et ce qui dans la théorie est cause devient moyen dans la pratique. »
Francis Bacon, « Novum Organum », I, 1620.
« La physique des quanta fait s’écrouler aussi les deux piliers de la science ancienne, la causalité et le déterminisme. Utiliser la notion de statistique et de probabilités amène à renoncer à l’idée que la nature puisse montrer une liaison inexorable de la cause à l’effet. »
Lincoln Barnett, « Einstein et l’univers », nrf, Gallimard, 1951, p. 45.
« L’univers nous paraît intuitivement relever de la causalité, d’un enchaînement de causes et de conséquences, comme s’il s’agissait d’une horloge. En réalité, il n’en est rien. Depuis la mécanique quantique de Broglie, nous avons appris que nous vivons dans un univers de probabilités, un univers créatif, non mécaniste, et qui est en expansion. Cet univers est donc fondé sur des événements qui ont été guidés par certaines probabilités. Mais ces probabilités sont en général inégales : les probabilités deviennent des propensions, les phénomènes ayant tendance à s’orienter spontanément dans une seule direction. Donc Dieu joue bien aux dés avec le monde, mais les dés sont lestés : physique et métaphysique sont par conséquent indissociables. »
Karl Popper in Guy Sorman, « Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989, p. 329.
« La rétrocausalité agit vers le passé, elle se propage de proche en proche, mais vers le passé. Je n’ai pas de doute que la non-localité [renoncer à décrire la nature en termes de « morceaux de réalité » bien localisés] de même que la relativité mettent à mal notre concept familier du temps, mais de là à imaginer une causalité inverse qui remonte le temps ! »
Nicolas Gisin, « L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, numérisation Nord Compo, p. 146.
« Pour concilier la mécanique de l’univers-bloc relativiste, qui rend nos vies éternellement figées, et la mécanique quantique qui les multiplie à l’infini, la théorie de la double causalité propose une solution acceptable pour notre condition humaine, qui consiste à faire évoluer l’espace-temps au sein d’un gigantesque cerveau virtuel qui traite toute son information de manière atemporelle en utilisant les systèmes afférents que sont les êtres vivants. Bien qu’elle puisse paraître fantastique et vertigineuse, cette proposition unifie la physique tout en lui rendant son déterminisme, fondement de la science. »
Philippe Guillemant, «Théorie de la double causalité», Éditions du Temps, n°2, mars 2014.