Capitalisme

(voir aussi Argent)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Le capitalisme est le même partout. Il a besoin pour vivre et prospérer d’un état permanent de demi-famine. Il en a besoin pour maintenir élevés les prix des marchandises et aussi pour trouver toujours des affamés prêts à travailler à n’importe quelle condition (…)
—  Ainsi, vous croyez que toute la faute en est au capitalisme ?
— Sans doute, ou plus généralement au fait que quelques individus ont accaparé la terre et tous les instruments de production, et peuvent imposer leur volonté aux travailleurs, en sorte que, au lieu de produire pour satisfaire aux besoins de la population et en raison de ces besoins, on produit au profit des patrons. »

Errico Malatesta, « Au café », fin XIX e s.

 

« Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le socialisme, c’est exactement l’inverse. »

Arthur Koestler (1905-1983)

« La construction de l’humanité par ses propres efforts a justement consisté en une lutte permanente contre la nature. Accepter les ukases de la nature, c’est nier la spécificité de notre espèce. Si le marché est « naturel », raison de plus pour tenter d’autres méthodes de régulation de l’économie.»

Albert Jacquard, « À toi qui n’est pas encore né(e) », Calmann-Lévy, Poche, 2000, p. 181.

 

 « Méprisée et reléguée au dépotoir des formules vieillies, l’idée d’une démocratie économique a laissé place à un marché triomphant jusqu’à l’obscénité (…)
Le système appelé démocratique ressemble de plus en plus à un gouvernement des riches et de moins en moins à un gouvernement du peuple. Impossible de nier l’évidence : la masse des pauvres appelée à voter n’est jamais appelée à gouverner. Dans l’hypothèse d’un gouvernement formé par les pauvres, où ceux-ci représenteraient la majorité, comme Aristote l’a imaginé dans sa Politique, ils ne disposeraient pas des moyens pour modifier l’organisation de l’univers des riches qui les dominent, les surveillent et les étouffent. »

José Saramago, « Que reste-t-il de la démocratie ? », http://www.monde-diplomatique.fr/2004.

« La croissance est donc pour le capitalisme une nécessité systémique totalement indépendante de, et indifférente à la réalité matérielle de ce qui croît. Elle répond à un besoin du capital. Elle conduit à ce développement paradoxal qui fait que, dans les pays au PIB plus élevé, on vit de plus en plus mal tout en consommant de plus en plus de marchandises. »

André Gorz, « Richesse sans valeur, valeur sans richesse » in « Ecologica », Éd. Galilée, 2008.

 

 André Comte-Sponville :
« Qu’est-ce que le capitalisme ? C’est un système économique caractérisé par la propriété privée des moyens de production et d’échange, par la liberté du marché et par le salariat. Dans un pays capitaliste, l’entreprise est donc au service de ceux qui la possèdent – propriété vaut usage – c’est-à-dire des actionnaires, bien plus que des clients ou des salariés. Il m’arrive également de proposer une définition plus personnelle du capitalisme : c’est un système économique qui sert, avec de l’argent, à faire davantage d’argent. Dans un pays capitaliste, l’argent va d’abord aux plus riches et non à ceux qui en auraient le plus besoin, les plus pauvres (…)
Quant au « péché originel » du capitalisme, c’est sans doute son fonctionnement à l’égoïsme. Seulement, ce péché originel, d’un point de vue moral, est aussi sa principale vertu d’un point de vue économique. C’est justement parce que le capitalisme fonctionne à l’égoïsme qu’il fonctionne si bien ! »
Réponse de Michel Onfray :
«  (…) je pense qu’il faudrait aussi distinguer capitalisme et libéralisme. Le libéralisme, c’est la possibilité pour le capitalisme de faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut, sans éthique, sans morale, sans contre-pouvoir. Et nous sommes dans une période libérale…
Le libéralisme permet au capitalisme de faire de l’argent avec de l’argent, donc de générer la paupérisation actuelle : la condition de l’enrichissement du riche est clairement l’appauvrissement du pauvre, pas seulement sur le terrain national mais sur le terrain planétaire. Quant au péché originel, s’il existe, c’est vraisemblablement la toute-puissance que donne l’argent. »
Jean-Louis Servan-Schreiber :
« À propos de l’amoralisme, j’ai une question simple. André Comte-Sponville dit : « Le capitalisme n’est pas immoral, il est amoral. » Michel Onfray dit : « Le capitalisme est immoral. » Ma question, c’est : est-ce qu’être amoral n’est pas immoral ? »
André Comte-Sponville :
« Être amoral, c’est immoral pour un individu. Mais le capitalisme, ce n’est pas un individu, c’est un système. C’est donc à nous d’être moraux : ne comptons pas sur le capitalisme pour l’être à notre place ! »

Jean-Louis Servan-Schreiber,
débat « Le capitalisme est-il moral ? »,http://www.psychologies.com.juillet 2009.

 

« Fondée notamment sur le prêt à intérêt, sur le jeu boursier « inhumain » – abstrait des rapports humains – où gains et pertes s’enchaînent sans cesse, la révolution européenne, liée à une révolution financière, n’a pu être exportée en terre d’islam.
Il est vrai que le catholicisme fut, lui aussi, durant longtemps, un frein au développement général du monde marchand, si l’on excepte quelques localisations exceptionnelles comme Anvers, Bruges, Venise, Gènes, etc. Alors que le protestantisme propulsa les mondes germaniques, scandinaves et anglo-saxon et certaines contrées de France – jusqu’à la révocation de l’Édit de Nantes – vers des lendemains souverainement capitalistes. »

Jacques Rifflet, « Les Mondes du Sacré », éd. mols, 2009, p. 338.

« La doctrine ultra-libérale, qui relève davantage de la cupidité que du bon sens et du pragmatisme, contribue à enrichir une petite minorité de possédants au détriment de l’intérêt des entreprises, de l’État, des salariés et du plus grand nombre.
Cette doctrine idéologique, dont le principe est le libre marché, consiste à libéraliser les échanges, à déréguler les prix (travail, produits alimentaires, logements, immobiliers, actions, monnaies, etc.) et à laisser libre cours à la spéculation sur les prix au nom de la soi-disant loi dite de l’offre et de la demande. Pour favoriser la compétitivité, relancer la croissance et créer des emplois, les ultra-libéraux préconisent, d’une part, de réduire les impôts et les charges sociales qui pèsent sur les entreprises, et, d’autre part, de supprimer le SMIC pour laisser aux acteurs économiques la liberté de fixer le prix des salaires… »

www.mouvementpourundeveloppementhumain.fr/

« Les thèses marxistes de type millénariste, parfois reprises par certains altermondialistes, selon lesquelles « le » capitalisme approche de sa chute finale, précisément à cause de la mondialisation, parce que son « cœur » n’a plus de « périphérie » à exploiter, sont peu convaincantes. Tout au contraire, les capitalismes actuels peuvent parfaitement se permettre de ne pas exploiter le milliard d’en bas [les plus pauvres]. D’une certaine manière, c’est plus grave que s’ils l’exploitaient : ils l’ignorent. S’il crée des troubles, on le contient militairement : dans les banlieues, en Afghanistan… Lancés sur leurs trajectoires actuelles, les capitalismes pourraient fort bien, sur leur propre territoire et dans les territoires délaissés par la mondialisation, parquer, contrôler et ignorer des masses considérables « d’hommes inutiles ». »

 Pierre-Noël Giraud, « La Mondialisation, émergences et fragmentations »
Sciences Humaines Éditions, 2012, conclusion, p. 154-155.