Droits de l’animal

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« On peut observer la formation de la morale dans la façon dont nous nous comportons avec les animaux. Lorsque l’utilité et le dommage n’entrent pas en jeu nous éprouvons un sentiment de complète irresponsabilité ; nous tuons et nous blessons par exemple des insectes, ou bien nous les laissons vivre sans généralement y songer le moins du monde (…) Quand les animaux nous portent préjudice nous aspirons par tous les moyens à leur destruction. Et ces moyens sont souvent bien cruels, sans que ce soit là notre intention : c’est la cruauté de l’irréflexion. S’ils sont utiles, nous les exploitons : jusqu’à ce qu’une raison plus subtile nous enseigne que, chez certains animaux, nous pouvons tirer bénéfice d’un autre traitement, c’est-à-dire des soins et de l’élevage. Alors seulement naît la responsabilité. »

Friedrich Nietzsche,
aphorisme 57, « Le voyageur et son ombre », Humain trop humain II

« Considérant que la Vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s’étant différenciés au cours de l’évolution des espèces,
Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d’un système nerveux possède des droits particuliers,
Considérant que le mépris, voire la simple méconnaissance de ces droits naturels provoquent de graves atteintes à la Nature et conduisent l’homme à commettre des crimes envers les animaux,
Considérant que la coexistence des espèces dans le monde implique la reconnaissance par l’espèce humaine du droit à l’existence des autres espèces animales,
Considérant que le respect des animaux par l’homme est inséparable du respect des hommes entre eux,
Il est proclamé ce qui suit :
Article 1 : Tous les animaux ont des droits égaux à l’existence dans le cadre des équilibres biologiques. Cette égalité n’occulte pas la diversité des espèces et des individus.
Article 2 : Toute vie animale a droit au respect (…) »

Déclaration Universelle des Droits de l’Animal, UNESCO, Paris, 1978.

« Des penseurs, écrivains, philosophes, scientifiques et historiens cosignent, sous l’égide de la Fondation 30 Millions d’Amis, un manifeste réclamant que les animaux soient enfin reconnus comme des êtres « vivants et sensibles » dans le Code civil (…)
L’ensemble des signataires parmi lesquels figurent les philosophes Élisabeth de Fontenay, Michel Onfray, Edgar Morin et Florence Burgat, mais aussi l’éthologue et neuropsychiatre Boris Cyrulnik ou l’astrophysicien et président de Humanité et Biodiversité, Hubert Reeves rappellent que si « les animaux ne sont pas des êtres humains, ce n’est pourtant pas la proclamation d’une dignité métaphysique, mais certains attributs – capacité à ressentir le plaisir et la douleur notamment – que les humains partagent avec au moins tous les vertébrés, qui enracinent les droits les plus fondamentaux. «  ».

http://www.humanite-biodiversite.fr, oct. 2013.

 

 « Nous vivons dans un monde interdépendant, où le sort de chaque être, quel qu’il soit, est intimement lié à celui des autres.
(…) Nous perpétrons aujourd’hui un massacre d’animaux à une échelle qui, hélas, n’a pas d’égale dans l’histoire de l’humanité. Nous tuons chaque année, pour notre seule consommation, 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins. Cette tuerie, en masse, pose un défi éthique majeur ! Mais il nuit aussi à nos sociétés : cette surconsommation, mauvaise pour notre santé, aggrave, paradoxalement, la faim dans le monde (750 millions de tonnes de céréales sont exportées des pays pauvres pour l’industrie de la viande dans les pays riches), tout en provoquant, de surcroît, une série de déséquilibres écologiques sans précédent (…)
… au rythme actuel, d’ici 2050, 30% de toutes les espèces animales auront disparu, anéanties, de la surface du globe (…)
… les animaux sont capables de jugement. Ils sont dotés, chacun à leur niveau et selon leur espèce, de sensibilité et d’intelligence. »

Matthieu Ricard,
« Plaidoyer pour les animaux », Éd. Allary interview de D.S. Schiffer,
www.lexpress.fr/oct.2014.

Démocratie

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’État, chez nous, est administré dans l’intérêt du plus grand nombre et non d’une minorité. L’égalité de tous est assurée par les lois et chacun obtient la considération en raison de son mérite et non de sa naissance dans une classe sociale. »

Thucydide, V e s. av. J.-C.

 

« L’équité au sein de l’État exige que les pauvres ne possèdent en aucune manière plus de pouvoir que les riches, qu’ils ne soient pas les seuls souverains, mais que tous les citoyens le soient en proportion de leur nombre. Ce sont là les conditions indispensables pour que l’État garantisse efficacement l’égalité et la liberté. »

Aristote, « La Politique », Vrin, Paris, 1982.

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« Votre salut est entre vos mains, votre délivrance ne dépend que de vous, car c’est de vous seuls que les tyrans obtiennent leur force et leur puissance. Unissez-vous donc, ô peuples ! »

 « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier, curé d’Étrépigny », 1729. 

 

 « La nation anglaise est la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois en leur résistant, et qui, d’efforts en efforts, ait enfin établi ce gouvernement sage où le Prince, tout-puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire le mal, où les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et où le peuple partage le gouvernement sans confusion. »

Voltaire,
« Lettres philosophiques », 8ième lettre, « Sur le parlement », 1734.

 
« Il y a, dans chaque État, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil (…)
Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. »

Montesquieu,
« L’esprit des Lois », livre Xi, ch.VI, 1748.

 

 « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution (…) chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on acquiert le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a. »

Jean-Jacques Rousseau,
« Le contrat social », I, 6, 1762.

 

 « En demandant justice pour les pauvres, nous veillons sur ce riche que les coups du sort peuvent demain faire tomber dans la pauvreté. En demandant protection pour les faibles, nous songeons aussi à vous, puissants du jour, que le souffle des vicissitudes humaines peut d’un instant à l’autre dépouiller de votre force. Oui, tous les hommes sont frères ; oui, tous les intérêts sont solidaires. La cause de la démocratie, c’est la cause de la liberté bien entendue, qui ne peut exister là où n’est pas l’unité. La démocratie est comme le soleil, elle brille pour tous. »

Louis Blanc,
« Questions d’aujourd’hui et de demain », Dentu éd., t. II, 1874, p. 29.

 

« Le plus grand argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen. »

« La démocratie, c’est le pire de tous les régimes… à l’exception de tous les autres. »

Winston Churchill (1874-1965)

 

« Mon idéal politique est l’idéal démocratique. Chacun doit être respecté dans sa personne et nul ne doit être idolâtré (…) Je sais fort bien que pour réaliser une organisation quelconque, il est nécessaire qu’un seul pense, ordonne et porte en gros la responsabilité. Mais ceux qui sont commandés ne doivent pas être contraints, ils doivent pouvoir choisir les chefs. Un système autocratique de coercition dégénère, selon moi, en peu de temps. Car la violence attire toujours les hommes moralement inférieurs, et c’est à mon avis une loi que les tyrans de génie ont comme successeur des coquins. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 5.

 

 « Une démocratie qui n’imprègne pas la vie de tous les jours et la possibilité effective de choisir ses propres comportements quotidiens peut-elle être vraiment tenue pour une démocratie réelle et vivante ? (…) on ne galvaude point le sentiment de liberté en le mettant au service de la production d’un quotidien que nous n’avons pas choisi et, par conséquent, au service de l’inertie sociale. S’il vous plaît, ne confondons pas démocratie et idéologie libérale. »

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,

PUG, 2002, introd., p. 263.

 

« N’est-il pas exact que, au moment précis où le bulletin est introduit dans l’urne, l’électeur transfère dans d’autres mains, sans autre contrepartie que des promesses entendues pendant la campagne électorale, la parcelle de pouvoir politique qu’il possédait jusqu’alors en tant que membre de la communauté de citoyens ? (…)
En principe, il ne viendrait à l’idée de personne d’élire comme représentants au Parlement des individus corrompus, même si la triste expérience nous enseigne que les hautes sphères du pouvoir, sur les plans national et international, sont occupées par de tels criminels ou par leurs mandataires (…) L’expérience confirme qu’une démocratie politique qui ne repose pas sur une démocratie économique et culturelle ne sert pas à grand-chose. (…) Mais on ne remet pas en cause la démocratie. Alors je dis : remettons-la en cause dans tous les débats. Si nous ne trouvons pas un moyen de la réinventer, on ne perdra pas seulement la démocratie, mais l’espoir de voir un jour les droits humains respectés sur cette planète. »

José Saramago,
« Que reste-t-il de la démocratie ? », http://www.monde-diplomatique.fr/2004.

« – Si le capitalisme est si bien toléré en démocratie, sinon réclamé, n’est-ce pas qu’il joue un rôle indispensable à la démocratie – et que celle-ci, politiquement parlant, ne pourrait endosser sans susciter de scandale (…) ce qu’il s’agissait de faire était d’atteindre des ventes optimales quel que soit le produit, quelles que soient ses qualités objectives, sinon quel intérêt ? Je veux dire : quel intérêt en termes de pouvoir ? Alors naquit le marketing, qu’on coupla solidement à la publicité, mais l’ensemble était encore un peu fruste, les cribles trop grossiers… On travaillait au jugé. Il fallut attendre l’affecting pour qu’on sorte véritablement de la préhistoire de la manipulation. Vous savez : on fait comme si la logique capitaliste avait envahi sournoisement le monde politique, y avait transposé ses méthodes pour finalement en faire un vaste marché où une offre-politicien rencontrerait des demandes-électeurs, et certains s’en étonnent ! Mais en quoi faire vendre serait-il différent de faire voter ? Et même de gouverner ? Ne s’agit-il pas toujours, à partir d’une liberté présupposée, d’orienter des choix ? Et pour cela, eh bien, de quels moyens avait-on besoin ?
– Des sciences dites « humaines »…
– Oui, mais d’abord des médias. Des médias de masse comme producteurs de l’impact affectif… Et autour, en soutien, vous avez raison, d’une sociologie des comportements qui soit capable de dégager les principales chaînes émotives ; d’en dresser une typologie fouillée ; d’examiner la mécanique intime des schèmes stimuli/réaction ; de segmenter les tendances sentimentales par âge, sexe, plasticité, réseau relationnel, sociostyles, etc. – tout cela en fonction des stratégies d’impact et des cibles visées.
– Avec, au bout, le marketing personnalisé…»

Alain Damasio,
« La zone du dehors »,
Gallimard, Folio science-fiction, 2007, p. 374-375.

« … le mot démocratie constitue de nos jours un contresens par rapport à son étymologie et à la naïveté confondante des manuels de droit constitutionnel, dans la mesure où ses monopolisateurs libéraux (néo, ultra, etc.) voient dans l’infrastructure économique le fondement du bonheur du dèmos (…) Les fameuses démocraties grecques ostracisaient une majorité de la population pour des raisons sociales. La démocratie mondialisée fait mieux : elle exclut des populations entières ou, plus exactement, d’un point de vue politique, la population mondiale pour des motifs idéologiques. »

 Paul Dirkx, in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 130-131.

« … Transparence pour les puissants, protection de la vie privée pour les faibles. C’était cela, le véritable credo du fondateur de Wikileaks, et il était déjà formulé dans les publications des International Subversives vingt ans auparavant : hors de question de soumettre tous les êtres humains à une surveillance permanente afin qu’ils adoptent un comportement plus décent ! Aux yeux de Julian, le projet de Singer était néfaste, dangereux, totalitaire. Visible Man, c’était une célébration des surveillances du département d’Etat américain, d’Apple, de Google, et nullement un plaidoyer pour Wikileaks. »

  Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p. 134.

Cynisme

(voir aussi Aliénation)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Dans les actions des hommes et surtout des princes, qui ne peuvent être scrutées devant un tribunal, ce que l’on considère c’est le résultat. Que le prince songe donc uniquement à conserver sa vie et son État ; s’il y réussit, tous les moyens qu’il aura pris seront jugés honorables et loués par tout le monde ; le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement ; et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? »

Nicolas Machiavel (1513),
«
 Le Prince », chap. XVIII, Poche classique, 1962.

 

 « Un jour, Kelley lui demande ce qu’il pense de la position du parti nazi quant à l’infériorité raciale des non-Aryens. « Personne ne croit à ces balivernes », répond Göring. «  Lorsque je lui ai fait remarquer que cette théorie avait causé la mort de près de six millions d’êtres humains, racontera Kelley, il a ajouté : «  Eh, bien, c’est que c’était de la bonne propagande politique ! » »

Jack El-Hai,
« Le nazi et le psychiatre », Éd. des Arènes, 2013, p. 105.

 

 « … s’il est courant de voir un P.-D.G. ventripotent convaincre ou séduire l’un ou l’une de ses subordonnés, il est plus rare que l’inverse se produise. Aussi, argumentation et séduction ne sont-elles pas pour l’homme de la rue les moyens les plus sûrs de parvenir à ses fins.
Que faire alors, sinon manipuler ? La manipulation reste, en effet, l’ultime recours dont disposent ceux qui sont dépourvus de pouvoir ou de moyen de pression. Elle présente, en outre, l’avantage de ne pas apparaître comme telle, autrui ayant le sentiment d’avoir agi librement sur la base de ses idées et de ses valeurs… »

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,

PUG, 2002, introd., p. 16.

« Il existerait plus d’une quarantaine d’éco-logos dans le monde entier et des centaines de labels « verts », dont certains ne sont que de simples promesses sans caution d’organismes certifiés. La tentation est effectivement très grande pour les entreprises de s’auto-décerner des labels de qualité, le manque d’expertise des consommateurs favorisant quasi-systématiquement le succès de ce genre de label. »

Fabrice Larceneux,
in « Comment prévenir le greenwashing ? »,
Centre de recherche DMSP, Cahier n°379, Juin 2008.

 

« Nous n’avons pas fini de nous faire de jolies guerres classiques, civiles, locales ou régionales. Nous nous en déclarerons de plus admirables encore dans la catégorie NBC. Telle est notre nature. Nous adorons écrabouiller, saigner, décapiter, brûler ou affamer nos congénères. Nous ne pouvons pas nous empêcher d’essayer(…)
Les gaz, les virus et les bactéries font merveille. Les mégatonnes nucléaires écrasent, carbonisent et irradient avec une efficacité digne de notre civilisation de science et de progrès. Nous nous suiciderons avec enthousiasme. »

 Yves Paccalet,
« L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », Flammarion, 2013, p. 191-192.


« – Un écologiste a proposé, en désespoir de cause, que nous mangions nos rejetons ! L’apport en protéines serait considérable et l’explosion démographique stoppée net. Pourquoi ne préconiserais-tu pas l’inverse ? Une fois la limite d’âge atteinte, hop, les vieux à la marmite ! Cela résoudrait de surcroît les problèmes liés au vieillissement de la population et diminuerait la pollution due aux incinérations…
Emma ne sourit pas.
– Le cynisme est une fuite que je m’interdis, Thomas. Je suis prête à de vrais sacrifices pour que ma fille n’hérite pas de l’apocalypse que nous lui concoctons… »

Yves Thelen, « L’Ère d’Ève ».

Culture

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Aujourd’hui les numéros consomment une sous-culture à diffusion mondiale instantanée (…) Quelque part en un point de la circonférence, quelqu’un lance un air de twist ou un motet d’Albinoni, et les cinq continents se trouvent programmés (…)
Car la vitesse de transmission s’exerce aux dépens de la chose transmise, qui est simplifiée, trahie, réduite à l’état de météore futile. Ainsi dans le monde entier, les crânes multiples du robot sont traversés par les mêmes signaux. Avec sa belle conscience d’animal supérieur, l’espèce humaine maçonne les têtes vides, front contre front, comme des briques. »

Raymond Borde,
« L’extricable », Éric Losfeld, 1970, p. 66-68.

« La nouvelle soupe est celle de la culture humaine (…) Tout comme les gènes se propagent dans le pool génétique en sautant de corps en corps par le canal des spermatozoïdes et des ovocytes, les mèmes se propagent dans le pool des mèmes en sautant de cerveau en cerveau (…) Comme mon collègue N.K. Humphrey l’a résumé clairement : « les mèmes devraient être considérés comme des structures vivantes, non simplement métaphoriquement, mais techniquement. Lorsque vous plantez un mème fertile dans mon esprit, vous parasitez littéralement mon cerveau, le transformant en un véhicule pour la propagation du mème, exactement comme un virus peut parasiter le mécanisme génétique d’une cellule hôtesse »… »

Richard Dawkins,
cité par D. Hofstadter et D. Dennett, « Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 149.

 

 « … certaines séries françaises destinées aux adolescents résistent avec un franc succès à la concurrence américaine (…) Servie par un amoncellement de clichés, l’idéologie de ces programmes est d’une grande transparence : l’alcool mène à la violence ; on revient drogué d’Amsterdam ; la fidélité est garante du bonheur ; l’Amérique est un pays de cocagne…
Comblé malgré tout, le producteur devient maintenant sentencieux : « La fiction, c’est le patrimoine. C’est ce qui crée des emplois et peut être exporté. Si on veut battre les Américains, il faut faire du patrimoine… »
Le rayonnement intellectuel de la France est en de bonnes mains. Enfin, l’Europe de la culture s’est mise en marche. »

Serge Halimi,
« Séries télévisées et bonheur conforme », www.monde-diplomatique.fr, 1993.

« Les musées livrent à tous, comme un héritage public, les monuments d’une splendeur passée, instruments de la glorification somptuaire des grands d’autrefois : libéralité factice, puisque l’entrée libre est aussi entrée facultative, réservée à ceux qui, dotés de la faculté de s’approprier les œuvres, ont le privilège d’user de cette liberté et qui se trouvent par là légitimés dans leur privilège, c’est-à-dire dans la propriété des moyens de s’approprier les biens culturels… »

Pierre Bourdieu, Alain Darbel,
« L’amour de l’art », Éd. de Minuit, 1969, p. 166-167.

Créativité

(voir aussi Génie et Intuition)

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’histoire des découvertes scientifiques et techniques nous enseigne que les hommes sont pauvres en idées originales et en imagination créatrice. Même quand les conditions extérieures et scientifiques pour la naissance d’une idée existent depuis longtemps, il faut le plus souvent un motif extérieur pour qu’elle se réalise ; l’homme doit, pour ainsi dire, buter sur la chose avant que la pensée vienne. »

Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 199.

 

 « On parle de créativité à propos d’une œuvre d’art. Qu’est-ce que cela représente à côté de l’énergie créative qui agite un homme mille fois par jour, bouillonnement de désirs insatisfaits, rêveries qui se cherchent à travers le réel, sensations confuses et pourtant lumineusement précises, idées et gestes porteurs de bouleversements sans nom (…) Que chacun pense, plus précisément, à l’incroyable diversité de ses rêves, paysages autrement colorés que les plus belles toiles de Van Gogh. Qu’il pense au monde idéal bâti sans relâche sous son regard intérieur tandis que ses gestes refont le chemin du banal. »

Raoul Vaneigem,
« Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations », nrf, Gallimard, 1967.

 

 « Le discours d’entreprise associe volontiers la créativité, l’innovation et la flexibilité (…)
Le mot renvoyant de plus en plus à cette qualité productrice de valeur ajoutée, favorisant le développement des performances de l’entreprise, il va envahir tout un pan du discours politique prônant la libéralisation des marchés et la concurrence effrénée (…)
Dans ce nouveau contexte, la créativité doit être redéfinie comme une aptitude favorisant l’émergence de solutions ou l’adoption de démarches assurant à la productivité d’un secteur d’activité sa rentabilité maximale. »

Gérard Mans,
in « Les nouveaux mots du pouvoir », Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 113-114.

« Tout créateur artistique sait qu’il faut laisser venir en soi une vaste respiration, une latence apparemment inerte, un vide, pour que germe, soudain, une idée construite, presque plénière, de l’œuvre à venir.
Il y a une part en nous qui suit un chemin qui se dérobe dès que l’on tente de le découvrir sur la carte du rationnel. Une part qui nourrit la créativité, qui ouvre à la répartie, qui surprend celui-là même qui l’émet. »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », Éd. mols, 2009, p. 57.

« La créativité survient lorsque le rapprochement d’au moins deux éléments différents façonne un ensemble qui prend du sens. Le plus souvent la créativité résulte de l’injection signifiante d’un domaine inhabituel à l’intérieur d’une pratique conventionnelle (…)
Aujourd’hui, de nombreux artistes accèdent à un épanouis­sement grâce à la découverte de la vie des artistes qu’ils admirent, ce qui leur permet de réfléchir à leur propre histoire et de la comprendre.
Nous parvenons à une époque nouvelle où la créativité n’émerge plus seulement de la souffrance et de sa mise en spectacle plus ou moins révoltée, mais aussi d’un épanouissement. Les déplacements nécessaires à la créativité sont maintenant expé­rimentés par des artistes attentifs à revendiquer une histoire personnelle caractérisée par des progrès sensoriels et relationnels. »

Eugène Michel,
« Souffrance, plaisir et créativité artistique », www. dcalin.fr/publications, 2014.

 

Création

(voir aussi Multivers)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … au début ceci n’était rien. Il n’y avait ni ciel, ni terre, ni atmosphère. Le Non existant résolut : Que Je sois ! Il s’échauffa par la méditation, de cette ardeur fut produite la fumée. Il s’échauffa encore, de cette ardeur fut produite la lumière. Il s’échauffa encore…. fut produite la flamme… furent produits les rayons… fut produit le brouillard. »

Jean Herbert,
« La mythologie indoue », Albin Michel, 1980.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre n’était que chaos et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait au-dessus de l’eau.
Dieu dit:  » Qu’il y ait de la lumière! «  et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres.
Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le premier jour.
Dieu dit:  » Qu’il y ait une étendue entre les eaux pour les séparer les unes des autres ! « 
Dieu fit l’étendue et sépara ainsi l’eau qui est au-dessous de l’étendue de celle qui est au-dessus. Cela se passa ainsi.
Dieu appela l’étendue ciel. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le deuxième jour.
Dieu dit: «  Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent à un seul endroit et que le sec apparaisse! «  Et cela se passa ainsi.
Dieu appela le sec terre, et la masse des eaux mers. Dieu vit que c’était bon. »

Genèse 1.1-25

« Oseriez-vous renier Celui qui créa la terre en deux jours et Lui supposer des égaux ? Il est le Seigneur des univers. Il y posa d’en haut des ancrages, y mit la bénédiction et en proportionna les nourritures en quatre jours d’égale durée pour qui interroge. Puis, Il s’adressa au ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu’à la terre: « Venez tous deux, bon gré, mal gré. » Tous deux dirent :  » Nous venons obéissants. » Il institua sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. Nous avons décoré le ciel inférieur de lustres et c’était aussi pour la protection. Tel est l’ordre établi par le Tout-Puissant, l’Omniscient. »

Coran, Fussilat – 41/9-12

« L’évolution présuppose la Création ; la Création se présente à la lumière de l’évolution comme un événement étendu dans le temps, à travers lequel Dieu devient visible aux yeux de la foi comme Créateur des cieux et de la Terre. »

Pape Jean-Paul II, « D. Catholique numéro 1901 », 1985.

«  Pourquoi l’univers a-t-il été créé ? Qu’est-ce qui a poussé le Créateur à engendrer l’univers tel que nous le connaissons ? Essayons de comprendre : avant le Temps de Planck, rien n’existe. Ou plutôt : c’est le règne de la Totalité intemporelle, de l’intégrité parfaite, de la symétrie absolue : seule le Principe Originel est là, dans le néant, force infinie, illimitée, sans commencement ni fin (…) Et puis, « quelque chose » va se produire. Quoi ? Je ne sais pas. Un soupir de Rien. Peut-être une sorte d’accident du néant, une fluctuation du vide : en un instant fantastique, le Créateur, conscient d’être celui qui Est dans la Totalité du néant, va décider de créer un miroir à sa propre existence. »

Jean Guitton et I. Bogdanov,
« Dieu et la science », Grasset, 1991, p. 52.

« … toutes les solutions aux équations d’Einstein dans lesquelles l’Univers contient la quantité de matière correspondant à nos observations aboutissent à une constatation capitale : à un certain moment du passé, voilà environ 13,7 milliards d’années, la distance entre galaxies voisines a dû être nulle. En d’autres termes, l’Univers était tout entier comprimé en un point unique, de volume nul, comme une sphère de rayon zéro. À cet instant, la densité de l’Univers et la courbure de l’espace-temps ont dû être infinies. C’est ce moment que nous appelons le big-bang. »

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du Temps », Flammarion, 2005, p. 84.

« En ce moment même, un satellite glisse en silence à 1 million et demi de kilomètres de la Terre. Lancé le 14 mai 2009, PLANCK poursuit sa mission extraordinaire (…) En réussissant à reconstituer le scénario énigmatique des tout premiers instants de l’Univers, en nous montrant comment tout a commencé, PLANCK va livrer à l’humanité un fabuleux trésor cosmologique : peut-être pas le visage de Dieu, mais tout au fond du gouffre du temps, mystérieux et splendide, l’instant même de la création. »

Igor et Grichka Bogdanov,
« Le visage de Dieu », Grasset, 2010, p. 258 et 260.

«  Un résultat au hasard est un résultat imprévu. Mais imprévu pour qui ? Bien des choses ont imprévues, soit parce qu’elles sont le résultat de processus trop complexes pour être appréhendés, soit parce qu’on n’a pas prêté attention à toutes sortes de détails qui ont influencé le résultat. En revanche, un résultat au « vrai » hasard est imprévu car intrinsèquement imprévisible : un tel résultat n’est pas déterminé par une ou plusieurs chaînes causales, si complexes soient-elles. Un résultat au vrai hasard n’est pas prévisible car, avant de se manifester, il n’existait pas du tout : il n’était pas nécessaire, sa réalisation est un acte de pure création. »

 Nicolas Gisin,
« L’impensable hasard – Non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques »,
Odile Jacob, 2012, num. Nord Compo, p. 35.

Conscience morale

 Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience (…) Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe. »

Jean-Jacques Rousseau, Profession de foi d’un vicaire savoyard
in « l’Émile, ou de l’éducation », 1762 (livre IV).

« On appelle conscience, ma chère Juliette, cette espèce de voix intérieure qui s’élève en nous à l’infraction d’une chose défendue, de quelque nature qu’elle puisse être : définition bien simple, et qui fait voir du premier coup d’œil que cette conscience n’est l’ouvrage que du préjugé reçu par l’éducation, tellement que tout ce qu’on interdit à l’enfant lui cause des remords dès qu’il l’enfreint, et qu’il conserve ses remords jusqu’à ce que le préjugé vaincu lui ait démontré qu’il n’y avait aucun mal réel dans la chose défendue. »

Donatien A. F. de Sade, « Histoire de Juliette », 1798.

« Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’œil a-t-il disparu ?  » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : « Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

Victor Hugo,
« La conscience » in « La légende des siècles », 1859.

 

« Mais pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience ? Qu’est-ce qui vous donne le droit de croire que son jugement est infaillible ? Cette croyance, n’y a-t-il plus de conscience qui l’examine ? N’avez-vous jamais entendu parler d’une conscience intellectuelle ? D’une conscience qui se tienne derrière votre « conscience » ? Votre jugement « ceci est bien » a une genèse dans vos instincts, vos penchants et vos répugnances, vos expériences et vos inexpériences; « Comment ce jugement est-il né ?  » C’est une question que vous devez vous poser, et, aussitôt après, celle-ci : « qu’est-ce exactement qui me pousse à obéir à ce jugement ?  » (…)
Mais la fermeté de votre jugement moral pourrait fort bien être la preuve de la pauvreté de votre personnalité, d’un manque d’individualité… »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir » (1882)

« Imitation, coutume, peur, abrutissement profond, délire, fureur, rien de tout cela ne peut faire la moindre vertu. Nous voilà donc à l’intention, au régime intérieur, au drame incommunicable, mais y cherchant la forme universelle. Quand un homme dit qu’il a pour lui sa conscience (ou contre lui), on comprend très bien.
On voit que retrouvant une idée universelle, je ne prends nullement la Conscience Morale comme principe d’obéissance, mais au contraire de résistance (résistance qui fera l’accord vrai), non comme principe d’esclavage, mais au contraire de liberté, mais toujours revenant sur soi. »

Alain,
« Esquisses 2. La conscience morale » (1930)

Conscience

 (voir aussi Moi)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. »

Blaise Pascal, « Pensées », 1670.

 

« L’homme, inventeur de signes, est en même temps l’homme qui prend conscience de lui-même d’une façon toujours plus aiguë ; ce n’est que comme animal social que l’homme apprend à devenir conscient de lui-même, il le fait encore, il le fait toujours davantage. Mon idée est, on le voit, que la conscience ne fait pas proprement partie de l’existence individuelle de l’homme, mais plutôt de ce qui appartient chez lui à la nature de la communauté et du troupeau ; »

Frédéric Nietzsche« Le gai savoir », 1882.

 

 

« Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s’oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant (…) Toute conscience est donc mémoire – conservation et accumulation du passé dans le présent. Mais toute conscience est anticipation de l’avenir… »

Henri Bergson, « L’énergie spirituelle », 1919.

 

 « L’être qui se regarde comme un objet se rejette dans l’univers pour devenir le spectateur de lui-même; mais alors il est déjà au-dessus de cet être qu’il regarde. L’être que je connais en moi n’est plus moi dès que je le connais : il est déjà un autre. Ainsi la conscience est un acte par lequel je deviens toujours supérieur à moi-même. »

Louis Lavelle, « L’Erreur de Narcisse », Grasset, 1939.

« Quelque idée qu’on se fasse de la nature du psychisme, il est une réalité biologique, essentielle et ubiquitaire. La conscience – l’esprit, si l’on veut – n’est certainement pas l’apanage des cellules nerveuses ; elle existe à l’état potentiel ou larvé dans toute cellule de tout organisme : elle accompagne toutes les manifestations de la vie (…)
Si, comme je le crois, la conscience est liée indissolublement à son substrat matériel, on ne voit guère comment quoi que ce fût de la personnalité spirituelle pourrait survivre à la désagrégation de l’organe cérébral… »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 41-42, 57-58.

 

 « Ce que nous appelons esprit ou intelligence résulte de la coopération entre une multitude de fonctions, d’ « agents » hiérarchisés et non intelligents par eux-mêmes. »

 D’après Marvin Minsky, « La société de l’esprit », 1986.

 

«  Qu’est-ce que l’esprit ? Qui suis-je ? La matière peut-elle penser ou avoir des sensations ? Où est l’âme ? Aborder ces questions, c’est aller au-devant de bien des problèmes philosophiques (…) Nous pensons qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de réponses simples aux grandes questions qui se posent, et il faudra repenser radicalement les problèmes avant que l’on puisse espérer obtenir un consensus sur le sens du mot « Moi » (…)
Les esprits existent dans les cerveaux et pourraient bien, un jour, exister dans des machines programmées. Quand ces machines verront le jour, si elles le voient, leurs propriétés causales ne découleront pas des substances qui les composeront, mais de leur conception et des programmes qui seront exécutés en leur sein. Et nous saurons qu’elles auront ces propriétés causales en leur parlant et en écoutant attentivement ce qu’elles auront à dire. »

Douglas Hofstadter et Daniel Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 11 et 382.

« … par quelque aspect qu’on l’aborde, la conscience n’existe pas ! Elle n’est de toute façon qu’une illusion, une étiquette restrictive recouvrant un flux permanent d’états indépendants sans réel chef d’orchestre. »

Daniel C. Dennet, « La conscience expliquée », Odile Jacob, 1993.

« Quel est le but de la conscience ? Pourquoi l’évolution a-t-elle créé une conscience ? Tout simplement parce qu’il fallait qu’un organisme dispose d’un moyen de choisir sa prochaine action, un moyen assez « rigide » pour que l’animal ne saute pas sans arrêt du coq à l’âne et ait « de la suite dans les idées », et cependant assez souple pour qu’un fait nouveau, s’il est important, puisse modifier très rapidement la décision à prendre. La conscience est simplement ce moyen. »

Serge Boisse, « L’esprit, l’IA et la singularité », Lulu.com, 2007, p. 168.

 

 « Si nous ne pouvons définir ce qui est intelligent et conscient en nous, si nous ne pouvons distinguer « notre » être de ces millions de bactéries qui nous habitent, si nous ne pouvons clairement affirmer que ces bactéries n’agissent pas sur la conscience, comment pouvons-nous alors prétendre occuper la place ultime, celle de l’être conscient, éveillé, intelligent qui domine et est responsable du bien-être (ou du mal-être) de cette planète ? »

Ollivier Dyens, « La condition inhumaine », Flammarion, 2008, p. 66.

« [Selon certains neurobiologistes] … la conscience est un épiphénomène, une sorte d’aura qui émane de l’activité neuronale mais n’exerce aucun contrôle sur cette activité, contrairement à notre sentiment d’être aux commandes. Celui-ci, affirme-t-on, est une simple illusion, un tour que nous a joué la sélection naturelle. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 138.

Comprendre

(voir aussi Intelligence et Sens)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … lorsqu’une vérité est démontrable scientifiquement, celui qui ne la connaît qu’à la manière d’une opinion, pour une raison seulement plausible, ne la comprend pas. Par exemple, si quelqu’un sait par démonstration que la somme des trois angles d’un triangle est égale à deux droits, il comprend cette vérité ; mais si un autre la reçoit comme probable par le fait que des savants ou la plupart des hommes l’affirment ainsi, celui-là ne la comprend pas car il ne parvient pas à la connaissance parfaite dont cette vérité est susceptible. Or, nul intellect créé ne peut parvenir à cette parfaite connaissance de l’essence divine. »

Thomas d’Aquin,
« Somme théologique », 1ère partie, question 12, article 7.

 

« Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti. »

Blaise Pascal,
« Pensées », 1670, § 185.

 

 « La chose la plus incompréhensible du monde, c’est que le monde soit compréhensible. »

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »

Albert Einstein (1879-1955)

 

 « Rien ne prouve que toutes les réalités de la nature, ni surtout les plus profondes, soient traduisibles en notre patois humain (…)
Que l’insatisfaction de l’esprit soit notre lot, qu’il faille nous résigner à vivre – et à mourir – dans l’anxiété et dans le noir, telle est une de mes certitudes.
Lorsque, après des millions et des millions d’années, notre espèce s’éteindra sur la terre, l’homme en sera encore réduit à ruminer son ignorance et à rabâcher son incompréhension. Ignorance plus ornée que la nôtre, et mieux armée, – mais ignorance. »

Jean Rostand,
« Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 72 et 76.

« … le tir à l’arc (au Japon) ne consiste nullement à poursuivre un but extérieur avec un arc et des flèches, mais uniquement à réaliser quelque chose en soi-même (…) L’archer vise et est la cible, il tire et il est touché tout à la fois (…)
– Il me semble que je comprends ce que vous entendez par but réel, le but intérieur qu’il s’agit d’atteindre. Cependant, comment se fait-il que le but extérieur, le disque de papier, soit touché sans que l’archer ait visé, de sorte que les coups au but confirment de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur ?
– Si vous espérez tirer profit d’une compréhension quelque peu utilisable de ces connexions obscures, vous vous égarez. Les événements dont il s’agit dépassent la portée de l’entendement. Ne perdez pas de vue que, déjà dans la nature extérieure, il est des harmonies qui, si elles sont incompréhensibles, n’en sont pas moins réelles ; nous en avons pris une telle habitude que nous ne pourrions concevoir qu’il en fût autrement.

Eugen Herrigel,
« Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc »,
Dervy-Livres, Paris, 1970, p. 16, 18 et 80.

 

 

«  Il arrive certainement à toute personne imaginative de se dire, de temps en temps, que la vie n’est qu’une énorme plaisanterie, une supercherie – peut-être même une expérience psychologique – signée par quelque supercréature inconcevable (…) Malheureusement (ou heureusement) cette « théorie de la conspiration » se sape elle-même puisqu’elle postule l’existence d’un autre esprit – une superintelligence, donc hors de notre champ de conception – pour expliquer d’autres mystères.
Il semble que nous ne puissions faire autrement qu’accepter une certaine incompréhensibilité de l’existence. À vous de choisir. Nous oscillons tous délicieusement entre une vue subjective et une vue objective du monde, et cette perplexité est au cœur de la nature humaine (…)
… pour apporter une réponse satisfaisante à la question de ce que signifie réellement « comprendre », il faudra sans aucun doute distinguer plus nettement les interactions des différents niveaux d’un système de manipulation des symboles. Dans l’ensemble, ces concepts se sont révélés assez insaisissables, et nous ne sommes sans doute pas près de bien les comprendre. »

Douglas Hofstadter et Daniel Dennett,
« Vues des l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 41-42 et 381.

 

 « Il serait de bonne hygiène que le public accepte au moins d’envisager ce que serait notre destin collectif si, malgré ce que disent les scientifiques, l’humanité avait vraiment découvert l’essentiel de ce qu’il y a à découvrir (…) si nous devions renoncer définitivement à découvrir l’esprit même de Dieu – je cite le propos de Stephen Hawkins, physicien britannique et… athée convaincu – si nous ne réussissions jamais à savoir pourquoi, dans l’univers, il y a quelque chose plutôt que rien. »

John Horgan,
« Le temps stratégique », n° 84, nov-déc. 1998.

 
« … si nous parvenons vraiment à découvrir une théorie unificatrice, elle devrait avec le temps être compréhensible par tout le monde dans ses grands principes, pas seulement par une poignée de scientifiques. Philosophes, scientifiques et personnes ordinaires, tous seront capables de prendre part à la discussion sur le pourquoi de notre existence et de notre Univers. Et si nous trouvions un jour la réponse, ce serait le triomphe de la raison humaine – qui nous permettrait alors de connaître la pensée de Dieu.»

Stephen Hawking,
« Une belle histoire du Temps », Flammarion, 2005, p. 163.

« La conclusion provisoire à laquelle nous conduit cet ouvrage, c’est que la physique quantique nous contraint à devoir reconnaître que le réel comprend deux mondes différents (micro et macroscopique) dont la science arrive à rendre compte, mais dont l’entendement humain n’arrive pas encore à comprendre la loi de passage menant de l’un à l’autre. »

À propos du livre « Métaphysique quantique » (2011) de Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod,
www.philosciences.org février 2012.

 

Climat

(voir aussi Apocalypse et Écologie)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Réchauffement de l’atmosphère, montée et acidification des océans… L’un après l’autre, les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dressent un tableau sombre de l’évolution de notre climat. Ce groupe, qui compile près de 20 000 études de plus de 800 chercheurs, a publié la synthèse de son cinquième rapport (nov. 2014)
« Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté. »
95 % : c’est le degré de certitude, qualifié d’ « extrêmement probable », que « l’activité humaine est la cause principale du réchauffement observé » depuis le milieu du XXe siècle (…)
Le niveau des océans en 2100 par rapport à la période 1986-2005 pourrait s’élever de quasiment un mètre, dans le scénario le plus pessimiste. Selon le dernier rapport du GIEC, les océans se sont élevés de 19 cm depuis la fin du XIXe siècle (…)
-70 %, c’est la réduction nécessaire des émissions mondiales de gaz à effet de serre (CO2 mais aussi méthane et protoxyde d’azote) en 2050 par rapport à leur niveau de 2010 pour maintenir la hausse moyenne des températures en dessous de 2 °C, selon le dernier rapport. Mais « depuis 2010, les émissions augmentent plus vite encore que dans les décennies précédentes », a déploré Rajendra Pachauri, le président du GIEC. La concentration de ces gaz atteint désormais « des niveaux sans précédent depuis au moins 800 000 ans » ».

Alexandre Pouchard,
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/11/04/climat

« Le livre de Vahrenholt et Lüning ( Die Kalte Sonne – Le soleil froid ) comporte plus de 800 citations de littérature scientifique revue par les pairs, et 80 graphes sélectionnés. Les auteurs estiment, démonstration à l’appui, que les 12 dernières années marquées par un léger refroidissement global alors que les taux de CO2 augmentaient ne sont pas une péripétie secondaire dans une tendance longue alarmante, mais au contraire un élément important du débat qui remet en cause les modèles utilisés par le GIEC. Et surtout, ils arrivent à la conclusion que les variations d’activité solaire sont bien plus importantes pour le climat terrestre, que l’évolution du taux de CO2. »

Vincent Bernard,
« Changement climatique : l’effet Vahrenholt refroidit une Allemagne de plus en plus sceptique »,
http://www.objectifliberte.fr/, 2012.

« Depuis la fin des années 1990, les climatologues constatent le ralentissement du réchauffement de l’atmosphère. Selon les estimations du Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC), le rythme du réchauffement de 1998 à 2012 s’établit à 0,05 °C1. Soit beaucoup moins que les 0,12 °C d’augmentation moyenne du thermomètre à chaque décennie depuis 1951. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à voir dans cette quasi « pause climatique » la confirmation des thèses climato-sceptiques. Une conclusion hâtive, dans la mesure où les autres signes du changement climatique (fonte des glaces, montée du niveau des mers)) n’ont, eux, pas du tout faibli (…)
Selon une étude sino-américaine publiée vendredi dans la revue Science, les causes profondes de ce ralentissement sont plutôt à chercher du côté de l’Atlantique (…)
Pour Ka-Kit Tung, le phénomène pourrait encore durer une dizaine d’années avant que ce « réservoir à chaleur » se vide à nouveau : « Quand cette variabilité interne du climat, responsable de l’actuelle pause, s’inversera, et elle s’inversera, un nouvel épisode d’accélération du réchauffement climatique devrait suivre », lâche-t-il. La hausse du thermomètre pourrait alors franchir un nouveau seuil, comme régulièrement depuis le début du siècle dernier. »

Jason Wiels,
http://www.Le Poinr.fr 08/2014.

« Réchauffement climatique : « Un point de non-retour a été atteint « .
Selon plusieurs études scientifiques, la montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique pourrait atteindre entre 1 et 3 mètres d’ici 2100.
Deux études ont en effet été publiées lundi 12 mai dernier. La première, parue dans la revue scientifique Geophysical Research Letters a été menée par des chercheurs de la Nasa (…)
Le même jour, une seconde étude était publiée dans le journal Science. Cette étude a été réalisée par une équipe de scientifiques de l’Université de Washington. Ces derniers se sont penchés sur un seul glacier, celui de Thwaites, en Antarctique (…) « ce glacier agit comme un pivot qui pourrait entraîner avec lui le reste de la banquise«  explique le rapport. Cette même banquise qui contient assez d’eau pour faire monter le niveau des eaux de 3 mètres !
(…) les dernières prévisions sont si cataclysmiques qu’aux États-Unis, certains groupes d’écologistes s’avouent vaincus et renoncent à la lutte. »

Paul Monin, http://www.aleteia.org 05/2104

« Qui finance les climato-sceptiques ? C’est une question que s’est posée un chercheur américain. Car le financement des études climato-sceptiques y est pour le moins opaque. Il a effectué un travail de fourmi pour définir qu’un peu moins d’un milliard de dollars de fonds transitent par des fondations appartenant souvent à de grands industriels, miniers, banquiers ou magnats du pétrole (…)
Ces fondations, qui garantissent l’anonymat des mécènes, font donc, dans l’ombre, un intense travail de lobbying, poursuit François Gemenne (coauteur du livre « Controverses climatiques ») : « Ce sont très clairement des intérêts industriels à protéger. Et très clairement, en attaquant la science du climat, ce qu’ils cherchent à attaquer en réalité ce sont les politiques qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est un travail de lobbying qui a payé, puisque les États-Unis sont aujourd’hui le seul pays industrialisé à ne pas avoir de législation fédérale qui limite ses émissions de gaz à effet de serre ». »

Odile Leherte,
www.rtbf.be, janv. 2014.

« Depuis les années 1950, beaucoup de changements sont intervenus dans le système climatique : l’atmosphère et les océans se sont réchauffés, l’étendue et le volume des neiges et glace ont diminué, le niveau des mers s’est élevé, les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté (…)
L’océan à absorbé environ 30 % des émissions anthropiques de dioxyde de carbone au détriment de son PH qui a diminué de 0,1 depuis le début de l’ère industrielle, ce qui signifie que les océans s’acidifient (…)
D’un autre côté, les aérosols et leurs interactions avec les nuages ont contrebalancé une partie substantielle du forçage radiatif des gaz à effet de serre avec un effet estimé à -0,9 w.m-2. Les aérosols provenant des éruptions volcaniques peuvent également avoir un impact important sur le climat. Ce fût le cas entre 2008 et 2011 où plusieurs éruptions de faible intensité (comme la très médiatique éruption de l’Eyjafjöll) ont entraîné un forçage radiatif de -0,11 w.m-2.
Enfin, la contribution du Soleil au forçage radiatif est estimée à (seulement) 0,05 watt par mètre carré.
Ainsi, les facteurs naturels n’ont que peu contribué au forçage radiatif. Par conséquent, l’influence humaine sur le système climatique est sans équivoque… »

Christophe Magdelaine,
www.notre-planete.info (30/01/2014).