Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…
« L’État, chez nous, est administré dans l’intérêt du plus grand nombre et non d’une minorité. L’égalité de tous est assurée par les lois et chacun obtient la considération en raison de son mérite et non de sa naissance dans une classe sociale. »
Thucydide, V e s. av. J.-C.
« L’équité au sein de l’État exige que les pauvres ne possèdent en aucune manière plus de pouvoir que les riches, qu’ils ne soient pas les seuls souverains, mais que tous les citoyens le soient en proportion de leur nombre. Ce sont là les conditions indispensables pour que l’État garantisse efficacement l’égalité et la liberté. »
Aristote, « La Politique », Vrin, Paris, 1982.
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« Votre salut est entre vos mains, votre délivrance ne dépend que de vous, car c’est de vous seuls que les tyrans obtiennent leur force et leur puissance. Unissez-vous donc, ô peuples ! »
« Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier, curé d’Étrépigny », 1729.
« La nation anglaise est la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois en leur résistant, et qui, d’efforts en efforts, ait enfin établi ce gouvernement sage où le Prince, tout-puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire le mal, où les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et où le peuple partage le gouvernement sans confusion. »
Voltaire,
« Lettres philosophiques », 8ième lettre, « Sur le parlement », 1734.
« Il y a, dans chaque État, trois sortes de pouvoirs : la puissance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens, et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil (…)
Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. »
Montesquieu,
« L’esprit des Lois », livre Xi, ch.VI, 1748.
« Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution (…) chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on acquiert le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a. »
Jean-Jacques Rousseau,
« Le contrat social », I, 6, 1762.
« En demandant justice pour les pauvres, nous veillons sur ce riche que les coups du sort peuvent demain faire tomber dans la pauvreté. En demandant protection pour les faibles, nous songeons aussi à vous, puissants du jour, que le souffle des vicissitudes humaines peut d’un instant à l’autre dépouiller de votre force. Oui, tous les hommes sont frères ; oui, tous les intérêts sont solidaires. La cause de la démocratie, c’est la cause de la liberté bien entendue, qui ne peut exister là où n’est pas l’unité. La démocratie est comme le soleil, elle brille pour tous. »
Louis Blanc,
« Questions d’aujourd’hui et de demain », Dentu éd., t. II, 1874, p. 29.
« Le plus grand argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen. »
« La démocratie, c’est le pire de tous les régimes… à l’exception de tous les autres. »
Winston Churchill (1874-1965)
« Mon idéal politique est l’idéal démocratique. Chacun doit être respecté dans sa personne et nul ne doit être idolâtré (…) Je sais fort bien que pour réaliser une organisation quelconque, il est nécessaire qu’un seul pense, ordonne et porte en gros la responsabilité. Mais ceux qui sont commandés ne doivent pas être contraints, ils doivent pouvoir choisir les chefs. Un système autocratique de coercition dégénère, selon moi, en peu de temps. Car la violence attire toujours les hommes moralement inférieurs, et c’est à mon avis une loi que les tyrans de génie ont comme successeur des coquins. »
Albert Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 5.
« Une démocratie qui n’imprègne pas la vie de tous les jours et la possibilité effective de choisir ses propres comportements quotidiens peut-elle être vraiment tenue pour une démocratie réelle et vivante ? (…) on ne galvaude point le sentiment de liberté en le mettant au service de la production d’un quotidien que nous n’avons pas choisi et, par conséquent, au service de l’inertie sociale. S’il vous plaît, ne confondons pas démocratie et idéologie libérale. »
Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens »,
PUG, 2002, introd., p. 263.
« N’est-il pas exact que, au moment précis où le bulletin est introduit dans l’urne, l’électeur transfère dans d’autres mains, sans autre contrepartie que des promesses entendues pendant la campagne électorale, la parcelle de pouvoir politique qu’il possédait jusqu’alors en tant que membre de la communauté de citoyens ? (…)
En principe, il ne viendrait à l’idée de personne d’élire comme représentants au Parlement des individus corrompus, même si la triste expérience nous enseigne que les hautes sphères du pouvoir, sur les plans national et international, sont occupées par de tels criminels ou par leurs mandataires (…) L’expérience confirme qu’une démocratie politique qui ne repose pas sur une démocratie économique et culturelle ne sert pas à grand-chose. (…) Mais on ne remet pas en cause la démocratie. Alors je dis : remettons-la en cause dans tous les débats. Si nous ne trouvons pas un moyen de la réinventer, on ne perdra pas seulement la démocratie, mais l’espoir de voir un jour les droits humains respectés sur cette planète. »
José Saramago,
« Que reste-t-il de la démocratie ? », http://www.monde-diplomatique.fr/2004.
« – Si le capitalisme est si bien toléré en démocratie, sinon réclamé, n’est-ce pas qu’il joue un rôle indispensable à la démocratie – et que celle-ci, politiquement parlant, ne pourrait endosser sans susciter de scandale (…) ce qu’il s’agissait de faire était d’atteindre des ventes optimales quel que soit le produit, quelles que soient ses qualités objectives, sinon quel intérêt ? Je veux dire : quel intérêt en termes de pouvoir ? Alors naquit le marketing, qu’on coupla solidement à la publicité, mais l’ensemble était encore un peu fruste, les cribles trop grossiers… On travaillait au jugé. Il fallut attendre l’affecting pour qu’on sorte véritablement de la préhistoire de la manipulation. Vous savez : on fait comme si la logique capitaliste avait envahi sournoisement le monde politique, y avait transposé ses méthodes pour finalement en faire un vaste marché où une offre-politicien rencontrerait des demandes-électeurs, et certains s’en étonnent ! Mais en quoi faire vendre serait-il différent de faire voter ? Et même de gouverner ? Ne s’agit-il pas toujours, à partir d’une liberté présupposée, d’orienter des choix ? Et pour cela, eh bien, de quels moyens avait-on besoin ?
– Des sciences dites « humaines »…
– Oui, mais d’abord des médias. Des médias de masse comme producteurs de l’impact affectif… Et autour, en soutien, vous avez raison, d’une sociologie des comportements qui soit capable de dégager les principales chaînes émotives ; d’en dresser une typologie fouillée ; d’examiner la mécanique intime des schèmes stimuli/réaction ; de segmenter les tendances sentimentales par âge, sexe, plasticité, réseau relationnel, sociostyles, etc. – tout cela en fonction des stratégies d’impact et des cibles visées.
– Avec, au bout, le marketing personnalisé…»
Alain Damasio,
« La zone du dehors »,
Gallimard, Folio science-fiction, 2007, p. 374-375.
« … le mot démocratie constitue de nos jours un contresens par rapport à son étymologie et à la naïveté confondante des manuels de droit constitutionnel, dans la mesure où ses monopolisateurs libéraux (néo, ultra, etc.) voient dans l’infrastructure économique le fondement du bonheur du dèmos (…) Les fameuses démocraties grecques ostracisaient une majorité de la population pour des raisons sociales. La démocratie mondialisée fait mieux : elle exclut des populations entières ou, plus exactement, d’un point de vue politique, la population mondiale pour des motifs idéologiques. »
Paul Dirkx, in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 130-131.
« … Transparence pour les puissants, protection de la vie privée pour les faibles. C’était cela, le véritable credo du fondateur de Wikileaks, et il était déjà formulé dans les publications des International Subversives vingt ans auparavant : hors de question de soumettre tous les êtres humains à une surveillance permanente afin qu’ils adoptent un comportement plus décent ! Aux yeux de Julian, le projet de Singer était néfaste, dangereux, totalitaire. Visible Man, c’était une célébration des surveillances du département d’Etat américain, d’Apple, de Google, et nullement un plaidoyer pour Wikileaks. »
Alexandre Lacroix,
« Ce qui nous relie »,
Allary Editions, 2015, p. 134.