Force

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir. »

Thucydide (460-395 av. J.-C.)

 

 « La matière possède un pouvoir d’inertie, qui impose à chaque corps de demeurer dans son état initial d’immobilité ou de mouvement rectiligne uniforme.
Cette force est toujours proportionnelle au corps et ne se distingue que par la façon d’exprimer l’inertie de la matière. L’inertie de la matière fait en sorte que chaque corps ne puisse que difficilement quitter son état d’immobilité ou de mouvement, raison pour laquelle cette force propre à la matière peut porter le nom caractéristique de force d’inertie. Cette force ne s’exerce, par conséquent, que dans le cas d’une modification de la nature du mouvement, qui doit être provoquée par une autre force exercée sur le corps. »

Isaac Newton,
«  Newton’s Mathematische Principien der Naturlehre », Berlin, J. Ph. Wolfers, 1872.

« On concédera aux partisans de la douceur que la violence peut gêner le progrès économique et même qu’elle peut être dangereuse pour la moralité, lorsqu’elle dépasse une certaine limite. Cette concession ne peut point être opposée à la doctrine exposée ici, parce que je considère la violence seulement au point de vue de ses conséquences idéologiques. Il est certain, en effet, que pour amener les travailleurs à regarder les conflits économiques comme des images affaiblies de la grande bataille qui décidera de l’avenir, il n’est point nécessaire qu’il y ait un grand développement de la brutalité et que le sang soit versé à flots. Si une classe capitaliste est énergique, elle affirme constamment sa volonté de se défendre ; son attitude franchement et loyalement réactionnaire contribue, au moins autant que la violence prolétarienne, à marquer la scission des classes qui est la base de tout le socialisme. »

Georges Sorel, « Réflexions sur la violence », 1908, ch. 6.

« Le rôle du plus fort est de dominer et non point de se fondre avec le plus faible. »

 Adolf Hitler (1889-1945)

 

« Le propre des hommes forts n’est pas d’ignorer les hésitations et les doutes qui sont le fonds commun de la nature humaine mais seulement de les surmonter plus rapidement. »

Maurice Druon,
« Le roi de fer »,
Le livre de Poche, 1970, p. 246.

 
 

« La Force est ce qui donne au Jedi son pouvoir. C’est un champ d’énergie créé par tous les êtres vivants. Elle nous entoure et nous pénètre. C’est ce qui lie la galaxie en un tout uni. »

George Lucas, « Star Wars », épisode IV, 1977.

« Pourvu que les générations aient le temps d’évoluer, le prédateur, pour survivre, adapte sa conduite à sa proie qui, en retour, modifie son propre comportement, et ainsi de suite… Je connais plus d’une force qui n’exerce pas le pouvoir autrement. Prenez les religions… »

Frank Herbert,
« Les mémoires volés » in « L’Empereur-Dieu de Dune », 1981, p. 521.

« … comme le montre l’étude des institutions scolaires auxquelles Bourdieu et son équipe ont consacré de nombreuses années, l’école contribue à la reproduction des inégalités sociales. Mais cette fonction objective est dissimulée par une idéologie méritocratique qui assure l’adhésion de tous en euphémisant la violence des rapports de force. »

 Sébastien Roux in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu »,
J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

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Nationalisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! »

 

Rouget de Lisle,
« La Marseillaise », 3° couplet, 1792.

 

 Refrain: Ils ne le dompteront pas [le Lion de Flandre],
tant qu’un Flamand vivra,
Tant que le Lion pourra griffer,
tant qu’il aura des dents.

V. La vengeance a sonné, et, las des harcèlements,
L’œil en feu, furieux, il saute sur l’ennemi,
Déchire, détruit, écrase, couvre de sang, de boue
Et, triomphant, ricane sur le corps tremblant de l’ennemi.

 Chant « Vlaamse Leeuw »,
Hippoliet Peene, 1847.

 « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis (…)  Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. »

Ernest Renan, 1882.
conférence « Qu’est-ce qu’une nation? ».

 

« On soutient que le désarmement moral doit précéder le désarmement matériel. On soutient aussi, avec raison, que le plus grand obstacle à l’ordre international, c’est le nationalisme poussé à l’extrême, qui porte aussi le nom sympathique de patriotisme, dont on a mésusé. Cette idole a acquis, dans les cent cinquante dernières années, une puissance sinistre et extrêmement funeste (…)
Vous appelez tout cela [le sionisme] du nationalisme – et non tout à fait à tort. Mais un effort pour créer une communauté, sans laquelle nous ne pouvons ni vivre ni mourir dans ce monde hostile, peut toujours être désigné de ce vilain nom. C’est en tout cas un nationalisme qui ne recherche pas la puissance, mais la dignité et le recouvrement de la santé. Si nous n’étions pas obligés de vivre parmi des hommes intolérants, bornés et brutaux, je serais le premier à rejeter tout nationalisme en faveur de l’humanité universelle. »

A. Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 75, 135-136.

« Nous sommes très sensibles aux émotions, mais en même temps très capables d’être sélectifs dans notre attribution de l’âme. Comment les Nazis ont-ils pu se convaincre qu’il était juste de tuer les Juifs ? Pourquoi les Américains voulaient-ils tant « nettoyer les jaunes » pendant la guerre du Viêt-Nam ? Il semble que des émotions d’un type particulier – le patriotisme – puissent servir de vanne régulatrice, contenant les autres émotions qui nous permettent de nous identifier, de nous projeter – de voir notre victime comme (un reflet de) nous-mêmes. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 122.

 

Fondamentalisme

(voir aussi Foi)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’Écriture et la nature procèdent au même titre du verbe divin, la première dictée par le Saint-Esprit, la seconde exécutrice obéissante des ordres de Dieu. Mais puisque les Écritures, pour s’adapter à la compréhension de tous, soutiennent des propositions opposées dans leur énonciation et dans leur sens immédiat au vrai absolu… il apparaît impossible de se référer à l’Écriture pour mettre en doute les connaissances de la nature. »

Galilei,

Lettere a P.B. Castello – Opere, Edit. Nazionale, Barbera, Firenze, 1911, Vol. XIX, p. 299-305.

« Tant que le sacerdoce aura le droit d’infecter la jeunesse, de l’habituer à trembler devant les mots, d’alarmer les nations au nom d’un Dieu terrible, le fanatisme sera le maître des esprits, l’imposture à volonté portera le trouble dans les États. »

Paul-Henri Thiry d’Holbach, « Système de la nature », t. I, c. 12.

 

 « La volonté du peuple, la démocratie ne peut être souveraine puisqu’elle pourrait s’exprimer en faveur de la neutralité ou de l’indifférence. »

 Pie IX, Encyclique « Quanta Cura » (1864)

«  … je suis incapable de tenir compte d’une « révélation » prétendument faite à nos aïeux dans les temps reculés de notre histoire. Si respectables que me paraissent ce genre de traditions, et quelque rôle qu’elles aient pu jouer dans notre passé moral, je ne puis accepter d’y voir des certitudes de départ. Seules valent, à mes yeux, les croyances qui, à tout moment recréables par l’intelligence, peuvent se former de novo dans l’esprit d’un homme d’aujourd’hui, à partir de matériaux fraîchement fournis par la science ou la libre réflexion. »

Jean Rostand, « Ce que je crois », Grasset, 1953, p. 17.

« « Nous craignons le changement au moins autant que nous en sommes curieux. On dit que l’Occident est le berceau de la liberté, mais il est aussi tenté en permanence par la fuite loin de la liberté et de la connaissance. Nous sommes, estime Carl Sagan, dans l’une de ces périodes où l’humanité hésite. Nous mesurons bien les apports de la science, mais nous sommes tout autant en quête de repères et de mentors qui nous déchargeraient de nos responsabilités.  »
Tel serait, selon Sagan, le sens de la résurgence actuelle de tous les intégrismes. Les nouveaux obscurantistes, religieux ou totalitaires, seraient disposés à se rallier à une même devise : « Arrêtez de penser !  » »

Interview de Carl Sagan par Guy Sorman,
« Les vrais penseurs de notre temps », Fayard, 1989.

 

« La foi a souvent élevé l’homme aux pires déchaînements d’intolérance et de destruction. Aucun compromis n’est possible entre révélations et certitudes concurrentes sur un même territoire. Pensez au Liban, à la Yougoslavie, à l’Irlande du Nord, à l’Inde… Les athées, il est vrai, ne furent pas en reste lorsqu’en 1789, ils saccagèrent les cathédrales au nom de leur « foi » (…)
Les grands mouvements fondamentalistes iranien, algérien, égyptien, pakistanais et bien d’autres considèrent la démocratie comme un sacrilège, une machinerie démoniaque. Comment, en effet, accepter qu’un parti opposé à la foi puisse prendre le pouvoir ? Comment envisager que le pays puisse être mieux dirigé par un autre parti que celui de Dieu ? »

 Jacques Rifflet,
« Les Mondes du Sacré », éd. mols, 2009, p. 191 et 392.

« … si toutes les preuves de l’univers réfutaient le créationnisme, je serais le premier à les admettre, mais je resterais quand même créationniste car c’est ce que semble indiquer la Parole de Dieu. Et je me dois d’en rester là. »

 Kurt Wise, dir. du Center for Origins Research (Dayton)
in
Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 360.

« Un des spectacles les plus tristes qu’il nous est donné de voir dans nos rues aujourd’hui est l’image d’une femme emmitouflée dans du noir informe de la tête aux pieds, regardant le monde qui l’entoure par une fente minuscule. La burqa (…) instrument d’oppression des femmes et de répression qui enferme leur liberté et leur beauté, symbole d’une cruauté masculine monumentale et de la soumission féminine à une peur tragique. »

Richard Dawkins, « Pour en finir avec Dieu », Perrin, 2009, p. 459.

 

 « (…) À la différence de l’intégrisme, qui ne recourt pas forcément à la violence et se limite à la pensée (les disciples de Mgr Lefebvre en sont un bon exemple), le fanatisme est une volonté d’incarner ses idées en actes, fussent-ils violents et sans rémission. Les fanatiques islamiques sont des « fondamentalistes », au sens où ils se réclament d’un texte sacré qui n’a pas varié depuis mille quatre cents ans, et dont ils donnent une exégèse littérale (…) Il faut « démythologiser » les textes, aurait dit le grand exégète protestant Rudolf Bultmann, leur accorder une lecture symbolique, spirituelle, dont la force est vivante, et non une lecture littérale qui est, elle, inquiétante et dépassée. »


Odon Vallet
interviewé par Dominique Simonnet, « Le fanatisme, c’est le refus de l’autre »,
http://www.lexpress.fr/culture/livre/09/2001.

« Israël des années 80 est marqué par un autre phénomène : le rabbin Meïr Kahane et son mouvement Kach (C’est ainsi). L’homme avait fait ses premières classes racistes et terroristes aux États-Unis, à la tête de la Ligue de défense juive. Arrivé en Israël en 1971, il est élu député en juillet 1984 et profite dès lors de son immunité parlementaire pour s’attaquer avec violence, verbalement et physiquement, aux Arabes des territoires occupés comme à ceux d’Israël, à la gauche, aux mouvements pacifistes. Il soumettra même au Parlement une législation raciste inspirée des lois anti-juives de Nuremberg promulguées par le III e Reich en 1935 (…)  Plus que fasciste, beaucoup d’observateurs en Israël le considèrent comme nazi, à l’instar du journaliste Yaïr Kotler, qui lui a consacré un livre dont un chapitre s’intitule « Meïr Kahane sur la voie de Hitler« … »

 Joseph Algazy, « Au nom du Grand Israël », Le Monde diplomatique, décembre 1995.

 

« Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinsky n’ont jamais confondu le respect de la liberté de croire, conquis par l’émancipation laïque, et le respect des croyances elles-mêmes. Ils ont su qu’on peut critiquer voire tourner en dérision une religion, quelle qu’elle soit, et que ce geste n’a rien à voir avec la stigmatisation d’une personne en raison de sa religion (…)
Ces hommes de culture ne voulaient nullement faire la leçon. Ils incarnaient la liberté vive de l’être humain, cette sorte de langage sans façon qui convoque la pensée dans le sourire provoqué, et produit la conscience émancipée. Ces artistes modestes et tendres n’étaient jamais méchants, mais toujours féroces avec l’inhumanité qu’ils dessinaient sans complexe ni fausse pudeur. Ils dénonçaient l’intolérance et le racisme, la xénophobie et la bêtise meurtrière. Ils s’inscrivent désormais dans la « tradition des opprimés » chère à Walter Benjamin. Ils côtoient Jean Calas et le Chevalier de La Barre, Giordano Bruno et Michel Servet, suppliciés au nom de la religion. Ils sont les héritiers de Voltaire, qui « écrasait l’infâme » dans l’humour du Dictionnaire philosophique, de Diderot qui dénonçait le fanatisme dans La Religieuse, d’Averroès qui invitait à lire le Coran avec distance dans le Discours décisif. »

Henri Peña-Ruiz,
« Pour lutter contre le fanatisme, la laïcité plus que jamais » www.lemonde.fr/2015/01/14.