Force

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« L’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir. »

Thucydide (460-395 av. J.-C.)

 

 « La matière possède un pouvoir d’inertie, qui impose à chaque corps de demeurer dans son état initial d’immobilité ou de mouvement rectiligne uniforme.
Cette force est toujours proportionnelle au corps et ne se distingue que par la façon d’exprimer l’inertie de la matière. L’inertie de la matière fait en sorte que chaque corps ne puisse que difficilement quitter son état d’immobilité ou de mouvement, raison pour laquelle cette force propre à la matière peut porter le nom caractéristique de force d’inertie. Cette force ne s’exerce, par conséquent, que dans le cas d’une modification de la nature du mouvement, qui doit être provoquée par une autre force exercée sur le corps. »

Isaac Newton,
«  Newton’s Mathematische Principien der Naturlehre », Berlin, J. Ph. Wolfers, 1872.

« On concédera aux partisans de la douceur que la violence peut gêner le progrès économique et même qu’elle peut être dangereuse pour la moralité, lorsqu’elle dépasse une certaine limite. Cette concession ne peut point être opposée à la doctrine exposée ici, parce que je considère la violence seulement au point de vue de ses conséquences idéologiques. Il est certain, en effet, que pour amener les travailleurs à regarder les conflits économiques comme des images affaiblies de la grande bataille qui décidera de l’avenir, il n’est point nécessaire qu’il y ait un grand développement de la brutalité et que le sang soit versé à flots. Si une classe capitaliste est énergique, elle affirme constamment sa volonté de se défendre ; son attitude franchement et loyalement réactionnaire contribue, au moins autant que la violence prolétarienne, à marquer la scission des classes qui est la base de tout le socialisme. »

Georges Sorel, « Réflexions sur la violence », 1908, ch. 6.

« Le rôle du plus fort est de dominer et non point de se fondre avec le plus faible. »

 Adolf Hitler (1889-1945)

 

« Le propre des hommes forts n’est pas d’ignorer les hésitations et les doutes qui sont le fonds commun de la nature humaine mais seulement de les surmonter plus rapidement. »

Maurice Druon,
« Le roi de fer »,
Le livre de Poche, 1970, p. 246.

 
 

« La Force est ce qui donne au Jedi son pouvoir. C’est un champ d’énergie créé par tous les êtres vivants. Elle nous entoure et nous pénètre. C’est ce qui lie la galaxie en un tout uni. »

George Lucas, « Star Wars », épisode IV, 1977.

« Pourvu que les générations aient le temps d’évoluer, le prédateur, pour survivre, adapte sa conduite à sa proie qui, en retour, modifie son propre comportement, et ainsi de suite… Je connais plus d’une force qui n’exerce pas le pouvoir autrement. Prenez les religions… »

Frank Herbert,
« Les mémoires volés » in « L’Empereur-Dieu de Dune », 1981, p. 521.

« … comme le montre l’étude des institutions scolaires auxquelles Bourdieu et son équipe ont consacré de nombreuses années, l’école contribue à la reproduction des inégalités sociales. Mais cette fonction objective est dissimulée par une idéologie méritocratique qui assure l’adhésion de tous en euphémisant la violence des rapports de force. »

 Sébastien Roux in « ABéCédaire de Pierre Bourdieu »,
J.-P. Cazier, dir., Éd. Sils Maria, 2006, p. 118-119.

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Racisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Tout concourt à prouver que le genre humain n’est pas composé d’espèces essentiellement différentes entre elles, qu’au contraire il n’y a eu originairement qu’une seule espèce d’hommes, qui s’étant multipliée et répandue sur toute la surface de la Terre a subi différents changements par l’influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la manière de vivre, par les maladies épidémiques… »

G-L. Buffon,
« Histoire naturelle », impr. Du Roy, 1749, p. 530-531.

 

« Dans un avenir assez prochain si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. Il est à peu près hors de doute que, à la même époque, ainsi que le fait remarquer le professeur Schaaffhausen, les singes anthropomorphes auront aussi disparu. La lacune sera donc beaucoup plus considérable encore, car il n’y aura plus de chaînons intermédiaires entre la race humaine, qui, nous pouvons l’espérer, aura alors surpassé en civilisation la race caucasienne, et quelque espèce de singe inférieur, tel que le Babouin, au lieu que, actuellement, la lacune n’existe qu’entre le nègre ou l’Australien et le Gorille. »

Charles Darwin,
« La descendance de l’homme et la sélection sexuelle » (1871),
Reinwald éd. 1891, p. 170-171. 

 

 « Nous possédons encore aujourd’hui, dans notre peuple allemand, de grandes réserves d’hommes de la race germanique du nord dont le sang est resté sans mélange et que nous pouvons considérer comme le trésor national le plus précieux pour notre avenir. Aux tristes époques où les lois de la race étaient inconnues, quand on voyait en tout homme, pris en soi, un être tout pareil à ses semblables, on n’apercevait pas les différences de valeur existant entre les divers éléments primitifs. »

Adolf Hitler,
« Mein Kampf », 1924.

 

« Notre racisme n’est agressif qu’à l’égard de la race juive. Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n’y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale (…) Une race mentale, c’est quelque chose de plus solide, de plus durable qu’une race tout court. Transplantez un Allemand aux États-Unis, vous en faites un Américain. Le Juif, où qu’il aille, demeure un juif. C’est un être par nature inassimilable. »

Martin Bormann,
« Testament politique d’Adolf Hitler », 1945. Fayard, 1959, p. 83.

 

 « Demain, peut-être, verrons-nous surgir un nouveau racisme, qui prétendra lire la primauté raciale dans la longueur de tel chromosome ou dans l’ordre de séquence des bases qui forment tel acide nucléique. »

Jean Rostand,
« Inquiétudes d’un biologiste », Stock, Poche, 1967, p. 38.

 

« Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même. »

Robert Sabatier (1923-2012)

 

 « Je suis, de toute façon, moins intéressé par la taille et les circonvolutions du cerveau d’Einstein que par la quasi-certitude que des individus d’un talent égal ont vécu et sont morts dans les champs de coton et les mines. »

Stephen Jay Gould,
« Le Pouce du panda
 : les grandes énigmes de l’évolution », 1980.

 

« Le séquençage comparé d’échantillons d’ADN mitochondrial humain récoltés dans diverses parties du monde a permis de reconstituer cette généalogie jusqu’à une femelle ancestrale unique – l’ « Ève mitochondriale », comme on l’appelle – qui vécut quelque part en Afrique il y a environ 200 000 ans. Des études similaires sur le chromosome Y, prérogative mâle, ont conduit de la même façon à un « Adam Y », qui vivait en Afrique à peu près à la même époque (…) Au cours du temps, toutes les lignées de même sexe, sauf une, ont été interrompues par l’absence de filles dans les lignées femelles ou de fils dans les lignées mâles, ne laissant finalement que deux lignées ininterrompues, l’une femelle et l’autre mâle, remontant à deux individus qui n’avaient probablement rien à voir l’un avec l’autre. Adam Y ne s’est probablement jamais accouplé avec Ève mitochondriale.

Selon ces découvertes, tous les êtres humains existants sont des descendants de cette seule branche africaine. »

Christian de Duve, « Génétique du péché originel », O. Jacob, Paris, 2009, p. 128-129.

 

Paix

( voir aussi Guerre)

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« … nous ne choisissons pour nos rois que les plus faibles, les plus doux, les plus pacifiques ; encore les changeons-nous tous les six mois, et nous les prenons faibles afin que le moindre à qui ils auraient fait quelque tort se pût venger d’eux ; nous les choisissons doux afin qu’ils ne haïssent ni ne se fassent haïr de personne, et nous voulons qu’ils soient d’une humeur pacifique pour éviter la guerre, le canal de toutes les injustices. »

Cyrano de Bergerac,
« Histoire comique des États et Empires du Soleil »
, 1662.

 

 « Se rendre inoffensif tandis qu’on est le plus redoutable, guidé par l’élévation du sentiment, c’est là le moyen pour arriver à la paix véritable qui doit toujours reposer sur une disposition d’esprit paisible, tandis que, ce que l’on appelle la paix armée, telle qu’elle est pratiquée maintenant dans tous les pays, répond à un sentiment de discorde, à un manque de confiance en soi et envers le voisin, et empêche de déposer les armes soit par haine, soit par crainte. Plutôt périr que de haïr et de craindre, et plutôt périr deux fois que de se laisser haïr et craindre. »

Frédéric Nietzsche,
« Le voyageur et son ombre »,
Mercure de France, 1909.

 

 « Il faut se rendre compte que les groupes industriels puissants qui participent à la fabrication des armes sont, dans tous les pays, opposés au règlement pacifique des litiges internationaux, et que les gouvernants ne pourront atteindre ce but important [la paix internationale] que s’ils sont assurés de l’appui énergique de la majorité de la population (…)
Gandhi, le plus grand génie politique de notre temps, a indiqué le chemin et montré de quels sacrifices les hommes sont capables quand ils ont reconnu le bon chemin (…) On ne peut pas arriver à une véritable paix, si l’on règle sa façon d’agir sur la possibilité d’un conflit futur – surtout quand il devient de plus en plus clair qu’un tel conflit belliqueux signifierait l’anéantissement général. »

 A. Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 58, 60 et 100.

 

« On n’est pas obligé de se laisser faire du tort. Mais il ne faut pas non plus répondre par la violence. Le non-violent montre sa force non pas en étant passif, non pas en ne réagissant pas, mais en étant spirituellement et émotionnellement actif pour convaincre l’adversaire qu’il est sur le mauvais chemin. Il ne s’agit donc pas d’une « non résistance passive au mal », mais d’une résistance non-violente active au mal (…)
Celui qui résiste par la non-violence peut très bien participer à des boycotts ou à des grèves, mais il est conscient que ces actions ne sont pas des fins en soi, et qu’elles visent essentiellement à susciter de la honte chez l’adversaire pour son comportement. Le but recherché, c’est non pas l’humiliation de l’autre, qui génère violence et amertume, mais c’est toujours la réconciliation… »

James M. Washington,
« The essential Writings and Speeches of Martin Luther King »,
Harper, San Francisco, 1991, p.16-18.

 

« L’expression processus de paix a tellement été utilisée pour masquer des stratégies géopolitiques ou des intérêts économiques qu’on ne peut la prendre qu’avec des pincettes et qu’elle aurait bien besoin d’un sérieux ravalement sémantique (…) Le mot [processus] participe pour une large part, peu visible de prime abord, d’une vision déshumanisée du monde, c’est-à-dire déshistorisée et désocialisée. Comme si le processus consistait en un développement automatique, exempt de tout rapport de forces, de tout rapport d’inégalité entre les parties. Et comme si la paix était le produit presque manufacturé d’une industrie du consentement mutuel. »

 Henri Deleersnijder, in « Les nouveaux mots du pouvoir »,
Durand dir., Éd. Aden, Bruxelles, 2007, p. 337.

 

 « On s’alarme des guerres du Golf devenues rituelles. Mais que sont-elles, sinon les mini-dysfonctionnements d’une Pax americana qui fonctionne à merveille sur le principe du Si vis pacem, para bellum. À moins que ce ne soit la paix elle-même qui, en freinant les logiques de guerre, apparaisse comme un dysfonctionnement majeur dans l’innocente expansion du way of life américain… »

François Brune,
« Longue vie au dysfonctionnement ! », Le Monde diplomatique, juin 2003.

« Les membres permanents du Conseil de Sécurité, dont la première mission est d’aider à résoudre pacifiquement les conflits entre États, sont les plus grands exportateurs d’armes (la Russie et la France viennent de dépasser les États-Unis)… celles-ci étant essentiellement destinées à des pays sous-développés, gangrenés par des régimes corrompus. »

 Yves Thelen,
«Éveil à l’esprit philosophique », L’Harmattan, 2009, p. 105.

 

Nationalisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! »

 

Rouget de Lisle,
« La Marseillaise », 3° couplet, 1792.

 

 Refrain: Ils ne le dompteront pas [le Lion de Flandre],
tant qu’un Flamand vivra,
Tant que le Lion pourra griffer,
tant qu’il aura des dents.

V. La vengeance a sonné, et, las des harcèlements,
L’œil en feu, furieux, il saute sur l’ennemi,
Déchire, détruit, écrase, couvre de sang, de boue
Et, triomphant, ricane sur le corps tremblant de l’ennemi.

 Chant « Vlaamse Leeuw »,
Hippoliet Peene, 1847.

 « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis (…)  Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. »

Ernest Renan, 1882.
conférence « Qu’est-ce qu’une nation? ».

 

« On soutient que le désarmement moral doit précéder le désarmement matériel. On soutient aussi, avec raison, que le plus grand obstacle à l’ordre international, c’est le nationalisme poussé à l’extrême, qui porte aussi le nom sympathique de patriotisme, dont on a mésusé. Cette idole a acquis, dans les cent cinquante dernières années, une puissance sinistre et extrêmement funeste (…)
Vous appelez tout cela [le sionisme] du nationalisme – et non tout à fait à tort. Mais un effort pour créer une communauté, sans laquelle nous ne pouvons ni vivre ni mourir dans ce monde hostile, peut toujours être désigné de ce vilain nom. C’est en tout cas un nationalisme qui ne recherche pas la puissance, mais la dignité et le recouvrement de la santé. Si nous n’étions pas obligés de vivre parmi des hommes intolérants, bornés et brutaux, je serais le premier à rejeter tout nationalisme en faveur de l’humanité universelle. »

A. Einstein,
« Comment je vois le monde », Flammarion, 1958, p. 75, 135-136.

« Nous sommes très sensibles aux émotions, mais en même temps très capables d’être sélectifs dans notre attribution de l’âme. Comment les Nazis ont-ils pu se convaincre qu’il était juste de tuer les Juifs ? Pourquoi les Américains voulaient-ils tant « nettoyer les jaunes » pendant la guerre du Viêt-Nam ? Il semble que des émotions d’un type particulier – le patriotisme – puissent servir de vanne régulatrice, contenant les autres émotions qui nous permettent de nous identifier, de nous projeter – de voir notre victime comme (un reflet de) nous-mêmes. »

D. Hofstadter et D. Dennett,
« Vues de l’esprit », InterÉditions, 1987, p. 122.

 

Liberté

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. »

Denis Diderot,
« Encyclopédie »,Tome I, 1765.

 

« La liberté est égalité, parce que la liberté n’existe que dans l’état social, et que hors de l’égalité il n’y a pas de société.
La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité. »

Pierre-Joseph Proudhon,
« Qu’est ce que la propriété ?»
ch. V, 1840.

 

 « Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. »

 Henri Lacordaire, 52ième conférence, 1848.

 

 « La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d’un homme est libre sur une question déterminée, plus grande est la nécessité qui détermine la teneur de ce jugement ; tandis que l’incertitude reposant sur l’ignorance, – qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilités de décisions diverses et contradictoires –, ne manifeste précisément par là que sa non-liberté, sa soumission à l’objet qu’elle devrait justement se soumettre. »

Friedrich Engels,
« Anti-Dühring », 1878.

« Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l’homme libre, qui lui permettait de se déplacer, de sortir de son foyer, d’aller dans le monde et de rencontrer d’autres gens en actes et en paroles (…) Manifestement, la liberté ne caractérise pas toute forme de rapports humains et toute espèce de communauté. Là où des hommes vivent ensemble mais ne forment pas un corps politique – par exemple, dans les sociétés tribales ou dans l’intimité du foyer – les facteurs réglant leurs actions et leur conduite ne sont pas la liberté, mais les nécessités de la vie et le souci de sa conservation. »

Hannah Arendt,
« Qu’est-ce que la liberté ? », 1954.

 

 

«  Tout se passe comme si la lutte contre le réchauffement permettait de supprimer la frontière qui sépare, dans toute démocratie, le domaine public de la sphère privée : interdire les bains, se nourrir d’aliments biologiques, régler automatiquement la température dans les bureaux et les appartements, contrôler les déplacements professionnels. On assiste à un envahissement sournois de nos dernières plages de libertés privées. L’écologie, représentée ainsi sous la forme d’un mille-feuille mélangeant sciences sociales et sciences dures, est pour certains vécue comme une escroquerie scientifique et un nouveau culte totalitaire. »

 Geneviève Ferone et Jean-DidierVincent,
« Bienvenue en Transhumanie »,
Grasset-Fasquelle, 2001, p. 150.

« Vouloir la vivacité, la subtilité, la délicatesse, l’élégance et la grâce en (s’) interdisant radicalement la moindre once de poids dans la relation sexuée et sexuelle, amoureuse et sensuelle. Une histoire devient libertine quand elle épargne absolument la liberté de l’un et de l’autre, son autonomie, son pouvoir d’aller et de venir à sa guise, d’user de sa puissance nomade. »

 Michel Onfray,
« Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire »,
Le livre de Poche, 2001.

« … nombre de pédagogues ou de managers bien formés, ou naturellement « libéraux », ne manquent pas d’en appeler eux aussi à la liberté de ceux qui sont leurs obligés pour obtenir de tels effets. C’est ainsi que les élèves ou les employés assument quotidiennement leur soumission en faisant librement ce qu’ils doivent faire. Nous avons appelé cette forme d’obéissance la « soumission librement consentie ». Elle présente la particularité non seulement d’amener les gens à faire ce qu’ils doivent faire – ce qui est le propre de toute soumission – mais encore à penser ce qu’ils doivent penser pour légitimer ce qu’ils font et même à trouver dans cette légitimité les raisons de persévérer, voire d’en faire encore davantage. Cette soumission est finalement favorisée par l’idéologie libérale qui, avec ses grandes valeurs psychologiques, apprend aux gens à se considérer et à se vivre comme des individus libres et responsables. »

Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois,
« Influence et manipulation »
in
Jean-Vincent Holeindre, dir., « Le pouvoir », Sciences Humaines Éd., 2014, p. 106.

Guerre

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons…  

« Le meilleur moyen de se défaire d’un ennemi, c’est de s’en faire un ami. »

Henri IV


« Si mon partenaire voit en moi un ennemi, il se trompe : son ennemi est en lui ! »

Maxime propre à la voie martiale

 

 « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! »

Publius F. Vegetius, « Epitoma rei militaris », (IV e -V e s.)

 

 « Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l’empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. Ils ne marqueraient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces. Attentifs à conserver une tranquillité de laquelle dépend leur bonheur, ils ne saisiraient point toutes les occasions de troubler celle des autres. »

Denis Diderot, « Encyclopédie », 1765.

 « À quoi sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée,
Si tes écroulements reconstruisent le mal,
Si pour le bestial tu chasses l’animal,
Si tu ne sais, dans l’ombre où ton hasard se vautre,
Défaire un empereur que pour en faire un autre ? »

Victor Hugo,« L’année terrible », 1872.

« C’est à Napoléon (et nullement à la Révolution française qui cherchait la fraternité entre les peuples et les universelles effusions fleuries) que nous devons de pouvoir pressentir maintenant une suite de quelques siècles guerriers qui n’aura pas son égale dans l’histoire, en un mot, d’être entrés dans l’âge classique de la guerre, de la guerre scientifique en même temps que populaire, de la guerre faite en grand (de par les moyens, les talents et la discipline qui y seront employés). Tous les siècles à venir jetteront sur cet âge de perfection un regard plein d’envie et de respect. »

Frédéric Nietzsche, « Le gai savoir », 1882.

« La première crainte qu’inspirait la guerre que personne n’avait voulue, ni les peuples, ni le gouvernement ; cette guerre qui avait glissé contre leur intention des mains maladroites des diplomates, qui en jouaient et bluffaient, s’était transformée en un subit enthousiasme (…) Et malgré la haine et mon horreur de la guerre, je ne voudrais pas être privé dans ma vie du souvenir de ces premiers jours. Les milliers et les centaines de milliers d’hommes sentaient comme jamais, ce qu’ils auraient dû mieux sentir en temps de paix, à savoir à quel point ils étaient solidaires. »

Stephan Zweig, « Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen », 1944.

 

« Comment est-il possible que la masse se laisse enflammer jusqu’à la folie et au sacrifice ? Je ne vois pas d’autre réponse que celle-ci : l’homme a en lui un besoin de haine et de destruction. En temps ordinaire, cette disposition existe à l’état latent et ne se manifeste qu’en période anormale ; mais elle peut être éveillée avec une certaine facilité et dégénérer en psychose collective (…) je n’ai parlé jusqu’ici que de la guerre entre États, en d’autres termes, des conflits dits internationaux. Je n’ignore pas que l’agressivité humaine se manifeste également sous d’autres formes et dans d’autres conditions (par exemple la guerre civile, autrefois causée par des mobiles religieux, aujourd’hui par des mobiles sociaux, — la persécution des minorités nationales). Mais c’est à dessein que j’ai mis en avant la forme de conflit la plus effrénée qui se manifeste au sein des communautés humaines, car c’est en partant de cette forme-là qu’on décèlera le plus facilement les moyens d’éviter les conflits armés. »

Lettre d’Albert Einstein à Sigmund Freud (1932)

Réponse de Sigmund Freud

«  (…) Droit et violence sont actuellement pour nous des antinomies. Il est facile de montrer que l’un est dérivé de l’autre (…) Les conflits d’intérêts surgissant entre les hommes sont donc, en principe, résolus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le règne animal, dont l’homme ne saurait s’exclure (…) l’instinct de conservation est certainement de nature érotique ; mais c’est précisément ce même instinct qui doit pouvoir recourir à l’agression, s’il veut faire triompher ses intentions. De même l’instinct d’amour, rapporté à des objets, a besoin d’un dosage d’instinct de possession, s’il veut en définitive entrer en possession de son objet (…) Avec une petite dépense de spéculation, nous en sommes arrivés à concevoir que cette pulsion [ l’instinct de destruction ] agit au sein de tout être vivant et qu’elle tend à le vouer à la ruine, à ramener la vie à l’état de matière inanimée. Un tel penchant méritait véritablement l’appellation d’instinct de mort, tandis que les pulsions érotiques représentent les efforts vers la vie (…) et nous avons tenté de faire dériver toute une série de phénomènes normaux et pathologiques de cette réversion intérieure de la pulsion destructrice (…) l’application de ces forces instinctives à la destruction dans le monde extérieur soulage l’être vivant et doit avoir une action bienfaisante. Cela peut servir d’excuse biologique à tous les penchants haïssables et dangereux contre lesquels nous luttons… »

classiques.uqac.ca/

« Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais ce dont je suis sûr, c’est que la quatrième guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex. »

Albert Einstein (1879-1955)

 

 « Les guerres, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entre-tuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord. »

Paul Valéry (1871-1945)

 

« La guerre détruit ceux que l’on appelle ses ennemis, mais en réalité, ces ennemis sont une part de nous-mêmes. Et parce que le monde est une entité unique, la destruction de l’ennemi s’apparente à la destruction de soi-même. »

« Le désarmement extérieur procède d’un désarmement intérieur. La seule garantie de paix se trouve à l’intérieur de nous-mêmes. »

« Les problèmes et les rivalités d’aujourd’hui doivent se résoudre par le dialogue, il n’y a pas d’autre solution. La victoire écrasante d’un seul camp n’est plus acceptable. Nous devons travailler à résoudre les conflits dans un esprit de conciliation, en tenant compte des intérêts de chacun… Je pense sincèrement que la violence a fait son temps. Seule la non-violence apportera de véritables solutions. »

Lhamo Dondump, Dalaï Lama

 

« Depuis le début de l’histoire, les jours consacrés à la guerre sont plus nombreux que les jours consacrés à la paix. La vie de société est une guérilla permanente (…) Chaque partenaire y est nécessairement, ou tyran, ou esclave. Le regard d’autrui me vole mon univers, la présence d’autrui fige ma liberté, son élection m’entrave. L’amour est une infection mutuelle, un enfer… »

Emmanuel Mounier,
« Le Personnalisme »,
PUF, 1950.

La guerre est le meilleur moyen de se faire des ennemis !

Yves Thelen

 

Fascisme

Philosophie, science, religion, morale, physique, métaphysique… les idées ont leur vie propre. Elles se reproduisent, évoluent, se propagent et nous survivent, ainsi via les textes, extraits et citations que nous vous proposons… 

« Le qualificatif de souverain, appliqué au peuple, est une sinistre plaisanterie. Imaginez-vous la guerre proclamée par référendum ? Nous affirmons l’inégalité féconde et bienfaisante des hommes qui ne peuvent devenir égaux par un fait mécanique tel le suffrage universel. »

Benito Mussolini, Préface au « Prince », 1925.

 « La démocratie n’est pas un fait. La démocratie est une idée. Cette idée inspire des lois. Et ces lois et ces institutions se révèlent de jour en jour plus désastreuses, destructives et ruineuses, plus hostiles aux tendances naturelles des mœurs, au jeu spontané des intérêts et au développement du progrès. Pourquoi ? Parce que l’idée démocratique est fausse, en ce qu’elle est en désaccord avec la nature. Parce que l’idée démocratique est mauvaise en ce qu’elle soumet constamment le meilleur au pire, le supérieur à l’inférieur : au nombre la qualité, c’est-à-dire la compétence et l’aptitude. »

Charles Maurras, « Mes idées politiques », 1937.

« Quand le nazi respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-même. Il refuse les contradictions créatrices, ruine tout espoir d’ascension, et fonde pour mille ans, en place d’un homme, le robot d’une termitière. L’ordre pour l’ordre châtre l’homme de son pouvoir essentiel, qui est de transformer et le monde et soi-même. La vie crée l’ordre, mais l’ordre ne crée pas la vie.
Il nous semble à nous, bien au contraire, que notre ascension n’est pas achevée, que la vérité de demain se nourrit de l’erreur d’hier, et que les contradictions à surmonter sont le terreau même de notre croissance. »

Antoine de Saint-Exupéry, « Lettre à un otage », Gallimard, 1945.

 « On nous dit : « Vous instaurez une dictature. » Oui, chers messieurs, vous avez raison. Nous instaurons effectivement une dictature. L’expérience accumulée par le peuple chinois depuis quelques dizaines d’années nous dit qu’il est nécessaire d’instaurer la dictature de la démocratie populaire. Cela veut dire que les réactionnaires doivent être privés du droit d’exprimer leur opinion et que seul le peuple a le droit de vote, le droit d’exprimer son opinion. »

Mao Tsé-Toung, « La nouvelle démocratie », Les Éditions sociales, 1951.

 « La dictature, c’est « ferme ta gueule », et la démocratie, c’est « cause toujours ». »

Woody Allen

 « Le totalitarisme n’est pas seulement le fait d’une forme spécifique de gouvernement ou de parti, il découle plutôt d’un système spécifique de production et de distribution, parfaitement compatible avec un « pluralisme » de partis, de journaux, avec la « séparation des pouvoirs ». »

Herbert Marcuse, « L’Homme unidimensionnel », 1968.

 « Les ventres sont pleins. Les routes se couvrent de voitures. Le silence est maçonné de bruits. Le temps qui passe ne nous appartient plus. Autre chose apparaît, un fascisme à l’envers où la multitude opprimée par un individu devient l’individu opprimé par la multitude. »

Raymond Borde, « L’extricable », Le Terrain Vague, 1970, p. 7.

 

 « Si l’on se fonde sur les traditionnelles définitions théoriques formulées par des experts du fascisme (Hannah Arendt, Renzo De Felice, Stanley Payne ou Robert O. Paxton), on s’aperçoit qu’aucun des mouvements islamistes regroupés par le président Bush dans l’expression « islamo-fascisme » ne correspond aux critères. Non pas que la religion soit incompatible avec le fascisme. Si Payne estime que le fascisme a besoin pour se développer d’un espace séculier, Paxton et d’autres lui rétorquent que cela ne vaut que dans le cas européen. Il peut bel et bien exister un fascisme musulman, comme d’ailleurs un fascisme chrétien, un fascisme hindou et un fascisme juif. Toutefois, les mouvements montrés du doigt par l’administration Bush n’entrent pas dans cette catégorie. L’islamisme doit être appréhendé comme un phénomène contemporain, nouveau et distinct. Certains éléments du fascisme traditionnel peuvent assurément être décelés dans des mouvements fondamentalistes musulmans : la dimension paramilitaire, le sentiment d’humiliation et le culte du chef charismatique (dans une mesure toutefois relative et peu comparable avec les cultes du Duce ou du Führer). Mais toutes les autres dimensions (nationalisme expansionniste, corporatisme, bureaucratie, culte du corps…), fondamentales du fascisme font généralement défaut. »

Stefan Durand,
« Fascisme, islam et grossiers amalgames », Le Monde diplomatique, 2006.